‹ La fascination de GulfiChapitre 94 sur 103 · NUMÉRO (34) (PAGE 103) ; LOKI · texte numérisé non relu

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son nom , qui signifie Clôtiirevr, préside à la clôture (norr. /oA), ou à la fin des Choses. 11 est à considérer, en tout , comme l'opposé â&Hehndall (voy. p. 276). Si Heimdall est la Personnification de l'Étoile du Matin , de l'Aube du jour, et du Commencement de l'année ou du printemps, Loki est la Personnification du Crépuscule du soir, et du Commencement de l'hiver. Si Heimdall représente \ Origine des choses, des hommes, et du monde , Loki présage la Fin des choses, des hommes, et du monde. Si Heimdall est le Gardien vigilant et fidèle , qui se sacrifie pour les Dieux, Loki est le traître A^^Ases, et il trouve plaisir à les plonger dans toutes sortes d'embarras ; de là lui viennent ses surnoms épiques de Détracteur des Jses, de Conseiller de Perfidies, de Déshonneur des Dieux. Heimdall étant en tout son antagoniste , c'est aussi contre cet Ase que Loki lutte, au Crépuscule des Grandeurs (voy. p. 435). Comme Personnification du Commencement du soir et de l'hiver , Loki est moitié Génie de Lumière, moitié Esprit des Ténèbres : sa nature est donc double, et il tient le milieu entre les Jses, qui représentent le Jour et l'Été, et les lotnes , qui représentent la Nuit et l'Hiver. Comme , d'après la Mythologie Scandinave , la Fin du monde est amenée par le Feu destructeur , Loki est une spécialisation áeSurtur (voy. p. 1 74), le Dieu du monde ig?ié; aussi est-il quelquefois lui-même la Personnification du Feu destructeur (voy. p. 322). Comme-la nature du feu tient de la lumière bienfaisante, et n'est nuisible que par ses effets pernicieux , Loki, en tant que Personnification du Feu, appartient aux J If es- Lumineux , et ne se rapproche des lotnes que comme Principe destructeur. C'est pourquoi il compte, généralement, parmi les Jses, et, accidentellement, parmi les lotîtes ; et sa nature double ou mixte est ainsi partagée qu'il tient à la race áesAses, par sa 7}ière, et à la race iotnique, par son père. De sa mère il tient son beau corps brillant et lumineux , de son père provient son caractère méchant et malfaisant. Son père, qui est l'opposé de Mundilfari (voy. p. 201), et une spécialisation de Nörvi (voy. p. 198) , se nomme Farbauti (Bute-Voyage), parce qu'il est le Symbole de la tombée de la nuit, où le voyageur interrompt sa marche , ou bute sa journée. Sa mère , qui est le symbole de la terre automnale jonchée de feuilles , porte, chez les Ases, le nom de Laufey (Ile ou Terre de feuillage; cf. Bar-ey; Angeyia)., et, chez les lotnes, le nom Aq Aiguille (norr. Nâl ; v. h. ail. Nadala)^ laquelle est le symbole de la Faim piquante (cf. norr. nâlgr). Les frères de Loki sont nommés, l'un Byl-eist (Pousse-Grain; cf. Beystla^ voy. p. 185), le Symbole du Vent, qui excite ou amène le grain ou le tourbillon , cause d'obscurité; l'autre Helblindi (Aveuglé de Hel) , le Symbole de la faible lueur du soir, par opposition à la lueur vive et brillante du jour. Loki lui-même porte le nom de Loptr (Aérien) , par rapport au feu, dont les flammes tendent à s'élever en haut ou en l'air. Comme symbole du soir, Loki a pour femme Sigyn (p. Sig-vin, Aime-Chute), parce qu'elle désire la chute du jour, ou la tombée de la nuit. Leur fils , qui s'appelle Nori ou Nörvi (Crépusculaire) , est le Père de la Nuit{soy. p. 498). Comme Symbole de la fin terrible des Choses, Loki a pour femme Angur-bodi (Messagère d'Angoisse); et il a engendré avec elle plusieurs Êtres malfaisants, ennemis des Ases , et destinés à détruire le monde. C'est pourquoi Loki et Angurbodi'yiwtwi.,

dans la Mythologie Scandinave, le même rôle que Kasiapas et Kadrou dans la Mythologie indienne, ou Typhon (Vaporeux) etÉchi-dna (Femme- Serpent) dans la Mythologie grecque , c'est-à-dire qu'ils passent pour les parents de plusieurs Êtres monstrueux, pernicieux, et malfaisants.

g 109. Le Serpent de l'Enclos-Mitoyen, Symbole de l'Océan. — D'après le symbolisme de l'Antiquité , l'inondation considérée par rapport à ses eifets terribles ou nuisibles, est représentée par l'hydre (gr. hudria aquatique) , dont les mouvements ondulatoires rappellent l'agitation ondulée des vagues (voy. Les G êtes , p. 253). Voilà pourquoi l'Océan primitif, qui sert de couche à Vichnous , est symbolisé , dans la Mythologie hindoue, par le Serpent, appelé ^?ia?zto5 (Sans-iin), ou Çéchas (Rejeté). D'après Pline et Solin, le Serpent ou Dragon du Jardin des Hespérides signifie les Eaux agitées qui entourent et protègent ce jardin. Dans les légendes du Moyen âge , les inondations , apaisées par l'intervention des Saints, ont aussi été symbolisées par des Serpents ou Dra^ow* , domptés par ces Saints. Tels sont, par exemple, la Chair-salée (voy. p. 183) à ïroyes , le Dragon de Saint-Marcel à Paris , la Gargouille de Saint- Romain à Rouen , lesquels symbolisent les inondations de la Seine. Tels sont la Kraulla à Reims, sur la Vesle, le Dragon de Saint-Bienheuré à Vendôme sur le Loir, la Grande -Gueule ou la Bonne-Sainte-Vermine à Poitiers, au coniluent du Clain et de la Boivre, la Grouille (cf. Kraulla) à Metz sur la Moselle, la Tarasque à Tarascon sur le Rhône, etc. Dans la Mythologie norraine , l'Océan agité , qui menace sans cesse d'envahir le Continent ou V Enclos-Mitoyen, est symbolisé par la grande Hydre, appelé le Serpent de l'Enclos- Mitoyen , qui entoure la Terre de son anneau.

Les Anciens se figuraient que , si le soleil ne faisait pas évaporer sans cesse une grande partie des eaux de la mer , celle-ci finirait par envahir les continents. C'est pourquoi ils supposaient que le Soleil buvait les eaux de la mer, et, pour cette raison, il eutlenomépithétique de Buveur (sansc. papis ; lat. bibax). Les ancêtres des Scandinaves considéraient aussi le Soleil {Irmun, Vénérable, voy. p. 275; norr. lormiin) comme le principal Adversaire du Serpent de l'Enclos-Mitoyen ; et comme le serpent en général passait pour un Sinïmsil /as cinateur, on supposait que le Serpent, symbole de l'Océan , se défendait contre le Soleil, moyennant la magie. C'est pourquoi il eut aussi le nom de Pascinafeur-Solaire {norr. /or mun- g andr). Quelques-unes des attributions du Dieu du Soleil, et, entre autres, celle d'Adversaire du Fasci7iateur au Soleil, ayant passé à Thôr (voy. p. 252), ce Dieu est devenu , dans la Mythologie norrame, le grand Ennemi du Serpent de Mer, qu'il tâche sans cesse de tuer, ou du moins de dompter. Thôr, comme Fils de Iö?'d (Terre) , est , par cela même, déjà le Protecteur de V Enclos-Mitoyen (Terre) , et il le protège contre les débordements de l'Océan , ou contre les envahissements du Fascinateur-Solaire. Toutes les fois qu'il y a flux , le Serpent semble aller à l'attaque, et avoir le dessus, mais lorsqu'il y a reflux, c'est que Thôr parvient à repousser et à vaincre l'hydre de l'Océan.

C'est, sans doute, encore un souvenir, ou un reste de ce mythe Scandinave , que ce grand Serpent de mer, dont certains journaux de Paris,

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sur de prétendus rapports de marins, entretiennent leurs lecteurs, de temps en temps. D'après le capitaine Herriman (si toutefois ce nom n'est pas une pure fiction), ce serpent de mer, sur lequel on débite tant de fables, ne serait qu'un immense amas d'herbes marines , iîottant et balancé par la houle, avec un mouvement ondulé et rampant. (Voy. Le Voleur, 15 Juillet 1849.)

Le Serpent de l'Enclos- Mitoyen a été considéré comme issu de Loki et A' Jngiirbodi , par nulle autre raison si ce n'est qu'il semblait naturel de rapporter l'origine de cet être redoutable à Loki et à Angurhodi , qui passaient pour la Souche de beaucoup de monstres 'pernicieux (voy. p. 286).

§ 110. Hel, originairement Déesse de la lune. — Chez les Scythes , Jrtinpaza, la Déesse de la Lune , était à la fois Déesse de la Production, et de la Mort (voy. p. 283). Comme Déesse de la Mort , elle portait le nom épithétique de Kvalia (voy. Les Gètes, p. 213). Dans la religion des Gètes , ia Déesse de la Lune portait le nom de Skabnoskis, et garda , sous le nom de Halia , ses attributions de Déesse des Trépassés. On se figurait que les trépassés passaient dans la lune, et c'est pourquoi il est dit que lorsque , à la fin des siècles, Mcmagarmr (v. p. 21 1) parvient à se saisir de la lune , il se fera un festin sanglant de tous les trépassés qui s'y trouvent domiciliés. Lorsque , plus tard , le Génie Mâni fut substitué à l'ancienne Déesse de la Lune (voy. p. 202) , Hel (p. Halia) s'est spécialisée comme Déesse de la Mort ; et , dans la Mythologie Scandinave , elle passa pour la Déesse présidant au neuvième Séjour , appelé le Séjour-Brumeux (voy. p. 170). C'est là qu'elle reçoit les hommes qui sont morts de maladie ou de vieillesse , ou qui n'ont pas été choisis , c'est-à-dire invités par Odinn (voy. p. 206) ou p3ir Freyia , ou par quelque autre Jse ou yisy-, nie, à se rendre chez eux au ciel. Le Séjour de Hel est triste et lugubre, comme le Tartaros des Grecs, VOrcus des Latins, le Pâtâla des Hindous , et le Scheol des Hébreux. Les enceintes hautes , et les grilles élevées y empêchent toute tentative d'évasion ou de sortie. Dans la Mythologie norraine , la Salle de Hel est nommée Eliudnir (p. Eli-vidnir, Tempétueux au Loin), parce que c'est un immense Espace, où régnent les vents froids (cf. ail. kalt, frappé de mort, froid), L'Écuelle de la Déesse, qui devrait contenir de quoi apaiser sa faim , est \ Appétit (norr. hungr ; sansc. kantchas , désir, faim) , ou la Faim elle-même. Son Couteau c'est V Inanition, qui donne des tranchées (norr. nâlgr, voy. p. 283), dans les entrailles. Si la première qualité d'un bon serviteur est la promptitude , les serviteurs de Hel, tout au contraire, se distinguent par leur excessive lenteur. La herse qui ferme l'Entrée du Séjour de Hel^ est appelée Calamité- Tombante , puisque , dès que cette herse tombe, ou s'abat, la calamité commence pour ceux qui viennent d'entrer dans cet Empire funeste. Le seuil de la porte d'entrée est nommé Fatigant de Souýrance, parce que ceux qui le passent éprouvent les fatigues de la souffrance mortelle. La Couche de Hel , loin de restaurer ses forces par le sommeil , ressemble au grabat sur lequel gémit le malade , qui est las d'insomnie, et de douleur. Le rideau du .lit de Hel, au lieu de favoriser le sommeil , l'inquiète au contraire , en laissant entrevoir , sans cesse , un mal ou un danger menaçant. Hel est à moitié bleue , c'est-à-dire qu'elle a la couleur

livide et bleuâtre des cadavres refroidis par la mort (cf. Blâinn, p. '176). La mort étant comme la conséquence de la destruction ou de layin (norr. lok) des êtres , Hel est naturellement considérée comme la Fille de Loki, et á'Angurbodi (voy. p. 285).

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