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III. — L’entraînement

Respiration. — L’entraînement complet ne peut exister sans l’intégrité des diverses fonctions de l'économie, surtout des trois principales : la respiration, la circulation et l’innervation. C’est, avant tout, la respiration qui joue le premier rôle. « Pour qui n’a pas compris, dit Daily, le rôle de l’exercice méthodique de la respiration, les bienfaits des exercices corporels seront toujours inexplicables. » On ne saurait donc se livrer aux exercices physiques si la respiration est défectueuse. Bien peu de personnes savent respirer; pour que l’hématose soit complète, chaque inspiration doit être d’un demi-litre d’air. Autant que possible, dans les exercices en plein air l’inspiration doit être nasale et l’expiration buccale. Tout obstacle qui modifie la respiration, tels que les végétations adénoïdes, les hypertrophies des amygdales ou des cornets, les déviations de la cloison du nez, etc., doit être supprimé. Plus la vitesse de progression augmente, plus la respiration est difficile : les couches d’air traversées étant perpendiculaires à l’axe d’expiration buccale forment un tampon d’autant plus résistant que la vitesse est plus grande. C’est afin de pouvoir mieux respirer qu’on baisse instinctivement la tête quand il fait grand vent, on déplace ainsi les deux axes de la respiration : l’axe

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nasal, qui normalement est parallèle à la couche d’air, devient postéro-antérieur ; l’axe buccal, qui était perpendiculaire, devient parallèle; on supprime ainsi la pression du tampon aérien.

11 paraît y avoir un rapport entre le développement de l’ouverture externe des fosses nasales et la capacité pulmonaire, car, dès la naissance, l’aération pulmonaire est plus large et plus profonde. Les grands coureurs respirent largementparlenez. « Un cheval defond doit avoir du nez, » disent les éleveurs, et les gauchos de la République Argentine enfoncent leurs poings dans les naseaux des chevaux pour connaître ceux qui sont capables de fournir une longue épreuve de fond.

Si donc le développement thoracique dépend de l’intégrité de la respiration, tout obstacle doit la modifier. Nous en trouvons la preuve dans la poitrine en carène des enfants atteints d’hypertrophie des amygdales, dans l’asymétrie thoracique, dans les déviations de la colonne vertébrale, etc., chez ceux qui sont porteurs de végétations adénoïdes. Fait intéressant à noter, les végétations adénoïdes qu’on trouve généralement à l’arrière-gorge alors même qu'elles ne sont pas plus grosses qu’une lentille ont cependant une influence sur le développement de l’intelligence, s’il. faut en croire quelques observations publiées et le fait, qui m’est personnel, d’un jeune garçon chez lequel je vis le pouvoir d’attention diminuer et l’intelligence s’amoindrir progressivement. A l’examen de la gorge, on y découvrit des végétations adénoïdes du côté droit, la circonférence de la cage thoracique accusait uu aplatissement marqué d’avant en arrière de ce même côté. Les végétations furent extirpées, l’intelligence redevint vive et, sous l’influence d’un traitement de gymnastique respiratoire, l’asymétrie thoracique fut supprimée.

La respiration nasale doit être l’objet d’une éducation dès l'enfance. D’après Zicm, l’obstruction d’une fosse nasale provoquerait la déviation de la colonne vertébrale (scoliose, lordose, eLc.). Des expériences faites par cet auteur sur des animaux paraissent probantes. Ayant, par exemple, avivé une narine chez un lapin, puis suturé la plaie, il tua l’animal au bout de deux mois; il était atteint de scoliose; le lapin témoin qu’il sacrifia n’olfrait pas de déformation.

Le défaut d’élasticité dans le jeu de l’articulation sterno-claviculaire peut provoquer la voussure du dos si les ligaments perdent leur élasticité ; l’articulation devient rigide, le développement pulmonaire est ralenti au sommet ; par contre, il augmente à la base ; la cage thoracique bascule sur ses deux articulations, l’angle inférieur de l’omoplate se soulève, la voussure s’établit au sommet. On sent parfaitement la résistance opposée par cette articulation quand, prenant les deux épaules dans les mains, le pouce appuyé sur l’omoplate, on essaie de la faire jouer d’avant en arrière et inversement.

L’hérédité arthritique, goutteuse, rhumatismale, etc., a une action sur la perte de cette élasticité; j’ai observé que la coqueluche pourrait bien être incriminée aussi, ou du moins augmenterait la voussure en provoquant la toux chez des sujets dont cette articulation jouait mal.

Pour se bien entraîner, il faut donc pouvoir et savoir respirer. On sait qu’en exprimant par 1 la quantité d’air nécessaire dans la position horizontale, on trouve que cette quantité est de 1,33 dans la position debout, 1,90 dans la marche modérée, 2,76 dans la marche rapide, 4,31 dans la natation, 7 dans la course rapide. La capacité vitale, c’est-à-dire la plus grande masse

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d’air qu’on peut chasser de ses poumons après avoir fait une inspiration aussi profonde que possible est en moyenne, jusqu'à lm, 54, de 2 500 centimètres cubes, celle des grandes tailles est de 4 000 centimètres cubes, mais par l’entraînement, un homme de taille moyenne peut atteindre 4 000 centimètres cubes, ainsi que j’ai pu l’observer chez certains coureurs vélocipédiques. Chez les Allemands la capacité vitale moyenne est de 3 222 centimètres cubes (Haeser) et chez les Anglais de 3 112 centimètres cubes. Le nombre des mouvements respiratoires oscille par minute, dans l’attitude verticale, entre 12-16 et 24, soit en moyenne 1 mouvement respiratoire pour 4 pulsations cardiaques.

Chez l'homme qui court, ce n’est pas l’inspiration qui est difficile, c’est l’expiration. L’essoufflement est l’indice de la violence de l’exercice qu’il faut modérer ou cesser dans ce cas. Le rapport de la capacité vitale des sujets entraînés à leur poids est beaucoup plus élevé chez eux que chez les sujets sédentaires ; de plus, le rapport de la capacité vitale au poids s’accroît avec le degré d’entraînement. « Il existe un rapport nécessaire, dit Maurel (de Toulouse), entre la taille et le poids d’un sujet et sa section thoracique. » D’après Landois les conditions qui influent sur la capacité vitale sont : 1° la longueur du corps ; 2° le volume du tronc qui égale 7 fois en moyenne le volume de la capacité vitale ; 3° le poids du corps ; 4° l’âge, à trente-cinq ans la capacité vitale atteint son maximum ; 5° le sexe, à taille égale, son rapport entre l’homme et la femme est comme 10 : 7 ; 6° la position sociale et les occupations ; 7° les influences diverses. La capacité vitale est maximum dans la station droite avec l’estomac vide ; elle diminue à la suite de grands efforts physiques (Albers).

Le jeu pulmonaire est surtout facilité par les exercices du train inférieur dont les muscles sont les plus épais et qui provoquent par ce fait des échanges gazeux plus nombreux et plus rapides ; ces échanges s’établissent dans les poumons qui se développent en raison de leur travail fonctionnel. Ils refoulent la cage thoracique de dedans en dehors, c’est l’amande pulmonaire qui élargit le noyau thoracique osseux en lui servant de point d’appui interne. On peut donc conclure que, pour développer les poumons, il faut surtout s’entraîner aux exercices du train inférieur au plein air ou dans un local bien aéré ; ces exercices sont la marche, l’alpinisme, la course à pied, l’escrime, la bicyclette, la danse classique qu’on a délaissée bien à tort et à laquelle on doit revenir. La danse à laquelle on se livre dans les salons et le plus souvent pendant la nuit est un exercice nuisible pour la santé ; car, outre qu’il se pratique à des heures qui devraient être réservées au sommeil, l’aération des locaux est presque toujours défectueuse : l’air confiné surchargé d’odeurs empyreumatiques est empoisonné. On s’agite dans de la saumure aérienne, puisque les échanges gazeux sont sept fois plus nombreux pendant un exercice musculaire intense qu’à l’état de repos. D’autre part, le pouvoir d’absorption étant quatre fois plus grand, le brassement de l’air devrait être vingt-huit fois plus rapide. Dans la marche, la production de l’acide carbonique peut être le triple de ce qu’elle est au repos (Smith).

Il va sans dire que, dans les affections pulmonaires, l’entraînement doit être appliqué médicalement puisqu’il s’agit d’états pathologiques.

Circulation1. — Le danger de l’entraînement mal réglé est au coeur. Il est d’autant, plus sérieux que

l’entra.inement physique

la circulation pulmonaire est souvent modifiée par de nombreuses causes : végétations, hypertrophies des cornets, emphysème, etc. Les échanges gazeux s’établissent mal, le cœur se force, la dilatation des ventricules, l’hypertrophie du muscle cardiaque, le rétrécissement fonctionnel de la valvule mitrale, s’accusent par de l’essoufflement, des hémoptysies, des vertiges, des évanouissements, etc.

Un effort violent, mais court, n’a pas le temps de forcer le cœur en raison même de l’essoufflement qu’il provoque et de l’arrêt qui s’impose dans le mouvement. Le surmenage du cœur provient d’un effort prolongé n’amenant jamais d’emblée l’essoufflement. Les jeunes gens qui n’ont pas atteint leur complet développement sont plus aptes que l’homme formé à contracter des affections dans les exercices qui demandent une longue durée d’efforts. Pour eux pas d’entraînement de fond ; pour l’homme mûr pas d’entraînement de vitesse.

Il va sans dire que dans les affections du cœur, tous les exercices doivent être mesurés avec une grande circonspection de la part du médecin. La cure du terrain et les exercices de gymnastique demandent à être appliqués cliniquement, ce qui n’est pas toujours facile.

Un autre écueil des exercices physiques est le bienêtre parfois trompeur qu’ils provoquent; l’illusion de puissance donnée par eux contribue à surmener le cœur et à le forcer. M. Bouchard permet de pousser l’exercice jusqu’au moment où le pouls accuse 160 pulsations à la minute ; 150 ou 140 même nous paraissent suffisantes.

Tout sujet qui veut augmenter sa vitesse normale de progression au moyen d’un instrument, d’un appareil ou d’une machine qu’il meut lui-même doit subir

I(; la fatigue et l’entrainement

uü examen médical, non seulement au début, mais aussi en cours d’entraînement.

Il faut graduer l’elfort d’après l’état de résistance de chaque sujet; cet état est variable. Un cœur surmené l'est pour longtemps, sinon pour toujours.

Innervation. — Commandant à la respiration et à la circulation, le système nerveux règle la machine humaine dans ses deux grandes fonctions de sensibilité et de mouvement. Dès qu’une de ces deux fonctions est modifiée, l’entraînement physiologique est compromis par ralentissement de la nutrition.

La supériorité de l’homme sur l’animal est la volonté. Dans tout acte musculaire, les rapports entre les centres moteurs et les centres psychiques sont, dans leur intensité, en raison directe du travail fourni par chacun d’eux. Un mouvement évoque une idée et une idée évoque un mouvement, si bien que la psychologie moderne admet que le début de toute idée de mouvement à exécuter correspond au début du mouvement lui-même. On sait que la réciproque est vérifiée par les attitudes imposées aux hystériques en état de sommeil hypnotique. L'attitude provoque la pensée correspondant au mouvement : défense, attaque, extase, etc. La concentration de la pensée peut aussi avoir une action inhibitrice sur les attaques d’épilepsie, c’est-à-dire sur des mouvements absolument réflexes. Un mouvement longuement exécuté par une série de muscles peut détruire la synergie des autres mouvements et établir pendant un temps plus ou moins long une impotence fonctionnelle. Les coureurs vélocipédiques ne savent plus marcher en descendant de machine après une longue course de fond. Un mouvement volontaire intense et de courte durée, pour lequel l’attention a été fortement sollicitée, peut se

reproduire automatiquement dans le sommeil physiologique, s’arrêter si on réveille le sujet et recommencer aussitôt qu’il se rendort.

L’état réflexe d’un mouvement initialement volontaire s’accuse aiusi dans le sommeil, alors qu’au réveil la volonté qui l’avait d’abord provoqué le supprime par inhibition.

Au début initial de l’entrainement à vélocipède, après une première course un peu longue, beaucoup de sujets m’ont dit avoir ressenti dans leurs jambes deux pulsations bien rythmées, d’après le rythme même des mouvements de pédales. Fait important à noter au point de vue de l’association inconsciente des idées d’après l’attitude, ces pulsations ne se font sentir qu’au repos, dans la station assise sur une chaise; elles s’arrêtent dans la station debout, pour reprendre de nouveau dans l'attitude assise, correspondant à l’attitude sur la selle du vélocipède.

Il est d’observation commune que tous les exercices d’équilibre sont amusants et ont, de ce fait, uu plus grand attrait que les autres exercices. Il est permis de se demander si ce plaisir ne provient pas de nombreuses associations d’idées correspondant aux diverses attitudes provoquées par la recherche de l’équilibre. Chaque groupe musculaire passant rapidement d’une attitude à l’autre évoquerait ainsi inconsciemment une série de représentations psychiques aussi fugaces que le mouvement lui-même, d’où échanges plus nombreux, vitalité psychique plus grande, bien-être, et, par conséquent, plaisir. Peutêtre pourrait-on aiusi expliquer une des causes du succès de la bicyclette où la recherche de l’équilibre est constante. Très fatigante au début, cette recherche devient si facile qu’elle finit par être inconsciente; mais, pour être telle, elle n’en existe pas moins.

L’entraînement intensif provoque les mêmes phénomènes psycho-pathologiques qu’on trouve dans l’hystérie, dans le sommeil hypnotique, dans la neurasthénie, tels que l’ennui, le dégoût, l’automatisme, les impulsions, le dédoublement de la personnalité, les hallucinations, les illusions, les phobies, la paramnésie, l’écholalie, l’obsession, etc., ainsi que nous l’établirons plus loin.

Aucun sujet, môme le mieux entraîné, ne peut échapper à l’ennui qui survient toujours dans le cours d’une longue épreuve d’entraînement.

La volonté ne peut le chasser, le sujet ne continue l’exercice que poussé par l’automatisme ou par son entraîneur. L’influence suggestive de l’entraîneur est manifeste, ainsi que j’ai pu l’observer bien souvent et la fixer concrètement sur les courbes d’un graphique de course de fond que j’ai tracé minute par minute et kilomètre par kilomètre sur 620 kilomètres pendant vingt-quatre heures.

La décharge nerveuse provoquée par l’entrainement intensif se manifeste par un état spécial : la fatigue. Avec l’école italienne, avec les maîtres de la psychophysiologie française, nous pensons que la fatigue est toujours d’origine nerveuse. Les muscles du cœur ne se fatiguent pas au sens propre du mot, et cependant ils fonctionnent sans relâche toute la vie, depuis le moment où apparaît le punctum saliens jusqu’à la mort. Ces muscles ne sauraient échapper à la loi générale de la fatigue et de la courbature qui régit la fonction de tous les muscles de l’économie. C’est pourquoi le muscle cardiaque doit posséder uue organisation spéciale en relation directe avec sa fonction ; cette organisation, nous la trouvons dans un réservoir de force nerveuse localisée dans les ganglions de de Remak et de Bidder. On peut se demander si la

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diastole qui comprend la période réfractaire de Marey, pendant laquelle l’excitabilité est tellement diminuée que pour certains expérimentateurs elle est nulle, ne constitue pas un repos suffisant pendant lequel les centres cardiaques se rechargent de l’influx nerveux nécessaire à la contraction musculaire, c’est-àdire à la systole. Ces centres se chargeraient et se déchargeraient ainsi alternativement comme des accumulateurs électriques en communication avec une grande source d’influx nerveux fournie par les centres cérébro-spinaux.

L’accumulation de réserve existe, puisque le cœur séparé des centres continue à battre pendant quelque temps. D’autre part, si le muscle du cœur ne se courbature pas par la production des déchets, c’est que leur stagnation dans la fibre musculaire est impossible, en raison du sang liquide nutritif par excellence qui la baigne et surtout de la vitesse du torrent circulatoire cardiaque qui les chasse au loin, vers la périphérie, où la courbature se manifeste très probablement parce que la vitesse du courant dans les capillaires est moins grande que dans le cœur.

Si l’influence psychique est évidente dans l’entraînement, celui-ci en possède une non moins grande sur le système nerveux qu’il tonifie. De tous les agents dynamogènes, la volonté est le plus puissant ; c’est ainsi que dans la paralysie infantile on réveille progressivement les mouvements volontaires par la gymnastique passive d’abord et par la gymnastique active ensuite. L’électricité est un excellent adjuvant pour exciter localement la fibre musculaire, mais elle ne saurait suffire à l’action générale et synergique de tous les groupes musculaires mis en fonction par l’entraînement physique. Le moteùr et le régulateur principal est l’influx nerveux émis par les centres

cérébro-spinaux; c’est pourquoi l'entraînement peut donner d’excellents résultats dans certains états psycho-pathologiques tels que les phobies, la neurasthénie, l’hypocondrie, l’hystérie et même l’épilepsie. Dans cette dernière affection, qui paraît êLre le triomphe du réflexe, il est permis de se demander, en procédant par analogie, si le travail musculaire lent et progressif déchargeant lentement et progressivement les centres psycho-moteurs par les extrémités nerveuses périphériques n’agirait pas sur les centres nerveux à l’égal des pointes qui diflusent la tension électrique et l'empêchent de s’accumuler pour provoquer la décharge, c’est-à-dire l’attaque épileptique. Mais l’application du traitement est fort délicate, car la fatigue, c’est-à-dire la décharge nerveuse, ne devrait pas dépasser le coefficient d’accumulation, qui varie non seulement avec chaque sujet, mais encore avec le moment.

L’entraînement est une école de continence et de chasteté. Les preuves fournies par les grands coureurs vélocipédistes sont intéressantes à noter ; ceuxci doivent opter en faveur de l'entraînement, pendant toute une saison. Un grand coureur qui fut toujours vainqueur et que nous avons pu admirer dans tout l’épanouissement de sa force, s’étant marié, a été vaincu aussitôt par d’autres coureurs qu’il aurait probablement battus avant son mariage. L'influence excito-motrice du liquide organique sur le système nerveux est connue depuis les travaux de Brown- Séquard. La continence s’impose donc aux grands coureurs pendant toute la saison de Entraînement.

Peut-être la Ligue contre la licence des mœurs obtiendrait-elle de meilleurs résultats si elle parvenait à donner le goût de l’entraînement au plein air à notre jeune génération, en essayant de provoquer

L’ENTRAINEMENT riIYSIQUE

une petite fatigue soit quotidienne, soit hebdomadaire. L’essai serait à tenter, car ce sont les nerveux seuls qui accomplissent des excès, étant toujours en quête d’excitations. On pourrait déplacer ce besoin et le reporter sur l’entraînement physique ; on ferait ainsi de la bonne hygiène sociale et morale. La bicyclette, en poussant les deux sexes sur lçs grands chemins, accomplit déjà une œuvre d’assainissement physique et moral. Mais ici encore il faut se garer de tout excès ; si un entraînement doux est salutaire, un entraînement trop intense provoque les excitations qu’il est appelé à combattre. Il agit alors par fatigue générale qui énerve à l’égal d’un excito-moteur. Il existe trois degrés dans la fatigue, selon son intensité : 1° la petite fatigue ou lassitude, qui tonifie et qu’on doit rechercher dans tout entraînement ; 215 la fatigue qui irrite, excite et énerve ; 3° la fatigue qui abat et qui dissocie le « moi » en provoquant des phénomènes somatiques et psychiques. On doit éviter absolument ces deux fatigues. Il est à remarquer que certains excito-moteurs provoquent de même ces trois états : tels sont l'alcool, la morphine, le haschisch, etc.

Parallèlement à l’entraînement physique, nous assistons depuis quelque temps à la mise en vente de liqueurs dites sportives ; il y a ici un danger à signaler. Ce danger réside dans une illusion de force physique donnée par l’excito-moteur qui joue ainsi le rôle d’agent provocateur du système nerveux en l’obligeant à fonctionner plus fortement. Quand l’émission de force dépasse la somme des réserves physiologiques variant avec chaque sujet, l’excitomoteur provoque un état pathologique par fatigue du système nerveux. Les emprunts dépassent les rentrées, la faillite survient sous forme de surmenage avec toutes ses manifestations pathologiques.

L’alcool doit être proscrit dans l’entraînement; quant aux autres excito-moteurs, cacao, café, thé, coca, certaines préparations au quinquina, etc., il faut en user avec beaucoup de prudence. Le vulgaire a besoin de se « remonter ® par 1’ « apéritif », celui qui s’entraîue sérieusement ne tombe pas dans cette erreur : il n’use pas d’alcool.

L’illusion de force donnée par l’alcool l’a fait dénommer : eau-de-mc, eau -ardente, eau-d a- feu, etc., alors que les alcools ne sont en réalité que de l’eaud e-mort, soit qu’ils la donnent directement quand ils sont frelatés et très toxiques, ou indirectement quand ils provoquent l’athérome des artères. L’atténuation de l’élasticité vasculaire est la cause des ruptures des vaisseaux, des hémorragies cérébrales, des paralysies et de la mort. S’il est vrai que l’humanité ne vit que d’illusions, il est temps de supprimer celle-là.

D’après Mosso et Paoletli, le meilleur breuvage serait une solution sucrée correspondant de six à dix fois plus d’eau que de sucre, soit 60 à 100 grammes de sucre pour 1 litre d’eau ; l’amélioration commencerait dix minutes après avoir bu cette solution, le summum de l’état de bien-être arriverait quarante minutes après pour une dose moyenne de sucre.

Pour M. Vaughan llarfey *, la consommation de grandes quantités de sucre accroît le pouvoir musculaire de 26 à 33 p. 100, et avec le retard de la fatigue, l’accroissement, pour la journée peut atteindre 61 à 76 p. 100 ; l’addition du sucre en régime ordinaire peut accroître le pouvoir musculaire de 9 à 21 p. 100 et le travail total, avec retard de la fatigue de 6 à

(1) Vaughan Ilarley. The value of sugar and the effecl of smoking on inuscular work (in The Journal of physiologie, XVI, p. 97, 1894, et Revue des sciences médicales de Hayem, n° 89, 15 janvier 1895, p. 19).

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39 p. 100; l’addition de 250 grammes de sucre, au régime normal, accroît le travail quotidien : l’accroissement est de 6 à 28 p. 100 pour le travail de 30 contractions musculaires et pour la journée entière de 9 à 36 p. 100; le sucre pris tard dans la soirée peut faire disparaître la chute diurne du pouvoir musculaire qui a lieu vers 9 heures du matin, et accroître la résistance à la fatigue. Le maximum du pouvoir musculaire existe vers 3 heures de l’après-midi. Selon M. Seegen1, le sucre du sang constituerait le principal combustible musculaire.

Le graphique que j’ai tracé pendant la course de vingt-quatre heures sur 620 kilomètres, révèle l'influence des excito-moteurs sur la vitesse et sur l’allure du coureur, celle des entraîneurs et de l’autosuggestion inconsciente du coureur sur lui-même pendant les deux premières heures. Les courbes indiquent aussi que le besoin de nourriture s’est fait sentir d’abord dans les muscles avant de devenir conscient. On voit en effet la courbe descendre progressivement pendant 6 à 8 kilomètres, au bout desquels la nourriture a été réclamée. Le besoin a dû atteindre une certaine intensité pour devenir perceptible, alors qu’il a été révélé musculairement par un ralentissement dans la vitesse dès qu’il a commencé à se manifester.

Le besoin de réparation s’était donc fait sentir inconsciemment dans les muscles plusieurs minutes avant son arrivée aux centres psychiques. Ce tracé tendrait à faire admettre que le premier degré de la fatigue est périphérique. Il indique aussi que fatigue et nutrition sont deux états connexes, puisque la

(I) Seegen. Die Kraflquelle für die LeisLungen des tetanisirlen muskeln. {La source de l'énergie développée dans le létanos musculaire.) « Centralblat für Physiologie, » VIII, p. 465 et 497.

vitesse s’est ralentie avec le besoin de nourriture et a augmenté dès que ce besoin a été satisfait. Ou pourrait peut-être, parce procédé, prévenir la fatigue en alimentant le coureur dès que la courbe du graphique commencerait à baisser et avant que le besoin conscient de nourriture ne se fasse sentir, car, en ce moment, la fatigue est généralisée et les déperditions ont atteint un degré élevé.

Nutrition. — L’alimentation est très importante dans l'entraînement, son application est d’autant plus délicate qu’elle est sous la dépendance du système nerveux et qu’elle varie selon chaque sujet. La ration moyenne de l’homme adulte par vingt-quatre heures doit être composée, quand le travail musculaire s’accroît, de 130 grammes d’albuminoïdes, de 404 grammes d’hydrate de carbone et de 84 grammes de graisses. En thèse générale, il faut donner à chaque sujet les aliments qui lui conviennent et que l’habitude ou l’expérience lui ont fait reconnaître les meilleurs et les plus assimilables pour son organisme. Les hydrocarbones et les graisses jouent le principal rôle pendant le travail ; ils agissent comme charbon en entretenant la combustion, la chaleur et le mouvement; les aliments protéiques doivent être surtout donnés avant et après l’épreuve : avant, pour préparer le muscle qui va s’user, après pour le réparer. Cependant quand l’épreuve est longue le bouillon est absolument indispensable. Pour quelques physiologistes l’albumine serait même la source principale de l’énergie musculaire. Le lait parait être contreindiqué dans les efforts prolongés. S’il renferme tous les éléments nécessaires à la nutrition normale, il est insuffisant dans le cours d’un exercice intense où les pertes en albuminoïdes sont importantes et où les

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hydrocarbones doivent être donnés en quantité plus que normale pour entretenir une combustion qui est forcément exagérée.

Pour qu’une alimentation soit complète, il faut ajouter à 1 partie de substances protéiques 3,8 à 4,5 ou à b parties de substances hydrocarbonées. L’alimentation lactée est trop riche en matières protéiques, puisqu’elle est comme 1 est à 3,65 pour le lait de vache. D'autre part, la production d’acides dans l’estomac ainsi que le mucus rendent la digestion lactée plus longue.

Le bouillon concentré, la viande crue râpée, les œufs crus pour les aliments protéiques ; les farineux, les aliments sucrés ou l’eau sucrée pour les aliments hydrocarbonés sont indiqués dans l’entraînement intensif. D’ailleurs, et presque instinctivement les coureurs de fond se nourrissent surtout de fruits très sucrés, tels que fraises, cerises, raisins, pendant le cours même d’épreuve. L’homme comme le cheval résiste avec la nourriture de la veille.

Les boissons fortement alcalines agissent sur l’hyperchlorhydrie, de même que la limonade sur les mucosités stomacales qu’elle délaie. Il faut éviter de trop boire en cours d’entraînement. Les auto-intoxications sont fréquentes, il est donc nécessaire de s’assurer avant tout de l’intégrité fonctionnelle de tous les émonctoires. Chez les sujets atteints, par exemple, d’aiïection du foie ou des reins, l’entraînement doit être l’objet d’une attention toute spéciale de la part du médecin. L’analyse fréquente des urines s’impose en même temps que la recherche de leur toxicité. Cette recherche a une grande importance dans les pays chauds où les congestions sont plus fréquentes que dans notre pays tempéré.

En activant les échanges, l’entraînement physique Ph. Tissié. — La fatigue. 2

agit, profondément sur la nutrition. Les obèses en bénéficieraient surtout s’ils avaient la force de caractère nécessaire pour suivre parallèlement un traitement alimentaire spécial, mais leur ennemi est leur estomac lui-même: ils mangent trop et surtout ils boivent trop de liquides ; « ils creusent leur tombe avec leurs dents, » selon la forte expression de la médecine ancienne. Le poids de l’homme est généralement calculé à raison de 1 kilo par centimètre au-dessus de lm,50. La corpulence est indiquée, d’après M. Bouchard1, par le quotient du poids divisé par la taille ; elle a pour formule -jj-. Chez l’homme moyen, -f- — 4,2 et chez la femme moyenne : 3,9.

(1) M. Bouchard 1 vient de jeter un jour tout nouveau sur la nutrition, qui n’est pas égale pour tous les individus : 1 kilogramme d’une personne n’est pas semblable à 1 kilogramme d’une autre personne. La différence dépend des réactions chimiques idiosyncrasiques, les termes changent selon que l’on a affaire à un homme normal, obèse ou très maigre.

Chez un homme ordinaire, 1 kilogramme de son corps possède la composition suivante : 160 grammes d’albumine 130 grammes de graisse, 660 grammes d’eau et 50 grammes de cendres; tandis que chez un obèse le même kilogramme est composé de 78 grammes d’albumine, 575 grammes de graisse, 323 grammes d’eau, 24 grammes de cendres. M. Bouchard a établi des formules précises d’alimentation basées sur le poids, la taille et la superficie cutanée par où se dégage le calorique. D’après ces formules, à chaque kilogramme de substance active correspond une quantité déterminée de décimètres carrés de superficie cutanée et, vice versa , chaque décimètre carré de superficie oblige le kilogramme à dégager les calories qu’il élimine. Un homme normal a besoin d’aliments combustibles comme 192 au total du corps et comme 3 pour chaque kilogramme ; étant devenu obèse il lui en faut comme 225 pour tout le corps et 1,8 pour 1 kilogramme; s’il devient très maigre, il lui faudra au total comme 117 et comme 4,3 pour chaque kilogramme.

' Gli. Bouchard. Considérations sur l'état statique du corps. (Semaine médicale, 17 mars 1897, p. 89.)

- Ch. Bouchard. Détermination de la surface de la corpulence et de la composition chimique du corps de l'homme. ( Comptes rendus de l'Académie des Sciences, n° 16. — Séance du 20 avril 1897, p. 844).

l’entrainement physique

Locomotion. — L’entraînemeut augmente le volume des muscles. Les propriétés du muscle sont Y élasticité t Y excitabilité, la contractilité et Y électro-motricité.

L 'élasticité musculaire est faible mais parfaite ; elle se manifeste pendant la contraction des muscles antagonistes. L’élasticité du muscle actif est moindre que celle du muscle inactif ; il est plus mou, la dureté est due à la tension. L’élasticité d’un muscle fatigué est plus faible que celle d’un muscle au repos.

L'excitabilité est la propriété que possède le muscle de se raccourcir sous l’influence d’un excitant, qui provoque le dégagement de l’énergie latente musculaire ; la diminution de l’énergie est un signe de fatigue. Les excitants sont normaux, tels les mouvements volontaires, passifs, etc. ; chimiques, thermiques,

Chez l’homme sain, 1 kilogramme d’albumine a pour surface de sollicitation et d’émission 19,7 décimètres carrés; 23,1 décimètres carrés, s’il est obèse; 28,7 s’il est très maigre. La sollicitation à la destruction est le moins intense dans l'état normal ; elle augmente dans l’obésité, elle augmente encore dans la grande maigreur. Si la nature lutte pour les obèses, dit M. Bouchard, elle combat contre ceux qui tombent dans la consomption. Si l’homme très maigre est en abstinence, les destructions en albumine sont chez lui six fois plus intenses qu’à l’état normal. La destruction quotidienne normale de l’albumine fixe est environ 1 /160e ; elle peut atteindre, dans les cas pathologiques 1/27'. L'action combinée de l’abstinence et de l’augmentation relative de la surface cutanée crée un danger pressant en augmentant la désassimilation dans des proportions énormes. La désassimilation est proportionnelle au poids du corps ou mieux au poids de l’albumine fixe; la consommation fonctionnelle ou respiratoire est proportionnelle à la surface du corps. D'après les formules de M. Bouchard on peut calculer la quantité de 1 albumine fixe qui seule est active, ainsi que la surface d’émission qui est, pour chaque individu, attribuée à l’unité de poids de cet albumine fixe. « Les besoins de l’obèse sont doubles de ceux de l’homme sain, mais pour l’unité de poids il lui faut presque la moitié moins. L’homme marastique a besoin de moins d’éléments que l’homme sain, moins des deux tiers, mais pour l’unité de poids il lui en faut environ une fois et demi autant qu’à l’homme normal. »

mécaniques, électriques. — Toutes les excitations appliquées sur le muscle agissent également sur le nerf, car le muscle n’est à proprement parler que l’organe terminal des nerfs moteurs (Landois). Le muscle en se contractant se raccourcit et épaissit, son volume diminue légèrement, sa densité augmente, le muscle se contracte totalement ou partiellement, il transmet à tous ses éléments l’excitation qu’il a reçue, sauf quand il est fatigué ; le choc alors provoque une contraction localisée à son siège même, cette contraction se manifeste par un soulèvement de la peau, c’est la contraction idio-musculaire . Le travail (T) du muscle en contraction est égal au produit du poids soulevé (p) par la hauteur à laquelle ce poids est porté (h) : T = pli. — Le poids soulevé est proportionnel à l’épaisseur du muscle ; la hauteur de soulèvement est proportionnelle à la longueur du muscle. Un sujet petit, trapu, aux bras de levier courts, exécute plus facilement des exercices de force : soulèvement de poids, tractions, etc., qu’un sujet élancé aux longs bras de levier, celui-ci a plus d’aptitude pour la course, le saut, les exercices de vitesse, etc.

Le muscle en se contactant émet de la chaleur, le muscle du cœur s’échauffe à chaque systole. La chaleur est plus considérable quand le travail est accompli par plusieurs petites contractions, puis par un petit nombre de contractions fortes. La nutrition est relativement plus active pendant les contractions énergiques que pendant de faibles contractions. « Il est plus fatigant de gravir une tour quand les marches sont hautes que lorsqu’elles sont basses-. » « On donne, dit Landois1, le nom de fatigue musculaire à l’état

(t) Landois. Traité de physiologie humaine. Paris, Reinwald, 1893, p. 569.

l’ entrain ement Pü YSIQ UE

des muscles qui ne réagissent plus qu’imparfaitement quand ils ont été maintenus longtemps en activité. Cet état est accompagné, chez l’individu vivant, d'une sensation particulière qui est localisée dans les muscles. » La cause de la fatigue musculaire réside pour cet auteur dans l’accumulation dans le tissu musculaire de produit de désassimilation de substances fatigantes qui se forment pendant la contraction, tels l’acide phosphorique libre ou sous forme de phosphates, l’acide carbonique et l’acide lactique. Nous pensons que le muscle ne se fatigue pas au sens absolu du mot, mais qu’il est atteint d’impotence fonctionnelle par la présence de déchets de la nutrition qui le rendent acide. La fatigue, telle que nous l’entendons, serait toujours d'origine nerveuse. Un système nerveux débilité réagit moins efficacement contre la production des déchets qui envahissent les muscles. Un bon système nerveux est le régulateur de la nutrition. La fatigue, avec ses diverses origines, débilite les centres nerveux et, par ce fait, agit sur la nutrition générale. L’impotence musculaire peut survenir à la suite d’une cause psychique, ainsi que nous le verrons plus loin.

Le muscle qui a trop travaillé perd son pouvoir de contractilité, il devient rigide. La rigidité est due à la coagulation spontanée de la myosine dans l’intérieur des fibres musculaires, sous l’action d’une petite quantité d'acide. Mais le début de la rigidité est toujours précédé de Y abolition de l’activité nerveuse (Landois).

Plus le travail musculaire est énergique, immédiatement avant la mort, plus intense et plus rapide est la rigidité cadavérique. Le gibier forcé devient rigide au bout de quelques minutes; elle existe chez les soldats frappés sur le champ de bataille à la fin d’une journée de combat ; on les retrouve comme figés dans l’atti-

tucle de l'action au moment môme où ils oui été tués.

La rigidité peut être d’ailleurs provoquée expérimentalement par d’autres agents que le travail musculaire provoquant la coagulation de la myosine qui est uue substance albuminoïde, très abondante dans les muscles. L’intégrité de la circulation est une condition du développement normal et durable de l’énergie dans les muscles; la quantité de sang qui arrive dans le muscle actif est trois à quatre fois plus grande que dans le muscle iuactif.

11 faut entraîner progressivement la fibre musculaire et lui éviter les à-coups, elle bénéficie bien plus d’une action douce et lente que d’un travail violent et accéléré. Les mouvements rythmés sont préférables aux mouvements saccadés^ll vaut mieux soulever un haltère de 1 kilo, vingt fois, qu’un haltère de 20 kilos une fois. Les échanges gazeux se produisant aux muscles qui émettent de l’acide carbonique et aux poumons qui prennent l’oxygène à l’air, il s’ensuit que l’entraînement musculaire et, par ce fait, le développement des fibres, dépend de la capacité vitale de chaque sujet. De larges poumons fonctionnant largement aident au développement musculaire ; d’autre part, l’entraînement musculaire bien réglé est un facteur important du développement de la cage thoracique en provoquant l’amplitude plus grande des poumons.

L’hercule anglais Sandow1 qui est âgé de vingtneuf ans était resté très délicat et faible jusqu'à l’àge de quatorze ans, sa famille n’a jamais présenté une vigueur extraordinaire. 11 commença à s’entraîner à l’âge de seize ans au moyen des haltères. Il s’exerça

(1) Franz Bemelmans. Un Hercule moderne — Sandow. (Le Vélo du lijanvier 1897.)

l’entrainement physique

tous les jours à lever des poids. Il est arrivé ainsi à lever lentement, d’une seule main, au-dessus de la tète, un haltère de 175 kilogrammes. 11 a soulevé avec les épaules un poids de 2 800 kilogrammes. Voici quelques mensurations de cet athlète : taille lm,75, poids 89 kilos, tour de poitrine à l’état normal lm,22, inspiration forcée lm,575, biceps 0m,495, avant-bras 0m,410, cuisse 0m, 685, jambes 0m,460, cou 0m,460, taille au-dessus des hanches 0m,730.

La différence du jeu respiratoire de la poitrine est, en inspiration forcée, de 0ra,355 sur l’état normal.

Chez les hommes vigoureux le tour de poitrine, au-dessous des mamelons, est de 0m,82, en expiration paisible et de 0m,89 eu inspiration profonde, soit une différence de jeu de 0m,07 centimètres.

La fonction des articulations dépend de la fonctiou musculaire et osseuse; les douleurs, la production de synovie, les arrachements des insertions tendineuses péri-articulaires, etc., sont provoqués par un effort musculaire trop violent ou trop prolongé, par des chocs, des refroidissements, etc.

La peau doit être toujours débarrassée des matières qui gênent son libre fonctionnement par une toilette quotidienne et renouvelée selon les besoins de propreté. Un homme bien portant perd en vingt-quatre heures par la peau le 1/67 du poids de son corps (Seguin). Depuis M. Arloing, de Lyon 1 la toxicité de la sueur est presque nulle quand elle est provoquée par un bain chaud, l’étuve, etc., elle est très considérable pendant les exercices musculaires violents, les glandes sudoripares seraient ainsi un émonctoire important pour les produits de désassimilation. Le

(1) Arloing. Société clés Sciences médicales de Lyon (Séance du 10 février 1897), ou Répertoire de pharmacie du 10 mars 1897, n° 3, p. 141.

salut, égyptien : « Que la transpira lion cous donne la santé, » répondrait dans ce cas à une observation physiologique.

Résumé.

L’entraînement physique peut se résumer dans les propositions suivantes :

Accomplir tous les jours et progressivement, sans grande fatigue, un elïort plus grand que la veille jusqu’à ce qu’on ait atteint la forme qui est variable et individuelle. — Ne jamais procéder par à-coup. — Pouvoir et savoir bien respirer. — Ne jamais dépasser un très léger essoufflement. — Ne jamais forcer son cœur, mais le faire fonctionner en raison de la facilité respiratoire. — Éviter tous les exercices qui congestionnent longuement, arrêter l’exercice quand le pouls accuse de 140 à 160 pulsations. — Éviter tous les excès de table, de veille, de travail intellectuel, etc. — Observer une juste continence. — Ne pas boire d’alcool.

Marcher avec la nourriture de veille; provoquer l’effort immédiat avec les excito-moteurs du moment. N’utiliser les excito-moteurs qu’avec une grande réserve. — Ne jamais s’entraîner à jeun ni aussitôt après avoir mangé, attendre deux heures après les principaux repas du jour. — Ne jamais s’entraîner pendant la nuit.

Le sommeil doit être réparateur; il ne doit être ni lourd, ni agité, ni pénible. Il faut, en général, huit heures de sommeil par nuit. Régler l'entraiuement d’après la qualité et la quantité du sommeil.

Tout entraînement qui supprime l’appétit et qui augmente la soif est nuisible. — Le surmenage cérébral est accru par le surmenage physique! — Il faut rechercher

l’entrainement physique

la petite fatigue qui ton ifie et éviter la fatigue plus grande qui énerve ou qui dissocie le « moi ».

Dans l’entraînement, on doit toujours compter avec les trois fonctions principales : motrice, nutritive, psychique.

En dernière analyse, je résumerai volontiers l’entraînement physique dans la proportion suivante :

On marche avec ses muscles, on court avec ses poumons, on galope avec son cœur , on résiste avec son estomac, on arrive avec son cerveau.

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