III. — Méthode anglaise
Gymnastique anglaise. — La gymnastique anglaise est basée sur le mouvement de plain-pied au plein air, marche, alpinisme, course, saut, jeux, sports. Elle est respiratoire et congestive quand elle est poussée à l’excès. Le danger de cette gymnastique est au cœur. Elle est violente, parce qu’elle provoque une forte émulation collective.
Chaque équipe se bat pour les couleurs de son association ; les rencontres sur les pelouses sont des combats où, deux camps étant en présence, la victoire appartient à celui qui a montré le plus de résistance morale, qui a fait preuve de la plus grande discipline en écoutant les ordres des chefs.
On comprend facilement quels sont les avantages et les inconvénients d’une telle méthode. Le jeu est le réactif par excellence du caractère. C’est le bain de fer qui révèle l'image que 1 éducation a souvent atténuée. Le masque tombe et chacun apparaît avec sou tempérament et son caractère, tempérament et carac-
DUS MÉTHODES EN GYMNASTIQUE
tère mis au service cl’une idée principale : vaincre l’adversaire. Voilà pourquoi il existe une différence très sensible dans la façou de jouer selon les races et les milieux, l’àge et la position sociale.
Vouloir appliquer la même méthode et les mêmes règ'les sans distinction de nationalité est, je crois, une erreur.
Si nous avons vu avec intérêt introduire les jeux dans l’éducation de la jeunesse française, c’est avec grand regret que nous assistons à l’envahissement des sports et d’une langue étrangère. Le sport est le degré supérieur du jeu dout il est la spécialisation. Il n’est pas permis à tout le monde de s’v livrer parce que si l'on court avec ses poumons, on galope avec son cœur.
Les décharges nerveuses provoquées par l’émotivité sont très grandes dans les sports. Les adolescents en voie d’évolution, chez lesquels la fatigue se manifeste très rapidement, ne peuvent donc se livrer aux sports tels que les pratiquent les adultes. Beaucoup de jeunes gens se surmènent. Ce sont généralement des employés de commerce et, depuis quelques années, des étudiants, qui ont pris goût aux exercices de plein air, grâce aux lendits ou aux concours interscolaires. Des sociétés athlétiques ont été fondées, des défis sont lancés, des rencontres ont lieu et des accidents se produisent. Nous passerons condamnation sur les accidents directs tels que coups, érosions, déchirures de la peau, fractures de jambe ou de bras, évanouissements, etc., etc., bien que cependant nous pensions qu’on peut jouer sans se mettre mutuellement hors de combat.
L’endurcissement aux coups est meilleur pour la santé physique et morale que les boîtes à coton maternelles. L’homme, ayant été créé pour la lutte,
doit s’entraîner et savoir souffrir. Ce n’est donc pas tant contre la souffrance elle-même que nous nous élevons, que contre la mauvaise méthode qui provoque vainement cette souffrance et qui en multiplie les causes.
Pourquoi, par exemple, exciter un enfant ou un adolescent à surmener son cœur pour la préparation d’une lutte à laquelle ni son âge, ni son développement, ni ses loisirs ne lui permettent de prendre part ? Les éleveurs de chevaux laissent les jeunes poulains courir, sauter et vagabonder dans les pacages autour de la mère nourricière. L’enfant et l’adolescent ne peuvent pas plus imiter l’adulte que le poulain ne peut participer à une course ou être attelé à un camion.
La hâte avec laquelle nous sommes entrés en France dans cette nouvelle réforme, a provoqué des protestations. Quelques-unes étaient trop intéressées pour être justes ; elles venaient des partisans du statu quo, de ceux que toute innovation laisse bouche bée ou horripile parce qu’elle dérange leurs plans, leur besoin de repos et les force à penser. D’autres ont été plus sérieuses; elles sont venues des médecins qui ayant eu à constater des affections souvent graves de certains organes, soit au cœur, aux poumons, au cerveau, etc., ont appelé l’attention de l’opinion publique sur les abus. A tort, on a cru qu’ils protestaient contre l’usage lui-même et une réaction s’en est suivie ; peu à peu, la vérité s’établira parce que l’éducation physique sera mieux appliquée. Il appartient donc au médecin de pousser les réfractaires au nom des principes de l’hygiène et de retenir les convaincus trop ardents au nom de ces mêmes principes. Mais ici même la question se complique puisque le médecin n’a pas reçu d’instruction médicale spéciale qui lui permette de juger avec équité.
Jusqu’à ce jour chacun cl’eux -a jugé d’après ses aptitudes ou ses goûts personnels. En général les médecins ont. plus enrayé que provoqué le mouvement. A part quelques exceptions, faciles à citer, parce qu’elles sont plus nombreuses, la majorité a protesté. N’ayant été appelé qu’auprès des victimes d'un entrainement souvent intensif, ils n’ont pas toujours pu constater les bénéfices des exercices par la raison bien simple qu’on n’appelle pas le médecin quand on se porte bien. Aussi avons-nous déjà une littérature de nosologie sportive. Il ne faudrait pas cependant que l’opinion publique fût prise au change.
Certes, plus qu'aucun de nos confrères nous nous élevons contre le surmenage et contre la fatigue, nous possédons à ce sujet de nombreuses observations, tel le cas d'un jeune ouvrier pour lequel nous fûmes appelé une nuit et qui asphyxiait à la suite d’un entraînement intensif à bicyclette et au foot-ball ; une large •saignée dégagea son cœur excessivement surmené. A cause de quelques affolés de sports, vouloir empêcher les exercices physiques, c’est tomber dans l’excès contraire. Tout est dans tout, et les bénéfices obtenus jusqu’à ce jour compensent les inconvénients avec lesquels il fallait forcément compter par ignor rance des règles les plus élémentaires de l’entraînenment physique.
Partisan de la méthode anglaise parce que la respiration n’est jamais gênée et parce qu’elle s’établit toujours au plein air, nous devons cependant constater i .{u’elledilïèrecousidérablementdelaméthodesuédoise i :lans ses moyens d’action pour la mise en fonction des iivers segments du corps humain. Dans la gymnastique anglaise, tout le corps travaille également; le train inférieur agit le plus dans la course, le saut,
I l’alpinisme, etc.; le train supérieur entre en fonction Pii. Tissié. — La fatigue.
également dans le canotage, le foot bail, le cricket et dans tous les sports où deux camps se trouvent en lutte. Chaque groupe musculaire fonctionne donc à ses risques et périls pour le plus ou moins grand bénéfice de l’économie entière. Dans la gymnastique suédoise ces risques et périls sont inconnus parce qu’ils sont prévus d’avance et qu’une méthode scientifique règle le jeu rationnel de chaque articulation.
Cette gymnastique est plus médicale que récréative, et par ce fait légèrement ennuyeuse. Elle est plutôt un remède qu’un aliment. D’autre part, sa psychologie est nulle alors qu’elle est très développée dans la gymnastique anglaise, trop développée même, car cette gymnastique provoque une émulation ardeute et souvent trop grande. Or, dans tout exercice physique c’est surtout le moteur qu’il faut considérer, ce moteur n’est pas le muscle, mais le cerveau. Donc, associer le cerveau au muscle, c’est-à-dire la cérébration à la musculation, dans une méthode synthétique qui prendrait à la méthode plastique suédoise ce qu’elle a d’excellent pour le développement régulier de chaque groupe musculaire par chaque grande articulation du corps humain; et, d’autre part introduire dans cette méthode l’exercice au plein air et l’émulation collective par une psychologie qui sérierait chaque sujet selon son caractère nous a paru une œuvre bonne à tenter et c’est ce à quoi nous nous sommes appliqué depuis plusieurs années en créant une méthode psycho-dynamique dont nous laissons à notre élève, M. Caminade 1 , le soin'd’en exposer les . grandes lignes d’après les travaux de notre clinique de gymnastique médicale.
(1) Caminade. Loco citato.
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