‹ La fascination de GulfiChapitre 96 sur 103 · THÔR PÊCHE AVEC HYMIR , ET COMBAT LE SERPENT-DE-MER · texte numérisé non relu

THÔR PÊCHE AVEC HYMIR , ET COMBAT LE SERPENT-DE-MER

§ 146. Thôr et le Géant Hymir. — La tradition sur la rencontre de Thôr avec le Serpent de V Enclos- Mitoyen , appartient à l'ancien fonds de la Mythologie Scandinave ; c'est même un des mythes les plus anciens que nous ayons. Ce mythe fait le sujet spécial du poëme eddique , intitulé Chant d' Hymir (voy p. 316). Ce poëme n'était pas connu de Snorri; du moins le récit de cet auteur en diifère sensiblement , quant à l'ensemble , et quant aux détails. Cependant on reconnaît encore, à travers le récit de Snorri, l'ancienne signification symbolique du mythe, bien que cet auteur n'en semble pas avoir eu connaissance. L'idée générale , exprimée dans ce mythe , c'est qu'avec l'été , l'impétuosité de l'Océan est aussitôt brisée, ou, comme s'énonce le langage mythologique, Thôr parvient , sinon à enlever le Serpent (l'agitation) à la mer, au moins à le dompter (apaiser l'agitation). D'ai)rès le Chant d' Hymir, la rencontre de Thôr avec le Serpent a lieu , occasionnellement , pendant son séjour chez Hymir, où il était allé avec Tyr, le beau-fils A' Hymir (voy. p. 271 ), chercher le grand Chaudron, exigé pour y faire la bière du festin qu'âF^/r voulait donner aux Ases. C'était là , de la part de l'auteur du Chant d' Hymir, une manière épique d'arranger la suite ou le cycle mythologique des actions de Thôr; car , au fond , le mythe de la lutte de cet Ase avec le Serpent , n'avait rien de commun ni aucun rapport avec le mythe de l'Enlèvement du Chaudron. Aussi Snorri est-il dans son droit , tout aussi bien que l'auteur du Chant d'Hymir , s'il imagine un autre arrangement du cycle mythologique , bien que cet arrangement soit tout aussi arbitraire que le précédent. Afin de pouvoir rattacher plus facilement ce récit à celui des joutes , qui ont eu lieu dans les Enclos-Extérieurs , Snorri considère la rencontre de Thôr avec le Serpent, comme ayant été résolue et préparée exprès par ce Dieu , pour se revancher d'avoir été vaincu , chez Loki, par la race iotnique. Suivant Snorri, Thôr partit pour le Séjour des lotnes , ayant revêtu l'extérieur d'un jeune homme. En effet , au printemps , où ce voyage a lieu , Thôr, comme Jpollon ou Héraklès au commencement de leur carrière, est jeune et sans barbe. Mais si cet auteur ajoute qu'il eut tant de hâte qu'il partit sans avoir avec lui ni Char ni Boucs , il suppose une donnée contraire aux circonstances du Mythe primitif , et il confond ce voyage , qui se fait au printemps , avec les Expéditions, que Thôr entreprend ordinairement, en hiver, contre les lotnes, et où , naturellement , il n'a pas avec lui son Char attelé de ses Boucs (voy. p. 256). L'auteur du Chant d'Hymir, mieux renseigné à ce sujet, rapporte que Thôr, dans ce voyage , avait son Char roulant. LTotne Hymir, chez lequel il se rend, est au fond le même que Gymir (voy. p. 499), bien que la tradition mythologique postérieure , trompée par cette légère différence de prononciation entre les deux noms , les considère comme désignant deux personnages distincts. Hymir est , comme Gymir, le représentant de l'Océan hivernal , c'est-à-dire de cette zone de la Mer arctique, qui s'étend depuis les bords du Séjour-des-Iotnes , au Nord, jusqu'à l'endroit où gît, au milieu de l'Océan, le Serpent, qui entoure la terre, et dont la tête se trouve précisément au Septentrion.

'i 147. Lutte de Thôr contre le Serpent de Mer. — Hymir, comme

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Personniflcation de l'Océan , est pêcheur. Thôr va donc , avec lui, pêcher dans la haute mer , afin de trouver occasion de rencontrer et de dompter le Serpent , son ennemi. Il prend pour amorce la tête du taureau Brise- Ciel. Ce taureau est l'emblème des glaçons qui nagent, élevant leurs pointes ou cornes , dans les mers arctiques. Le glaçon est comparé au bœuf, à cause de ses cornes ou aiguilles (cf. Eik-tlujrnir , p. 31 1 ) ; et le taureau porte le nom de Brise-Ciel, parce que ses cornes élevées semblent toucher ou heurter le ciel. Après quelques détails pittoresques , mais purement narratifs, et sans signification symbolique, sur la navigation et les préparatifs de la pêche , détails que Snorri ne tenait pas de la tradition , mais qu'il a ajoutés d'après la connaissance qu'il avait de la pratique de la pêche , le récit arrive enfin au sujet principal, [savoir à Thôr soulevant du fond de l'Océan le Serpent de Mer. Tout ce tableau est l'image symbolique d'une trombe marine , représentée, dans le mythe, comme une lutte de l'Orage (Thôr) contre la Mer (le Serpent). Car de même que , sur mer, le nuage orageux, soulevant la trombe , attire au ciel celte colonne humide, et la laisse ensuite retomber, frappée des foudres du ciel, de même nous voyons , dans ce Mythe , le Serpent d'abord soulevé , du fond de la mer jusqu'au ciel, et replongeant ensuite , frappé du Marteau lancé d'en haut. Si Hymir est représenté comme craignant de s'approcher du Serpent, et s'eflfrayant à sa vue, c'est une méprise dans laquelle le récit populaire est tombé. En effet, Hymir ne saurait craindre le Serpent, qui est de la même race iotnique que lui , mais il craint que Thôr, dont il connaît la force, ne tue le Serpent, et ne prive ainsi les lotnes d'un de leurs plus puissants auxiliaires (voy. p. 339). Une autre méprise de la tradition , c'est d'avoir supposé que le Serpent ait été frappé , à mort , par Thôr, au fond de l'Océan. La Mythologie ne saurait considérer les Puissances pernicieuses, qui existent continuellement dans la Nature , comme tuées , une fois pour toutes , par les Dieux ; elle les considère seulement comme vaincues, refoulées, enchaînées, temporairement (v. p. 289). Un trait qui ne 'se trouve pas dans le Chant d' Hymir, et que Snorri paraît avoir emprunté à la \W^\\aq\í populaire , c'est celui qui montre Hymir cultíuté par-dessus le bord dans la mer. Ce trait , s'il appartient à l'ancien mythe, signifie sans doute que l'hiver, représenté par cet lotne, est culbuté, ou jeté à l'eau , et c'est probablement à ce fait mythologique , que se rapporte l'usage du peuple , au Moyen âge , de jeter à l'eau , au printemps , la figure symbolique de l'/^/îjer, ou de Maître Trépas (voy. Grimm, Mythol., p. 730).

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