IV. — Méthode psycho-dynamique
« Pour M. Tissié, le mouvement musculaire par lui-même n’a qu’une importance secondaire, mais la cause directe du mouvement^ c’est-à-dire la psycliodynamie, a attiré tout particulièrement sou attention. Aussi, avant de faire exécuter des exercices même en cours d’entraînement, s’enquiert-il de la réaction psychique de chaque sujet au moment même de l’exercice. Et selon ses réactions nerveuses il règle le nombre et l’intensité des mouvements ou des efforts qu’il veut provoquer; il pense avec juste raison que remonter aux causes initiales, c’est agir avec plus de sûreté.
« Son principal souci est d’éviter la grande fatigue, de supprimer l’émotivité et de donner le goût des exercices physiques quelquefois ennuyeux par euxmêmes ou pénibles, mais qu’il gradue et qu’il parvient cependant à faire exécuter avec plaisir aux enfants qui, par nature, sont inconstants; aussi ces exercices les intéressent-ils à un tel point que la gaieté, premier facteur de la santé psychique, leur rend tous les mouvements faciles.
« L'enfant, dit-il, est un réactif très sensible avec lequel il faut agir avec grande prudence. Il en est de même de la jeune fille et de beaucoup de jeunes femmes. Les décharges nerveuses dues à l’émotivité sont quelquefois si intenses qu’elles « cassent bras et « jambes ». Les enfants sont tous des émotifs; aussi les exercices physiques doivent-ils leur être permis en raison de leur émotivité ou de leur instabilité.
* C’est de dedans en dehors que M. Tissié s’applique à développer la poitrine et, pour cela, il utilise la
pression atmosphérique en augmentant le nombre des inspirations. Aussi, avant de commencer tout traitement, s’assure-t-il que les voies respiratoires sont libres tant du côté du nez que de la gorge, car, devant provoquer leur jeu pulmonaire plus intense et plus rapide, il faut que l’air puisse passer librement et qu’il ne soit pas arrêté par des cornets hypertrophiés, des végétations adénoïdes, etc., etc.
« Il va sans dire que l’auscultation le guide et lui indique jusqu’à quel degré il peut pousser l’intensité respiratoire.
« En comparant la cage thoracique à une pèche et à une noix, il a établi sous une forme symbolique la différence qui existe entre la gymnastique française qui s’adresse surtout au train supérieur et la gymnastique anglaise qui se porte sur le train inférieur.
« La pêche, dit M. Tissié, est le gymnaste français à pectoraux tellement développés, que le type se rapproche du gynécomaste; mais si la pulpe est épaisse, le noyau et l'amande sont petits; la noix, c’est l’homme se livrant aux exercices de plein air ou de chant ; le brou est peu épais, mais très développés sont le noyau et l’amande (cage thoracique et poumons). C’est donc sur la pression aérienne, après la sériation psychique des sujets, qu’est basée la méthode de M. Tissié1.
(1) Le corps supporte une pression atmosphérique de 15,000 à 20,000 kilogrammes (103 kilogrammes par décimètre carré). Pendant la respiration paisible, en inspiration l.a pression est négative ; elle s’abaisse à 0,001 de mercure ; en expiration elle est positive; elle s’élève de 0,002 à 0,003 de mercure. En inspiration forcée, la pression est négative, elle s’abaisse de 0,057 millimètres, en expiration forcée elle est positive, elle s'élève de 0,087 millimètres. La pression d’expiration est supérieure de 0,144 millimètres à cellede l’inspiration, ce qui équivaut, d’après Landois, à une pression de 4 kilogrammes par décimètre carré. La surface pulmonaire ayant environ 200 mètres carrés de développement
DES MÉTHODES EN GYMNASTIQUE
« C’est sur l'articulation sterno-costo-claviculaire que M. Tissié porte surtout son attention pour le développement thoracique normal de l’enfant. Or, le jeu de cette articulation est enrayé par les attitudes vicieuses imposées aux enfants par les méthodes d’écriture en usage dans les écoles.
« La gymnastique doit dès lors s’appliquer à lutter contre les attitudes vicieuses provoquées chez les enfants par des méthodes pédagogiques défectueuses. La gymnastique française développe plus les fléchisseurs que les extenseurs, tandis que la gymnastique suédoise s’adresse surtout aux extenseurs.
« L’extension de la colonne vertébrale contribue à
supporte donc une pression de 80.000 kilogrammes. En expiration paisible la pression sur le champ respiratoire est de 2,754^,160. Le rapport entre les deux expirations est comme 29,04 est à 1.
La respiration forcée provoque donc une pression 29,04 fois plus grande que la respiration simple, et par ce fait les échanges gazeux sont plus nombreux puisque l’activité cellulaire est 29,04 fois plus grande.
En usant avec méthode de cette force dont nous nous servons à l’égal d’un coin atmosphérique dilatateur de la cage thoracique sur laquelle nous agissons ainsi de dedans en dehors nous avons obtenu des résultats excellents et très rapides, ainsi que l’indiquent des tracés cyrtomètriques et leur rapport physiologique avec les diverses données de la fiche de développement que nous établissons pour chaque sujet.
Chaque fiche mentionne l’âge, la taille, le poids, la capacité vitale avant et après l’exercice. Le nombre des pulsations cardiaques et des mouvements respiratoires après la course sur le plancher et dans le sable, la force dynamométrique, à la pression et à l’extension, le tour de ceinture dans l’expiration et dans l’inspiration forcées, la mensuration thoracique prise au moyen d’un mètre articulé, centimètre par centimètre, le tour du thorax est pris à 0,04 au-dessous des mamelons. — Diamètres antéro-postérieur et transverses, pris au compas d’épaisseur. — Tenue du chant, par l’émission lente de la voyelle a. Pour quelques malades, nous prenons la température rectale avant et après chaque exercice. Enfin, avant de commencer tout traitement, nous nous assurons de l’intégrité des voies respiratoires par un examen du nez, de l’arrière-gorge, du pharynx et du larynx.
LA FATIGUE ET i/ENTRAINEMENT
l’élargissement des espaces intercostaux, elle facilite les mouvements d’inspiration.
« Aussi faut-il placer le squelette, qui, par la loi de la pesanteur tend toujours à tomber en flexion, entre deux parois rigides et parallèles : formées en avant et en arrière par les extenseurs et par côté par les abducteurs elles adducteurs. Les exercices de gymnastique doivent surtout s’adresser aux extenseurs : d’ailleurs, par leur fonction même, les extenseurs sont les muscles les plus développés qui, par conséquent, provoquent des échanges gazeux plus grands : jumeaux, triceps fémoral, fessiers, muscles lombaires, deltoïde, triceps huméral, etc.
« Les mouvements appliqués par M. Tissié pour développer les extenseurs sont multiples. Ils sont exécutés selon les plans physiologiques dans lesquels jouent les diverses articulations : plan antéro-postérieur pour l’articulation du cou-de -pied qui est montée sur charnière ; plan à développement conique pour l’articulation de la hanche, « joint universel, » dont le sommet du cône est représenté par l’articulation de la tête du fémur et la base par l’aire du pied tournant autour de l’articulation, la jambe tendue; plan à même développement pour l’articulation de l’épaule. Ces mouvements très divers dépendent de la conformation de chaque groupe de sujets qu'il divise en trois principaux, d’après les fonctions articulaires des trois principales articulations, cou-de-pied, bassin et épaule, et pour cela, il utilise beaucoup des attitudes d’équilibre prises dans le sable.
« En effet dans le sable le point d’appui fixe qu’on trouve sur le plancher n’existe pas ; le sable, s’affaissant sous le poids du corps, oblige le sujet à rechercher un équilibre d’autant plus instable que l’attitude est plus difficile, élévation sur la pointe des pieds,
DES MÉTHODES EN GYMNASTIQUE
équilibre sur uu pied, etc., etc., cl’où travail leut, synergique et antagoniste des extenseurs et des flécliisseurs, des abducteurs et des adducteurs. Ces attitudes essoufflent beaucoup plus que sur le plancher, ce qui indique un travail musculaire plus grand. Le degré du travail est en rapport avec l'instabilité de l’équilibre, c'est-à-dire avec l’attitude elle-même. A peu près nul dans l’attitude sur les deux pieds, il augmente dans l’attitude sur un seul pied, sur la pointe des deux ■ pieds et plus encore sur la pointe d’un seul pied.
« A ces exercices dans le sable M. Tissié ajoute aussi la course eu graduant l’effort d’après la résistance cardiaque et pulmonaire de chaque sujet.
« La course dans le sable essouffle plus que la course sur le plancher parce qu’à chaque foulée du pied les divers groupes musculaires entrent en fonction pour maintenir un équilibre d’autant moins stable que le sable glisse sous le point d’appui qu’on rectifie aussitôt et inconsciemment. Pour de tels exercices une grande prise d’air est nécessaire. Aussi M. Tissié les fait-il accomplir dans une grande salle, tontes les fenêtres ouvertes, selon que le temps le permet afin de se rapprocher autant que possible de la gymnastique anglaise.
« La ventilation est aussi recherchée en même temps que l’action de la lumière solaire qui agit, ainsi qu’on le sait, sur les échanges gazeux qu’elle rend plus rapides. M. Tissié compte donc la lumière au nombre des facteurs principaux de sa méthode. Les appareils dont il se sert sont peu nombreux et fort simples : uu mur lambrissé, des bancs, des barres de fer de diverses épaisseurs, de petits haltères d’un kilogramme chaque, des barres en bois, un espalier, une échelle horizontale, une poutre ou homme suédois, un plancher et du sable. Le mur pré-
conisé par M. Daily lui sert surtout comme point de repère fixe perpendiculaire au sol sur lequel le corps doit s’appliquer à un point quelconque.
« Ce point fixe met en garde contre des attitudes vicieuses de compensation. I
« Pour mieux fixer les idées à ce sujet, voici quelques schémas représentant diverses attitudes utilisées par M. Tissié à sa Clinique de gymnastique médicale. Tous les exercices sont exécutés lentement ; les sujets comptent de cinq, dix, vingt, à trente secondes dans la tenue des diverses attitudes (fig. 14-1 5).
« En résumé, la méthode de gymnastique appliquée par M. Tissié procède de la méthode suédoise, c’est une méthode d’attitudes dans laquelle les mouvements sont exécutés lentement et progressivement. Les appareils qu’ils emploient sont très simples, le corps étant lui-même le principal appareil ; mais, ainsi que nous l’avons déjà dit, ce qui différencie cette méthode de la méthode suédoise, c’est sa synthèse.
« La gymnastique suédoise n’emploie pas le sable pour la course ni pour les attitudes, celles-ci sont n toujours prises sur un point rigide et fixe. Nous avons vu que M. Tissié s’applique surtout à faire mouvoir les segments articulaires dans l’aire de plans rigides ou rendus presque tels par un antagonisme recherché, antagonisme passif pour les plans du mur et du banc, antagonisme actif pour les plans des bras tendus et unis les uns aux autres, etc., etc. Mais ce qui constitue l’originalité de la méthode et qui la lui rend personnelle, c’est la sériation des exercices, d’après la réaction psycho-dynamique des sujets qu'il divise en passifs, en affectifs ou en affirmatifs, selon leur mode d’acceptation du commandement pour le mouvement à accomplir.
« Un intérêt tout particulier s’attache à une telle