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III. Hygiène du « Fatigué

Tout ce que nous avons constaté doit nous mettre en garde contre la production d’une fatigue trop intense. Or l’intensité de la fatigue dépend non seulement de chaque sujet, mais aussi des conditions du moment de chacun, conditions physiologiques, psychiques, climatériques, telluriques, etc. La question est fort complexe, car la fatigue est tour à tour effet ou cause : effet, quand elle provient d’un ralentissement de la nutrition, et dans ce cas même M. Bouchard admet que le ralentissement est dû à une débilité du système nerveux, ou bien d’un exercice musculaire intense et prolongé, d’une émotion vio-

lente, etc. ; cause, quand, sans excitation appréciable on connue comme dans le rêve, par exemple, elle produit une impotence musculaire, des contractures, des paralysies, etc. Les manifestations somatiques de la fatigue sont en rapport avec son intensité; elles se révèlent progressivement par de la courbature, sans fièvre, des crampes musculaires, de l’inappétence, de la constipation, des dévoiements, des troubles stomacaux, de la sommolence, de la lassitude, de l’impotence psycho-motrice, de la prostatiou, des états congestifs du poumon, des troubles vaso-moteurs, de l’hyperthermie, des phénomènes typhiques qui donnent le change au médecin ; la mort peut survenir. Ce que nous avons déjà dit sur cette question si importante, nous permet d’admettre que les fièvres, dites de croissance, ont pour cause la fatigue, sous ses diverses manifestations, physique, intellectuelle, émotive etc. Les moyens thérapeutiques sont hygiéniques, pharmaceutiques, physiques et psychiques.

I. Moyens prophylactiques. — Le « fatigué » évitera tous les excès quels qu'ils soient, de nourriture, de boisson, de travail intellectuel, de veille, d’exercices physiques qui activent trop violemment la respiration. Les dernières recherches de MM. Albert Robin et Maurice Binet sur le chimisme respiratoire jettent un jour tout nouveau sur la question de la fatigue d’origine musculaire par hyper-oxydation. Quand un sujet à nutrition précaire active ses échanges par une ventilation plus grande, le bien-être se fait aussitôt sentir ; s’il augmente le travail, la suractivité s’accroît, les échanges sont trop rapides, l’oxygénation du sang trop intense, d’où irritation des centres nerveux et fatigue. L’économie est alors eu état de moindre résistance pour l’ensemencement microbien, parce que

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les échanges, après avoir été suractivés, se sont ralentis. La fièvre de surmenage a beaucoup de ressemblance avec la fièvre typhoïde quand celle-ci ne se greffe pas sur celle-là. Or, dans l’évolution de la fièvre typhoïde, MM. Robin et Binet ont établi que le retour de l’oxygénaLion est en raison inverse de la gravité du mal '.

Le « fatigué » saura aussi que l’influencé des milieux est importante, qu’en général les climats sédatifs conviennent aux « fatigués » excités, tandis que les « fatigués » déprimés se trouveront bien des climats excitants. Cependant il existe de faux déprimés ; ils ne le sont qu’en surface, alors qu’au fond ce sont des excités. La mélancolie consciente peut être provoquée par la lutte entre deux idées qui s’entre-choquent. Voici un fait : un mélancolique ne peut se lever de son lit, ni quitter sa chambre, ni sortir de sa maison, ni accomplir un acte quelconque, même se nourrir, sans avoir à lutter contre une idée auto-suggestive et antagoniste. Il sait qu’il doit se lever, mais dès qu’il veut faire le mouvement pour sauter du lit, il en fait aussitôt un autre pour y rester, étant sous sa domination négative. Sa vie se passe ainsi en une lutte pénible sans qu’il puisse vaincre l’auto-suggestion pathologique. Chez ce malade, le sommeil hypnotique n’a pu être provoqué à cause de l’idée antagoniste qui domine. Dans un tel cas, le régime doit être sédatif.

En résumé, toute les causes qui peuvent exciter les centres nerveux soit par des impressions sensorielles, par une suractivité musculaire, splanchnique, etc., doivent être supprimées. Un régime alimentaire spécial doit être imposé. Les débiles nerveux sont géné-

(I) Albert Robin et Maurice Rinet. Du chimisme respiratoire à l'état normal et dans la fièvre typhoïde ( Bulletin médical , n° 86, du 28 octobre 1896).

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râlement atteints de ralentissement de la nutrition; ils n’éliminent pas suffisamment leurs déchets de combustion, déchets imparfaitement comburés, d’où la production d’acides et de poisons organiques, toxines, etc., qui intoxiquent le système nerveux. Le « fatigué » s’abstiendra donc de tout aliment que l’expérience ou l’observation personnelle lui ont prouvé être mauvais. En général, les viandes noires sont mal digérées parce qu’elles sont presque toujours en état de putréfaction ou tout au moins d’intoxication, car elles proviennent d’animaux tués à la chasse, n’ayant pu éliminer avant la mort les déchets de leur organisme surmené. On sait que la putréfaction d’un animal tué dans de telles conditions est d’autant plus rapide qu’il a été plus longtemps poursuivi. Les fromages avancés et en décomposition, les vins trop chargés en tanin ou en alcool sont aussi contre-indiqués. En résumé, il faut savoir user sans abuser ; en hygiène, la régularité de la vie est le principal facteur. L’accoutumance prise, il ne faut pas la modifier. Les à-coups, les changements brusques qui détruisent l’équilibre fonctionnel sont nuisibles. L’économie tend toujours à revenir à la normale, dans laquelle elle dépense la somme d’énergie dont elle dispose, somme qu’une hygiène bien comprise peut augmenter, mais que des changements subits et répétés font dépenser en pure perte en forçant l’économie à revenir constamment à sa moyenne de résistance. Ces oscillations provoquent des décharges nerveuses dont les manifestations sont la fatigue sous ses diverses formes.

La propriété qu’a l’économie de réparer ses pertes est secondée par tous les agents qui tonifient le système nerveux, soit en agissant directement sur lui, soit indirectement par l’intermédiaire d’autres organes.

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II. Moyens pharmaceutiques. — Il n’est pas rare de voir ordonner les préparations ferrugineuses aux « fatigués ». Le fer est généralement mal supporté; souvent il augmente le nervosisme, et quelquefois, ainsi que j’ai pu le constater, il provoque le retour des psychoses, surtout quand au fer est ajouté l’alcool ou un excito-moteur. L’emploi des glycéro-phosphates paraît mieux indiqué. Quant aux excito-moteurs et aux aliments d’épargne, tels que l’alcool, le quinquina, le kola, la coca, le maté; les amers, tels que la gentiane, le Colombo, la noix vomique, etc., il faut savoir en user avec une grande réserve. Le praticien qui les ordonne ne doit les formuler qu’à bon escient, et ne les appliquer en quantité et en qualité que selon le moment de chaque sujet. Tout est affaire de dosage. Un système nerveux débile bénéficie des excitomoteurs à la façon d’un accumulateur très sensible qu’on détruit si on le charge trop. Avant d’intervenir, il faut donc connaître quelle est la puissance d’émission nerveuse de chaque sujet et régler le traitement d’après la plus ou moins grande facilité des pertes, que ce traitement soit pharmaceutique ou physique.

J’ai déjà dit combien était désastreuse pour la santé publique la vente des préparations appelées apéritives qui donnent une illusion de force. Ce sont presque toujours les « fatigués » qui en usent, parce que leur système nerveux, oscillant entre deux points extrêmes, a besoin d’une poussée plus grande pour remonter quand il est déprimé. Or cette dépression est en raison directe de l’euphorie, facticement provoquée par l’excito-moteur, jusqu’au moment où, la réparation n’étant plus possible, le sujet est emporté par une maladie infectieuse, par la fièvre ou par la folie.

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