I. — La fatigue dans les exercices physiques et les sports
D’après M. Mosso, la manière dont chaque sujet se fatigue est constante, et ne dépend pas de son état d’entraînement ; pour cet auteur la fatigue est nerveuse, elle provient de la décharge des centres cérébro-spinaux, des terminaisons nerveuses musculaires et périphériques. Peut-être peut-on admettre que les plaques motrices jouent le rôle de petits accumulateurs périphériques desservant le muscle en vue d’un usage immédiat en attendant l’apport de l’influx nerveux cérébro-spinal. — Nous pensons aussi que lorsqu’un muscle ne peut plus se contracter, c'est par impotence fonctionnelle et non par fatigue ; l’impotence provient d’une modification anatomique ou chimique de son tissu, tandis que la fatigue naît d’un arrêt ou d’une diminution de l’influx nerveux.
Arrêter la fonction d’un muscle dans un effort prolongé, c’est suspendre l’élimination des déchets
organiques du muscle et le mettre en état d’impotence fonctionnelle vis-à-vis de lui-mérne par encombrement de déchets.
Les grands coureurs vélocipédistes connaissent tous ce phénomène ; aussi prennent-ils à peine le temps de s’arrêter non pas tant pour gagner du temps que pour éviter cet encombrement qui s’accuse par une douleur aiguë dans la remise en train du muscle, après un certain temps d’arrêt.
Lorsque, dans la course Paris-Brest et retour, le vélocipédiste Jiel-Laval, ayant une avance d’une heure sur son concurrent Terront, s’arrêta quelques heures à Guingamppour dormir, et voulut repartir, il éprouva une très grande difficulté à se remettre en marche, et pendant ce temps Terront, qui ne s'était pas reposé, ne souffrait nullement de ses muscles. — L’expérience a démontré que, dans la mobilisation des troupes, un arrêt est préjudiciable, non pour le temps perdu, mais pour l’activité même des hommes qu’on expédie directement en chemin de fer d’un point à un autre. Le demi-repos qu’on leur accordait autrefois, en cours de route, ne faisait que les fatiguer davantage.
Les déchets organiques provenant des éléments protéiques et des sels s’éliminent au fur et à mesure par les reins, quand ceux-ci, le foie, les autres glandes et la peau fonctionnent normalement. Les urines possèdent une toxicité qui dépasse le coefficient de celle des fièvres infectieuses graves, ainsi que nous l’avons constaté avec MM. Sabrazès et Denigès, professeurs agrégés à la Faculté de médecine de Bordeaux dans l’étude faite sur le coureur Stéphane pendant son record de 24 heures sur piste1. L'injection de 10 centi-
(1) Tissiè. Recherches physiologiques sur un record vélocipédique. Course de vingt-quatre heures sur piste, in Archives de Physiologie , octobre 1894.
l’entrainement intensif
mètres cubes d’urines de la fin de la course tuait un lapin pesant 1 kilogramme, ce qui élevait le coefficient de toxicité à 2,35, alors que celui des fièvres infectieuses graves est de 2 ou 2,50. Le lendemain ce coefficient descendait rapidement à 0,893, mais par contre les déchets du jour de la course, qui atteignaient eu 24 heures, pour l’urée, 31sr,50, l’acide urique 0"r,65, l’azote total 17gr, 07, augmentaient presque du double le lendemain, et l’urée arrivait à 58sr,50 ; l’acide urique 1 gr. ; l’azote total 31sr,85. Les pertes en acide pliospliorique le jour de la course s’élevaient : combinées aux alcalis à 2sr,43 ; combinées aux alcalino-terreux à lsr,2J ; acide phosphorique total à 3sr,64. Le lendemain de la course elles atteignaient, combinées aux alcalis 4sr,69 ; combinées aux alcalino-terreux 2sr,31 ; total : 7 grammes.
Le rapport des phosphates alcalino-terreux aux phosphates alcalins est resté constant pendantles deux jours, soit de moitié.
Les sulfates passaient de 6s1', 15 le premier jour à 7r,12, le lendemain; enfin, tandis que le jour de la course la perte en chlorure atteignait 13sr,50, le lendemain elle diminuait du quart et arrivait seulement à 3sr,12.
Ces constatations permettent d'admettre que, dans tout exercice prolongé, le sujet se met ipso facto en état d’auto-intoxication vis-à-vis de lui-même et que cette auto-intoxication peut devenir effective si les émonctoires, surtout les reins et le foie , fonctionnent mal. Un choc léger provoquait une saillie idio-museulaire très prononcée aux cuisses.
Je dois ajouter que Stéphane n’avait bu que du lait. Les recherches faites postérieurement par MM. Laplique et Marette sur la toxicité urinaire, à la suite d’un exercice musculaire poussé jusqu’à la Ph. Tissié. — La fatigue. 3
fatigue, en soumettant les sujets à une alimentation lactée absolue, out amené ces expérimentateurs aux mêmes conclusions *.
Ainsi, dans tout acte musculaire prolongé, l’arrêt ne paraît pas provenir de l’impotence du muscle, mais de la fatigue nerveuse.
Des analyses chimiques pratiquées par MM. Mairet et Virés 1 2 sur les urines des épileptiques ont amené ces expérimentateurs à établir que les attaques d’épilepsie modifient les échanges organiques et la toxicité des urines en même temps que la température générale.
Or, il est intéressant de noter, après chaque attaque, l’augmentation constante des phosphates alcalins et des phosphates terreux, surtout de ces derniers. Le rapport entre eux devient comme 65 est à 100, en même temps qu’augmente l’azote.
Quant aux urines analysées après l’attaque, elles sont toujours hypotoxiques , elles ne le sont plus dans les heures qui suivent immédiatement l’attaque. 140 à 220 centimètres cubes d’urines post-paroxystiques tuent 1 kilogramme de lapin, le même poids est tué par 86 à 50 centimètres cubes d’urines proparoxystiques.
On peut donc se demander si l’attaque épileptique avec décharge violente des centres nerveux et convulsions musculaires intenses ne serait pas un équivalent du surmenage intensif par fatigue profonde.
Les déchets organiques azotés et' phosphatés sont éliminés en grande quantité dans l’épilepsie comme
(1) Laplique etMarette. Variations physiologiques de la toxicité urinaire , in Société de Biologie , seançe du 21 juillet 1894.
(*2) Mairet et Vires. Un stigmate permanent de l'épilepsie. [Bulletin de l’ Académie de médecine, nu 4. Seance du 2(5 janvier 1897, P- 99.)
l’entrainement intensif
après une course à bicyclette de vingt-quatre heures. Mais tandis que l’homme sain élimine les toxines urinaires et par ce fait n'empoisonne pas son système nerveux, l’épileptique les conserve, d’où, très probablement, la cause occasionnelle de ses convulsions.
L’épileptique ne serait, dans cette hypothèse, qu’un fatigué héréditaire, chez lequel la moindre cause d’excitation, somatique, splanchnique, émotive, intellectuelle, musculaire, etc., provoquerait une décharge nerveuse des centres psycho-moteurs.
Après un travail cérébral intense, des modifications se produisent dans la coordination des mouvements. Un de mes amis, orateur distingué, qui s’astreint à apprendre mot à mot les discours qu’il prononce, est tellement fatigué par ce travail de mémorisation qu’il en sort courbaturé. M. Mosso dit être atteintde tachycardie à la suite d’un travail intellectuel exagéré.
Voici une observation qui m’est fournie par une personne habituée à s’analyser.
MUe X.., âgée de vingt-cinq ans, ressentait une vive attraction pour un jeune homme, ami de sa famille. Se trouvant un soir au théâtre avec l’uu des siens, elle fut prévenue tout à coup, par celui-ci, qui ignorait l’état d’âme de Mlle X..., de la présence du jeune homme, à quelques bancs derrière elle.
Pendant l’entr’acte Mlle X... voulut se retourner pour saluer, mais elle ne put, car elle sentait son cou se raidir à chaque essai de mouvemeut. La soirée se passa ainsi en vains efforts; depuis ce jour et pendant trois semaines, Mlle X... souffrit des sterno-cléido-mastoïdiens et d’un grand mal de tête ; il semble donc que la fatigue nerveuse ait provoqué, en même temps qu’une courbature musculaire, une « courbature cérébrale * d’origine psychique.
La fatigue musculaire peut être provoquée aussi
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par un rêve. J’ai cité ailleurs deux cas personnels 1 ; en voici un autre qui m’a été fourni par un étudiant d’une de nos Facultés, très habitué aux exercices du corps ‘2.
Ce jeune homme rêve qu’il établit un match de 60 kilomètres à pied avec deux de ses anciens camarades du lycée. La lutte est vive; ne voulant pas être dépassé sur la route, il chicane avec eux sur la rapidité de leur allure, qui est.trop accélérée. 11 veut que ses concurrents marchent comme lui et ne courent pas. 11 se dispute encore avec les contrôleurs, prétendant que, s’il lui arrivait un accident, le temps perdu ne devrait pas lui être compté. Ayant, en effet, été obligé de s’arrêter, il force ses concurrents à en faire autant en les retenant violemment. Pendant tout le trajet et pendant la lutte, M. X... ressent une grande fatigue musculaire et cérébrale, accompagnée de raideur des membres. Sa marche était saccadée avec un sentiment de chute en avant et des secousses très caractérisées dans les muscles de la région occipitale, ce qui lui occasionnait une grande douleur. Il avait l’idée fixe de trouver une attitude convenable pour ne pas ressentir la gêne considérable que provoquait le port de son veston plié sur son bras. 11 se réveille et il s’aperçoit que ses poings sont fermés comme pour un grand effort. Il ressent une vive fatigue musculaire localisée dans toute la partie inférieure du corps et surtout au genou. Cette fatigue est accompagnée d’une violente migraine. Il passe la journée sans pouvoir manger, avec la sensation de
(1) Tissié. Les Rêves; Physiologie , Pathologie . Paris, Alcan, 1890, p. 155.
(2) Tissié. L'Éducation physique. Conférence faite à la Société Philomatique de Bordeaux, in Revue des Jeux scolaires, septembre.
l’entrainement intensif
strangulation que provoque souvent le surmenage musculaire. Bien qu’étonné d’avoir fait un pareil rêve, il n’en recherche pas la cause ; mais, mal en train et ne pouvant travailler, il sort de chez lui et rencontre un jeune condisciple du lycée qui avait pris part avec lui au premier lendit de Bordeaux organisé par la Ligue girondine. Aussitôt, M. X... se rappelle que je lui ai montré, la veille, la photographie de Ramogé prise pendant sa marche de Paris-Belfort, et qui devait être reproduite en projection dans une conférence que j’allais faire.
La fatigue musculaire des jambes a duré pendant trois jours; les fonctions digestives, régulières jusqu’au moment du rêve, ont été modifiées.
Un rêve peut donc produire de la fatigue musculaire. Un même rêve peut être fait collectivement et provoquer une même fatigue collective, ainsi que nous le verrons plus loin. Cependant, dans ces deux observations, le travail musculaire était nul, la courbature avait uneorigine nerveuse. Lecotéintéressant à noter, chez MlleX, est la durée de la fatigue musculaire coïncidant avec celle de la fatigue cérébrale.
L’analyse de ce cas est difficile, car il est complexe ; elle n'entre pas d’ailleurs directement dans le cadre de cette étude. Il nous suffit d’établir qu’une idée très forte a été déprimante en créant un état d’impotence fonctionnelle, alors que, le plus souvent, une idée moins forte est excitante et se traduit par un acte musculaire : marche, mouvements des pieds, des mains, des doigts, de la langue. L’enfant qui tire la langue quand il apprend à écrire est sous l’influence d’une excitation ne dépassant pas la somme physiologique de l’effort qu’il peut produire, tandis que le soldat robuste cité par M. Mosso, qui s’évanouit en passant un examen bien simple, dépasse
tout à coup cette somme. Les attitudes professionnelles ne sont en dernière analyse que l’adaptation du système musculaire à une fonction psychique : un médecin se distingue d’un militaire et celui-ci d’un ecclésiastique. Je ferai remarquer à ce sujet que la physionomie du militaire et du prêtre est plus caractérisée que celle du médecin, parce que ces deux classes d’hommes vivent intimement au contact d’une même idée de discipline qui imprime un cachet particulier. Le médecin qui ne s’occupe que de la clientèle s’identifie avec son rôle, et son attitude est différente de celle d’un autre confrère qui ne recherche pas avant tout cette même clientèle. Si, d’après Pflüger, l’état réel du cerveau dépend de la valeur des excitations qu’apportent continuellement les fibres des divers ordres en rapport avec les organes périphériques, ceux-ci et surtout le système musculaire répondent à leur tour à toute excitation centrifuge cérébro-spinale.
La conséquence de la fonction prolongée du cerveau est une modification dans sa fonction propre visà-vis de lui-même. Ou sait que les pigeons voyageurs, sacrifiés après un long parcours, offrent des signes évidents d’anémie cérébrale. C’est à une modification circulatoire analogue qu’est probablement dù le sommeil subit à la suite d’un effort musculaire prolongé.
Il arrive quelquefois que, pendant uue course de fond à vélocipède, le coureur s’endort tout à coup sur le bord delà route, quelquefois a l kilomètre du but, et cela sans pouvoir réagir. Le coureur anglais Mills, ayant entrepris de battre lui-même sou propre record en traversant l’Angleterre du nord au sud, soit 1 400 kilomètres environ, fut pris d’un tel besoin de sommeil qu’il s'arrêta en plein jour à 10 kilomètres du but et qu’il s’endormit pendant huit heures. Son avance était telle que, malgré ce long arrêt, il battit
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le record, ce qui permet d’admettre qu’il avait fait une dépense uerveuse très grande, puisqu’elle avait fourni une augmentation de vitesse équivalente à plus de huit heures. Quoique très entraîné dans la privation du sommeil, il n’avait pu résister au besoin de dormir ; il est probable que la fatigue nerveuse avait été eu raison directe de la vitesse.
Cette fatigue n’existe pas dans les courses de grande vitesse à bicyclette portant sur une distance de 10 à 30 kilomètres.
Dans ce cas l’effort est violent, mais la réparation se fait très rapidement.
Dans les grands records vélocipédiques, la fatigue s’annonce d’abord par un besoin immodéré de nourriture ; c’est l’estomac qui commence à protester.
La fringale bien connue des coureurs succède à un état de bien-être général avant lequel a existé un état pénible de mise en train.
A ces phénomènes somatiques succèdent des phénomèues psychiques qui généralement se sérient de la façon suivante :
Le coureur éprouve d’abord un grand ennui, puis il peut être atteint d'amnésie, à laquelle succèdent des hallucinations, du dédoublement de la personnalité, un fond de suggestibilité très accentuée, le tout édifié sur un état d’automatisme. L’ennui domine toute la scène; il est la caractéristique de la fatigue poussée à l’excès connue sous le mot de vanage.
II atteint tous les coureurs, quel que soit leur caractère, gai ou triste.
Voici résumée l’auto-observation de M. Édouard de Perrodil, dans son record de douze heures sur piste 1 .
(1) De Perrodil. Douze heures sur pisle, in Vélo , 20 février 1891, n° 447.
lri' heure. — Mise eu traiu de l’économie. Analyse du moi, état de bien-être général, 33k,333 mètres sont fournis.
2e heure. — Augmentation de l’état de bien-être, allure de 34 kilomètres à l’heure, pas d'impression de fatigue. Le coureur va de mieux eu mieux, il rumine {sic) l’idée qu’il n’est pas fatigué ; lorsqu’il entend sonner la fm de la deuxième heure, il lui semble qu’il tourne depuis dix minutes.
3e heure. — Bien-être parfait. Puis premier besoin de nourriture, soif, analyse du moi, lucidité d’esprit.
4e heure. — Grand appétit et grande soif. Idée fixe qu’il perd du temps à manger et à boire tout en marchant.
5° heure. — L’état de bien-être est rétabli, grâce à la nourriture prise ; marche aussi facile qu’au début de la course. Analyse du moi.
Le coureur sent qu’il a frais dans le dos ; il constate que son entraîneur est à 2 mètres devant lui. Il lui fait ralentir son allure. La fraîcheur disparaissant, il fait la contre-épreuve en demandant à son entraîneur d’aller plus vite. La fraîcheur se produit de nouveau. Alors le coureur se dit que ce phénomène est dû à un courant d’air produit suivant la position de l’entraîneur ; il va jusqu’à penser « qu’en installant un aéromètre dans le dos on pourrait calculer d'une manière scientifique le degré d’influence de l’entraîneur sur le coureur ».
6e heure. — L’ennui commence à se manifester, cependant l’état général est excellent.
7e heure. — Mauvais moment, affaissement, soif et fatigue, préoccupations. La suggestion de l'entraîneur lui disant que sa famille et ses amis sont là, n’a pas d’effet. Il ne voit personne, mais il entend une voix d’enfant qui l’appelle; allure rapide.
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8° heure. — Allure moins rapide. Mieux sensible, grande faim. Idée délirante. Il croit être une planète dont la piste est l’orbite. L'entraineur est le soleil, la pelouse le plan de l’écliptique. « Chaque fois, dit-il, que je passe au périhélie, par suite de l’influence de mon entraîneur qui se manifeste sous forme de paroles d’encouragement, j’augmente ma vitesse diminuée par suite de la force attractive du soleil, tout cela conformément aux lois de la gravitation universelle. »
9e heure. — Amnésie. Ayant chanté une chanson la veille devant un des entraîneurs du lendemain, celuici lui dit qu’il ne sera pas aussi gai pendant le record à la neuvième heure. Le coureur lui assure qu’il pourra lui chanter de nouveau cette chanson, à cette même heure, quand il se mettra en piste pour l’entraîner.
A l’heure dite, l’entraineur se présente et aussitôt le coureur le voyant à son côté pense à la promesse qu’il lui a faite la veille. Il ne dit absolument rien, mais, pendant plus de vingt minutes, il cherche en vain la chanson qu’il ne peut retrouver. Cependant il peut parler et dire qu'il fait un « drôle de métier à tourner ainsi ».
'10e heure. — La grande faim augmente ; analyse du moi.
11e heure. — Sous l’influence de la musique, et chaque fois qu’elle joue, un mieux sensible se fait sentir.
12e heure. — Toujours grande faim. 11 ne peut accélérer son allure parce qu’il sent son estomac vide. Analyse. Agacement. Conclusion du coureur : Ennui profond (sic).
Cette observation peut se résumer eu quelques mots : Ennui profond réparti sur les six dernières heures de la course. Grande faim et grande soif dès la troisième heure.
Dépression psychique succédant à un état d’euphorie à partir de la quatrième heure et coïncidant avec le début d’une idée fixe. Cependant, dès la deuxième heure, il y a une première manifestation d’automatisme psychique. Lecoureur rumine (sic) l’idée qu’il n’est pas fatigué. Analyse du moi, perte de forces psychiques par l’établissement du jugement dans une expérience. Idée originale, sinon délirante, de l’installation d’un aéromètre dans le dos, car l’influence de l’entraîneur sur le coureur peut se calculer plus facilement par le chemin parcouru que par la vitesse du courant d’air établi.
A la septième heure, dépression générale avec automatisme musculaire, car il ne voit personne. Idée franchement délirante à la huitième heure, avec autosuggestion : vitesse accélérée au « périhélie ». Ralentissement au virage par force attractive du soleil.
Amnésie à la neuvième heure. — Cette question est assez complexe, car on peut se demander s’il ne s’agit pas d’une amnésie par auto-suggestion, plutôt que d’une amuésie provoquée par la fatigue nerveuse. J’opte pour l’amuésiepar auto-suggestion, cette autosuggestion ayant été précédée de l’auto-suggestion du soleil provoquautle raleutissementde souallure,mais si l’auto-suggestion a pu se produire, c’est probablement par fatigue nerveuse.
L’amnésie n’est pas complète, elle ue porte que sur l’air et le titre de la chanson, mais non sur la chanson elle- même.
La mémoire générale existe : chanter une chanson.
La mémoire particulière : le titre et l'air de la chanson est supprimée. Cet état est fréquent dans la suggestion. Le sujet sait qu’il a quelque chose à faire ou à dire, mais il ignore souvent ce qu’est ce quelque chose, jusqu’au moment où une impression sensorielle