NUMÉRO (32) (PAGE 400) ; TYR
encore spécialisés , mais ne formaient encore (environ vers l'an 3000 avant J.-Ch.) qu'une seule et même nation de nomades et de pasteurs , ils adoraient tous le ciel, cet objet physique qui frappait sans cesse leurs regards, attirait leur attention, la nuit comme le jour, par ses phénomènes merveilleux et sublimes , et leur inspirait , par ses influences bienfaisantes , l'idée et le respect religieux d'un Etre surhumain , puissant , et généralement bienveillant. Dans l'origine, l'objet de la nature physique, considéré comme une divinité , passait pour un être vivant, doué d'une puissance siirhumaine , et ayant précisément la forme qu'on lui voyait dans la Nature. Comme le ciel n'avait pas de figure humaine^ on ne put le concevoir d'abord que comme un animal gigantesque, comme une divinité zoomorphe. Ce qui frappait surtout à la vue de ce dieu Ciel, c'était le soleil , la lune , et les étoiles , qui en étaient les ornements b7Hllants. Or, comme dans V origine, ces astres n'étaient pas encore considérés eux-mêmes comme des Divinités, ni comme des Divinités distinctes du dieu Ciel , mais seulement comme des ornements de ce dieu , l'idée caractéristique primitive , dans la conception du dieu Ciel , était naturellement l'idée de Brillant, et par conséquent le mot par lequel on désignait primitivement le dieu Ciel^ signiflait précisément Brillant iJ'iyM^. Les Scythes et leurs descendants ont gardé, le plus longtemps, de tous les peuples iafétiques ; ce nom de Tivus sous sa forme primitive. (Voy. Les Gètes, p. 154.)
Le berceau des peuples iafétiques se trouvait sur le plateau au sud de celui qui est appelé aujourd'hui le Turkestan. Comme l'ainy est généralement chaud et sec , ces peuples primitifs comptaient , parmi les principaux bienfaits du dieu Ciel, la pluie , qui arrose et féconde la terre , le vent, qui rafraîchit et purifie l'air , et l'orage, qui amène à la fois la pluie et le vent. Aussi le Ciel était-il adoré comme Père de la pluie , du ve?it, et de V orage. Comme Père de l'orage , qui amène la pluie fécondante, le dieu Ciel fut surnommé Jrme-Pluie {scythe Pirk-îmis) ; et ce qui prouve l'ancienneté de ce nom dans la religion des Scythes , comme épithète de Tivus , c'est que les formes modifiées de ce nom se retrouvent dans la religion des descendants des Scythes de la branche sarmate , aussi bien que dans celle de leurs descendants de la branche gète. Pirkunis , qui , dans l'origine, était identique avec Tivus , s'est, dans la suite, détaché de lui, pour se constituer divinité distincte. Comme ce sont les vents qui amènent les nuages orageux et les pluies fécondantes, le dieu scythe Pirkunis présidait aussi aux vents, et portait, en cette qualité, le nom épithétique de F^ewi (scythe Vâtus, p. Vahitus, Agité).
Tivus Pirkunis , comme Ciel -Orageux, était le Fécondateur de la terre, et c'est pourquoi il fut considéré comme l'époux de la déesse Jpia (Terre); et ces deux conjoints anthropomorphes passaient, dans la religion des Scythes , pour être le Père et la Mère des Dieux , et , par suite , pour les Parents des hommes. Comme Père des dieux et des hommes , Tivus eut le nom épithétique de Jïeul (scythe Pappaïus) , et ce nom indiquait que les Scythes se figuraient Tivus comme le plus ancien des Dieux , comme le Père primitif des dieux , et , par l'intermédiaire d'eux , comme le Père des Héros et des Rois , et enfin comme l'Aïeul du peuple
sctjthe, et, par lui, ensuite , comme l'Aïeul des hommes en général. Chez les peuples primitifs, qui vivaient dans l'état patriarchal, l'idée de père et à' aïeul impliquait celle de chef, et c'est pourquoi Tivus , le Père des Dieux, passait aussi pour le Chef des Dieux, et, par conséquent, pour le Dieu Suprême.
Chez les Scythes , dont l'occupation principale, et la plus honorée , était la guerre et les combats, Tivus, le Dieu Suprême, devint naturellement aussi le Dieu des Combats; et cela d'autant plus facilement que , en sa qualité de dieu Ciel, il était aussi le Dieu de V orage, et que , suivant une association d'idées assez ordinaire dans l'Antiquité , la guerre ou le combat , à cause du tumulte et de la fureur qui l'accompagnent , était assimilé à un orage (voy. Les Gèles , p. 158). Cette nouvelle attribution de Tivus , comme Dieu de la guerre, bien qu'elle ne fût en aucun rapport avec sa mture primitive de Ciel, devint cependant, chez les Scythes et chez leurs descendants, l'attribution principale de ce Dieu suprême, de sorte que les historiens anciens , considérant le Dieu suprême des Scythes, des Goths, des Germains, et des Scandinaves, principalement comme Dieu de la guerre, le désignaient aussi par les noms équivalents grec et latin de Jrès et de Mars. Parce que Tivi'>s , le Dieu des Combats., était aussi le Dieu Suprême, il eut, le premier, et le seul de tous les Dieux des Scythes , l'honneur d'être représenté pdiV un signe symbolique ou emblématique. Ce signe était un dard, ou une lance fichée en terre, sur la Butte de l'assemblée (Hérod. IV , 62). D'après ce symbole , Tivus eut lui-même le surnom de Dard (scythe Kaizus; goth. Gaïsus, cf. Radagaïsus) ^ ou de Lance (scythe Kaztus; goth. Gazds; cf. slave Radegast). C'est ainsi que, chez les Scythes, Tivus, originairement le dieu zoomorphe Ciel., devint ensuite Dieu anthropomorphe du ciel , l'époux de Terre (Apia), le Dieu de \ orage fécondateur (Pirkunis), le Dieu des Vents (Vâtus) , le Père des Dieux et des Hommes (Pappaïus), le- Chef des Dieux, et le Dieu Suprême-, et surtout le Dieu des Combats (Kaizus, Kaztus). Ces différentes attributions furent rattachées successivement, dans la tradition mythologique des Scythes , au seul et même dieu Tivus. Mais les différentes tribus firent ressortir , peu à peu , dans le culte de ce dieu , telle ou telle de ces attributions , de préférence aux autres , de sorte que Tivus, en se dédoublant, produisit plusieurs Dieux, qui représentaient, chacun spécialement , telle ou telle attribution de Ciel, et qui passaient tous , dans la suite , pour autant de dieux distincts.
Les descendants des Scythes , les peuples de la branche gète, reçurent, avec la religion de leurs pères , le culte de Tivus , qu'ils nommèrent Tius, sans savoir qu'il avait été originairement le dieu Ctel. En sa qualité de Dieu de V Orage, Tius fut remplacé p^r Fi?'gunis., ou Thonars^ ou Chlodurs; comme Dieu des vents, il fut remplacé par Vathus et par Vâthans. Vâthans , le dédoublement et l'héritier de Tius , se substitua même il lui , et comme Dieu Suprême., et comme Père des dieux, et comme Dieu des Combats , de sorte qu'il ne resta plus à l'ancien Dieu du ciel que quelques attributions guerrières, et qu'il passa même pour \efils de celui qui lui devait l'existence. Les tribus issues des peuples de la branche gète ont cependant conservé , en Scandinavie et en Germanie , le souvenir du
NUMÉRO (32) (page 400) ; tyr. 271
dieu traditionnel Tius , que les Scandinaves ont nommé Tyr, les Germains du Nord, Tiu, et les Germains du Sud, Zio. Comme, déjà chez les peuples gréées , Tius, par suite de ses dédoublements, avait perdu beaucoup de son importance primitive comme dieu Ciel, ses représentants Tyr^ Tiu, et Zio ne furent plus des Dieux adorés, ayant des temples, et un culte public; mais, comme ils figuraient seulement dans la tradition mythologique, ils ne furent plus que des dieux invoques, à l'instar des Héros chez les Grecs , et des Saints chez les Chrétiens. Tius n'ayant gardé , dans la tradition, que ses attributions de Dieu Guerrier, il n'y avait aussi que les guerriers qui eussent coutume de l'invoquer, et de lui adresser leurs vœux. Ce qui prouve que les Germains , à l'époque où ils avaient subi l'influence de la civilisation romaine , ne considéraient déjà plus , dans Tiii ou Zio, que sa qualité de dieu guerrier, c'est qu'ils ont rendu le nom de Mardi {Martis dies , Jour de Mars) par Tiusdag (angl. Tuesday)^ ou Ziesdag (alsac. Zisch-di), c'est-à-dire /oi^r de Tiu ou de Zio. Mais bien que le dieu Ciel finit , comme une Grandeur déchue, par n'être plus qu'un personnage secondaire et accessoire, dans la Mythologie des Germains et des Scandinaves, il s'est cependant conservé , dans les mythes de Tyr, des traces de son ancienne puissance et supériorité. C'est ainsi que, se souvenant confusément que Ti/r avait été anciennement le Ciel , le Père , et le Chef des Ases , la Mythologie a rattaché l'origine de ce dieu , du moins du côté de sa mère (l'épouse du géant Hymir, et l'amante á'Odinn) , à la race Aeslotnes, antérieure à celle des Ases. Ensuite , par un souvenir également vague et confus de la signification primitive de Tyr (Ciel) , la langue norraine se sert du nom de ce dieu, ainsi que de celui du Dieu du Soleil lrmi7i , comme des mots regin (Grandeurs), et we^m (Puissances), qui, tous deux, désignent les dieux, et comme du mot fimhul (ensorcellement), qui désigne la puissance irrésistible de la magie , pour exprimer le degré céleste ou divin , c'est-à-dire le suprême degré d'une qualité. Ainsi, par exemple , la locution sage comme Tyr ne signifie pas, comme le prétend Snorri, qu'on attribuait à Tyr une sagesse supérieure à celle des autres Ases , mais elle est synonyme de divinement ou célestement sage. C'est encore en souvenir de la qualité primitive de Tyr, comme Ciel, qu'il est représenté , dans un mythe (voy. p. 1 05), comme l'ac^fersa/reduLoup áeFenrir; carleCiel devant , d'après l'Eschatologie mythologique, être détruit par le /eu, Tyr (Ciel) est représenté comme l'adversaire de Fenrir , qui est le symbole du Feu dévorant (voy. § \\\). Aussi Tyr (le Ciel), pour échapper au danger qui le menace, préfère-t-il perdre ce qu'il a de plus précieux , sa main droite , plutôt que de relâcher Fenrir, que les Ases sont parvenus à enchaîner. Dans ce mythe , Tyr est encore considéré comme le Père et le Chef des Ases, auquel, en cette qualité , il convenait , plus qu'à tout autre dieu , de se constituer le Garant, le Protecteur des Ases, et de se dévouer pour eux. Tyr, ayant été, peu à peu , remplacé par Odinn, en sa qualité de Dieu Suprême , et de Père et de Protecteur des Ases, Odinn a aussi pris la place de Tyr comme adversaire du Loup de Fenrir (voy. p. i34). Odinn , comme Tyr, se dévoue pour les Ases; si Tyr a préféré laisser sa main droite au Loup de Fenrir , plutôt que de dégager la parole donnée par les Ases , et s'il est ainsi
devenu manchot, Odinn aussi a préféré laisser son œil droit à Mhnir (voy. p. 230), plutôt que de rendre le Cor-de- Retentissante , si précieux pour la sûreté des Ases, et ainsi il est devenu borgne (voy. p. 229). Bien que Odinn ait enlevé à Tyr presque toutes ses attributions, Tyr a cependant encore gardé son caractère de Dieu des Combats ; il est resté le type du soldat, qui n'aime pas la paix , mais qui , en toute occasion , en appelle à la décision par les armes. Aussi c'est à Tyr que les guerriers adressaient leurs vœux.
§ 100. Bragi , dédoublement du Dieu du Soleil. — Bragi, comme Dieu de la Poésie , n'appartient pas au fond primitif de la Mythologie norraine; il ne se trouve ni dans la religion des Scythes, ni dans celle des Sarmates , et de Slaves. Bragi est le Dieu de la Poésie, tel qu'il s'est formé, chez les peuples de la branche gète, vers le deuxième siècle avant notre ère. Les Scythes , et leurs descendants , les Sarmates et les Gètes , n'avaient pas de poésie , ou du moins , si elle a commencé à naître chez eux , elle n'avait pas encore une importance telle qu'on pût songer à la mettre sous l'invocation de quelque divinité (voy. Les Gètes, p. 129 seq.). Mais lorsque les peuples de la branche gète s'établirent en Thrace , et à l'est des Karpathes, ils entrèrent en rapport avec les peuples keltes, etkimméris, et avec les Kimro- Thrâkes , qui , depuis longtemps, cultivaient déjà la musique et la poésie. Comme, chez ces peuples sacerdotaux .^ tout était hiérarchisé, les musiciens et les poètes formaient une subdivision de la classe des prêtres , surtout des Prêtres du Soleil. Chez eux^ l'instrument à corde appelé l'Hirondelle (Chrotta), avait remplacé la flûte des anciens Grecs. Aussi les Gètes et les Sarmates adoptèrent-ils la citharre (norr. harpa ; slav. guzla) , qui, dans la suite , devint également l'instrument principal de musique chez les Scandinaves. Chez les peuples- de la branche gète, le jeu de la citharre servait d'accompagnement au chant (goth. saggus) ; et le chant était une espèce de récitatif, ou modulation déclamatoire (cf. goth. sigqvan, déclamer, lire, chanter). Ces peuples attribuaient à la poésie une double origine. D'un côté , voyant que l'ivresse , en produisant une certaine exaltation morale et intellectuelle, rendait les hommes éloquents, ils croyaient qu'on devenait poèie^ en goûtant d'un breuvage divin , soit vin , soit hydromel. D'un autre côté , ces peuples , comme en général les Anciens, attribuaient à la parole prononcée sous forme de prière , d'invocation, de bénédiction , ou de malédiction, une force magique, qu'on appelait énergie (sansc. brhas; norr. bragur; cf. gr. prak-sis). Or, de même que cette énergie avait été personnifiée , chez les Hindous , dans Brehas-pati (Seigneur de l'Énergie) , de même elle fut personnifiée , chez les peuples de la branche gète , dans Bragus ou B7^agi, qui n'était qu'une spécialisation , ou un dédoublement de Skalmoskis, ou de Balthus , le Dieu du Soleil. Aussi, par suite de leur nature solaire ., Bragur eiBaldur^ qui , l'un et l'autre, par suite de l'influence thrâkeoukeltique, portent, tant soit peu, un cs^râctère sacerdotal , sontils représentés, dans la Mythologie Scandinave, comme ayant, l'un et l'autre, une éloquence facile et agréable; l'un et l'autre , enfin , comme divinités solaires , sont opposés à Œgir (l'Océan) , puisque le Soleil est opposé , dans la Mythologie , à la Mer , son adversaire (voy. p. 252). Dans
NUMÉRO (32) (page 101) ; bragi ; idunn. 273
la suite, Odinn, étant devenu le \y\^.w Suprême , et la naissance de la plupart des Ases étant rattachée, dans les mythes théogoniques, au Père- Universel, Bragi, qui, dans l'origine, avait été le fils du Soleil, devint également fils (ï Odinn. Le mythe théogonique, attribuant l'origine de la Poésie, ou la naissance A^ Bragi, au breuvage divin, imagina que le Dieu de la Poésie naquit de la géante Gunnldöd (cf. Saga),, après qu'elle eut donné à boire le breuvage d'Enthousiasme (norr. Odrærir, Remue-l'Esprit) à son amant Odinn, Dans l'Antiquité, le poëte , parce qu'il maniait bien la parole, remplissait aussi les fonctions d'orateur public, et c'est pourquoi le cithariste , ou le poëte , était aussi employé , chez les Gètes, en qualité A' ambassadeur (voy. Aihen. 14, 24). Encore plus tard, la tradition épique desGoths, des Germains, et des Scandinaves, nous montre des héros, tels que Volker , Horand, Verbil , Svemlîn, etc. , qui, maniant aussi bien l'instrument de musique quel'épée , et ayant, à la fois, la qualité de musicien (fidlari) et celle de poète- orateur, remplissaient les fonctions de messager et d'ambassadeur (cf. les Troubadours, messagers, et Petrarcha, ambassadeur). Dans la Mythologie Scandinave, le dieu Bragi porte aussi la parole au nom des Ases, et, dans une circonstance grave, il est leur Envoyé , ou leur Ambassadeur (voy. Hrafna-Galdiir,, 9). Le dieu de la Poésie étant également le Dieu de \ Éloquence , les personnes , hommes et femmes , qui , chez les Norrains , savaient bien manier la parole, ou qui parlaient au nom de leurs amis et protégés, étaient appelées, métaphoriquement, du nom de Bragur (Poésie, Éloquence).
§ 101. Idunn, l'Épouse de Bragi. — Le nom de Id~unn signifie Aime- Activité; elle est le symbole de la vie, qui se manifeste dans la Nature entière, au printemps ou en été, par opposition à la mort, dans l'hiver et dans la nuit. Dans l'origine, Idunn,, ainsi que /î// (cf. Ida-völlr , Plaine d'Idi, p. 223) appartenait à la race des Alfes, c'est-à-dire qu'elle était la Personnification d'une étoile ou d'une constellation , sans doute d'une constellation, qui monte à l'horizon, au printemps, et qui, au solstice d'été, tombe au-dessous de l'horizon. On attribuait probablement à cette constellation , ou 2l Idunn qui y présidait, la renaissance de la végétation , et des sources , au printemps et en été, et c'est pourquoi l'Endroit qu'elle habitait au ciel, fut nommé Champ-aux-Sources (norr. Brunn-akr). Comme Idunn préside à la vie, elle tient de la nature des Nomes conservatrices , et elle est, sans doute, une de ces Nornes , d'origine alfe ou dvergue , dont il est question dans une strophe épique (voy. p. 234). Ensuite , comme l'activité 6.' Idunn est analogue et parallèle à celle du Dieu du soleil, elle a dû être originairement mise en rapport mythologique avec ce dieu , surtout avec Baldur, le Dieu du soleil à' été, qui , comme elle, dépérit au solstice d'été. Comme Amie de Baldur, elle a quelque analogieaveciYawna(voy. p.330), l'amante et l'épouse de ce dieu; et, c'est précisément en sa qualité d'Amie de Baldur^ qu'elle est devenue postérieurement l'épouse de Bragi, du Dieu de la Poésie, qui s'est formé du dédoublement de Baldur, le Dieu du Soleil. Par son mariage avec VAse Bragi, Idunn , de Alfe qu'elle était originairement, est devenue Asynie. (Voy. p. 244.)
Comme la vie et l'activité , qui se manifestent au printemps et en été ,
pour produire la végétation , ont pu être comparées à un travail plein d'art, qui s'opérait sous terre, et comme les Artistes souterrains, c'est-àdire, lesDvergsou les Jl/es-Sombr es, passaient aussi pour être les auteurs des travaux merveilleux et admirables de la végétation (cf. la chevelure de Si/, voy. p. 295) , l'alfe Idiinn a été postérieurement mise en rapport ii\tc\es Âlfes-Sombres , et, dès lors, considérée comme la fille d'/t^a/of, du plus grand artiste parmi les Dvergs ou Döckalfes.
Le printemps ou l'été est une époque de renaissance, de rajeunissement, de restauration pour la Nature, et pour les À ses, qui sont les symboles et les représentants de la Fie. La pomme, de tous les fruits le plus charnu et le plus substantiel , est le type de la nourriture, ou de la restauration des forces vitales, et , par conséquent, elle a été choisie pour symbole mythologique de la longévité, et de Ximmoi^talité (cf. les Pommes des Hespérides). Aussi le mythe norrain rapporte-t-il que la Déesse Idunn garde les Pommes d'or, dont les Ases mangent, chaque année, pour redevenir jeunes. Ces rajeunissements se succèdent, tous les ans , jusqu'au Créjmscule des Grandeurs , c'est-à-dire jusqu'à la fin des siècles. Une fois cependant, le père de Skadi , le Géant des montagnes, nommé Tliiassi (voy. p. 264) , et le représentant des vents du INord et de l'Hiver, parvint à enlever Idunn, avec ses pommes , ce qui signifie qu'il réussit à empêcher ou à retarder, pour quelque temps , la renaissance de la Nature au printemps. Mais les Ases parvinrent à ramener la Déesse avec ses pommes , et à faire cesser la faiblesse ou la décrépitude , dans laquelle ils étaient tombés , faute de pouvoir se restaurer par ces fruits qui entretenaient leur immortalité.
Idunn, présidant à la vie, se tient dans les parties supérieures ou célestes de l'Arbre de Vie, on du Frêne d'Yggdrasil. Elle en tombe , au solstice d'été , quand Baldur dépérit , et elle descend , avec lui , dans le Séjour de Hel, situé sous la racine septentrionale de l'Arbre de Vie. C'est là qu'elle séjourne jusqu'à ce qu'elle puisse , au printemps , remonter au haut de l'Arbre. Mais un jour elle en tombera, pour ne plus remonter; c'est à l'approche de la Fin du monde.
(33) HEIMDALL ; HÖDUR ; VIDAR ; ULLR ; FORSETI.
g 102. Origine stellaire de HeimdaU. — Les peuples de la branche gète connaissaient, au premier siècle avant notre ère, les noms de près de quatre cents étoiles. Déjà antérieurement ils avaient appris , sans doute des Kimméro-Tkrdkes , que V Étoile du Matin (gr. Astraïos) était le Fils du Soleil {\oy. les Chants de Sol, p. 111). Or, le Soleil, originairement soomorjo/ie , ayant conservé, traditionnellement, l'ancien nom épithétique de Ferrât {gèie I/urs)^ l'astre du matin, ou le dieu qui y présidait, était désigné sous le nom de Jfurings (Issu du Verrat). Ce nom se changea, plus tard , chez les Germains , en Ivaring, chez les Saxons , en Iring , et, chez les Scandinaves, en Eirîkr ou Rîgr. Dès le premier siècle, ïuvaring ou Rîgr était devenu un dieu-héros, dont on ignorait complètement les rapports avec l'astre du matin, mais dont on savait encore qu'il était fils du Soleil. C'est pourquoi ce dieu-héros, fils du Soleil, se confondit avec un autre dieu-héros, fils du Soleil, wommé Ir min (norr. lörmun)., qui
NUMÉRO (33) (page 101) ; heimdallr. :275
était représenté i^âvunpin, ou un arbre, symbole, à la fois, et de V établissement, ou du do7nicile consacré au soleil (v. p. 223), et de la vie, qui , dans la Nature, renaît sous l'influence du Soleil printannier. Aussi Irmin ou lörmun eut-il, d'après son symbole, le nom de Thallr (Pin), ou de Heimdallr (Pin du Séjour), et ce dernier nom prit même le dessus sur celui du dieu-héros Rîgr ou ÞHng , avec lequel Irmin et Heimdall s'étaient confondus. Le dieu Heimdallr (cf. Mardöll, Pin de Mer, nom de Fréyia) hérita, à la fois, des attributions de Irmin, et de celles de If ring, comme le prouvent déjà ses deux noms épithétiques , celui de Heiyndallr , qui est synonyme du saxon Ermen-dur (Arbre de Irmin), et celui de Rîgr, qui est synonyme de Iring. Si le nom de Heimdall rappelle les rapports de ce dieu avec Irmin, les mythes de Heimdall se rapportent originairement, pour la plupart, à Rîgr ou à If ring , Y Astre du matin, et le fils du Soleil. Ifring étant dans l'origine le Dieu de l'astre du matin , son héritier Dali ou Heimdall est devenu la personnification de Vaube matinale; et il a été probablement considéré comme le Père de Delling (Issu de Dali ou de Heimdall), lequel était le père de Dagr (Jour; voy. p. 200). Les différentes parties successives de Vannée étant assimilées , selon l'habitude des peuples de la branche gète , aux diiïerentes parties successives átXdi journée, Heimdall , le Dieu de VJube, ou du commencement de la journée, devint aussi le Dieu du Printemps, ou du commencement de l'année. Comme Fils du Soleil, Heimdall porte , ainsi que le dieu du Soleil, Baldur, les noms épithétiques de Blanc , de Illustre, et de Saint (cf. p. 259). Heimdall, d'après les mythes épiques, possède, comme les autres Ases (voy. p. 224), un cheval , qui est nommé Queue d'Or, parce que YJurore, qui amène VJube, ou porte Heimdall , a un éclat doré. Les astres du ciel étant comparés à un troupeau de moutons , dont le Soleil est le berger, Heimdall le Blanc, le Dieu de l'Étoile du Matin, deVJube, et du Printemps, marche , pour ainsi dire, à la tête des étoiles, et en tête des trois mois brilla?its de l'été , et des douze heures blanches ou brillantes de la journée, comme le chef de troupeau, le bélier blanc, marche à la tête des blanches brebis. C'est pourquoi ce dieu porte encore le nom épithétique de Hallin-skidi (Au Bois-Retors, A-la-Corne-Courbée), qui désigne, par synecdoque , le bélier; et , par suite de ce nom épithétique de Heimdall, le bélier est aussi désigné, en poésie, sous l'épithète mythologique á^Heimdali{\oy.Snorra Edda , p. 221), qui signifie Consacré à Heimdall. Comme Dieu de VJube, et du Printem2os, Heimdall naît, pour ainsi dire , de la Nuit, et de l'Hiver. C'est pourquoi'le mythe théogonique le rattache , d'un côté, par sa naissance, à la race des loines, les représentants de la Nuit et de l'Hiver, et de l'autre, par sa nature, à la famille des Ases, les représentants du Jour et de l'Été. Voilà pourquoi, dans un ancien poëme, miWnXé Enchantement de Heimdall , dont il ne reste plus que les deux vers cités ^^2^vSnorri, il est dit que Heimdall est le fils de wei^/ Vierges, toutes des sœurs (cf. hind. Ganéças, fils de deux mères), et, dans la 34^ strophe du Chant de Hyndla , ces wew/mères de Heimdall sont nommées : i° Gialp (Abîme), 2" Greip (Mouffle), 3" Elgia (Froidure), 4" Angeyia (Ile de Frayeur), 5° Ulfrûn (Compagne du Loup), 6° Orgiafa (Produisant de la Boue), 7° Sindur (Scorie), 8°
Atla (Ourse) , et 9» larnsaxa (Hache de Fer). Ces noms n'ont ici aucune signification symbolique, par rapport à Heimdall, mais ce sont de simples noms de femmes i'ofniques , lesquelles représentent, d'une manière générale, par leur nombre, les neuf heures^ depuis le coucher du soleil jusqu'à l'Aube, ou à Heimdall , qui naît de ces neuf heures^ ses Mères. Ensuite , par extension , ces neuf mères figurent encore les neuf mois de l'hiver, lesquels engendrent le Printemps, ou l'Aube de l'année, personnifiée également dans Heimdall.
Bien que, par ses mères, ou par son exirsiCtion physique^ Jdeimdallsppartienne à la race des lotnes, par sa nature ou son caractère comme Dieu de VAube et du Printemps., il appartient à la race lumineuse et bienfaisante des Ases (voy. p. 285). Il était originairement le Fils du Soleil; mais, ainsi que la plupart des autres Ases, il est devenu leíúsA'Odinn, par nulle autre raison si ce n'est que Odinn^ comme Dieu Suprême, passe aussi pour être le Chef, et par suite pour être le Père des Ases (voy. p. tkTÎ). Heimdall, le Dieu de \Aube (du Commencement úujour)^ et du P? intemps (du Commencement de Vannée), est devenu, dans la suite , par une abstraction cosmologique, le Dieu du Com7nence7nent des choses en général (cf. Ganéças , Dieu du Commencement) , par opposition à Loki (Clôtureur; voy. p. 285), l'Étoile du soir, qui est le Représentant de la fin de l'Été, et de la Fin du Monde. Aussi est-il dit, qu'au Crépuscule des Grandeurs (voy. p. 1 35) , Heimdall et Loki se tueront l'un l'autre , ce qui veut dire que le Commencement périt par la Fin , ou que la Fin terminera le Commencement. Mais suivant un autre mythe cosmologique, Heimdall, considéré comme Dieu de l'Aube et du Soleil Printanier , périt renversé par une Tête, ce qui signifie, sans doute, que chaque jour, chaque année, l'Aube (Heimdall), ou le Soleil Printanier, est vaincu ou anéanti par l'éclat et la force supérieure du Soleil Matinal et du Soleil d'Été , lesquels , l'un et l'autre , sont représentés par une tête, image du Soleil. C'est ainsi que, d'après le mythe grec , Prokris (l'Aube) est tuée par son époux Képhalos (Tête), qui est le symbole du Soleil Matinal, de l'Amant à! Aurore. C'est ainsi encore que, d'après le mythe hindou , Ganéças (le Soleil Printanier), a eu, dans son enfance , la tête brûlée par les ardeurs de Sani, le fils au Soleil, et a dû la remplacer par une tête d'éléphant, c'est-à-dire par la tête de l'animal pachyderme qui, chez les Hindous, est le symbole du Soleil (cf. les éléphants blancs de Siam) , comme le Sanglier l'était chez les peuples germaniques et slaves (voy. p. 274). Ganéças, ayant perdu un de ses ivoire^, porte le surnom de Monodonte (sansc. Èkadantas)\ Heimdall porte l'épithète de Chrysodo^ite (Dent d'or) , sans doute parce que ^ Fils du Verrat^ il était représenté sous la figure d'un Sanglier, ou, simplement, avec la tête d'un Sanglier ayant des défenses d'or.
Le Dieu du Soleil passait non-seulement pour présider à la végétation, mais encore à la génération. Aussi tous les peuples d'origine scythique se disaient-ils Issus du Soleil, ou de quelque Fils du Soleil. Heimdall, en sa qualité de Soleil printanier , qui réveille dans les hommes les sentiments de l'amour sexuel, devint, plus particulièrement, le dieu qui présidait à la Procréation , et fut considéré, par conséquent , comme le Père de la Nation. Dans l'origine , chez les peuples de la branche gète, et
NUMÉRO (33) (page 101); vidarr. 277
de la branche sarmate , le Dieu du soleil, Frey7\ le fils AeNiördur, ou bien le Fils du Ferrât (Ivoring , Ivring) , lors de la fête du printemps , était censé parcourir le pays , de l'orient à l'occident, pour rendre la terre fertile , et faire participer les hommes à tous les bienfaits de sa présence divine. Comme la plupart des mariages se célébraient à cette même fête , la procréation passait pour s'opérer alors sous la protection spéciale , et sous l'iniluence mystérieuse , et bienfaisante , du Dieu de la Génération. Voilà pourquoi il est dit dans le Chant eddique intitulé Récit de Rîgr (Rîgs-mâl), que Heimdall, sous le nom de Rîgr (p. Rtngr, Rîkr, Irîngr, Eirîkr^ Ifringr)^ passait par les stnú^v^ fleuris du printemps, pour assister aux mariages célébrés dans les différentes classes de la société (Nobles, Paysans, et Serfs), et pour sanctionner, et féconder, par son influence mystérieuse, l'acte de la procréation , de sorte que tous les enfants de la Nation , les enfants des Nobles , des Paysans, et des Serfs , pouvaient passer pour les descendants de Rîgr, et être désignés par le nom de Fils de Heimdall (norr. Heimdallar rnegir ;y. Völuspa^ 1). Plus tard , les rois , surtout ceux qui se disaient issus de Freyr, se substituaient à ce dieu Rîgr, et, à la fête du printemps, la première après leur avènement, ils parcouraient le pays, pour confirmer et sanctionner, par leur présence personnelle, tout ce qui était considéré comme formant le Bien-être physique , moral , et social du peuple : c'est ce qu'on appelait chevaucher par le Chemin du Fils du Verrat (norr. Eriksgatu rida).
Comme Fils du Soleil qui éclaire tout, qui voit tout, et qui est le Gardien du Troupeau céleste , le Dieu Heimdall n'était pas seulement , comme son père, le Protecteur et leGardedu/}ewp/e(cf. scytho-gr. Teutaros; norr. Thiodvarr) , mais aussi le Gardien des Ases. En sa qualité de Gardien ou Portier des Dieux, Heimdall (cf. sansc. Gatiéças^ Gardien des Dieux) demeure à l'entrée du ciel , là où le Potit-de-l'Âse (voy. p. 2ll) touche à VEnclos-des-Ases. Suivant la strophe 13« des Dits de Grimnir citée par Snorri, la Demeure de Heimdall, placée à l'Entrée du ciel, est nommée Roches-Célestes (voy. p. 240), parce qu'elle est une forteresse placée au nord-est , sur des montagnes ou Roches , qui touchent au ciel (cf. sansc. Kailasas; Mérous). Heimdall, le Portier des dieux , est naturellement , comme tout ce qui se trouve chez les Ases , le type ou V idéal du gardien; aussi, dans les mythes épiques, est-il représenté io\\]0\}iYS vigilant , et éveillé ; il lui faut moins de sommeil qu'à un oiseau (cf. Vedur-fölnir ; Egdir; Ari). 11 a la meilleure viœ (cf. gr. Argeïos; Lunkeus ; Fhinéus) ^ afin de s'apercevoir , de loin, du danger qui approche. Il a encore la meilleure ouïe, afin que le moindre bruit lui donne l'éveil, et le mette sur ses gardes contre l'Ennemi. Pour donner l'alarme, Heimdall a la trompe merveilleuse, nommée Cor de Retentissante (voy. p. 229) , qu'Odinn a acquise, pour lui , au prix de son œil droit (voy. p. 230).
g 103. Origine solaire de Vidarr. — Chez les tribus scythes , environ vers l'an 600 avant Jésus-Christ, Targi-tavus , le Dieu anthropomorphe du soleil, était devenu le type du Héros (sansc. Kchatjas destructeur ; scythe Skaïs)^ c'est-à-dire, le type du Chasseur, du Guerrier, et du
Prince. En sa qualité de jeune guerrier et chasseur, le Dieu du soleil portait les armes distinctives des Scythes nomades et guerriers , savoir y arc, les Jlèches, et le bouclier. Les flèches (scyth. arvus ; norr. orr) du Dieu du soleil étaient également les symboles des rayons du soleil (cf. russe, sirêla flèche; v. ail. strala rayon). Targitavus , qui passait pour un excellent archer, eut le nom épithétique de Skotaris (Tireur d'arc), que les Scythes -Hellènes et les Grecs ont rendu par la forme transposée de Toksaris. Le bouclier ou la targe (scythe targa ; norr. targa) était, chez les Scythes, l'arme distinctive des Rois et des Princes : la targe de Targi-tavus symbolisait le disque brillant du soleil, et c'est d'après cette targe brillante que le Dieu du soleil eut le nom épithétique de Targitavus (Brillant de Targe). Dès le sixième siècle avant Jésus-Christ, Targitavus, le Dieu-Héros dii soleil fécondateur se confondit en partie avec Pirkunis le Dieu de l'orage fécondateur (v. p. 233). Par cette fusion des attributions de Dieu du soleil, et de Dieu de 1 orage, Targitavus eut beaucoup d'analogie avec Iléraklès considéré à la fois comme Dieu du soleil , et comme Dieu de la foudre. Aussi les Scythes- Hellènes et les Hellènes donnaient -ils à Targitavus , le nom de Héraklès. Kallimachos rapporte même que le Héraklès de Thèbes apprit de l'Hercule scythe, ou de Skotaris (Tireur), à tirer de l'arc (voy. Les Gètes , p. 181); ce qui signifie que les Grecs ont donné à leur Dieu Héraklès, pour attributs, l'arc et les flèches, en imitation des attributions du Dieu scythe Targitavus, comme, au sixième siècle avant Jésus- Christ, l'Hercule grec a eu la peau de lion , comme symbole emprunté à l'image de l'Hercule égyptien. Plus tard, chez les Gètes, l'héritier et le successeur de Targitavus, savoir le Dieu du soleil et de la foudre Skalmoskis (gr. Tsalmoksis) , eut aussi la peau d'ours , en imitation de la peau de lion , dont était revêtu l'Hercule grec ; et d'après cette peau d'ours, il eut précisément le nom épithétique de^Æa/wo-sA^slA-la-Peau; voy. Les Gètes, p. 191). De même que le Héraklès grec était fils de Zevs (Tivîâ, Ciel), de même Targitavus était aussi le fils de Tivus (Ciel) et A'Apia (Terre). Or, Tivus et Jpia étant V Aïeul (sythe Pappaïus), et VJïeule (scyth. Tatâ ; slav. Deda; norr. Edda; gr. Dâ ou Dê-mèter) des Scythes, leur fils Targitavus fut aussi considéré comme le Père de la Nation. A l'époque où les Scythes s'étaient déjà divisés en Scythes royaux (Guerriers), en Scythes nomades, et en Scythes sédentaires {agricoles)^ Targitavus devint, dans la tradition généalogique, le Père de trois fils, ou de trois Héros ou Destî-ucteurs (scythe Skaïs). Vaine de ces héros était Hleipo^ Skaïs (Héros au Bouclier; Hérod. Leipo-ksaïs) dont le nom (qui est analogue à celui de son père Brillant de Targe)., indique que, comme aîné et comme chef, il était distingué par son bouclier. Aussi les Scythes- Hellènes substituèrent- ils, au nom de Hleipo- skaïs , celui de Skuta (Bouclier; gr. Skuthès). Les difl"érentes tribus rattachèrent leur origine au Dieu du soleil, par l'intermédiaire des Héros ses fils , qui devinrent les héros éponymes des tribus de la nation. Les tribus formèrent et modifièrent ces traditions généalogiques dans le gens dicté par leur amour propre national. Hleïpo-skaXs devint le Vère des Jukhafes (norr. Àukadhir , agrandis; Plin. Auchatæ ; Eu-
NUMÉRO (33) (page 102) ; vidarr. 279
chatæ), c'est-à-dire des Scythes 7'oyanx, puissants, ou agrandis par la force de leurs armes. Les Scythes-Hellènes , modifiant quelque peu cette tradition généalogique, disaient que Héraklès (scythe Targitavus) ^ ^ngendra, avec Echidna (scythe Jpia)^ trois fils dont l'aîné était Skula (gr. Skuthès), qui devint la souche des Scythes royaux. Skuta avait deux fils, \) Palos (p. Palhos, Chassé, Exilé, Errant; si. Folos; germ. Vols) dont descendaient les Palhies (cf. norr. Folswigar) , et 2) Napès (Nuage; cf. si. nebo; lat. 7nibes ; norr. 7ii/l petit nuage, brouillard) dont descendaient les A' ör;j/e5 (cf. norr. Niflungai), qui, selon la tradition, périrent entièrement avec les Palhies iPlin. H. i\. M, 19).
Chez les Gétes^ Targitavus, le Dieu du soleil et de l'orage, eut pour héritier et successeur Skalmoskis^ qui, comme Dieu de V Orage fécondateur, se confondit en partie avec le Dieu des Æ'awa? fécondantes, et fut, par conséquent, considéré comme le Fils du Dieu Frindus, appelé aussi Haguneis (norr. Hœnir)^ et de la déesse Frindus (norr. Rindw). Comme Dieu du soleil, Skalmoskis eut le nom épithétique de Fît-hars (Auguste de l'Étendue), à cause de l'éclat auguste (gète hars ; ail. Iiehr) que répand le soleil sur Vetendue de la terre (norr. land-vîti)^ et sur Vétendue de la mer (norr. viti). Les attributions de Skalmoskis ou Fit-hars passèrent dans la suite les uns àlialdur et kFreyr. les autres à Odi?in et à T/iôr. Il ne resta à Fit-hars que son nom , sa qualité de Dieu-héros, et quelques mythes, que les peuples de la branche gète ne savaient déjà plus s'expliquer. Fit-hars passa dans la Mythologie Scandinave sous le nom de Fith-harr, qui se changea plus tard en Fîd-arr. Odinn étant devenu le Chef ^i le Père des Ases, et Thôr étant devenu le Dieu de l'orage d'été, Fidar devint aussi le fils ú'Odtnn (substitué à Hœnir), et le frère de Thôr, et il fut considéré comme le Dieu de la Tempête en hiver. En cette qualité, il passa pour être le fils de la géante Gridur (Impélueuse), qui, par son bâton magique (norr. Gridarvölr)j soulève, excite, et apaise les tempêtes en hiver. Dans la tradition mythologique , Fîdar garda son Domicile nommé Étendue de Pays (norr. Land-vîti)., qui lui avait été attribué en sa qualité de Dieu du soleil ; seulement le mythe ajouta que ce Séjour est couvert de broussailles et d'herbe de bruyère, indiquant, parla, que ce Séjour du Dieu des tempêtes d'automne et à' hiver est une bruyère déserte et peu fréquentée. Fidâr est surnommé YAse taciturne. Dans l'origine cette épithète énonça, sans doute, symboliquement, quecetAse, comme fils du Dieu et de la Déesse des Eaux, appartenait , par son père et surtout par sa mère, à l'élément profond, mystérieux, et silencieux de l'eau. Plus tard, cette taciturnité n'eut plus de signification syynbolique, mais indiquait seulement, au point de vue épique, que Fîdar était un héros qui méditait, en silence, de grands et vastes projets (cf. lat. Magna volvens; ail. stille fFasser gi^iinden tief). Fîdar, comme ancien fils de la Déesse des Eaux , est l'ennemi du Feu. Aussi est-il le vainqueur du Loup de Fenrir^ qui est le Représentant du Feu destructeur du Monde (v. p. 288). Pour ne pas se brûler, dans cette lutte avec ce Loup, lorsqu'il faudra mettre le pied sur la mâchoire inférieure de ce monstre, et lui plonger l'épée dans la gueule jusqu'au cœur, Fîdar, suivant le mythe
épique, conçu plus tard, est armé d'un Soulier de Fer (norr. larn-skô)^ de môme que son frère Thôr est armé de Gantelets de Fer (norr. iat^n glôfar)^ pour ne pas se brûler les mains en maniant la Foudre-ardente (voy. p. 257), et que les Chevaux de Sol sont raffraîchis par le Fer- Réfrigérant (norr. Isam-Kôl, voy. p. 203). La tradition populaire a substitué, dans la suite, au Soulier de/er , un énorme soulier en cuir; et elle a rapporté que les Dieux ont fabriqué ce Soulier-Épais , dans le cours des siècles , avec les rognures , provenant des découpures que les Scandinaves avaient alors coutume de faire , à la pointe et au talon de leur chaussure. Comme il fallait évidemment un temps immensément long pour achever, avec de petites rognures, l'énorme soulier que Vîdar devait chausser au Crépuscule des Grandeurs (voy. p. 135), le peuple superstitieux voyait, dans cette tradition, à la fois, un indice, une garantie, et une preuve que, de l'avis même des Dieux, qui ne se hâtaient guère dans la confection de ce Soulier, la fin du Monde devait être encore bien éloignée. Le peuple y trouvait en même temps l'explication d'un ancien usage, qui consistait, chez les Scandinaves, à jeter, à abandonner, ou à sacrifier aux Ases les découpures des souliers, et il y voyait une forte recommandation d'observer religieusement cet usage, afin de venir en aide aux Dieux pour la confection du Soulier de Vîdar, sans lequel il serait impossible à cet Ase de vaincre le Loup de Fenrir. Vîdar le fils de la Géante Grîdur, ne faiblit pas en hiver ^ comme les autres Ases (voy. p. 274). Aussi, dans cette saison, il prend la place de son père Odinn et de son frère Thôr, comme Chef et Protecteur des Dieux. C'est ainsi qu'au Festin ù'Œgir [Œgisdrikka; voy. Poèmes isl.^. 324) qui est supposé avoir eu lieu au commencement de l'hiver, Vîdar agit et parle au nom de son père Odinn. Au Crépuscule des Grandeurs , qui est \ hiver du Monde , Vîdar descend de son cheval (symbole du Vent), dans son séjour nommé Laîidvîdi, comme un guerrier descend de cheval, à la fin de la journée; mais ce n'est pas pour se reposer; c'est pour s'apprêter au combat., c'est pour prendre la place de son père qui vient de périr, et pour venger sa mort en tuant le Loup de Fenrir. Vîdar , le remplaçant ù'Odinii à la Fin du monde , reviendra , après la catastrophe, pour régner, comme successeur é! Odinn, dans VEnclos-des-Ases renouvelé (voy. Grimmnis rnâl, 17).
1 104. Hödur, ancien Dieu du combat. — Le second fils du Dieu-héros Targi-tavus était nommé Arvo-skaïs (Destructeur ou Héros aux Flèches). Ce nom rappelait par sa signification celui de Targitavus, surnommé Skotaris (Archer). Dans la suite Arvo-skaïs, considéré surtout comme Combattant, fut surnommé Katus (Combat). Ce qui prouve qu'il avait déjà ce nom épithétique, au moins au cinquième siècle avant Jésus-Christ, c'est que la tradition généologique, qui remonte à cette époque rapporte que Arvo-skaïs était X^père des Katu-vares (Gardes du Combat; Herod. Kati-aroï; Plin. Coti-eri)^ et des Trasuës {\\^v(\\^\ scytho-gr. Transes; Hérod. Traspies), c'est-à-dire des Scythes qui étaient restés, ce qu'ils avaient été de tout temps, des nomades guerriers, et hardis au combat. D'après les Scythes-Hellènes le second fils de Héraklès (Targitavus) était Aga-thursos (Très-Hardi) , qui correspondait à
NUMÉRO (33) (page 102) ; hödur. 281
Jrvo-skaïs le père des Transes (Hardis). Comme, dans le combat, le chef était entouré de ses fils et descendants, le nom de Gardes du Combat était synonyme de Fils de Combat. Chez les Gètes, le Dieu-héros Katus (Combat), le fils áeSkalmoskis (gr. Héraklès ; Zalmoksis) devint le Dieu du combat; et comme la fortune des combats est chanceuse, incertaine, et aveugle, et que les combattants , arrivés au paroxisme de la fureur, frappent en aveugles, Katus, le Dieu du combat , fut surnommé V Aveugle. Dans la suite Vathans (Odinn), étant devenu Dieu Suprêrne , et Dieu des Combats, Katus (norr. Hödur) fut considéré comme le fils d'Odinn, et, par suite, comme \q frère áeBaldur. Ayant perdu son attribution principale de Dieu du Combat, Hödur tomba au rang de Divinité secondaire; il ne figurait plus dans le Culte , mais seulement dans le Mythe, et dans la Tradition épique. Ce qui prouve que, chez les peuples de la branche gète, le nom deKatu , ou Ha du, avait pris peu après la signification abstraite de Combat., ce sont les noms propres usités chez les Goths et les Germains, tels que, par exemple, les noms de Katu-valda (lat. Catualda^ Dirige-Combat), de Hadu-brand (Épée du Combat), etc. Cependant, chez quelques tribus germaniques, comme les Chatu-vares{\2iL Catu-arii; Plin. Coti-e?'i ; scythe Katu-varai)^ et les Katuës (lat. Catti., p. Catvi , Issus de Katus) ou les Hazzi , (les pères des Messes, dont descendent les Hessois) , le nom de Katu ou Hazzi semble être encore resté le nom d'un Dieu-héros éponyme. Dans la langue et dans la Mythologie du Nord, le nom de Hödur n'a pas pris la signification abstraite de Combat^ mais il a désigné un Dieu-Héros aveugle, qu'on se figurait peut-être encore comme le Dieu de la brume de l'automne (cf. Mist, p. 108). Comme la brume couvre le soleil, et répand l'obscurité, le Dieu Hödur , suivant le mythe , n'est pas borgne , comme Odinn ; il est complètement aveugle (cf. Helblindi p. 96). Pour exprimer, ensuite, que le temps brumeux de l'automne met fin à l'éclat et à la chaleur du soleil d'eYé, le Mythe énonce que Hodur, le Représentant de la brume de Y automne^ tue Baldîir, le Représentant de l'été. Comme Ase, et comme frère de Baldur, il ne lue pas ce Dieu par haine ou méchanceté ; mais , étant aveugle, il le tue par inadvertance ; il est l'instrument aveugle et innocent de la méchanceté de Loki (voy. p. 285). C'est ainsi que, d'après le Mythe grec, Képhalos (le Soleil matinal, voy. p. 276), a tué, par iîiadvertance, son épouse Prokris (l'Aube matinale). Comme le principal fait épique de Hodur est d'avoir donné la mort à Baldur , ce Dieu-héros porte le surnom de Baldurs-bani (Tueur de Baldur). Dans les anciennes épopées, l'épithète de Tueur (scythe skaïs) de tel ou de tel, est généralement un surnom honorifique, parce qu'il indique que le héros , qui le porte, a vaincu quelque monstre, ou quelque ennemi puissant et dangereux. Pour l'épopée indienne, dans laquelle ces épithètes sont innombrables, il suffit de citer, comme exemples, Vritri-has (Tueur de Yritri), Satrou-ghnas (Tueur de Satrous), Dhoundou-mâras (Broyeur de Dhoundous); Madhou-Soudanas (Destructeur de Madhous) etc. Dans l'épopée grecque figurent Argei-fontès (Tueur d'Argos), Bellero-fontès (Tueur de Belleros), Hektôr andro-fonos (Hector Tueur d'hommes) etc. Dans l'épopée Scandinave , il y a Fafnis-bani (Tueur de Fafnir) ,
282 COMMENTAE CIRRITIQUERPE PÉTUEL.
Hundings-bani (Tueur de Hunding), Tunna-dolgr (L'ennemi deTunni). ^am-^e/ea (Tueur de Beli, voy. §129). Cependant le nom de 5«/i/M;-5-6awe (Tueur de Baldur) n'est pas un titre glorieux, mais un nom qui rappelle un grand malheur. Il ressemble beaucoup, par sa signification et par sa forme, au nom grec du Héros Bellero-^yhôn , qui était, comme Hödur, le dédoublement d'un ancien Dieu solaire , et qui reçut ce nom purement épithétique et épique, parce qu'il avait tué, par inadvertance, son parent Belleros (cf. Baldurr p. Baldurs) ou, d'après une autre tradition (Jpollod.^ IL 3, 1,) son frère Deliadès (le Déliade ou Fils d'Apollon de Délos). Si, comme il est probable, le Soleil Baldur a des rapports mythologiques avec le Soleil-Seigneur Adonis (cf. heb. Baal Maitre, et Ado7i Seigneur), Hödur, le brumeux, qui a tué Baldur, correspondrait au sanglier qui a tué Adonis, et ce Sanglier , comme le Verrat á'Erymanthe , et comme Erymanthos le fils d'Apollon, aveuglé par Aphrodite, serait, ainsi que le Dieu Hödur, le symbole de l'automne ou de l'arrière-saison.
g 105. Origine solaire du Dieu-héros Ullr. — Le plus jeune des trois fils de l'Hercule scythe Targitavus, était Kola-Skaïs , nom qui signifie Héros à la Roue. Dans la langue sarmate,le mot Koli (p. Kvali) signifiait cercle, roue, et dérivait du même radical que le mot scythe Sval (cercle, soleil; voy. Les Gètes, p. 177). Aussi le mot Koli (anglos. geola ; norr. hjul) désignait-il le soleil, qu'on se figurait soit comme une roue, soit comme un bouclier rond. Kolaskaïs était donc, dans l'origine, le Héros portant un bouclier brillant, comme son père Targitavus était brillant par la large. 11 était le Père des Paralates (Amoindris; norr./örladhir) c'est-à-dire des Scythes agricoles, qui, ayant commencé en Europe, au cinquième siècle avant notre ère , à se livrer à l'agriculture , passaient pour les cadets de la race , et pour s'être abaissés et amoindris par leurs occupations agricoles , à l'opposé des Auchates, qui s'étaient anoblis par les armes (voy. p. 279). Les Scythes-Hellènes donnaient au troisième fils du Héraklès scythe, le nom de Gelonos , qui correspond au nom scythe Svalianas (solaire ; cf grec selas et gelas l'éclat) et au nom slave 5/aro/i (solaire, slave). Gelonos, le Fils du Soleil , devint le nom du Dieu éponyme des Gelones (Solaires , Slaves) qui, comme habitants de la cité de Buda , portaient aussi le nom de Budines. Les Budines ou Gelones étaient, en partie, agriculteurs comme les Para/«ies, auxquels ils correspondaient. Leur père éponyme Gelonos était donc un fils du Soleil, Protecteur de l'agriculture. Chez les peuples gètes, Kola-skaïs, avec son bouclier brillant, eut le nom épithétique de Vultus (Éclat; lat. vultus visage; anglos. vuldor miracle; ail. wunder). Comme fils du Soleil, il devint, chez les Gètes , aussi fils de Skalmoskis , qui , s'étant substitué au Dieu Vrindus., était l'époux de la Déesse Vr in du s [xiorv. Bindi/r), laquelle, plus tard, fut remplacée, en partie, par la Déesse Si/. Vathans (Odinn), étant devenu Dieu Suprême, et Père des Ases, fut aussi considéré comme le Père de Vulthus (norr. Vllur) ; et Vllr devint , dans la Mythologie Scandinave, le Fils de Sif (qui s'était substituée à Rindur)^ et, par conséquent, le beau-fils de Thôr, l'époux de Sif. Dans l'origine Thóreí Ullr, comme Protecteurs de l'agriculture, avaient des attributions analogues; mais Thðr prit le dessus sur son beau-fils, de sorte que Ullr. n'ayant
NUMÉRO (33) (page 102); vali; forseti. 283
plus d'attribution spéciale, tomba au rang de Divinité secondaire; il ne figurait plus dans le culte , mais seulement dans les mythes , et dans les traditions épiques. Thôr étant le protecteur des paysans , pendant l'été, i:7/r devint leur protecteur, pendant l'hiver. Or, comme en hiver, le paysan se faisait chasseur, Ullr devint aussi le protecteur des chasseurs. C'est en cette qualité qu'il eut l'épithète de Ase à la Chasse (norr. Veidi- As) ou aeAse-à-l"Arc (norr. Bogu-As). Sa demeure au ciel était nommée Vallées de l'Arc (norr. Y-dalir). Comme, dans le Nord, la chasse se faisait principalement en hiver, sur les glaces et dans les neiges, Ullr le chasseur, ainsi que la Déesse chasseresse Skadi, excellait à courir sur barres ou sur raquettes (voy. p. 263) ; de là son nom épithétique de Ase-aux-Barres (norr. Öndur-As). La chasse étant le simulacre et le pendant de la guerre , Lllr, qui , comme son prototype Kolaskais, avait un bouclier brillant, passait pour être le modèle du Chef -guerrier. II eut le nom épithétique de Ase au Bouclier (norr. Skialdar-As)., et c'est par son bouclier ou Cercle (norr. Hringr) Sacré, qui , dans l'origine, était le symbole du soleil, que les guerriers juraient , ou prêtaient serment {Atla-kcida. 31). t'Y/r s'étant servi , dans une circonstance, de son bouclier ^ en guise de bateau, les Skaldes se sont avisé de désigner quelquefpis le bouclier des guerriers par l'expression éiiigmatique (cf. p. 147) de Navire d'Ullr.
C'est en hiver que se manifeste l'action de Ullr; mais, affaibli qu'il est, dans cette saison , comme tous les Ases , il faut que les hommes lui viennent en aide, pour qu'il puisse lutter avec succès contre Içs lotnes. A cet effet il s'agit d'élever la température de l'air, ou d'empêcher que la glace ne prenne le dessus, puisque la froidure permettrait aux lotnes de pénétrer dans le Séjour des hommes et des Dieux. C'est pourquoi les hommes doivent allumer, en hiver, des feux sous leurs chaudrons, soit sous les chaudrons de sacrifice , soit sous les chaudrons où ils cuisent leurs aliments, soit enfin sous les chaudrons où ils brassent leur bière. Celui qui, à l'approche de l'hiver, place, le premier , le chaudron sur le feu, a les faveurs á'Ullur et des Ases (voy. Grimnis mal 42).
l 106. Vali , ancien Dieu de la mort. — Chez les Scythes, Artin-paza la Déesse de la Lune , se confondit , de bonne heure, avec la Déesse de la Nuit. Or, la nuit, du sein de laquelle toutes les créatures paraissaient naître, et au sein de laquelle toutes semblaient rentrer, était considérée, à la fois, comme V Origine et la Mère, et comme la Fm et la Destruction des Choses. La Déesse de la Lune eut donc les attributions contradictoires de Déesse de la Génération ou de la Vie , et de Déesse de la Mort ou de la Destruction (voy. Les Gètes , p. 208). Le Dieu du Soleil Targitavus et sa sœur Artin-paza étant intimement réunis dans le culte et dans la tradition , ces deux Divinités , fils et fille du Dieu et de la Déesse Vrindus, se communiquèrent aussi, l'une à l'autre, la plupart de leurs attributions. Artin-paza étant Déesse de la Mort, son frère devint également Dieu de la Mort. En cette qualité . Targitavus eut le nom épithétique de Kvalius (Effrayant, Noir ; sansc. Kâlyas ; gr. Hâdès p. Hâlès), comme sa sœur eut celui de Kvâlia (sansc. Kâli ; norr. Nel). Targitavus passa dans la religion des Gètes , sous le
nom de Skabiwskis ou Gebleistis, et conserva, entre autres, ses attributions de Dieu de la Mort, ou de Seigneur des Trépassés. Les Gètes croyaient que ceux qui mourraient allaient trouver au ciel leur Dieu Skalmoskis ou Gebleistis {Hérod. IV, ^í). CommÇi Skalmo skis éimi aussi un Dieu-héros, les guei^riers, après leur mort sanglante, devinrent ses Compagnons d'armes (cf. norr. Einheriar). En sa qualité de Seigneur des Occis, Skalmoskis avait le nom épithétique de Kvaleis, qui, dans quelques dialectes gètes, s'est changé en létales, et, dans d'autres, en Hvaleis (voy. Les Gètes p. \ 97), ou Haleis (cf. norr. halir). Thaïes ou Valeis, le fils de Chaguneis (norr. Hœ7iir)etdel{i7idus, devint, comme Seigneur des Trépassés, une Divinité distincte de Skalmoskis. Mais bientôt Fathans (Odinn), étant devenu Dieu Suprême et Dieu des Occis, enleva sa principale attribution à Valeis, qui fut dès lors considéré comme Ms de ce Chef des Ases. Dans la Mythologie Scandinave, Vâli (p. Vâlis) ou Hâli ou Ali, comme fils à' Odinn et de Rindur, devint par cela même \ç^ frère de Baldur, le soleil d'été. L'Hiver et l'Occident étant la saison et le côté de la 'thort, Vali , l'ancien Dieu de la mort, est dit né en hiver, et à X Occident du ciel. Comme rien n'est si caché qu'il puisse échapper à la mort, Vâli habite, à l'Occident du ciel, un Endroit nommé Vâlaskialf (Chaumine de Vali ; cf. Hlidskialf^. 240), d'où il embrasse, de son regard , le monde entier. Agé seulement A'une nuit annale, c'est-àdire, d'un mois d'hiver, Vâli, selon le Mythe, tue son frère Hödur, comme celui-ci avait tué son frère Baldur;ce qui veut dire que, chaque année, l'Hiver, représenté par le Dieu de la mort Vali, met fin à V Automne, représenté par Hödur , la bitume d'automne , comme celui-ci a mis fin à l'été, représenté par le Soleil d'été Baldur. Selon les idées des Scandinaves , tout meurtre devait être vengé parle ^\\\% proche parent de celui qui avait succombé. C'est pourquoi il est dit que Baldur est vengé , sur Hödur, par son frère Vâli. Par suite de sa nature hivernale, comme Dieu de la Mort, Vâli ne périt pas, avec les autres Ases, dans le grand et terrible Hiver du Monde, bu au Crépuscule des Grandeurs; il survit à cette catastrophe, et revient, avec les Fils des anciens Ases, habiter le ciel renouvelé.
g 107. Forseti, dédoublement de Baldur.— Le nom de For^eft' ne signifie pas Président, mais Proposant , c'est-à-dire Chef du jury, qmpropose la décision judiciaire à prendre par les assesseurs ou jurés. Proposant est une spécialisation ou dédoublement úe Baldur, ou, comme s'exprime le Mythe , le Fils de Baldur, du Soleil qui voit tout , qui sait tout , et qui est le Symbole de la Vérité et de la Justice. Comme Fils de Baldur, Proposant prononce des jugements justes et infaillibles , comme le sont ceux de son père (voy. p. 259). Étant le Dieu de h Justice, qui ramène la paix, ou prévient la discorde , Proposant est aussi le Dieu de la Palæ et de la Concorde, et, sous ce rapport, il est l'opposé de l'Ase Tyr, qui aime la guerre, et , pour cela, ne reconcilie jamais les hommes (voy. p. 272). D'après la strophe lö^des Dits de Grit?inir ciiée par Snor?'i, le lieu de justice où siège Proposant est nommé Étiticelant {\oy. p. 239).
(34-) LOKi ; HEL ; et le serpent de l'enclos-mitoyen. § 108. Loki , Symbole de l'Astre du Soir. — Loki , comme l'indique