II. — La fatigue psychique
Fatigue d’origine intellectuelle. — Une attention soutenue par un travail cérébral intense rapide, mais surtout prolougé, provoque la fatigue. « L’énergie de l'effort momentané, dit M. Féré1, est en rapport avec l’exercice habituel desfonctious intellectuelles. »
L'exercice momentané de l’intelligence provoque une exagération momentanée de l’énergie des mouvements volontaires. « L’énergie d’un mouvement est
(1) Féré. Contribution à la physiologie clés mouvements volontaires ( Comptes rendus des séances de la Société de biologie, 1 1 avril 1885, p. 223).
LA. FATIGUE ET l’e.VTRATNEMEXT
eu rapport avec l’intensité et la représentation mentale de ce môme mouvement. »
Il s’agirait donc d’un phénomène d’induction psycho-motrice : plus l’hyperexcitabilité psycho-motrice est grande, plus grande est la tétanisation des muscles, d’où les convulsions. Tout mouvement musculaire réclame une force nerveuse pour se produire, toute excitation intellectuelle est accompagnée d’un mouvement musculaire d’autant plus prononcé que cette excitation est plus intense, toute manifestation de l’intelligence est donc suivie d’une réaction musculaire. Par ce fait, il faut compter sur une double dépense de l’influx nerveux et cette dépense est d’autant plus grande que l’établissement du jugement est plus laborieux. Or, comme il ne saurait exister d’acte intelligent sans l’établissement d’un ou de plusieurs jugements, il s’ensuit que tout travail intellectuel provoque une décharge nerveuse qui constitue la fatigue quand l’accumulation psychomotrice n’est pas proportionnelle à l’émission.
C’est ce qui explique l’automatisme si prompt à s’établir chez les dégénérés, * fatigués héréditaires » et chez les enfants qui n’ont pas encore atteint leur complet développement. Quand ceux-ci sout tarés par l’hérédité, et leur nombre paraît augmenter tous les jours, les causes d’automatismé sont plus nombreuses parce que sont plus nombreuses aussi les causes de fatigue chez des « fatigués », d’où la conclusion pratique qu’en éducation physique les jeux sont meilleurs que les sports pour l’enfance, ceux-ci provoquant, par une attention et par une émotivité plus grande et plus intense, une émission nerveuse rapide et profonde, c’est-à-dire la fatigue.
Les pertes dans la nutrition sont très grandes chez certains sujets. Un grand travail intellectuel combiné
avec un travail musculaire peut provoquer la faim ; tel le cas du docteur Pkilipps, cité par de Goucourt, auquel uue opération de la pierre, qui ne dépassait pas deux minutes, mais pour laquelle il émettait une grande somme d’attention forcée, ouvrait tellement l’appétit qu’il avait besoin de manger n’importe quoi aussitôt après l’opération. Par contre, la même dépense d’attention peut supprimer complètement l’appétit.
Un ingénieur d’une compagnie de chemin de fer, ayant été chargé de la construction d’une ligne sur un terrain mouvant, s’aperçut quelques jours après la livraison delà ligne à l’exploitation qu’une dépression s’était produite à un point donné. Supprimer le trafic était impossible; un train de voyageurs avait passé l'obstacle à grand’peine, le matin même : il n’avait que douze heures pour rétablir la voie avant le passage du train suivant. Le soir, quand, au milieu d’une grande anxiété, le second train eut franchi le point dangereux sans accident, il s’aperçut seulement alors qu’il n’avait mangé ni bu de toute la journée.