ORIGINE DES VENTS ET DES SAISONS
g 83. L'Aigle Hræsvelg. — Snorri^ après avoir parlé des différents Endroits ce7e5ies, et se rappelant encore que le vent est dit, dans la Mythologie, provenir de l'extrémité du ciel, passe, par une transition naturelle, de la description des Endroits célestes, au mythe sur l'origine des Vents, et, par l'intermédiaire de celui-ci, au mythe sur l'origine des Saisons.
Au commencement, c'est-à-dire au quatrième siècle avant notre ère, le Dieu du Ciel, Tins (scythe Tivus; norr. Tyr)^ était aussi , sous le nom épithétique de Valus (norr. Othr) , Dieu de l'air, de l'orage, de la tempête, et des vents. Lorsque ce dieu suprême se fut dédoublé, et que plusieurs divinités eurent partagé entre elles ses différentes attributions , Vatans{^\\. JVodan, norr. Odinn) hérita des attributions de Tins, considéré à la fois comme Dieu Suprême, et comme Dieu des vents. Enfin, lorsque Odinn eut remplacé l'ancien Tyr, comme Dieu Suprême , son caractère de Dieu des Vents s'effaça devant ses attributions plus relevées de Dieu suprême; et comme, à cette époque, les mythes théogoniques et cosmogoniques étaient en voie de se former, la Mythologie songea aussi à trouver une origine cosmologique aux grands phénomènes de la Nature, tels que , entre autres , les vents. Or , comme les lotnes étaient considérés comme les premiers-nés de la création , on donna aussi aux Vents une origine iotnique, et on les fit naître dans le^e/owrc?e5/oi?ie5. Ensuite comme V aigle est le symbole naturel de l'air et du vent (voy. p. 235), au point que les vents furent appelés, métaphoriquement, des aigles (norr. âr, messager ; ail. adel-âr ; cf. lat. aquilo et aquila.) , la Mythologie imagina que riotne, ou la Personnification de la force gigantesque qui produisait le Vent, se tenait, sous la forme d'un aigle , dans le Séjour des lotnes, c'est-à-dire à V extrémité austro-septentrionale du ciel. Cet aigle n'est, à proprement parler, que l'ancien dieu Valus {Othr, ou Odinn) zoomorphe, appelé aussi le Vieux Aigle, dont il a été question plus haut (voy. p. 235). Puis , pour expliquer comment est produit, mécaniquement, le vent, la Mythologie dit qu'il résulte de l'agitation de l'air causée par les coups de penne de cet Aigle gigantesque. Enfin comme, à cette époque, l'aigle était généralement considéré comme le symbole du vent , il était inutile de donner à l'Aigle mythologique, auteur* du vent, un nom symbolique particulier, énonçant son action de produire l'agitation de l'air; il suffisait de lui donner un des noms épiques , épithétiques , ou poétiques , usités pour désigner l'aigle en général. Or, comme quelques espèces d'aigles se nourrissaient, comme on croyait, de charogne, on a donné le nom épique ou poétique de Avaleur-de-Charogne (norr. Hræ-svelgr : sansc. Kraviâdas) à l'aigle iotnique, l'auteur des vents, selon la Mythologie.
§ 84. L'Origine des Saisons. — La Cosmologie mythologique ne considérait les Saisons qu'au point de vue de la température, qu'elle faisait dépendre uniquement des vents qui soufflaient plus ou moins chauds, ou plus ou moins froids, aux différentes époques de l'année. ^??or;-/ rattache donc aussi au mythe sur l'origine des vents , celui sur l'origine des Saisons.
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D'après la Mythologie Scandinave , Souffle-Doux (Svas-udr) , la personnification cosmologique du \eni pri?i(annier, ainsi nommé parce qu'il est si doux par rapport à la rigueur du vent d'hiver, est le Père de VE(é. Il appartient à une race bénigne et heureuse , au point que , suivant Snorri, le mot doux dérive de son nom. Il est inutile de faire remarquer que cette étymologie est contraire aux règles les plus élémentaires de la dérivation lexicologique. Le mot primitif doux ne peut provenir du mot composé souffle-doux; il fallait dire, pour être dans le vrai, que le nom propre Souffle-Doux (norr. Svas-udr) est composé du mot svas, qui signifie doux, et du mot udr (p. vatus, othr; cf. Hnek-uthr , Gneggiothvy p. 160 qui signifie vent).
Le père à' Hiver est nommé tantôt Messager des Vents (puisque les vents frais de l'équinoxe et de novembre précèdent et annoncent, comme des messagers , les vents plus forts de l'hiver) , tantôt Fr ai s-de- Souffle, puisque les vents de l'Automne ont le souffle plus frais que ceux de l'Été. Le père de Frai s- de- Souffle &s{ Enhardi, c'est-à-dire le vent d'automne, qui, prenant de la hardiesse , devient de plus en plus eifronté, piquant, insolent. Toute la race de Enhardi (les vents d'automne) est violente, et désagréable. De même que, dans l'origine , les peuples de la branche gète ne distinguaient que deux points cardinaux, l'orient et l'occident (voy. Les Gètes , p. 8) , de même la Mythologie ne connaît aussi que deux espèces de vents , et deux Saisons , savoir les vents et la saison dJété, et les vents et la saison á'hiver. Cette particularité indique que les mythes cosmogoniques se sont formés environ au troisième siècle de notre ère , à l'époque où les quatre points cardinaux n'étaient pas encore reconnus ou dénommés.
(29) LES ASES ET LES ASYNIES ; ODINN ET FRIGO.
g 85. Signification du nom d'Ase et d'Asynie. — Après avoir exposé la Cosmogonie, la Théogonie, et les traditions sur les différents Endroits et Objets mythologiques, Snorri passe aux Divinités proprement dites, qui sont, en quelque sorte, le pivot et la base de toute la religion. Ces divinités étaient, dans l'origine, des objets de la h^Xmvq physique , tels que le Ciel, la Terre, le Soleil, la Lune, etc. Ces objets divinisés et adorés passaient pour des Êtres vivants; mais la forme qu'avaient , dans la nature , ces objets considérés comme Êtres vivants', n'avait rien de la forme unique humaine; au contraire, leurs formes naturelles, si diverses, les rapprochaient plutôt des formes diverses des animaux ; et, c'est pourquoi, ne pouvant d'abord être conçus comme des divinités anthropomorphes, ces Êtres vivants divinisés furent longtemps adorés comme des divinités zoomorphes. Ces divinités zoomorphes , n'ayant pas non plus , toutes , la même forme, on ne put les considérer comme appartenant à une seule et même race ; et , par conséquent, on ne put longtemps pas songer à leur donner un nom générique. Plus tard , les objets delà nature qui avaient été divinisés ou apothéoses , ne furent plus considérés comme étant euxmêmes des divinités; ils devinrent des choses sacrées, auxquelles présidaient des divinités anthropomorphes. Dès lors, étant devenues anthropomorphes, et n'ayant plus des figures , différentes les unes des autres,
ces divinités furent considérées comme formant une race, une famille, et l'on put songer à leur donner un nom générique. Or , les dieux étant supposés habiter le ciel, la plupart des peuples iafétiques leur ont donné le nom de Célestes (sansc. daivâs, célestes, de div , ciel; gr. théoi'ii. deifoi, dheioï, theoi; lat. dii p. deivi; norr. tivar, etc.). Chez les Germains, et surtout chez les Scandinaves, les Dieux portaient aussi le nom générique, mais épithétique de as (p. ans, goth. ans; v. h. ail. ans; anglos. d5), qui signifiait proprement Support (cf. sansc. anças, support, épaule; lat. ansa, support, épaule, anse, et ara p. âsa, soutien, support, autel), ou Soutien, Conservateur, parce qu'on considérait la nature des divinités comme se manifestant principalement par la conservation , ou la protection qu'elles accordaient au Monde et aux hommes, par opposition aux Puissances anti- divines , qui tendaient à la destruction de la Nature ou de la Création. Le nombre de douze que Snorri assigne aux Ases , ainsi qu'aux noms á'Odinn (voy. p. 157) , n'a rien de primitif, rien de symbolique, ni même aucun fondement dans la Mythologie. Les anciens documents énumèrent, et ont dû naturellement compter, tantôt plus, tantôt moins de douze Ases. Cependant, plus tard, on aimait admettre le nombre de douze, au moins pour les divinités principales; et cela pour différentes raisons : d'abord , pour avoir un nombre correspondant aux douze mois de l'année, dont on mettait chacun sous la protection de quelque divinité; ensuite, parce que les Scandinaves, ainsi que les Keltes, comptaient par douzaines; puis, parce qu'on voulait faire correspondre le nombre 12 des Ases, considérés comme juges célestes, siégeant auprès de VJrbre de Jugement {yoy. p. 223), aux c^owse juges ou jurés des assises usitées dans le Nord; et enfin, parce que les douze Ases rappelaient, soit les douze divinités, établies systématiquement , dans la mythologie romaine, soit les douze apôtres de Jésus-Christ, ou les douze Pairs de France de Charlemagne , etc.
Jsynies. — A côté des quatorze ou quinze ^ses dont les noms figurent dans les anciens documents mythologiques, nous voyons figurer un nombre presque égal de Déesses. Elles portent le nom générique de Asynies (norr. Asyniur). Ce nom , qui est une contraction de As-viniur [Amies des Ases ; cf. vargr, loup, et vargynia, louve), n'exprime pas leur nature divine, mais seulement leur qualité de Femmes ou d'Amantes des Ases. Cependant ces Asynies ont presque toutes une personnalité marquée , un caractère symbolique , et des attributions individuelles; elles ne sont pas seulement, comme la plupart des déesses hindoues, de simples personnifications des qualités, ou, comme on disait, des énergies (sansc. . çaktiâs) des dieux leurs époux.
g 86. Les attributions d'Odinn. — Les ancêtres des Scandinaves , les peuples Scythes et gètes , adoraient, comme dieu suprême , le dieu Ciel (scyth. Tivus; norr. Tyr;y.2\\.Zio). Ils considéraient, comme les principaux bienfaits de Ciel^ U pluie, qui arrose et féconde la terre, lèvent, qui rafraîchit et purifie l'air, et V orage, qui amène à la fois la pluie et le vent. Aussi le dieu Ciel était-il adoré principalement comme produisant la pluie, le vent, et l'orage. Comme Père de là pluie ^ il eut l'épithète de Fécondateur ou Aime-Pluie (scythe Pirkimis; sansc. Parddjanias;
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iiorr. Fiörgynn; cf. sansc. vrichas, arroseur, taureau: kimro-thrake, Phrixus, bélier; umbrien ^rcws , bouc; lat. hircus; gr. krios p. krifos, frikos). En sa qualité de dieu du Fent, le dieu Ciel portait l'épithète de yígiíé (scythe Fâiîis p. vahitus; norr. ôdr; cf. sansc. vâtas; lat. ventus p. vehentus; goth. vinds p. vahinds, participe áevaha, remuer, lat. veho, V. h. ail. wagan). Enfin, comme Dieu de l'orage /econc?a/ti, Ciel portait l'épithète 6! Orageux.
Le dieu Ciel, considéré comme fécondateur de la terre, devint Tépoux de la déesse Terre {scylhe Jpia; norr. lördh); et ces deux conjoints passaient pour les parents primitifs des Dieux et des hommes. En sa qualité de Père des dieux et des hommes , le dieu Ciel eut l'épithète de Père ou Aïeul (scythe Pappa; cf. gr.pappos, aïeul; arm. pap, aïeul; phryg. Zeus papas ; norr. Jllfödr, voy. p. 138). Comme Père des Dieux, le dieu Ciel était aussi considéré comme leur Chef, et par conséquent comme le Dieu Suprême. Enfin comme Dieu Suprême, et comme Aïeul des peuples Scythes, dont l'occupation principale et la plus honorée était la guerre, Ciel passa naturellement aussi pour être le Dieu de la Guerre, d'autant plus qu'il était déjà Dieu de V Orage, et que, suivant une association d'idées assez commune dans l'Antiquité , l'agitation et la fureur d'une tempête étaient assimilées à l'agitation et à la fureur d'une lutte ou d'un combat (cf. gr. thuella, tempête ; lat. hélium p. duellum , guerre; gr.polemos}^. tpolemos, guerre; goth. dvaly?is , fureur). Aussi l'épithète de Tempétueux (scythe Vâtans , norr. Odinn, vhall. JVôdan)., désignait-elle Ciel à la fois comme dieu des Vents, ou des Orages , et , par suite , comme dieu des Combats. C'est ainsi que Ciel parvint à réunir les différentes attributions de Dieu du ciel , de Dieu de la fécondation , de Dieu des vents , de Dieu de l'orage , de Dieu suprême , de Père des Dieux et des hommes, et de Dieu des combats. Ces différentes attributions , qui, dans l'origine, appartenaient toutes à la même divinité, nommée Ciel. furent réparties, dans la suite, sur plusieurs dieux, qu'on peut considérer, par conséquent, comme nés du dédoublement de cette divinité suprême , et comme les représentants spéciaux de ses différentes attributions. C'est ainsi que les ancêtres des Germains et des Scandinaves constituèrent, avec l'attribution de Ciel, considéré comme dieu Tempétueux^ un Dieu spécial de l'orage, auquel on donna, pour nom propre, l'ancien nom épithétique de Tempétueux {Fâtans, Odinn, fVôtan). Ce Dieu particulier Odinn, par l'influence, la puissance, et l'ascendant politique des peuplades qui avaient adopté son culte , parvint peu à peu au rang de Dieu suprême, dans la Mythologie; et bien qu'il n'eût, au commencement, que sa spécialité ou une seule attribution , celle de Dieu de \ Orage, il prit cependant, dans la suite, comme Dieu suprême, les principales attributions de l'ancien Dieu Ciel {Tius, Tyr)., dont il était le dédoublement. Voilà pourquoi les attributions de Dieu de la Guerre, et de Père des Dieux et des hommes , passèrent du Dieu Tyr au Dieu Odinn, de sorte que Tyr, qui , dans l'origine , avait été le Dieu Suprême, et qui, comme tel, possédait les attributions les plus nombreuses, fut réduit au rang de dieu inférieur par son successeur et remplaçant Odinn, qui lui devait presque jusqu'à son origine et son nom . et qui s'agrandit, en
quelque sorte , à ses dépens , en le dépouillant , peu à peu , de ses dififérentes attributions.
g 87. Les noms épithétiques d'Odinn. — C'est seulement en se rappelant les dififérentes attributions du Dieu Suprême Odinn, qu'on parvient à expliquer ses nombreux noms épithétiques , et les diflférents mythes qui s'y rapportent. Dans l'origine, Odinn, n'ayant encore qu'une seule attribution, celle de Dieu des tempêtes, n'avait aussi qu'un seul nom, celui ^ Odinn, qui exprimait précisément cette qualité. Mais, à mesure que les attributions de ce dieu furent augmentées, et qu'il fut envisagé sous des rapports de plus en plus multiples , il prit aussi des noms épithétiques plus nombreux. Snorri , d'après son système evhémériste , admettait un Odinn asiatique, et un Odinn scandi7iave (voy. p. 15) ; il croyait que le premier avait seulement douze noms , mais que le second en prit un plus grand nombre. Il donne deux raisons pour expliquer et l'origine et la pluralité des noms du second Odinn. D'abord il attribue cette pluralité à la diversité des langues , que parlaient les peuples, chez lesquels Odinn, en passant de l'Asie dans le Nord de l'Europe, s'était, selon lui, successivement établi. Cette explication n'est pas admissible , puisqu'il s'agit ici des dififérents noms que portait Odinn, non dans dififérentes langues, mais dans un seul idiome, la langue Scandinave et, plus tard, la norraine. Ensuite Snorri rapporte l'origine de quelques noms aux accidents survenus à Odinn dans ses voyages, que notre auteur, d'après ses idées evhéméristes , croit avoir eu lieu efifectivement. Cette explication n'est pas, non plus, admissible, mais du moins, en la modifiant quelque peu, on y trouvera une partie de la vérité, comme nous allons le faire voir maintenant, en reprenant la question à un point de vue plus général. Pour répondre convenablement à la question sur la pluralité des noms épithétiques des Divinités, il faut se rappeler que, dans l'origine, les Dieux n'avaient, et ne pouvaient avoir, qu'un seul nom ^ celui qui exprimait précisément l'idée, la qualité, ou l'attribution dont le dieu était originairement la personnification ou le symbole. Ainsi la Tempête personnifiée fut désignée par le nom de Vatans (Tempétueux), et ce dieu, n'étant envisagé, dans l'origine, que sous le point de vue de son attribution de tempête , ne pouvait pas alors être désigné par un nom autre que celui de Tempétueux. Mais, dans la suite, lorsque ce dieu fut considéré, non plus simplement comme la Personnification de la tempête , mais encore comme Dieu de la Guerre , comme Dieu suprême, comme Père des Dieux et des Hommes, alors les rapports, sous lesquels on l'envisageait, s'étant multipliés , on lui donnait aussi des noms épithétiques se rapportant , ou aux nouvelles qualités, soit physiques, soit morales , soit intellectuelles, ou à l'extérieur , aux habitudes , aux actions , aux passions , et aux aventures , que la Mythologie épique lui attribuait. Telle est la cause ou l'origine de la pluralité des noms épithétiques , donnés tant à Odinn qu'aux autres divinités. Pour expliquer les nombreuses épithètes, et les diflférents mythes qui se rapportent à Odinn, il faut donc se rappeler les différentes attributions de ce Dieu Suprême, et ne pas oublier que quelques-uns de ces noms ont pris successivement différentes significations , parce que , expliqués difi'éremment , ils ont pu être rappoités à dififérentes attributions d'Odinn.
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Odin7i , Dieu du Vent. — Le nom de Odinn , dont la forme n'est que tant soit peu différente de Odr (cf. norr. hugr et huginn ; munnr et muninn) , signifie Agité , Tempétueux , et prouve que , dans l'origine , ce dieu était seulement et spécialement considéré comme Dieu de l'agitation de l'air, des vents et des tempêtes. Les noms épithétiques, qui désignent Odinn en sa qualité de Dieu de l'air et des vents , sont : 1° Calme, t"" Humide, ^° Agile, lk° Frémit-doucement Aux attiributions Ôl' Odinn, comme Dieu du Vent, se rapportent, parmi les douze noms cités par Snorri (voy. p. 79), les noms épithétiques de Nikar, de Nikuz , de Vidrir, de Omi , de Svidrir, de Bîf-lindi, et de lalg , qui ont déjà été expliqués ci-dessus (voy. p. 19).
Odinn, comme Dieu du vent favorable (cf. oska-hijr^ p. 161), devint, vers le sixième siècle , le Protecteur de la Navigation et du Commerce. C'est en cette qualité qu'il porte, dans le langage poétique, le nom de Tyr des Cargaisons , et qu'il est quelquefois confondu, dans les sagas, avec Freyr et avec Niördur , qui, eux aussi, présidaient à la Navigation, et aux Vents favorables (voy. §§ 95 et 97).
Les sacrifices offerts à Odinn, en sa qualité de Dieu de \air, se faisaient, en suspendant les victimes aux arbres; action symbolique par laquelle on exposait ou livrait, en quelque sorte , ces victimes à l'air et aux vents, c'est-à-dire au Dieu qui les représentait, ou qui y présidait (v. Les Gètes, p. 281). Lorsque, dans la suite, Odinn devint encore Dieu des Combats, on lui sacrifiait aussi les prisonniers de guerre, en les pendant également aux arbres du bois sacré (voy. Procopius, de bello gothico, lib. II , cap. 15). On conçoit, d'après cela, que la pendaison, ayant traditionnellement le caractère religieux d'un sacrifice, n'avait, même aux époques postérieures, rien de déshonorant, et Odinn a pu être nommé Dieu des Suspendus , puisque ces Suspendus étaient autant de Victimes , ou de Consacrés , offerts à sa personne divine.
Odinn, Père des Occis. — Une fois considéré comme Dieu des Combats , Odinn prit naturellement le nom de Père des Occis. Car les guerriers qui succombent dans le combat, et qui, par conséquent, selon les idées de l'époque , sont censés s' être sacrijiés, ou s'être dévoués au Dieu de la Guerre, sont reçus, après leur trépas ou occision (norr. t-a/r), parmi les Hommes de la suite , ou de la bande guerrière à' Odinn. Or, dans l'origine , la bande de chaque chef ou roi se composait de ses fils , et de ses parents; de là vient que le mot lîd, qui , dans la langue norraine, désigne la bande, désigne également \2i/a7nille. Che/et Père étaient donc , dans l'Antiquité patriarchale et guerrière , des termes presque synoiiymes, et c'est pourquoi les hommes de la suite â' Odinn sont également considérés comme ses fils , du moins comme ses Jils adoptifs (norr. oskmegir). Les hérosde la banded'Odinn portentle nom de Troupier s-Uniques,e'esià-dire de Troupiers sans pareil, ou Troupiers par excellence, parce qu'il n'y a que les héros les plus distingués qui puissent faire partie de la bande A' Odinn, du meilleur des guerriers. Les Troupier s- V niques y \yeni^^^'pT'es de leur père adoptif, le Dieu des Combats, dans \^Halle-des-Occis , ou auprès de son épouse Frigg (ouFreyia), dans VA liée- Joyeuse (cf. p. 268).
Les épithètes qui désignent Odinn, en sa qualité de Dieu des Tempêtes
et des Combats, sont les suivants: i° Bruyant (norr. Omi, voy. p. 161), 2° Ténébreux comme Hel (voy. p. 102) , 3° Œil-Nuageux (épithète qui exprime le regard , ou l'aspect , nuageux et sombre du ciel , et du combattant), 4° Alerte, ^°Fasci?iant^ 6° Fascinateur, qui expriment le caractère remuant, et la force magique á'Odinn, 1" Décisif, qui énonce que Odi?in est présent au moment décisif^ 8° Père de Victoire , 9° Dieu des Combattants, iO'' Dieu d'J larme, W Escrimeur, 12° Troupier (v. p. 160)^ 13° Joyeux de Troupes (qui exprime le plaisir qu'éprouve Odinn à la vue des troupes), 14° Cuirassé, 15° Porte-Heaume , etc. , tous des noms qui se rapportent à Odinn comme Dieu-Guerrier.
Odinn, Dieu suprême. — Les Forces conservatrices , c'est-à-dire les Dieux qui contiennent, comme par un lien, le Monde, et l'empêchent de se disjoindre, ou de se dissoudre, portent le nom symbolique de Liens (norr. hôpt). De là, Odinn , comme Chef des Ases (des Soutiens, et des Liens), porte lui-même l'épithète áeLie?i, et de Dieu des Liens. Les autres noms épithétiques, qui se rapportent au caractère divi7i á' Odinn, sont les suivants: 1° Sublime (v. p. 151), '^° Père- Universel (v. p. 155), 'S^ Équi-Sublime (ce dernier nom désigne Odinn, comme associé soit à Hlôdur ou à Thôr, soit k Nœnir ou kFrey), 4" Troisième qui désigne 0</m?i comme associé à deux autres dieux, ou comme occupant le troisième rang (voy. p. 152), dans une Trinité divine. D'autres épithètes, plus récentes, et imaginées par la tradition épique , rappellent des qualités physiques , morales , ou intellectuelles attribuées à Odinn, ou enfin des particularités qu'on remarquait dans ce Dieu , lorsqu'il s'est mêlé aux hommes, ou s'est entretenu avec eux. C'est ainsi que Chapeau-Rabattu désigne Odinn, par allusion au chapeau à larges rebords pendants, que ce dieu portait, selon les Sagas, et qui lui cachait à moitié la figure, et rendait ainsi sa personne plus inystérieuse. Dans l'origine , Odinn, le Dieu des Airs et des Vents, passait pour se couvrir d'un nimbus (norr. hulinn, Couvrant), ou d'une Enveloppe de nuages nommée Heaume du Couvrant (norr. Hulins Malmr). Plus tard , lorsque la tradition eut transformé Odinn en un personnage épique , l'Enveloppe nuageuse , tout en gardant l'ancien nom, fut changée en un chapeau ou cape (cf. ail. Tarw- Kappe, Cape ternissante), qui servait à la fois à rendre méconnaissable Odinn, quant au physique, et à donner à sa personne, quant au moral, un caractère mystérieux, et sacré ; car, chez les peuples gètes, le chapeau était le signe distinctif des personnes qui avaient un caractère plus ou moins sacerdotal (norr. hatt-berendr, voy. Les Gètes, p. 272). Les noms épithétiques de Barbe- Pendante, et de Barbe-Velue énoncent que Odinn portait une longue barbe. La barbe est d'abord le symbole de l'âge (cf. Hercule avec la barbe) , et ensuite le symbole de la sagesse , conséquence de l'âge.
L'épithète Défiguré fait allusion à la figure sévère, qu'Odinn montrait dans certaines circonstances. Impétueux est le nom q\i'Odi?m s'est donné auprès du roi Geir-rothur (voy. p. 249). Piétonneur est l'épithète qui rappelle que Odinn s'est déguisé en Voyageur, toutes les fois qu'il voulait se mesurer avec les lotnes (voy. p. 55). Vigoureux indique que Odinn s'est montré sous la figure d'un gars, ou d'un jeune homme vigou-
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reux(cf. ialkr, voy. p. 16?). Tire-Traîneau fait allusion à une tradition épique aujourd'hui inconnue , et d'après laquelle Odinn était dit avoir fait avancer un navire ou un traîneau (voy. Grimnism, 49). Agréable indique qu'il était un hôte bienvenu et agréable. Perspicace , çX Devinant- Juste énoncent que Odinn faisait preuve, dans le commerce avec les hommes, d'une grande perspicacité , qualité distinctive de la race normande , et qui , selon l'opinion des Scandinaves , pouvait être renforcée moyennant la magie. Prompt-à-tromper est une épithète dî Odinn, qui indique que la ruse, le stratagème, et la tromperie étaient également des caractères distinctifs de la race normande , et passaient, chez elle, comme chez tous les peuples de l'Antiquité , à la fois comme une preuve évidente d'intelligence et de prudence , et comme une manière d'agir estimée honorable, ou sans reproche. Malfaisant est le nom que Odinn s'est donné dans certaines circonstances, et qui indique qu'il savait trouver les moyens d'arriver à ses fins pour perdre ses adversaires. Rappelons, ici, qu'aux yeux du Paganisme, des actions méchantes, ou même un caractère méchant, attribués à un dieu, ne détruisaient pas son caractère divin (v. p. 478). Equitable exprime la justice d'Odinn , et Multiple sa nature multiforme. Tels sont les principaux noms épithétiques à! Odinn, qui se rapportaient aux qualités physiques, morales, ou intellectuelles qu'on attribuait à ce dieu, ou qui faisaient allusion à des circonstances et à des particularités, rapportées dans les mythes, et dans les traditions épiques. Snorri en a cité la plupart, d'après les Dits de Grimnir, poème eddique qui raconte qu' Odifiîi caché, sous le nom de Grimnir (Impétueux, Sanglier), énumère lui-même, au roi Geir-röthur (Rougit-la-Lance), ses différents noms, ou les épithètes qu'il porte. La signification de la plupart de ces noms n'était déjà plus connue , à l'époque qui a précédé les temps de Snorri. Aussi , dans ce poëme eddique , ces noms sont-ils présentés pêle-mêle , sans ordre , ni suite logique ; ils sont rangés uniquement d'après les exigences de l'allitération (cf. p. 221). Ensuite comme la signification précise n'en était plus connue, ces noms sont , dans les poèmes mythico-épiques , souvent donnés à Odinn, mal à propos , c'est-à-dire, contrairement à la règle qu'on doit suivre dans l'emploi des épithètes. Cette règle consiste à choisir les épithètes de manière , que l'idée qu'elles expriment contribue à mieux faire ressortir l'action , ou la situation particulière attribuée au sujet, dans tel ou tel cas spécial. Ainsi, par exemple, Odinn pouvant, par suite de ses attributions multiples , être désigné par une foule de noms épithétiques , il fallait que ces épithètes, pour être bien choisies, fussent chaque fois en rapport avec l'action qu'on attribuait à ce dieu , ou à la situation dans laquelle on voulait le représenter. S'il agissait, par exemple, comme Dieu del'a/r, il fallait lui donner des épithètes qui fussent en rapport direct avec cette action ; s'il était représenté comme Dieu de la Guerre, les épithètes de Piétonneur, de Chapeau-Rabattu , etc. , lesquelles se rapportent à des circonstances toutes différentes de celles de la guerre , eussent été on ne peut plus déplacées. Cette règle si simple et si naturelle de l'emploi des épithètes, n'a pas été toujours observée dans les poésies lyriques, épiques, et mythologiques de l'Antiquité , pas même par les meilleurs poètes , tels que Homère et Pindare. C'est que , ne connaissant plus la
signification propre, ni, par suite , la portée de ces noms épitliétiques , on les choisit le plus souvent au hasard, et on les employait indifféremment, comme épithètes épiques stéréotypes , et même quelquefois dans un sens évidemment contraire à celui de l'action ou de la situation , qu'on voulait représenter ou exprimer.
§ 88. Conception et attributions de Frigg. — Le Dieu C/c/ avait, entre autres attributions, aussi celle de Père de l'Orage , qui, parla pluie, fécondait la terre ; et, en cette qualité, il portait l'épithète de Âime-Pluie (Fiörg-ynn). Comme, dans l'Antiquité, l'eau, et surtout la pluie fécondante, était l'emblème du sperme et de la fécondation, le dieu Ciel, comme Père de la Pluie, ou Amant de la Pluie, était encore considéré comme YJrroseur , le Fécondateur psiT excellence (v. p. 245). Lorsque , dans la suite , Ciel (norr. Tyr) fut devenu un dieu anthropomorphe, on ne considéra plus le nom A^ Aime- Pluie comme une épithète désignant une attribution de ce dieu Ciel (Tivus , Tius), mais comme un nom désignant un Dieu spécial, distinct de Tius ou de Tyr. Aussi , de même que le culte d'Oi/m?i s'est séparé de celui de Tyr, de même aussi le dieu Fiörgynn est devenu uti Être mythologique, indépendant du Z)2ew suprême Tyr, auquel fut substitué Odinn. Vers le premier siècle avant notre ère , Fiörgynn , le Dieu de l'Orage fécondant, ou de \2l Foudre, fut remplacé, en cette qualité, par Thôr; de sorte qu'il disparut presque complètement de la Mythologie Scandinave, comme Dieu de V orage. Mais Frigg-mnr (l'Arroseur, le Fécondateur) , comme Dieu de la Pluie, de la Fécondation , et plus généralement de la Génération , resta encore, pendant quelque temps, le Père de \^ Pluie (norr. frigg ^ hregg)^ laquelle a été personnifiée sous le nom de Frigg (Pluie). Comme ses attributions de Fécondateur étaient aussi celles du Dieu du soleil fécondant, Fiörgynn se confondit, dans le culte des Svèdes, avec le dieu Freyr, le Dieu du soleil et de la fécondité , qui dès lors, par suite de cette confusion , fut lui-même représenté avec les insignes symboliques de Fiörgynn, à savoir îngentepriapo. Chez les Germains , au contraire, le dieu Frô (norr. Freyr) , en sa qualité de Dieu du soleil fécondant, fut absorbé par le Dieu de l'orage fécondant Virg-un; et c'est pourquoi ^c?a/» de Brème a pu donner au Freyr des Scandinaves le nom germanique latinisé de Friccon (germ. Firgun). Il est arrivé , dans toutes les Mythologies , que les divinités symboliques de la génération, ayant été changées, dans la suite, en divinités anthropomorphes et épiques, ont dès lors aussi été jugées, comme les hommes, au point de vue moral, et ridiculisées comme des dieux adultères et luxurieux. Aussi la tradition norraine postérieure, oubliant la signification 5ym6o%we primitive àeFiorgynn comme Générateur , et ne voyant que sa qualité épique áQ Fécondateur , l'a-telle représenté , au point de vue moral, comme un dieu lascif. Voilà pourquoi le malicieux Loki, raillant la déesse Frigg , l'épouse d'Odinn, lui reproche d'avoir une nature lascive , comme celle de son père Fiörgynn. (Voy. Poëmes islandais., p. 330.)
Suivant une strophe de la Vision de la Louve, la résidence de la déesse Frigg est nommée Salles d'Écume (norr. Fen-salir; cf. sansc. phena,é,mme', all./cm).Cenom désigneles nuages, qui ressemblentàde l'écume, et qui , nommés de ce nom , sont les symboles de la fécondation
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ou de la génération ; car les termes de écume , de spe7'me^ de eau, sont synonymes , dans beaucoup de langues et de mythologies anciennes (cf. Jphro-dite, Née de l'Effervescence, de l'Eau, du Sperme, ou de l'Écume). Frigg, la fllle de Fiörgynn, devint V épouse d'Odinn, parce que, la pluie étant inséparable de l'orage , Frigg, la Déesse de la pluie fécondante , était naturellement l'épouse á'Odinn, qui, dans l'origine , était le Dieu des tempêtes et de l'orage. Odinn étant le chef des Jses, Frigg ^ en sa qualité à' épouse d'Odinn, est devenue aussi la première ou la plus distinguée des Asynies. La connaissance qu'elle a des destinées humaines (et áoniSnorri parle ici tant soit peu hors de propos), n'est pas (on le conçoit sans peine) une conséquence de ses attributions ou de sa nature de Pluie fécondante [frigg , hregg)^ c'est seulement une conséquence que, dans la période épique de la Mythologie , les peuples goto-germains ont tirée, d'abord, de sa nature á^ femme, en tant que la femme ^ par suite de son organisation plus délicate que ne l'est celle de l'homme, possédait, selon eux, le don de la vision ; ensuite , sa connaissance de la Destinée est aussi la conséquence de sa qualité de rf^e55e, puisque, comme telle, Frigg était plus ou moins initiée aux mystères de la Destinée humaine, laquelle était décrétée, dans l'origine , par les Dieux , et plus tard , chez les dieux , par les Nornes (voy. p. 232) ; enfin , sa connaissance de la Destinée découlait encore de sa qualité de Déesse Suprême , ou d' Épouse d' Odinn , laquelle, plus que toute autre Asynie, devait être initiée aux grands secrets connus de son époux le Dieu Suprême. Cependant Snorri a tort, non-seulement de parler ici de cette connaissance , mais encore d'y insister particulièrement , comme si c'était là un caractère distinctif , et une attribution particulière de Frigg. Il s'est cru sans doute autorisé à le faire par l'énoncé de la strophe des Sarcasmes de Loki (voy. Poèmes islandais, p. 321) , qu'il cite. Mais il ne s'est pas aperçu que si , dans cette strophe , on attribue à Frigg une connaissance pleine et entière des destinées, cela est motivé et nécessité par les circonstances é/îe^we* et dramatiques de ce poème, sans que, pour cela , la Mythologie prétende que cette déesse ait eu , tout particulièrement , le don de la vision.
(30) conception du dieu thôr , et ses attributions.
§ 89. Pirkunis, Firgunis, Fiörgynn. — Le Dieu Suprême Ciel (scythe Tivus; norr. Tyr) , en sa qualité de Dieu de V or âge, portait le nom épithétique de Aime-Pluie (scythe Pirkunis; norr. Fiörgynn; sansc. Pardj- Janyas; kimro-thrake Herkunes; Pélasge-étrusque^ercw/e*). Plus tard, Aime-Pluie devint le nom propre d'une divinité distincte de Ciel, et ayant les attributions spéciales de Dieu de l'orage. L'orage étant considéré principalement au point de vue de h fécondation , le Dieu de l'orage était aussi envisagé surtout comme Dieu Fécondateur, et, en cette qualité, il se rapprocha du Dieu du soleil fécondant. Aussi plusieurs mythes symboliques, qui se rapportaient, dans l'origine , uniquement au Dieu du soleil, furent-ils, dans la suite, également appliqués au Dieu de Vorage, et cela par suite de l'analogie qui s'était établie entre ces deux divinités, tout comme elle s'était, également, établie, dans la Mythologie grecque, entre Héraklés, Dieu de \^ foudre , eiHéraklès, Dieu du so-
leil. C'est ainsi, nolaniment, que les mythes reposant sur l'antithèse entre la nature ignée du Soleil, et la nature humide de l'Océan , furent transportés du Dieu du soleil au Dieu de V orage, de sorte que le Dieu du Tonnerre fut représenté comme Y Ennemi de l'Océan, et prit dès lors deux épithètes appartenant, dans l'origine, exclusivement au Dieu du Soleil, savoir : 1® l'épithète de Bihvew (sansc. Papis, lat. Bibax) , qui convenait au Soleil, parce qu'en faisant évaporer l'Océan , il était supposé boire les eaux de la mer, et 2° l'épithète ([e, Protecteur du Peuple (scythe Tavit-varas; norr. Thiod-varr) ^ qui énonçait sa qualité de Père et de Protecteur de la Nation , qualités attribuées originairement au Dieu du soleil.
Chez les peuples de la branche sarmate, le Dieu de la foudre , Perkunas (lith. Perkunas ; norr. Fiörgynn) , prit aussi les attributions de Dieu de la guerre , et devint le Dieu Suprême (voy. Procop. de belle gothico, lib. 3, p. 432). Mais lorsque, plus tard, Perkunas, le Dieu de l'Orage, se confondit, chez les peuples de la branche sarmate, avec le Dieu du s(Ae\\^ Sviatoviti^'ûs du Brillant), tout comme, chez les peuples de la branche gète, Fiörgynn s'était confondu en partie âwecFreyr, ce nom de Perkunas s'effaça de plus en plus dans la Mythologie slave , comme celui de Fiörgynn s'était eifacé dans la Mythologie gotho-germanique. Perkunas, de uom propre à' un dieu qu'il avait été, devint, dans les idiomes slaves, un nom commun désignant \3i foudre (cf. Parom p. Parkum ou Perkunas; /irom p. parom, foudre; grom, foudre; cf. gr. keraunos). Comme les nuages orageux se rassemblent ordinairemert auprès des montagnes , et que les effets de la foudre se manifestent principalement dans les forêts séculaires, qui couronnent les cimes de ces montagnes, le Dieu de V Orage était considéré, dans l'Antiquité, comme ayant sa résidence sur les plus hautes montagnes (cf. heb. Javèh sur le Sina; sansc. Pardjjanyas sur le Mérous; gr. Zeus sur V Olympe; norr. Thór dans Thrûdlieini). C'est pourquoi les montagnes élevées , et couvertes de sombres forêts étaient consacrées à ce dieu. Telle était, chez les Kimro- Thrakes de la Phrygie, la montagne appelée Berekun-thos (Domaine áeBerekun), parce qu'elle était située dans le domaine {fhos; sansc. dha) du Dieu de l'orage Berekunos (lith. Perkunas). Telles étaient les forêts appelées herkuniennes (Appartenant à Herkunos ou Verkunos)^ au sud du Danube, depuis la Forêt-Noire jusqu'à la Pannonie {Aristot. Mirand. Auscult. ; Météor., 1,13; Argonaut. IV, 640; Cæsar, deBelio gall. 6 , 25) et les monts Akro-kerauniens (Appartenant à Keraunos) de l'Épire. En Germanie, les montagnes couvertes de forêts hercyniennes, situées entre VIdistavisus et le Sunt-dal, étaient consacrées également à Virguni (norr. Fiörgtjnn)^ que Tacite a désigné par le nom équivalent latin de Herkules (p. Herkunes). Plus tard , vers le deuxième siècle , lorsque , en Germanie , le nom de Donar (Tonnerre) fut substitué à Virguni, qui était l'ancien nom du Dieu de l'orage , ces montagnes , consacrées anciennement au Dieu de l'orage , et qui avaient porté le nom de Virguniennes , furent dès lors appelées 7>/o?2 As de Tonnerre. De même que, chez les Slaves , le nom propre du dieu Perkunas finit par devenir le nom commun áQ\di foudre (Perkunas-hrom), de même aussi, chez les
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peuples de la branche gète, et, sans doute, par l'exemple ou en imitation des Kimro-Keltes , le nom propre du dieu Firguni devint un adjectif neutre signifiant Firgunien (Appartenant à Firgun). Puis cet adjectif fut employé comme substantif neutre, signifiant d'sLbord mont Jirgunien (mont de Tonnerre), et ensuite montagne en général {^oth. /air guni , montagne; anglo-s./er^ew; v. h. allemand virgun; gSièMcJîreachin). Enfin du substantif neutre , signifiant iiiontagne en général, fut dérivé, sous forme d'adjectif, le nom propre féminin Virgunia (Montagneuse) ,, qui servit à désigner^ soit la déesse Terre(cf. sansc. Parvata-âdhârâ , Montagneuse, Terre; gr. Dèmèter herkuna) ^ soit la surface terrestre en général , soit quelque contrée montagneuse en particulier , tel que XErzgebirg, le Fichtelgebirg , etc. Le nom de Burgund, et de Vurgund-aip (Ile ou Contrée bourgonde) signifiait , ou bien District appartenant à Perkunas (cf. gr. Berekun-thos) , ou bien District montagneux. Les Scandinaves désignaient aussi, par le nom de tiörgynn (p. Fiargunia) la Terre , en général {Skaldskaparmâl , p. 1 78) , ou quelque contrée montagneuse et boisée , en particulier. (Voy. Oddrûnar grâtr.)
g 90. Les noms de Thôr , de Thôr au Char , et de Thôr des Ases. — Dans la Mythologie Scandinave, le nom du Dieu de l'orage, Fiörgynn, fut remplacé , au premier siècle avant notre ère , par celui de Thôr; de sorte que , dès lors , Fiörgynn ne figurait plus dans la tradition mythologique comme Dieu de V or âge, mais seulement comme Père de la déesse Frigg. Thôr hérita donc des attributions de l'ancien Dieu de l'orage, Fiörgynn; et comme Fiörgynn ^ en sa qualité de Dieu de la îoudre /écoíidante , s'était antérieurement confondu, en partie , avec le Dieu du soleil/écondant, Thôr hérita également de quelques attributions de l'ancien Dieu du soleil. Thôr ayant été substitué à Fiörgynn , qui n'était , dans l'origine, qu'une spécialisation du dieu Ciel, considéré comme Orage fécondateur, aurait proprement dû être considéré comme le/rère d'Odinn, qui, lui aussi, était, dans l'origine, identique avec C/e/^ considéré comme Père des Vents. Mais dans la Mythologie Scandinave, Thôr deYmiXe Jils d'Odinn, et cela par nulle autre raison si ce n'est que Odinn, étant devenu le Dieu Suprême, dut, en cette qualité, être considéré encore comme le Père des Ases (voy. p. 247), et, par conséquent aussi, comme le Père de Thôr. Thôr a pour mère la déesse Terre (norr. lord), non pas tant parce que V orage, ou les nuages orageux sont censés provenir de la terre, comme de leur mère , mais parce que Thôr, le fils du Dieu supi^ême, devait avoir pour mère lord, qui avait été subsituée à Jpia, l'ancienne Déesse Suprême , comme Odinn , le Père de Thôr, avait été substitué à l'ancien Tivus (Tyr), l'époux d'Jpia.
Thôr, comme l'indique son nom , contracté de Thonçir {Thonr ; v. ail. Donar ; normand français Thure , v. Notices des Manuscrits du Roi, Y, p. 31 ; Thur-old p. Thôr-valdr), et signifiant Tonnerre, était , dans l'origine, la personnification du tonnerre, lequel est la manifestation principale de l'orage. Comme on attribuait à l'orage une influence bienfaisante sur la fertilité de la terre, Thôr passait pour être un dieu bienfaisant, protecteur, et ami des agriculteurs. Les orages n'ayant lieu qu'en été, Thôr, ainsi que le Dieu du soleil , est un dieu de Vété, et, par conséquent, l'en-
nemi deslotnes et des Thurses, les représentants de \'hiv€?\ Thôr est un dieu anthropomorphe, actif et vigoureux. Ayant hérité de quelques attributions de l'ancien Dieu du soleil, il est, dans la Mythologie Scandinave, ce qu'était, dans la Mythologie grecque, Héraklès, à la fois Dieu de la foudre, et Dieu du soleil.
Quand Thôr agit en sa qualité de Dieu du Tonnerre, il est censé s'avancer sur son char, auquel sont attelés deux Boucs; et ce Char représente les nuages orageux qui contiennent la foudre. Lorsque Thôr est en activité , et, par conséquent, quand il est sur son char, il est appelé Thôr-au-Char ; car, comme le roulement du tonnerre ressemble au roulement d'une voiture, on se figurait ce dieu , non monté à cheval, comme les autres Jses (voy. p. 224) , mais s'avançant sur un char. Toutes les fois que Thôr n'a pas le Char, c'est-à-dire qu'il n'est pas en fonction comme Dieu du tonnerre y il va à jpied. Il ne possède même pas de cheval ; et la tradition épique en donne pour raison qu'étant le plus fort des Ases, Thôr serait un fardeau trop lourd pour un cheval. En imitation de ce mythe , la tradition épique postérieure rapporte, que Hugleikr, le roi des Gautes, était, depuis sa douzième année, trop lourd pour un cheval, que le héros Ecke (voy. Ecken-aus/ahri) Sillsiïi à pied, pour la même raison, et que Rollon {Hrôd-ol/, Rôl/, M.Rolvo) avait le surnom de Rol/-le-Marcheur {norr. Gongu-Rôlf)^ parce qu'il ne trouvait pas de cheval normand assez fort pour le porter. Une autre raison ep/i/we pourquoi T/idr marche à pied , c'est que , depuis le septième siècle de notre ère , la distinction entre les Nobles et les Manants s'étant établie en Scandinavie, ceux-là allaient de préférence à cheval, et ceux-ci ordinairement à pied. Aussi Thôr, le Protecteur des manants (norr. bondar)^ et des serfs (voy. p. 253), allait-il à pied comme eux, tandis que Odinn, le Dieu des larls et des guerriers nobles, chevauchait sur son cheval Sleipnir (voy. § 141).
La dénomination de Thôr-des-Ases ne paraît pas avoir été , comme le prétend i'norrz, une désignation ordinaire de ce dieu, puisqu'elle ne se rencontre qu'une seule fois dans les anciens chants eddiques , à savoir dans la 50« strophe du Chant de Harbard (Harbardsliôd) , où elle a été choisie exprès pour dire , avec ironie , que la force divine de Thôr, bien qu'il soit Ase, ou, bien qu'il soit Thôr-des-Ases , peut cependant être bravée.
l 91. La Demeure de Thôr. — Comme les nuages orageux se forment dans les régions situées entre le ciel et la terre , l'Endroit qu'habite Thôr ne se trouve pas, comme les autres Demeures des dieux, au ciel, dans VEnclos-des-Ases, mais en' dehors de cet Enclos, sur de hautes montagnes hercyniennes , entre le ciel et la terre. Mais, bien que cette demeure ne soit pas au ciel, elle est cependant un séjour sacré. Elle est nommée Séjour d'Énergie (Thrûdheim) , ou Champs d'Énergie (norr. ( Thrûd-Vangar) , à cause de l'énergie ou de la force invincible de Thôr, qui y fait sa résidence. La Halle que Thôr habite dans le Séjour d'Énergie, est nommée Éclair cit-Grain (Bil-Skirnir) , parce qu'elle était, dans l'origine, le symbole du nuage orageux, ou du grain, d'où sort la foudre qui disperse ou éclaircit le grain. D'après les Dits de Grimnir , il v a, environ, 540 allées á2J\% Éclair cit-Grain, c'est-à-dire qu'elles sont
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au nombre de 539, autant qu'il y a de pointes dans la Halle-des-Occis (voy. p. 150). En général , dans la Mythologie, les édifices célestes, qui, par leur nature ou par leur destination , avaient quelque rapport avec les vents et leurs directions cardinales, ont été figurés sous la forme de polygones réguliers. Ainsi le Hlid-skialf (voy. p. 240) , au centre duquel , quand on y était placé, on avait vue sur tous les Séjours, et dans toutes les directions , était une chaumine merveilleuse , polygone ou ronde, ayant dans son pourtour un grand nombre d'ouvertures, servant à la fois de portes et de fenêtres, et correspondant aux points cardinaux, avec leurs subdivisions. Valhöll , la demeure á'Odinn, l'ancien Dieu des ^/•e^^í5 , et Bilskirnir, la halle ou la demeure du Dieu du tonnerre et des orages, étaient considérés comme des palais de l'air et des vents , ou comme des Rotondes, dont les portes correspondaient aux différentes directions de la rose des vents. Dans la géographie mythologique, avant le troisième siècle, on ne distingua d'abord, généralement, que deux points cardinaux, savoir le lever , et le coucher du soleil; le midi était rapporté à l'orient, et le septentrion à l'occident (voy. Les Gètes , p. 8). Plus tard, on distingua, dans la Mythologie Scandinave , quatre points cardinaux, marqués par les quatre Dvergs, Austri, Vestri, Nordri et Sudri (v. p. 84). D'après cela , on s'attendrait à ce que le nombre des portes de la Rotonde céleste , ou le nombre des directions du vent , comme subdivisions des quatre points cardinaux , fût un multiple de quatre. Mais la Mythologie Scandinave, conservant, à ce sujet, le souvenir d'anciens mythes asiatiques, a maintenu, en ce qui concerne les vents, l'ancienne division septénaire. C'est que, déjà dans le huitième siècle avant notre ère , le nombre sept, c'est-à-dire l'unité flanquée , ou accompagnée à droite et à gauche, du nombre ternaire, (3-HI+3), comme un monarque ayant, à sa droite et à sa gauche , trois ministres, passait , chez la plupart des peuples de l'Asie occidentale et méridionale, pour un nombre sacre (voy. p. 151). Voilà pourquoi les Hindous donnaient à la terre la forme heptagone, et la disaient composée de sept\\t?> (sansc. dvipas) ; ils admettaient, par conséquent, aussi sept directions principales, et sejai vents ou points cardinaux. Aussi les Marouias (cf. lat. Mavortes , Tempêtes), qui sont les Personnifications des vents, ne figurent jamais, dans les ouvrages sanscrits , qu'au nombre de sept, ou de septM% sept. Cette division septénaire des Vents et des directions , fut également adoptée ou maintenue , dans plusieurs mythes Scandinaves , qui se sont formés vers le troisième siècle de notre ère. C'est ainsi que, pour exprimer l'idée générale d'un grand nombre, en fait de directions ou de vents , la Mythologie a employé le nombre de 7 X 77, c'est-à-dire de 539. C'est ce nombre, que la Mythologie Scandinave a assigné aux portes de Valhöll, ainsi qu'aux allées (voy. p. 150) de Bilskirnir, et elle a énoncé ce nombre d'une manière énigmatique , suivant l'habitude des mythes Scandinaves de la période postérieure (voy. Les Chants de Soi, p. 1 59), en disant que ces portes et ces allées sont au nombre de cinq cents , plus environ (ou presçwe)quatre dizaines [s.Dits c?eG/'mm>,strophe24).i>io/'r/, qui ne savait pas s'expliquer l'expression énigmatique de environ quatre dizaines, l'a prise purement et simplement comme ne signifiant que quatre dizaines.
§ 92. Les Boucs de Thôr. — Les Boucs qui traînent le Char de Thôr sont les symboles des vents brusques et violents , qui amènent les nuages orageux. En général, la Mythologie a symbolisé, par le bouc (norr. buckr, heurtant; cLldX.piignus, poing; pugna, combat), X^coup de vent brusque et violent; d'autant plus que ces coups de vent sont aussi subits et capricieux que les bonds et les coups de corne des boucs. Aussi les bourrasques qui s'élèvent fréquemment et à l'improviste dans les montagnes de l'Arcadie, ont-elles été, dans la Mythologie grecque, personnifiées dans le dieu Pân, qu'on se représentait sous la forme d'un bouc, et dont le nom, dérivé et contracté de Païan {p.Pavians, Heurtant; cf. lat.joavio, frapper), désignait également bien le vent qui frappe, et le bouc donnant des coups de corne. C'est, comme Personnification des coups de vent, que le dieu Pân est dit être l'Amant de l'Écho (qui répond aux coups d'air ou de vent), et qu'iiioue du Syrinx, instrument à vent , symbole des cavernes (gr. suringes) de l'Arcadie, qui retentissaient, lorsque les bourrasques venaient s'y engouffrer. Comme les coups de vents brusques et violents ont de l'analogie avec les coups d'épouvante ou de peur subite (cf. \2X.pavor, peur, d^paveo, être heurté ^frappé) , le dieu Pân était aussi l'auteur de ce qu'on appelait, d'après lui, la terreur panique. Les anciens guerriers grecs tâchaient d'inspirer à leurs ennemis cette panique, en poussant un cri de guerre subit et violent, qu'on appelait, pour cette raison , \Çi frappement (gr. païan p. pavian)^ et qui , avant de désigner un Péan ou chant religieux, n'était autre chose, dans l'origine, qu'un hourra! ^ qu'un cri de guerre, ou un chant guerrier. Les Latins se figuraient, également^ comme des 6owc5, lesFaunes, qui étaient les personnifications des vents; csly Faunus signifie, originairement, Soujffleur (sansc. pavanas, vent) , et c'est de Faunus , plutôt que de son dérivé , Favonius^ que provient le nom du Fœn, de ce vent chaud, violent et brusque, qui, à certaines époques de l'année, souffle dans quelques vallées de la Suisse. Les Boucs de Thôr sont nommés Croque-Dent et Grince-Dent; ces noms n'ont pas de signification symbolique, par rapport aux attributions spéciales de ces boucs; ce sont des noms épiques, métaphoriques, ou poétiques, qui désignent le bouc en général, parce que cette espèce d'animaux, en mangeant et en ruminant, croque et grince les dents.
l 93. Le Marteau de Thôr ; ses Gantelets de fer ; et sa Ceinture de Force. — Les ancêtres des Scandinaves , ainsi que d'autres peuples de l'Antiquité , prenaient les bétyles , les aérolithes , et les tubes nommées fulgurite s , pour des foudres, qui avaient été lancées, dans les orages, et qui ensuite s'étaient refroidies. C'est pourquoi on s'imaginait que Thôr, le Dieu de la foudre , lançait des aérolithes , ou des pierres ferrugineuses incandescentes (cf. norr. iarn-sia glôandi, éclat de fer incandescent). Or, dans l'Antiquité , on se servait de la pierre , en guise de marteau , au point que, dans les langues goto-germaniques, le mot pierre {hamar) signifiait également marteau (ail. hammer)\ et , comme les aérolithes avaient , pour la plupart déjà, la forme conique de cet instrument , l'idée s'établit facilement que Thôr était muni d'un marteau. Chez les peuples germaniques et Scandinaves , le marteau n'était pas seulement un instrument pour marteler, c'était aussi, comme la pierre dont il était fait, un joro-
N" (30) (p. 98) ; LE MARTEAU DE THÔR ; LA CEINTURE DE FORCE. 257
jectile, de sorte que, dans tous les usages symboliques et juridiques (cf. Grimm, Rechtsalterthumer)^ où il fallait employer un projectile, au lieu de la pierre brute ou non façonnée , dont on s'était servi primitivement , on se servait d'une pierre , plus ou moins bien façonnée , en guise de marteau, et même d'un marteau proprement dit, ou d'une masse de fer, à laquelle on avait donné la forme convenable de cet instrument. Aussi le marteau attribué à r/idr est-il essentiellement un projectile, car il représente \sî foudre, qui est lancée au loin du sein des nuages orageux. Mais comme la foudre fracasse tout ce qu'elle atteint, le marteau de Thôr est aussi un instrument contondant, et , comme tel , il est nommé Meunier (norr. Miollnir), parce qu'il broie ou moud, en quelque sorte, ce qu'il frappe. Dans l'Antiquité, le marteau était également une arme, et c'est pourquoi Thôr se sert de son Meunier pour lutter contre ses ennemis , {&?> Raide s- Givreux, et les Géants-des-Montagnes. Le Meunier de Thôr a une vertu magique particulière. Semblable à l'épée du demidieu hindou Jrdju7ias , laquelle , sans être brandie , frappe d'ellemême, à volonté, les ennemis, le marteau de Thôr revient aussi, de lui-même , dans la main du Dieu , après avoir frappé l'objet , sur lequel il a été lancé. Le marteau, comme projectile, comme instrument contusif, et comme arme, devait avoir un manche, afin qu'on pût le saisir et le brandir, soit pour frapper, soit pour le lancer. On était étonné de ne pas trouver de manche aux aérolithes, qu'on considérait comme des marteaux de Thôr. Aussi la Mythologie , pour donner quelque raison plausible de ce qu'elle considère comme un défaut dans Miölnir, raconte -t- elle (voy. Snorra Edda, p. 131), que, lorsque les Dvergs Sindri (Exsudé; cf. lith. gintaras, succin) elBrock (cf. goth. bruks , utile), les fils á'Ivald (cf. ail. É-wald; lat. indu-strius) fabriquèrent \eMeÛ7iier, ce marteau, par la négligence de l'un d'eux , eut le défaut d'avoir le manche trop court. Thôr, par conséquent, ne pouvant pas brandir le Meunier en le tenant par le manche, était obligé de le lancer, chaque fois, des deux mains , comme une grosse pierre. Mais comme le Meunier, symbole du coup de foudre, est supposé incandescent, pour que Thôr ne se brûle pas les mains, la Mythologie lui attribue une paire de Gantelets de fer, à peu près comme les Chevaux de Soi ont, en croupe, le bouclier nommé Rafraîchissant {norr. Svalin)^ elle Fer Réfrigérant, entre les épaules, (voy. p. 203), pour se garantir des ardeurs du soleil, ou bien comme l'Ase Fidâr a un Soulier Épais (voy. p. 1 02) , afin de ne pas se brûler le pied lorsqu'il devra le placer dans la gueule du Loup de Fenrir terrassé (voy. p. 135.).
On savait par expérience qu'une ceinture , médiocrement serrée autour du corps , augmentait l'agilité et la force de ceux qui se livraient à des exercices ou efforts violents. C'est pourquoi la Mythologie, dès le troisième siècle de notre ère , attribue aussi une ceinture à Thôr, lequel , dans certaines occasions , est obligé de faire de grands efforts, pour lancer, bien loin et bien fort, le Meunier sur ses ennemis. Cette ceinture porte le nom de Ceinture- de- For ce , parce qu'elle possède la vertu magique ou surnaturelle d'augmenter du double la/o/-ce d'Ase (norr. âs-megin), ou la force divine , déjà si grande, de l'Ase Thôr.
(31) baldur; niördur; skadi; freyr; et freyia. § 94. Baldur , dédoublement et héritier du dieu Soleil. — Le soleil , comme corps céleste , était considéré , dans l'origine (vers 3000 environ avant notre ère) , seulement comme une partie intégrante , ou comme un ornement du dieu Ciel {Tivus; Svat). Dans la suite, environ vers 2500 avant r.-Ch. , il ne fut plus seulement considéré comme partie intégrante de Ciel, il fut aussi adoré comme lui, et adoré comme une divinité distincte du dieu Ciel. Comme le soleil se mouvait sur la voûte céleste , on lui donna le nom de Céleste (scythe Svalius). Lorsque le soleil fut adoré comme une divinité distincte de Ciel, il fut conçu comme une divinité zoomorphe. Plus tard (environ vers 1500 avant J.-Ch.), Svalius (Soleil) devint un dieu anthropomorphe, présidant à Tastre du soleil zoomorphe , et il eut les noms épithétiques de Prompt à la Chasse (scythe Vaîtuskurus) ^ et à^^ Brillant par la Targe (scythe Targi-tavus). Comme Père de la nation scythe, le Dieu du soleil était aussi V^miei le Protecteur de ce peuple, et portait, par conséquent, le nom épithétique de Garde du Peuple (scythe Tavit-varus)^ et de Seigneur (scythe Pravus); il fut , de plus , considéré comme l'auteur de toute richesse , et de tout bien. Comme source de Lumière , et de Chaleur, et de l'Enthousiasme , le Dieu du Soleil, chez les Scythes, était aussi le Dieu de l'Intelligence, de la Vision, de l'Inspiration, et de la Divination. Le culte du Dieu du soleil , ainsi que les mythes et les attributions de ce dieu , passèrent de la religion des Scythes dans celle des peuples de la branche gète; mais ils y subirent de grandes modifications , par suite de l'influence qu'exercèrent sur ces peuples le culte et les mythes du Soleil, tels qu'ils existaient dans la religion des Kimméro-Thrâkes, avec lesquels lesGètes, les descendants des Scythes , étaient entrés en rapport direct. Les Dieux-solaires , s'étant dédoublés du Dieu du Soleil , se séparèrent de plus en plus de l'astre du soleil, auquel dès lors fut préposée la Déesse Soi (voy. p. 201). Lorsque la Déesse Soi eut remplacé l'ancien Dieu du Soleil , les attributions de ce dieu , ainsi que les mythes se rapportant au soleil considéré comme astre, se conservèrent dans la tradition , et furent rapportés, les uns à la déesse Soi , les autres aux dieux et héros épiques, qui étaient les héritiers et les dédoublements de l'ancien Dieu du Soleil. Parmi ces héritiers et dédoublements, il faut surtout distinguer le àieu B a Ithus (Force, Distinction; norr. baldur, force, courage), ou Balthags (Doué de force; cf. anglos. Bâldâg) , dont le nom avait été un des noms épithétiques de l'ancien Dieu du soleil. De même que Targitavus avait été le Père de la nation scythe, de même ses héritiers et dédoublements , le dieu-héros J7nal [Fort; cf. norr. JJÎ)., et le dieu Balthus passaient , le premier, pour le Père éponyme de la famille noble des Jmales , chez les Austro-Gotes , et le second , pour le Père éponyme de la famille noble des Balthes , chez les Yisi-Gotes. Environ au premier siècle de notre ère , le dieu Balthus passa dans la Mythologie Scandinave, et prit le nom de Baldur. Déjà à cette époque on ne savait plus qu'il était l'héritier du Dieu du soleil, ou que son origine était entièrement solaire. Aussi Baldurw' di-i-W jamais été l'objet d'un culte populaire, ni très-répandu chez les peuples de la branche gète, comme l'ont été , par exemple , Odinn , Freyr, et Thôr. Mais le cycle mythico-
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épique de Baldur est du moins aussi étendu que celui de Freyr, et même aussi populaire que celui de Thôr. Baldur occupe donc plus de place dans le mythe ou la tradition , que dans le culte, et dans la religion. Bien que le fond primitif des mythes de J?a/</t</" remonte, en partie, aussi haut que le culte de Targitavus, chez les peuples scythes, cependant ces mythes ne se sont formulés, et n'ont été rattachés spécialement à Baldur, qu'à commencer du troisième siècle de notre ère. Ces mythes ne s'expliquent que quand on se rappelle que Baldur, ou plutôt son prédécesseur Balthus, était une spécialisation du soleil, savoir le Soleil estival, comme le prédécesseur de HeimdalléXdXi le So\e\\ j)rintannîer , comme celui de Hödur était le Soleil automnal, et celui de Vali, le Soleil hivernal.
Les mythes sur 5a/i^2<5 se sont développés principalement à l'époque où les peuples de la branche gète se furent établis dans le climat froid du Nord de l'Europe ; car alors , .plus que pendant leur séjour dans l'Asie et dans l'Europe méridionales , leur attention a dû se porter sur l'excellence et les bienfaits du Soleil d'été. Ces mythes se sont encore plus développés à l'époque où les peuples de la branche gète ont été en rapport avec les peuples keltiques des contrées appelées plus tard la Germanie ; car c'est probablement à l'influence de ces peuples, qu'il faut attribuer ces idées morales de pureté , de sainteté , et cette physionomie sacerdotale, et tant soit "p^M féminine, qui caractérisent les mythes de Baldur, et qui sont étrangères au génie mâle , et au caractère essentiellement laïque, des Germains et des Scandinaves.
Dans la pensée, et dans les langues des peuples iafétiques , l'expression de brillant servait aussi à désigner l'idée plus métaphysique de beatité. Aussi Baldur est-il représenté comme éclatant de blancheur , c'est-àdire de beauté; et suivant la tradition populaire , rapportée par Síiorri , il n'y a qu'une seule plante qui puisse rivaliser de blancheur avec Baldur, c'est la camomille matricaire , nommée , dans le Nord , et principalement en Islande , le Sourcil de Baldur. La blancheur est ensuite le signe, le symbole , et l'expression de la pureté ou de la sainteté (v. p. 237), comme la beauté physique est, d'après les peuples iafétiques, l'indice de la bonté morale (voy.p. i83). Aussi Baldur &si-\\ représenté comme le plus saint, le meilleur , le plus aimable, et le plus clément des yises. Il habite Large-Éclat (voy. p. 239), le Séjour le plus brillant, et le plus pur, et le plus saint. Enfin, comme Baldur est l'héritier et le dédoublement du Dieu du soleil, qui était également le Dieu de l'Intelligence , et de l'Art , et comme à une belle âme doit être assorti un esprit distingué , qui , selon les idées des Normands , se manifestait principalement par la Sagesse, et le don de la parole, Baldur, de même que Apollon chez les Grecs, passait à la fois pour le plus sage, le plus discret, et le ]^\us persuasif des Dieux. Mais malgré ces brillantes et touchantes qualités, Baldur, le symbole du Soleil estival, devra mourir, jeune encore, en automne; semblable, en cela, kJdotiis, kAchilleus , k Hippolytos , eikSigfrid, il est condamné , irrévocablement, par la dure Destinée (norr. urlag, voy. p. 232) , à périr de mort violente , à \2i fleur de l'âge.
Baldur est le fils des Divinités suprêmes , Odinn et Frigg , de la même manière que son prototype Targitavus, le Dieu du soleil, était le fils
des dieux suprêmes , Tivus et Apia. Si Snorri dit que Baldur est le second fils á'Odinn, cela ne signifie pas que la Mythologie considère Thô7' comme l'aîné, et Baldur comme le puîné ; cela signifie seulement que, parmi les i\\s A'Odinn, Snorri croit devoir assigner \^ premier rang , non à Baldur, mais à Thôr, comme à l'ancienne divinité principale des Norvégiens et des Islandais, et comme au plus distingué parmi les Ases, par sa force et son énergie.
§ 95. Niördur , dédoublement et héritier du dieu Ciel. — Vers l'an 2500 avant notre ère , les peuples iafétiques , non encore séparés les uns des autres , voyant que les sources et les cours d'eau étaient alimentés par les pluies tombant du ciel , en conclurent que les eaux terrestres provenaient toutes du ciel. Aussi ces eaux passaient-elles pour un don fait aux hommes par le dieu Ciel. Par leur origine, les eaux étaient donc célestes, et par conséquent pures, et sacrées. Ce n'est qu'après s'être séparées les unes des autres, que les nations primitives, de la souche ia- /étique, ont imaginé, et établi dans leurs Mythologies respectives, des Divinités particulières pour présider aux Eaux. Aussi faut-il considérer toutes ces divinités comme des dédoublements ou spécialisations du Dieu primitif anthropomorphe Ciel, envisagé comme Dieu de îa Pluie. Aux yeux des Scythes, peuple pasteur et nomade, les sources, où s'abreuvaient leurs troupeaux , passaient naturellement pour une richesse , un bienfait du ciel , et , dans la suite , pour les symboles du Bien-être, et de l'Abondance. De même que le Feu sur la terre était considéré comme tirant son origine du Feu céleste, soit de la Foudre, soit du Soleil , de même aussi les sources et les cours d'eau passaient pour avoir une origine céleste , et pour être alimentés par les nuages, ou les pluies du ciel. Aussi , dans l'origine, le dieu Ciel (scythe Tivus) était-il également adoré en qualité de Dieu des Eaux (cf gr. Ouranos, Ciel, et sansc. Varounas , Dieu des Eaux). Comme les pluies tombent du ciel , non pas quand il est brillant, mais lorsqu'il est chargé de nuages, le dieu Ciel devint le Dieu des Eaux, non sous le nom de Brillant (scythe Tivus)., mais , comme Dieu de l'Orage , sous celui de Aime-Pluie (scythe Pirkunis). Cependant ^ comme les pluies et les rosées tombent souvent sans qu'il y ait des orages , le Dieu des Eaux se détacha de Pirkunis , comme Pirkunis s'était détaché de Tivus (voy. p. %M)'. Il y eut dès lors une divinité spéciale, présidant aux Eaux; et comme elle passait pour être la Source céleste des Eaux terrestres, on la désignait aussi par un nom signifiant Source. Or, la source étant quelque oho^Q Aq frémissant , à' effervescent , di^ jaillissant, le nom de Frindus qui, en langue scythe, signiûaiitj aillissatit , devint le nom du Dieu des Eaux (voy. Les Gètes , p. 237). Comme le dieu Frindus s'est formé par le dédoublement de Pirkunis^ à une époque où ce dieu était déjà adoré comme dieu anthropomorphe , Jaillissant fut également considéré comme un dieu anthropomorphe, résidant dans le ciel, et présidant aux nuages , sources des Eaux terrestres. Les peuples encore pasteurs, tels que les Scythes, comparaient les noirs nuages à un troupeau de bétail noir. La pluie qui tombait de ces nuages , qui alimentait les sources , et abreuvait ainsi la terre , les hommes, et les animaux , fut assimilée au /a2Ï (sansc. payas, boisson , lait) que- donnait le bétail céleste.
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Ensuite comme, dans le langage symbolique des peuples de l'Antiquité, l'eau jaillissante, et les rayons de lait, étaient aussi remblème du sperme fécondateur, et que, d'ailleurs, l'idée de source réveillait naturellement celle d'origine, et de génération, le dieu Vrindus , présidant aux nuages pluvieux, c'est-à-dire aux taureaux fécondateurs , et aux vaches laitières du ciel , fut aussi préposé à la Génération ou à la Fécondation, considérée tant par rapport à la terre, que par rapport aux hommes , et aux animaux. Les taureaux et les vaches devinrent dès lors aussi les animaux consacrés à Vrindus, et furent même désignés eux-mêmes par le nom de vrindus (cf. vieux h. ail. rindur, bétail), qui fut pris d'abord dans le sens de héiîkW fécondateur, om fécondé.
Le dieu Vrindus passa, de la religion des Scythes , dans celle des peuples de la branche sarmate, et de la branche gète. Les peuples sarmates changèrent, par métathèse , le nonj de Vrindus en Vnirdus, qui , plus tard, chez les anciens i'/ares, fut changé en celui deNirthus. Chez les peuples de la branche gète, Vrindus, le Dieu des Eaux , de la Fécondité , et de . l'Abondance , prit le nom épithétique de Chagmiis (Utile , Agréable ; norr. Högni, Hœnir)., ou de F272 (Agréable) ; et ces deux noms , le premier surtout , prirent le dessus sur celui de Vrindus , qui disparut ainsi de la Mythologie des Gètes, et ne fut pas transmis^ par ceux-ci , à leurs descendants les Germains et les Scandinaves. Les noms de Chagunis et de Vili, qui avaient été substitués au nom de Rindus^ se retrouvent dans la Mythologie Scandinave ., sous la forme de Högni, de Hœnir , et de Vili; mais le dieu Vrindus n'y figure point sous le nom de Rindur (correspondant à celui de Frmí/w^), il y figure sous la dénomination deNiördr. C'est que les Scandinaves, et principalement X^sSvîes, qui avaient été longtemps en rapport avec les Slaves , adoptèrent de ceux-ci ce dieu , sous son nom slave de Nirdus. Nirdus passa ainsi dans la Mythologie norraine, sous le nom de Niördr.^ au lieu de celui de Rindur; et Niördr y fut dès lors substitué au dieu Hœnir ^ dont l'ancien nom Chagunis avait remplacé , chez les Gètes , celui de Vrindus. Cette substitution de Niördr à Hœnir^ dans la Mythologie Scandinave , est exprimée dans un mythe, qui dit que les Ases (Scandinaves) , pour faire la paix avec les Vanes (Slaves) , échangèrent l'Ase Hœnir contre le dieu vane Niördr. Hagunis , ayant été remplacé dans le culte par Niördur^ tomba au rang d'une simple divinité mythologique, qui, n'existant plus que dans la tradition, perdit, de plus en plus, l'importance qu'elle avait eu primitivement dans le culte. Hagunis , sous le nom de Högni, devint un personnage épico-mythologique, et Hœnir figura dans quelques mythes anciens, dont la plupart sont devenus , dès le second siècle de notre ère , inintelligibles et obscurs au peuple norrain. Niördur prit , dans la Mythologie norraine , les anciennes attributions de Vrindus ou de Hagunis, comme dieu des Sources et des Eaux ; il présidait à la Pêche , à la Navigation, et, par suite, au Commerce , et c'est aussi paria pêche et le commerce qu'il donnait la Richesse et la Pcopriété. Comme Dieu de la Navigation, il modérait la Mer, et les Vents, et , comme Dieu des Eaux, il tempérait la puissance du Feu. Plus tard , Niördr fut principalement considéré comme le dieu qui procure le Bienêtre, la Nourriture, l'Abondance, et les Bienfaits qui résultent des travaux
de la Paix. Aussi fut-il surnommé le Riche (voy. Chants de Sol, p. 122), et les clercs érudits du Moyen âge Tont-ils comparé à ó'aíwryze, le Dieu de l'Age d'or. Comme le septième jour ou le Samedi (bas-lat. Sabati dies) était consacré , chez les Romains , à Saturne , les peuples germaniques le consacrèrent à JSiördr; mais , au lieu de nommer ce jour d'après ce dieu, ils le nommèrent/owr de Saturne (cf. angl. Saturday)^ on Jour de Lavage (norr. laugar-dagr, dan. löverdag, suèd. lördag)^ parce qu'on y lavait ou purifiait \es objets de la maison, en l'honneur du dieu des Eaux. La Demeure de Niördr, au ciel, porte le nom de Enclos- du-Nocher (norr. Nôa-tU7i)\ c'était probablement, dans l'origine, une Constellation propice aux pêcheurs , et qui était placée un peu au-dessus de l'horizon , du côté de la mer. Lq Nocher {mvv Nôi) était, sans doute, quelque personnage mythologique, peut-être Ber-Gelmir, métamorphosé en astre, et transporté au ciel (voy. p. 188). Niördur est l'époux de Skadi , et le Père de Freyr et de Freyia.
% 96. Skadi , héritière de la Déesse Vrindus. — Le nom scythe de Vrindus (Source) , en tant qu'il signifiait Jaillissant , était d'abord seulement du genre masculin; mais, en prenant encore la signification tropique A' Origine, il devint aussi du genre féminin (cf. ail. der qvell, die qvelle. Le nom de Frindus étant dès lors à la fois masculin et féminin , on associa également , en Mythologie , au dieu Vrindus , une déesse du nom ùe Vrindus, et qui personnifiait en elle la qualité (sansc. çakti^ énergie) de son époux. Les Grecs, en citant le nom de la déesse Vrindus, lui donnaient la terminaison féminine usitée dans leur langue; le nom de Vrindus fut donc rendu, en grec, par celui de Rhindè^ que les Latins changèrent naturellement en Rinda {Plin. H. N. 6, 7). La déesse Vrindus passa, comme son époux , dans la religion des peuples de la branche sarmate, et de la branche gtte. Les Sarmates changèrent le nom du dieu et de la déesse Vrindus en celui de Vnirdus ou Nirdus. Dans la religion des peuples de la branche gète, la déesse Vrindus se maintint sous ce nom , et fut transmise plus tard aux Germains et aux Scandinaves , qui lui donnèrent, dans leur idiome, le nom équivalent âeRindur (p. Vrindus). Les Germains qui habitaient les bords orientaux de la mer Baltique, et surtout les Svèves, qui étaient un peuple germain mêlé à des Slaves, adoptèrent de ceux-ci la déesse Nerthus (Nirdus), et la substituèrent à la déesse Rindus , qui leur avait été transmise par leurs pères , les peuples de la branche ^éíe. C'est cette déesse que Tacite appelle, également, Nerthus, et qui est identique, par son origine et par ses attributions, avec la déesse Rindur des Scandinaves. Mais de même que les Germains, en adoptant des Slaves la déesse Nerthus, n'adoptèrent pas également, pour l'associer à cette déesse, le dieu slave Nerthus (norr. Niördr) ^ de même les Scandinaves, en adoptant des Slaves le áien Nerthus (Mördr), n'ont pas accepté , en même temps , pour l'associer à ce dieu , la déesse slave Nerthus. Ils ne songèrent pas même à associer de nouveau leur déesse traditionnelle Rindur, soit comme épouse, soit comme sœur, au àieuNiùrdur, qu'ils venaient de réintroduire dans leur religion. Aussi pour expliquer , sans doute, ce manque de rapport mythologique entre Niördr et Rindur, Snorri,U2LïisV Ynglinga saga, a-t-il insinué que, chez les Vanes,
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il était bien permis que ISirdus eût, pour épouse, sa sœur Nirdus , mais que, les Jses ne permettant pas qu'on épousât sa sœur, Niördr dut prendre une autre femme , Skadi. Cependant, la véritable explication de ce fait consiste à dire que les Scandinaves , songeant plutôt à associer , comme épouse, à Niördr, ou au Dieu des Eaux et de la Pêche, une Déesse de la Chasse, ne trouvèrent cette qualité de chasseresse, ni dans la déesse slave Nerthus, ni dans la aêesse Rindur, transmise par leurs pères. C'est pourquoi ils adoptèrent des Firmes, leurs voisins , leur Déesse de la Chasse, à laquelle ils donnèrent le nom de Skadi (Nuisible) , lequel était un nom épithétique traditionnel de Freyia, considérée comme héritière de l'ancienne Vaitu-Skura, la Déesse de la Chasse. Ce qui prouve que Skadi était originairement une espèce de Freyia , chasseresse , ou une Déesse de la lune, c'est qu'il est dit, dans un mythe , que Skadi, devant prendre , au sort, un époux parmi \esAses, désirait (et cela, sans doute, en sa qualité de déesse lunaire) obtenir pour époux Baldur, le dieu solaire (voy. Snorra Edda, p. 82). Skadi, comme Déesse de la Chasse, ayant été associée à Niordur, à la place de l'ancienne déesse Rindur, celle-ci ne figura plus dans le culte, et tomba au rang d'une divinité émérite. En Germanie, la déesse Nerthus présidait aux Sources et aux Eaux , mais surtout à la Fécondité, et à l'Abondance. Comme Déesse des Eaux et des lacs , elle avait sa résidence au fond d'un lac, qui se trouvait dans une île de la mer Baltique. Comme Déesse de la Fécondité , elle passait pour la Mère des dieux , et elle était promenée en un char traîné par des vaches , qui étaient ses animaux symboliques , et qui avaient été déjà consacrées à l'ancienne déesse Vrindus^ dont Nirthus était l'héritière.
Lorsqu'au quatrième siècle avant Jésus-Christ les peuples de la branche gète , les Svîes et les Gautes , se fixèrent dans la Scandinavie , ils y trouvèrent établis des peuples d'origine ^^iwe. Ces peuplades avaient l'habitude de pêcher, en été, c'est-à-dire pendant trois mois de l'année , et de chasser, en hiver, c'est-à-dire pendant neuf mois de l'année. Ils avaient conservé cette habitude encore à la fin du neuvième siècle , comme le dit expressément le pêcheur de baleine anglo-saxon Other, dans sa relation qui est insérée dans la traduction anglo-saxonne de l'Histoire d'Orose , traduction attribuée au roi Ælfred. La pêche se faisait sur les bords de la mer, mais la chasse , dans l'intérieur des terres, et dans les montagnes. Pour chasser, au milieu des neiges, les Finnes courent sur des barres, c'est-à-dire, sur une espèce de patins, qui étaient déjà usités dans l'Antiquité ; car cet usage leur avait fait donner le nom de Finnes-Patineurs (norr. Skrid-Fin7iar ;\ .Paul Diacre, eh^L^. 2). Cesbarres, semblables auxpatins usités également au Canada , et connus sous le nom de raquettes, consistent en deux planchettes , à peu près de un mètre 60 centimètres de longueur , et de 9 centimètres de largeur ; l'une est un peu plus longue que l'autre , pour faciliter l'élan à prendre ; toutes les deux, à l'extrémité antérieure, sont un peu recourbées en haut, pour empêcher la pointe de plonger dans les neiges, et elles sont un peu arquées en dessous, pour que le poids du corps, pesant sur le milieu des barres, ne leur fasse pas faire une courbure sur le niveau de la neige. Des liens d'osier, sous forme de demicercles ou d'étriers , et dans lesquels on passe les pieds , servent d'at-
taches. C'est sur ces barres que les Lapons parcourent, encore aujourd'hui, les plaines couvertes de neige et déglace; et, à la chasse, ils atteignent ainsi, en courant, les loups et les rennes. En imitation de ces chasseurs lapons, on a formé, de nos jours, dans l'armée, en Norvège, deux bataillons de chasseurs Coureurs sur patin {suéá.Ákie-lœbers)^ qui exécutent, en patinant sur les neiges , leurs marches , exercices , et évolutions militaires. Les anciens Finnes, qui passaient pour d'excellents Tireurs d'arc, avaient une Déesse de la chasse, l'épouse du Dieu de la pêche, nommé, sans doute , Ahto. Ils croyaient, probablement , que , pendant les trois mois de l'été , où ils vivaient du produit de la pêche , le Dieu de la pêche se trouvait , avec eux , sur les bords de la mer , et que , ensuite , pendant les neuf mois de l'hiver , leur Déesse de la chasse allait avec eux se retirer dans les montagnes. Ces deux divinités finnes, protectrices de la Chasse, et de la Pêche, ont, sans doute, été adoptées d'abord par les Gautes , chasseurs, et tireurs d'arc, et ensuite par les Suèdes ^ pêcheurs; et elles ont été , enfin , rattachées au système mythologique de la religion Scandinave. Le dieu finne de la Pêche se confondit avec Niördur , et la déesse finne de la Chasse eut le nom norrain de Skadi {Nuisible; cf. norr. Skæ^ Skati; scyilie Skaïs)^ parce que, comme déesse de laChasse, elle passait pour jîjern/czezae aux animaux, qu'elle pourchassait avec ses flèches, en courant sur les barres. Skadi, comme Déesse de la Chasse, devint, dans la Mythologie Scandinave , l'épouse de Niördur, le Dieu de la Pêche. Elle est opposée à son mari sous plus d'un rapport. Niördur est d'origine vane, c'est-à-dire qu'il est une divinité slave , adoptée par les tribus Scandinaves (v. p. 262). Skadi est delà race des Géants-des-Montagnes, c'est-à-dire qu'elle est une divinité /mie ^ adoptée par les Svîes et les Gautes; car les Finnes , refoulés par les peuples Scandinaves dans les parties montagneuses de la Presqu'île , sont souvent confondus , dans la Mythologie, avec les Géants-des-Montagnes {d.i^.%\'è). 5Æac/2 passe pour être la fille du Géant-des-Montagnes Thiassi (p. Thiarsi, Querelleur) , qui est , sans doute , la Personnification des vents impétueux et querelleurs de l'hiver, comme l'indique encore le nom de la résidence de Thiassi, appelée Séjour de Bruissement. Ce Séjour est situé, au Nor(L dans les montagnes , et il est affectionné beaucoup par Skadi, la déesse de la Chasse, comme Snorri le rapporte d'après la strophe ll*^ des Dits de Grimnir; et en cela elle est encore opposée à son époux Niordur, qui, dieu de la Pêche, préfère les bords de la mer. Les vers qui expriment ces goûts opposés des deux époux , sont attribués par Saxon, le Savant {Historia danica, lib. I) , au roi danois Hading, qui aimait les bords de la mer, et à la reine son épouse, qui, originaire de la Norvège, préférait le séjour dans les montagnes. Mais le contenu de ces vers tirés par Saxon d'un poème qui n'existe plus aujourd'hui , se rapportait originairement au dieu Niordur et à la déesse Skadi. En se faisant des concessions réciproques, ces deux divinités passaient successivement nez// nuits au Séjour de Bruissement, dans les montagnes , et trois nuits à V Enclos du Nocher, près de la mer ; ce qui signifie que , des douze mois de l'année, trois étaient sous la protection du Dieu de la pêche Niöi^dur^ et 7i€vf, sous celle de la Déesse de la chasse Skadi. Les Scandinaves et les
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peuples germaniques , en conséquence des idées, exprimées dans leur Cosmogonie , et d'après lesquelles IV^eY-er précédait et engendrait l'été, comme la nuit précédait et engendrait le Jour (voy. p. 200) , désignaient aussi V aimée par le nom de V hiver qui la commençait , et la Journée par le nom de la nuit, qui l'engendrait. Les trois et les neuf 7iuits du Mythe, signifient donc autant de périodes dans l'année , et, particulièrement ici^ trois viois d'été, et neuf mois d'hiver.
§ 97. Freyr, dédoublement et héritier du Dieu du soleil. — Vers le sixième siècle avant notre ère, Targitavus , le dieu anthropomorphe du soleil , chez les Scythes , fut considéré comme le Protecteur de la famille et de la tribu, et présidait, par conséquent, à tout ce qui constituait V Entretien, le Bien-être, et la Richesse /amzY/a/e (cf. norr. adals-fê). En cette qualité, il avait le nom épithétique Aq Seigneur, ou úq Excellent , dans le sens de Maître , de Entreteneur (cf. angl. Lord, de hlâf-verd, Donne-pain). Le mot qui, dans les idiomes scythes, signifiait Excellent, était dérivé de la préposition pra (avant; cf. sansc. prî, préférer , aimer ; cf. lat. intrare., s'intériorer, entrer^ de intra)^ et avait la forme de Pra~ vus, correspondant au ^2iX\SQ,vii pra-bhus (Excellent), au grec praiis (bénin) , au latin probus (excellent). Le nom de Pravus (Excellent) devint , chez quelques tribus de la branche sarmate , le nom propre d'un dieu , distinct de Targitavus, dont il s'était dédoublé. Ce dédoublement a dû s'opérer au moins dès le sixième siècle avant notre ère (époque où la branche sarmate s'est séparée de la branche gète) , puisque le dieu Pravys (scythe Pravus) se trouve, dans la Mythologie des peuples slaves, comme divinité distincte. Le dieu des Sarmates, Pravys, dédoublement et héritier de Targitavus , prit les attributions principales de ce Dieu du soleil; comme lui, il présidait au soleil, et fut le Protecteur du Pa^/s, et du Domicile. Mais il fut principalement considéré comme le Seigneur, c'est-à-dire comme l'auteur de l'Abondance, et par suite comme l'auteur de la Fertilité, et de la Fécondité. Ayant , par conséquent , des attributions analogues à celles du dieu Vnirdus (scythe Vrindus)^ qui présidait également à l'abondance et à la fécondité (v. p. 260) , il fut rapproché de ce dieu, et considéré comme son /Ils. Le dieu scythe Pravus ne passa pas dans la religion des peuples de la branche gfèie ^ comme dédoublement et héritier du dieu du Soleil; chez ces peuples, le dieu du Soleil eut d'autres dédoublements et héritiers, tels que Balthus (voy. p. 258), et Skalmoskis (v. Les Gètes , p. 491). Le dieu du Soleil , considéré comme dieu de la Fécondité, se confondit, dans la religion des peuples de la branche gète , avec le dieu Firgunis (norr. Fiörgynn) , et avec le dieu Hagunis, qui avait été substitué à Vrindus (voy. p. 261). Ces peuples n'eurent donc, dans l'origine , d'autre dieu présidant à la Fertilité , à la Fécondité , et aux Eaux , que Firgunis et Hagunis. Ce qui prouve que le nom de Frauja (Seigneur), qui, dans les langues gotes, correspondait au mot sarmate Proxys, n'a jamais désigné un dieu dans la Mythologie des peuples ^éíe*^ c'est qîie Ulphilas^ qui n'emploie jamais , dans sa traduction, des noms propres se rapportant au Paganisme , traduit par le moi frauja l'^\^v%ssion de Seigneur, synonyme de Dieu. Lorsque, dans la suite, les tribus de la branche gète, qui s'établirent en Germanie et en Scandinavie, se furent
mêlées, ou , du moins , furent entrées en contact, avec les peuples slaves sur le littoral de la mer Baltique, elles adoptèrent d'eux, avec le dieu Nerdus (INirthus , Niördr) , aussi le dieu Pravys (norr. Freyr; germ. Frau)^ qu'ils substituèrent à leur dieu Hagunis (norr. Hœnir) , qui avait hérité des attributions de l'ancien dieu du Soleil (Targitavus), et de l'ancien dieu des Eaux (Vrindus). Dans la Mythologie Scandinave , Freyr passa pour le fils de Niördr, et fut surnommé (ainsi que son père) le dieu Vane, à cause de son origine slave. Comme héritier du dieu du Soleil, Freyr présidait, comme dit Snorri, aux effets du soleil; il devint encore , sous le nom épithétique de Geta, de Svinths , de Gaut, etc. , le père éponyme de plusieurs tribus svîes et gautes. Ces noms épithétiques éponymes passèrent, pour la plupart, à Odinn, qui, camm^ Dieu suprême, fut aussi considéré comme le Père des Dieux, et comme le Père éponyme des Nations (voy. Les Gètes, p. 203). Odinn ayant le nom épithétique de Hâr (Sublime) , chacun de ses fils put prendre celui de Hâing (Hânk , Hînk , Ing) , signifiant Issu de Hâr. Comme Mórí/wr passait pour le fils de Hâr, Freyr était le petit-fils de Sublime, et eut , par conséquent, le nom diminutif de ^w^w/, ouIngul{[). HavinguÎ, Petit-fils de Hâr), qui devint aussi le nom propre des Angles, d'après celui de leur dieu éponyme ; et les anciens rois de Svêde, qui se disaient issus de Freyr, furent désignés sous le nom généalogique deingulings (Issus d'Ingul, norr. Ynglingar)^ c'est-à-dire de Issus du Petit-fils de Sublime. Ensuite, comme les rois ou héros étaient appelés les Amis du Fils de Sublime (Yng-vinar; cf. norr. Hâk-on, Hânkvin), ou les Compagnons des Amis du Fils de Sublime (Ingvin-vanes , Ingvin-ones, Ingviônes)^ Freyr, le Seigneur des Héros, eut aussi le nom épithétique de Yng-unnar-Freyr (Seigneur de l'Ami du Fils de Sublime) ou , en anglo-saxon , le nom de Frea Ingvina (Seigneur des Amis du Fils de Sublime). Chez les peuples germaniques , il se forma du mot frav (maître) l'adjectif /rez {^. /ravis; goih. freis, tenant du maître), qui signifiait libre , en tant qu'appartenant à la famille du Maître ou du Seigneur. Un autre adjectif, /rdno [^.fravino, se rapportant au maître), désignait tout ce qui appartenait au Seigneur (cf. 2\\.frôn-leichnam, Corps du Seigneur). De Frav (Seigneur), nom propre du dieu , se forma probablement le nom généalogique de Frank (p. Fravink, Issu de Frav), lequel devint le nom ethnique de% Franks , qui furent, dans l'origine, les voisins des Slaves, et purent bien se dire Issus du dieu Frav ; car les Franks , qui s'établirent sur le Rhin , eurent le nom généalogique de Volsings (Issus de Vols), d'après le dieu Vols , d'origine slave, qui était considéré comme le Fils de Frav (voy. Les Gètes, p. 200).
g 98. Freyia , dédoublement et héritière de la Déesse de la Lune. — Chez les Scythes , Artîn-paza , la déesse anthropomorphe de la Lune , présidait à la fois à la Production, et à la Destruction (voy. Les Gètes, p. 207-210). Comme déesse de la Génération , elle était la Protectrice du Mariage , et de la Famille , et comme présidant à la Famille , elle eut le nom épithétique de Pravia (Dame , Maîtresse). Au sixième siècle environ avant notre ère, Pravia passa, avec son frère Pravus (voy. p. 265), dans la religion des peuples de la branche sarmate; l'un et l'autre y furent considérés comme le fils et la fille du dieu et de la déesse ISirthus (p. Vrin-
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dus), et prirent différents noms épithétiques , qui effacèrent peu à peu , dans la Mythologie slave , leurs noms primitifs de Pravys et de Pravia. Dans la Mythologie des peuples de la branche gète , les rapports primitits entre l'astre de la lune et la déesse Jrtin-paza (soit son dédoublement et son hévxWhTQ Skalmoskis) ^ s'étaient tellement effacés, que ces peuples préposèrent à cetastre une nouvelle divinité mâle nommée Mâni (v. p. 202). Cependant les anciennes attributions de la déesse ^/•im-/>a;sa, reposant sur ses rapports primitifs avec la lune , furent conservées traditionnellement à son héritière Skalmoskis. La déesse Pravia, aussi peu que le dieu Pravus, ne passa pas dans la religion des peuples de la branche gète ; mais, plus tard, ces peuples adoptèrent des Slaves, outre le dieu et la déesse Nerthus , et le dieu Pravys (Freyr ou Frav) , aussi la déesse Pravia, qu'ils nommèrent /reym (Dame , Maîtresse), et à laquelle ils donnèrent encore les attributions qu'avait eues, dans la religion de leurs pères , la déesse Skalmoskis. Freyia présidait à la Production , à la Fécondité , à l'Abondance, et au Bien-être. Or, non-seulement le Soleil et la Lune, mais aussi les Eaux, et la Mer passaient, dans l'Antiquité, pour des principes de fécondité. C'est pourquoi Freyia, la fille de Niördr, Dieu des Eaux , est devenue également Déesse des Eaux. Comme Déesse de la Production , Freyia préside à l'Amour, au Mariage, et à la Famille ; elle aime les chants d'amour; et les amants , ou ceux qui poursuivent des filles en mariage, lui adressent leurs prières ou leurs vœux. Comme Déesse de l'Amour , Freyia a pu être rapprochée de Vénus ; et c'est pourquoi les peuples germaniques ont traduit le nom latin Veneris aies (Vendredi, Jour de Vénus), par Freïa-dag (Jour de Freyia).
En sa qualité de Déesse de l'Amour , du Mariage, et de la Famille , Freyia présidait aussi à V Entretien, ou au Bien-être de la famille ; et c'est précisément pour cette raison qu'elle portait le nom de Freyia , qui signifie Dame (lat. domina)., ou Maîtresse de maison. En effet, ce nom de Freyia {2\\.Frau) ne dérive pas du verbe/ria (aimer), et ne signifie pas Maîtresse, dans le sens á'Jmante; car , dans aucune langue germanique , il ne désigne le sexe, \2i femme, mais il exprime toujours le rang, la distinction, et désigne la Maîtresse , dans le sens Aç; Épouse, ou de Dame de la maison. Aussi h; nom de Freyior, donné aux dames de qualité , ne dérivet-il pas , comme le prétend Snorri, de celui de la déesse Freyia, mais ce nom honorifique de Dame est devenu le nom propre de la Déesse , qu'on considérait comme le type de la Dame , ou comme la Dame par excellence. Voilà pourquoi , quand Freyia sort de sa Demeure , elle est assise dans un char traîné par deux matous. Ce n'est pas là un char A^ guerre, mais le char paisible de la Déesse Nerthus {Tacit. Germ. 40), ou une voiture telle qu'en avaient, dans ce temps, les Dames nobles [Fornaldss. 1, 360). Les deux matous ne sont pas ici les animaux symboliques de l'amour, pratiqué au clair de la lune ; mais le chat, qui est habituellement assis auprès Aw foyer domestique, et qui s'attache au domicile, plus encore qu'aux personnes, est, ici , l'animal domestique par excellence; il est le représentant du Génie du logis, et , comme tel, il est consacré spécialement à Freyia, la Maîtresse du logis. Encore aujourd'hui, les Lapons considèrent le chat comme le Génie tutélaire de leur habitation ; et , en Allemagne ,
la tradition populaire parle de Génies domestiques appelés Katermann (Bon homme Matou), et Hinzelmann (Bon homme Chaton). Les Keltes également avaient des Génies domestiques appelés Chats-Esprits (Kat-tuzé ; voy. Les Gètes, p. Í68).
Artin-paza, la déesse de la Lune, ou du Soleil nocturne, se confondit, de bonne heure, avec la déesse de la Nuit. Or, la Nuit, du sein de laquelle toutes les créatures paraissaient naître (voy. p. ne), et au sein de laquelle toutes semblaient rentrer, était considérée à la fois comme \ Origine, et la Mère , et comme la Fin, ou la Mort des choses. Chez les Gètes , Skalmoskis, l'héritière d' Artin-paza était à la fois déesse de la Production, et de la Destruction. Freyia^ l'héritière de Skalmoskis , eut aussi, dans l'origine, ces deux attributions contradictoires. Mais, dans la suite, Freyia se dédoubla, et de ce dédoublement sortit Halï{norr. Hel) , déesse de la Mort. Cependant , les anciennes attributions de Freyia , comme Déesse de la Destruction , subsistent encore dans quelques mythes qui se rapportent à cette divinité. C'est ainsi qu'un mythe dit que Freyia reçoit les guerriers OCC/.Ç, dans sa salle nommée Coiitient-les-Siéges [norr. Sessrumnir) , nom qui exprime que cette salle est assez vaste pour contenir les sièges des nombreux hôtes de cette Déesse des Morts. C'est comme Déesse des Morts qu'elle se met à la tête des Falkyries, et invite à venir, chez elle , les guerriers illustres qui sont tombés dans Voccision (norr. val). C'est comme Déesse des Morts qu'elle est l'Amante d'Odinn, surnommé le Père des Occis (voy. p. 247). Il est vrai que , dans les mythes épiques postérieurs , cette invitation et cette réception des Occis , que fait chez elle Freyia, ne sont plus mises en rapport avec sa qualité-de Déesse des Morts , mais seulement aves ses attributions de Darne, ou de Maîtresse de maison. En eifet , dans le Nord , il était d'usage que la moitié des gens de la maison était nourrie et entretenue par le Maître (anglos. hlâf-ord, Donne-miche, Lord)^ et l'autre moitié p^ir la Maîtresse (anglos. hlâf-dige, boulangère, Lady). Aussi est-il dit, dans le mythe norrain, que Freyia choisissait, pour sa part , la moitié du nombre des occis, et que l'autre moitié entrait chez Odinn , pour faire partie des Troupier s- Unique s de ce Père des Occis. Mais en recevant chç.i elle des guerriers occis , Freyia, d'après ce mythe , remplissait purement les fonctions domestiques de Maîtresse de maison. Et, effectivement , déjà les noms de la résidence et de la demeure de Freyia semblent indiquer que cette déesse remplissait seulement, envers les guerriers occis, les devoirs de V hospitalité , ou qu'elle leur faisait, commQ Dame, les honneurs du logis; car le nom de Pelouses d'Assemblée (norr. Folk-vangar)^ donné à l'Enclos de Freyia , semble avoir une signification analogue à celui de Champ de Mai, et de Champ deMars , et indiquer que les guerriers d'Odinn tenaient une espèce de coût plénière dans la résidence de Freyia , leur Maîtresse , ou leur Dame.
(32) TYR ; BRAGI ; ET IDUNN.
g 99. Tyr , originairement le dieu Ciel. — Lorsque les peuples primitifs , qui , en se différenciant et en se séparant de leur souche commune , ont formé plus tard les membres de la ÍwxmW^ iafétique , ne s'étaient pas