‹ La fascination de GulfiChapitre 91 sur 103 · LES DEMEURES CÉLESTES · texte numérisé non relu

LES DEMEURES CÉLESTES

§ 81. Le Séjour des Alfes ; Large-Éclat; Étincelant. — Déjà ci-dessus (voy. § 23), Snorri avait fait connaître quelques-unes des résidences célestes ou des Endroits habités par les Ases et les Alfes. Ici, après avoir parlé de la Fontaine d'Urdur, qui se trouve au ciel , Snorri en prend encore occasion pour faire connaître les autres beaux Endroits du ciel. Ce que la Mythologie Scandinave considère comme des Demeures célestes, ayantdes noms particuliers, était-ce des objets réels, fù26/e5; des constellations appelées de ces noms? ou bien ces Demeures et ces noms sont-ils de pures fictions épiques devant servir à développer le mythe épique de l'établissement des Ases dans le Ciel. Dans l'état actuel des études, cette question ne saurait être péremptoirement décidée. Mais il me semble que les noms donnés aux Demeures célestes, désignaient, dans l'origine, c'est-à-dire environ au troisième siècle avant notre ère , des constellations, et que, plus tard^ environ au troisième siècle après Jésus-Christ (lorsque les notions astronomiques s'étaient en partie perdues en Scandinavie), ces Demeures ont aussi perdu leur signification symbolique de constellations, et sont devenues de pures fictions épiques.

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Séjoirr des Alfes. — Les Génies célestes, ces symboles des astres, des constellations et des phénomènes météorologiques dn ciel , portent le nom générique de ,^//"^5 (Aubes; Lumineux; cf. grec «//b.s ; lat. albus). Comme les phénomènes météorologiques célestes , dont les Alfes étaient les symboles, se produisaient également sur la terre, on comprit aussi, dans la suite, sous le noma' Alfes, les Génies terrestres, qui, originairement, avaient porté le nom particulier deDvergs (v. p. 219). Plus tard encore . la Mythologie établit , de nouveau , une différence marquée entre les Génies du jour ou de la lumière, et les Génies de la nuit ou de l'obscurité; et comme on ne connaissait plus la véritable signification du nom générique de a//* (blanc, brillant , lumineux), on désignait les Génies de la lumière par le nom composé de Al/es-Lumineux , qui renferme proprement une tautologie (Lumineux-Lumineux) , et l'on désignait les Génies de la nuit par le nom composé de Döck-Alfar (Lumineux-Sombres), qui renferme proprement une contradiction dans les termes. Les Alf es- Lumineux , habitent, au ciel , les régions nommées SéJour-des-A If es, et se montrent brillants le jour et la nuit; les autres Alfes (ou Dvergs) habitent, sur la terre , dans des rochers et dans des cavernes (voy. p. 220) ; ils ne supportent pas la lumière du Soleil; et, bien qu'ils soient moins beaux que les A If es- Lumineux , ils leur sont cependant supérieurs par leurs talents d'artiste ou leur aptitude pour l'industrie, en général, et pour la métallurgie, en particulier. (Voy. p. 219.)

Large-Éclat. — Parmi les Endroits principaux dans le c\e\^Snorri cite d'abord Large-Éclat dans le Séjour des Alfes. Ce nom indique que cet Endroit est tellement brillant que l'éclat s'en répand au large; et il est probable que, dans l'origine, ce nom désignait la Voie lactée. C'est là la résidence de Baldur (voy. § 94) , qui est la personniflcation du Soleil estival, et qui, en cette qualité, est YAlfe ou le Génie de lumière par excellence. La strophe 12 des Dits de Grimnir énonce : « Large-Éclat est le septième; et là Baldur s'est

«Préparé ses salles, ff Dans cette région , où je sais qu'il se trouve

« Le moins d'objets impurs. »

Étincelant. — Un autre Endroit au ciel est nommé Étincelant; c'est le lieu de résidence de l'Ase Proposant {i\ovv. Forseti, voy. § 107), qui est le fils de Baldur , et le dieu de la Paix , de la Justice et de la Concorde. Dans la strophe 15 des Dits de Grimnir est énoncé ceci : « Étincelant est le dixième ; il est étayé d'or,

« Et couvert d'argent de même ; « Et là Proposant réside, la plupart du jour,

« Et assoupit toutes contestations. »

Peut-être, dans l'origine, le nom A' Étincelant désignait-il le signe zodiacal de la Vierge , ou cette partie de l'année dans laquelle on faisait la récolte dans le Nord, et où toutes les discussions étaient suspendues (cf. Froda-fridr). D'après Snorri , Étincelant, qui est placé au ciel des Ases ou dans le deuxième ciel, est, dans le monde mythologique actuel, ce que sera , dans le monde futur ou renouvelé , Gimlir. où régneront la Justice et la Concorde.

§ 82. Roches-Célestes; Chaumine de Vali ; Chaumine aux Portes ; et Brillant. — Roches-Célestes est le nom de la forteresse placée à l'entrée du ciel , à l'extrémité ánPontcí'Jse {voy. § 65). C'est là que réside Heimdall, le Gardien vigilant de l'Enclos des J ses. Il est dit dans la strophe 1 3 des Dits de Grimnir :

(I Roches-Célestes est le huitième ; et là Heimdall

« Est dit présider aux Sanctuaires i « Là, dans ce pur Couvert, le Gardien des Dieux boit «Joyeux, l'excellent hydromel. »

Peut-être, dans l'origine , le nom de Roches-Célestes désignait-il le signe zodiacal du Capricorne, assigné par les Ases comme Demeure au Soleil , qui en sort , au commencement de l'année , pour reprendre sa course annuelle.

Chaumine de Vali. — Dans l'Enclos-des-Ases il y a une salle nommée Vala-skialfy nom qui veut dire Chaumine (cf. v. ail. skilf., chaume; cf. anglos. skeaf] ail. schaub) de Vali. Voici ce qu'énonce la strophe 6 des Dits de Grimnir :

« Le troisième est ce Manoir dont les Grandeur'3 bénignes

« Ont couvert d'argent les salles ; « C'est là le nommé Chaumine-de-Vali , dont s'est emparé « L'Ase , à l'Aurore des jours. »

Supposant que le mot ^se^ dans ce dernier vers, désigne non pas l'Ase Vali (voy. § 106), mais l'Ase par excellence, savoir Odinn, Snorri attribue à ce Dieu suprême \QVala-skialf. C'est que, sans doute, notre auteur s'est encore expliqué le nom de Vala-skialf , comme signifiant Chaumine des Occis; et, par conséquent, il a confondu ou identifié cette Demeure âyec là Halle-des-Occis {norv. Val-höll), qui est effectivement la demeure d'Orfm/i. Ensuite, supposant que l'analogie des noms de Valaskialf et de Hlidskialf indiquait un rapport mythologique entre ces deux Endroits, et que le Hlidskialf a dû se trouver dans la Demeure diOdinn, c'est-à-dire dans Val-höll, qu'il identifie avec Vala-skialf ^ il parvint , par ces inductions successives , à se persuader que le Hlidskialf se trouvait placé dans le Vala-skialf; ce qui n'est énoncé dans aucun des documents mythologiques qui nous restent. Le Hlidskialf qui était une espèce d'observatoire ou guérite céleste , devait, pour remplir son but , être placé dans l'endroit le plus élevé ou au zénith de l'Enclos des Ases. Sa place était donc naturellement au-dessus du Frêne d'Yggdrasil, considéré comme Arbre de Jugement, ou peut-être même au sommet de ce Frêne , considéré comme Arbre de Vie. Le nom de Hlidskialf, signifie Chaumine aux Portes^ parce qu'on se figurait cette guérite comme une chaumière placée à une très-grande hauteur, et ayant, dans toutes les directions, des portes ou des fenêtres; de sorte que la personne ou le gardien placé dans l'intérieur , put voir tout ce qui se passait à l'entour dans le monde entier. Dans l'origine, le nom de /^/erf- «/îîa//' désignait peut-être une constellation qui était placée au zénith du ciel boréal. Dans la suite, la tradition n'ayant plus conscience de l'idée et de la conception primitives de cet édifice mythico-épique, attribuait la

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vue étendue qu'on avait, ásins\e Hlid-skial/) sur le Monde entier, non à l'emplacement élevé, ni à la conformation de cette guérite , mais à la propriété magique qu'elle possédait , semblable à celle que les contes populaires postérieurs attribuaient aux miroirs magiques de Gratien, et de Klinsclwr, miroirs dans lesquels on n'avait qu'à regarder, pour savoir , à l'instant, ce que faisaient les personnes dont on désirait connaître, actuellement, soit l'état, soit l'occupation, soit l'entreprise.

Le Brillant. — Dans la partie sud-est du ciel , est le séjour nommé Gimli {Brillant)^ dont i'^iorre a déjà parlé ci-dessus (voy. p. i64) et qu'il a identifié , à tort, avec \ Allée- Agréable. Brillant est, sans doute, le nom général du ciel des Ases, ou du second ciel, qui se trouve au-dessus du ciel terrestre, et qui ne périra pas, à la fin du monde, quand le ciel terrestre croulera. Selon Snorri, c'est dans \q Brillant, qu'après le Renouvellement du monde , se trouveront les Demeures célestes qui remplaceront les Demeures actuelles des Ases. C'est pourquoi il est dit, dans la strophe de la Fisio?i de la Louve ^ citée par Snorri, que dans Gimli (cf. ail. himmel, ciel ; norr. himin) , ou plus particulièrement dans la Nouvelle Halle-des-Occis, qui, après le renouvellement du monde , remplacera l'ancienne, les hommes de caractère et de courage jouiront d'une vie agréable , comme l'ont fait antérieurement les Troupiers- Uniques , dans la Fal-höll de l'Asgard actuel. Snorri, accommodant cette donnée mythologique à ses idées chrétiennes du Paradis céleste, de la Nouvelle Jérusalem, et des trois Étages du ciel, transforme, dans sa pensée, d'abord le Gimli en un Paradis céleste, ensuite les peuples vigoureux (norr. dyggvar) dumythepaïen, en chœurs de Justes, dePieuæ, et àeSaints, et enfin la Vie agréable dont jouiront les héros dans le Brillant , en la béatitude céleste des Élus du Seigneur, après le Jugement dernier (voy. g 23).

Snorri, confondant le ciel qui est au-dessus de la terre, avec le ciel des Ases, croit apercevoir une contradiction dans la Mythologie, en ce que, d'un côté, il est dit que la Flamme áeSurti {voy. p. 174) brûlera et détruira, à la fin des siècles, non-seulement la terre, mais aussi le ciel (c'est-a-dire le ciel terrestre , qu'il prend pour le ciel habité des Justes) , et que, d'un autre côté, il est aussi dit que ces Justes vivront éternellement dans le Brillant. Au lieu d'admettre cette contradiction , comme tant d'autres qui existent, naturellement, dans toutes les Mythologies, puisque les différents mythes se forment souvent les uns indépendamment des autres, Snorri croit devoir et pouvoir lever cette diflSculté, qu'il suppose exister, en montrant que, selon le mythe norrain, il y aura toujours, dans le ciel, après la catastrophe de la fin du monde,* un Paradis pour les Élus. Aussi, se rappelant que, dans cette Mythologie, figurent encore deux Endroits, situés dans \e Séjour desAl/es, le premier, Allongé{norr. Andlang , ainsi nommé, sans doute, parce que, dans l'origine, ce nom désignait la première moitié de la Voie lactée).^ et le second, Bleu-au- Large (norr. Fid-blâinn, ainsi nommé , parce que ce nom désignait la seconde moitié de la Voie lactée) , Snorri donne-t-il à entendre que si le Ciel (qu'il confond faussement avec le Brillant) viendra à être détruit , les Élus trouveront toujours un refuge dans ces deux autres Endroits du Séjour des Alfes, dans Allongé, et dans Bleu-au- Large.

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