‹ La fatigue et l'entraînement physiqueChapitre 33 sur 40 · L’ENTRAINEMENT PT1YSIQUE A L’ÉCOLE · texte numérisé non relu

L’ENTRAINEMENT PT1YSIQUE A L’ÉCOLE

excès peut avoir une fâcheuse répercussiou sur la vie.

3° Exercices sportifs. — Les exercices sportifs auxquels peuvent se livrer les jeunes gens de seize à vingt ans sont des sports atténués ou mieux des jeux intensifs bien réglés. C’est ainsi que la simple poursuite dans le jeu éducatif devient le jeu de barre dans le jeu intensif, et la barrette dans l’exercice sportif. 1! a suffi qu’un ballon ait été lancé entre deux camps pour modifier le jeu de barre et imposer des combinaisons nouvelles dans la lutte. L’intérêt augmente, l'ardeur est plus intense.

Les exercices sportifs comprennent donc tous les sports en germe : marche, alpinisme, courses, sauts, escrime, canotage, vélocipède, lutte, boxe, bâton, barrette, longue paume, blaid, équitation, tir, natation, lutte à la corde ou corde de traction, etc.

Cependant ici encore il faut savoir sérier non seulement au point de vue de la fonction dynamique, mais de la fonction psychique de chaque sujet. Nous retrouvons toujours les passifs , les affectifs, et les affirmatifs. D’autre part il existe aussi des exercices égoïstes et des exercices altruistes.

« Il n’y a pas dans la course à pied, dit M. Marlberbaud, cet amour-propre qui fait que l’on s’entraîne, que l’on se multiplie, que l’on se donne tout entier, en un mot, pour Lhouneur de son équipe ou de l’établissement scolaire. Il n’y a que l’amour-propre personnel et la gloire personnelle quisout en jeu. Or, en général, quand l’amour-propre est en jeu, on voit peu de concurrents ; d’où cela vient-il ? La chose est facile à expliquer.

(1) L. Marlherbaud. De la course à pied. Revue des Jeux scolaires. Bordeaux, novembre 1896, p. 176.

« On n’ose pas se mettre en ligne, on a peur d’être bail, u ; on préfère dire que l’on n’a aucune disposition pour ce genre d’exercice, et on s’abstient de tout entraînement. Seuls, ceux qui ont réussi du premier coup à se mettre en évidence, et ceux qui ont de l’énergie et de la force de caractère, osent travailler et se mesurer avec les bons. Et, c’est cel te raison qui fait qu’il y a si peu de bons coureurs dans nos lycées du Sud-Ouest. A peine si, au lendit, sur les soixante coureurs qui se mettent en ligne, trouve-t-on vingt coureurs qui couvrent les 100 mètres entre 11 et 12 secondes.

« Pourquoi, maintenant, ne couvrent-ils pas plus vite leur distance? D’où vient que l’on ne trouve pas de bons coureurs? Cela vient, tout simplement, de ce qu’il y a pénurie de concurrents dans chaque établissement; cette pénurie de sujets les force à s’entraîner seuls ou presque seuls, et leur enlève toute émulation, tout amour de la lutte, toute énergie, en un mot.

« Y a t- il, pourtant, un genre d’exercice plus attirant, plus attachant, plus gracieux, plus bienfaisant que la course à pied ?

« La lutte s’y voit dans toute la force du terme. Piien d’étranger ne peut en fausser le résultat; pas d 'éclatement de pneumatiques, pas de dérapage dans les virages. L’athlète est seul et il ne doit son succès qu’à lui-même, qu’à ses muscles et au mode intelligent d’entraînement qu’il a suivi. La victoire est bien sienne et, si ses concurrents ont de la valeur, il a toujours un bien grand plaisir d’arriver en tète du peloton.

« Pour ma part, je sais (peut-être ne devrais-je pas le dire) que j’ai éprouvéun aussi grand plaisir à arriver premier de mes séries, au lendit, que d’entendre lire

l’entrainement physique a l’école

mon nom par le secrétaire de la Faculté parmi les bacheliers. »

C’est cette même psychologie qui contribue, parallèlement à la violence de la gymnastique française, à éloigner les moyens et les faibles des exercices auxquels ils n’ont pas réussi parce qu’ils n’ont pas pu réussir à cause de leur structure anatomique ou de leurs fonctions physiologiques.

De seize à vingt ans les exercices aux appareils de gymnastique peuvent être permis avec plus de latitude, mais à la condition de ne modifier en rien les lois de la physiologie. Le professeur doit s’appliquer à développer harmonieusement toutes les parties du corps et à éviter toute acrobatie, telle que « le soleil » autour de la barre lixe ; l’ascension à la corde lisse au seul moyen des bras, le corps étant placé en équerre; le saut périlleux ; tous les renversements ; les dislocations aux anneaux; la sirène au trapèze ou aux anneaux ; les trapèzes volants ; les sauts en trop grande hauteur, etc.

4° Les sports. — L’adolescent quitte les bancs de l’école et veut continuer à s’entraîner. C’est alors qu’ayant atteint l’àge d’adulte, il choisit au nombre des exercices celui qu’il préfère et il s’y spécialise. Le jeu devient ainsi un art par sa spécialisation même, c’est-à-dire un sport auquel on fait rendre tout ce qu’il peut donner en intensité d'action et d’émotion. La jeunesse plastronne, l’adolescence fait assaut, l’âge adulte pousse l’escrime jusqu’à l’art ; ainsi de l'équitation, du canotage, du vélocipède, du tir, de la natation, de l’alpinisme, du foot-baü , du criket, du base-bail, de la paume, de la corde de traction, etc.

Le foot-ball est un sport, tandis que la bavette est un exercice sportif et le ballon au pied, un jeu inten-

sif. Cependant dans ces trois jeux il s’agit toujours de deux camps entre lesquels un ballon a été lancé : la différence s’établit dans les divers degrés d’intensité de l’action et du « fini » du jeu lui-même.

Il en est de meme pour la lutte à la corde qui paraît cependant bien anodine. On sait que ce jeu consiste pour deux équipes à tirer chacune de son côté jusqu’à ce que l’équipe rivale se laisse entraîner sur ou

3 mètres de distance. Eh bien ! la fatigue provoquée

par cette lutte est si grande qu’elle peut provoquer des phénomènes nerveux très intenses, — ainsi que nous avons pu le constater, car cette lutte ne met pas seulement en action les muscles, mais elle provoque surtout un grand effort de volonté et beaucoup d’émotivité.

Il arrive un moment où la victoire incertaine passe de l’un à l’autre camp, mais elle est toujours fixée par l’équipe qui a eu le plus de « tête ».

« J’ai vu, dit M. Malherbaud1, des jeunes gens bien constitués, bien musclés, d’excellents tempéraments sortir vainqueurs d’une lutte à la corde qu’ils avaient engagée sans s’être jamais entraînés, mais dans quel état ! La figure pâle, inondée de sueur froide, les traits tirés, les narines serrées, les jambes faibles au point qu’elles refusaient de soutenir leur corps tremblant et qu’on eut dit ravagé par une fièvre terrible... »

La force brutale musculaire ne suffit pas. « Il faut une grande habitude de la lutte pour étudier les adversaires, pour voir le moment où leurs forces commencent à s’épuiser ; pour tâter le terrain par des semblants d’efforts, vite arrêtés, pour attendre avec patience, tout en soutenant les attaques des adver-

(1) L. Malherbaud. La corde de traction. Revue des jeux scolaires, n°3, mars 1897.

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saires et pour profiter de la moindre faute de l’équipe rivale. Toute chose que doit voir et faire exécuter le chef d’équipe. »

Eu résumé, les jeux éducatifs sont l’enseignement élémentaire du muscle; les jeux intensifs, l’enseignement primaire ; les exercices sportifs, l’enseignement secondaire ; les sports, l’enseignement supérieur. Nous ferons remarquer que cette classification correspond à la classification des études elles-mêmes, d'après l’âge de chaque élève.

Un des dangers des exercices physiques est le bienêtre, quelquefois trompeur, qu’ils provoquent et qui pousse à l’abus. Il ne faut pas ignorer que l’oxygène est un puissant excito-moteur : on doit surveiller son action sur le système nerveux de l’enfant et de l'adolescent, système nerveux en voie d’évolution et souvent fatigué par l’hérédité, par une croissance rapide ou par une mauvaise hygiène physique, morale ou intellectuelle. Plus l’émotivité de l’enfant est grande, moins violents et moins prolongés doivent être les exercices du corps auxquels il se livre : les deux fatigues musculaires et nerveuses s’additionnent, car toute fonction musculaire provoque une fonction nerveuse. Il y a là tout un champ d’études physiologiques, psychologiques et pédagogiques à explorer, où de bien grandes surprises seront réservées à ceux qui sauront voir. C’est pourquoi, après avoir salué avec joie la renaissance physique, nous avons constaté avec une douloureuse surprise que les médecins euxmêmes, ignorant les principes de l’entraînement rationnel, avaient abandonné cette œuvre si délicate à des mains inexpérimentées. Jusqu’à ce jour, ce sont des littérateurs, des rentiers, des négociants, des maîtres de gymnastique, etc., qui ont dirigé l’éducation physique : à l’avenir cette direction doit être confiée

au mécanicien qui connaît le mieux la machine humaine : au médecin. Le jour n’est pas éloigné où l’on sera tout étonné d’avoir si longtemps méconnu cette vérité et les bienfaits d’une bonne éducation physique.

Bien appliquée selon les lois de la biologie qu elle ue violentera plus, la gymnastique ne peut donner que d’excellents résultats. On ne verra plus quelques privilégiés anatomiques exécuter des « rétablissements », ou la « planche » pour le plus grand ébahissement de la galerie, mais tous les gens valides s’exercer par des mouvements simples, faciles, agréables et peu fatigants, et pratiquer ainsi tous les matins ou tous les soirs la « toilette de leurs muscles », soit chez eux, soit dans les gymnases.

En ce qui concerne la ville de Bordeaux qui possède douze sociétés de gymnastique, le nombre des sociétaires ne s’élève au maximum qu’à 600 sur une population de 260.000 habitants. Soit une proportion de 0,b2 p. 100 environ, en comptant la moitié pour la population masculine. La moyenne des gymnastes par société varie entre 30 et 50 membres.

Qu’on réforme donc notre gymnastique et elle donnera alors de meilleurs résultats. Mais que surtout, sous prétexte de réforme, les sociétés de gymnastique ue prennent pas aux sports ce qu’ils ont d’excessif. Il en est qui abusent des marches à pied, marches forcées et marches de fond qui durent pendant plusieurs jours et qui s’étendent sur un trop long parcours. Tours de force pour tours de force, mieux vaut encore ceux aux appareils, car ils ne sont pratiqués que par quelques sujets.

Pour les concours de marche les prix sont donnés, dans certaines sociétés, aux équipes qui ont laissé le moins de traînards sur la route. Ils sont donc basés

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sur la fatigue; l’émulation qui la provoque est mauvaise. Nous ne saurions trop protester contre une telle manière de comprendre l’entraînement. Sous prétexte de préparer des marcheurs à l’armée, on surmène des jeunes gens, ouvriers ou commis, âgés de dix-sept à vingt ans. On joue sur les mots, mais ce jeu est dangereux, car M. Tessier, de Lyon, ayant étudié l'état du cœur des dix premiers marcheurs arrivés dans un tel concours, trouva leur cœur notablement dévié à gauche de 0ra,02 à 0m,03 ; du souffle tricuspidien ; des bruits de galop à droite ; une systole brusque et brève ; un abaissement de la pression artérielle ; des battements hépatiques ; tous les symptômes, en un mot, du cœur forcé b Des officiers supérieurs président à ces grands surmenages qu’ils saluent au nom « de l’armée française » comme de « véritables tours de force » (sic). Tour de force en effet , qui consiste à enlever à l’atelier pendant deux ou trois jours, des jeunes gens de dix-sept à vingt ans et à leur faire parcourir de nombreux kilomètres sur route, en colonne, sans aucun entrainement sérieux préparatoire et à les fati- . guer !

En 1892, dans un concours de marche de 48 kilomètres, l’allure atteint 7 kilomètres à l’heure; le jury devant le si petit nombre de traînards, est fortembarrrassé. Aussi, en 1894, élève-t-il la distance jusqu’à 78 kilomètres pour deux jours de marche; l’allure est, le 1 premier jour, poussée jusqu’à 7km,500 à l’heure, « ce qui amène quelques traînards et facilite le classement » 1 2.

(1) Tessier. Des troubles cardiaques à la suite d'exercices sportifs. Académie de médecine, séance du 18 décembre 1894.

(2) Colonel IJenis. Les concours de' marche ( Petite Gironde -23 décembre 1896).

2r’° LA FATIGUE ET L’ENTRAINEMENT

En 1896, le parcours est élevé à 1:28 kilomètres en trois étapes : la lr0 de 46 kilomètres ; la 2" de 48 kilomètres; la 3e de 34 kilomètres. Les jeunes gens doivent avoir au moins dix-sept ans !

Qu’en temps de guerre, la vie d'un homme soit négligeable, c’est la dure loi; mais qu'en temps de paix, et sous prétexte de préparer à la guerre, on fatigue inutilement des adolescents, voilà ce que nous ne comprenons plus. Que ceux-ci se réunissent plutôt en société, qu’ils jouent en plein air, tous les dimanches, et ils apporteront au régiment des muscles et des poumons autrement entraînés pour la marche que par les participations accidentelles à quelques concours qui ne prouvent rien, sinon un abus provenant d’une fausse interprétation de l'éducation physique.

Il n’y a pas une gymnastique, mais des gymnastiques, c’est à-dire des applications diverses et fort délicates des exercices du corps selon le développement de chaque sujet, ce développement dépendant de plusieurs facteurs dont les principaux sont physiologiques, psychologiques et climatériques. Non seulement il faut connaître la puissance d’assimilation ou de désassimilation de chaque sujet, mais encore son tempérament, et surtout son caractère. Sous une forme qui paraît très simple aux profanes, l’éducation physique est une science très élevée et d’autant plus difficile que les médecins eux-mêmes l’ont peu étudiée jusqu’à ce jour. •

Notre gymnastique consiste à faire travailler empiriquement et en même temps tous les muscles au moyen d’appareils, la plupart de suspension. Les quatre principaux groupes musculaires : les extenseurs, les fléchisseurs, les abducteurs et les adducteurs entrent en fonction, et, selon la loi du moindre

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eiïort, ce sont les mouvements qui répondent au jeu des groupes les plus développés et les plus forts, qui -sont exécutés de préférence, d’où, par exemple, prédominance des deltoïdes et des pectoraux chez les .gymnastes trapus et aux bras courts, parce que l’instrument a établi lui-même la sélection, le gymnaste allant presque automatiquement vers l’exercice qu'il exécute avec le moins de peine. On n’attelle jamais un cheval de course à un camion ; pourquoi donc ne pas •sérier les exercices selon les besoins des sujets ? Cette -sériation n'est pas pratiquée dans les gymnases parce que les professeurs, quelque dévoués et excellents qu’ils soient, ne possèdent pas les connaissances néces- -saires. J'ajouterai même que la plupart des médecins en seraient incapables jusqu’à ce jour, car il n'existe pas encore de méthode précise. La méthode suédoise ne nous renseigne nullement sur les fonctions psychiques en gymnastique. Une bonne méthode ne peut découler que des faits bien observés en physiologie, en : psychologie et en pathologie de l’entraînement. Elle sera donc l’œuvre de l’observation et du temps. En attendant, la première condition est de ne pas nuire à l'enfauce, qu’il faut ramener aux grandes lois de la . nature, par les exercices simples de plein air : la i marche, la course, le saut, etc.

L’homme n’a pas été fait pour la gymnastique, imais la gymnastique a été faite pour l’homme. Voilà i pourquoi il est urgent de créer des cours spéciaux, où les futurs professeurs apprendront à douter, ce qui sera le commencement de la sagesse et de la compétence, car ni leur dévouement, ni leur bonne volonté, ni leur esprit d’initiative, que nous sommes Ile premier à reconnaître et à applaudir de tout ■cœur, ne peuvent compenser leurs connaissances rudimentaires d’une science nouvelle et très ardue.

Jusqu’à ce jour on a pratiqué la gymnastique infantile, plus par sentiment que par raison, plus par appréciation empirique que par donnée scientifique. On a dit : « Ce mouvement doit faire du bien, donc il est bon. » Rien n’est moins exact. Eu pareille matière, croire n’est rien, savoir est tout. Erreur encore de croire que les enfants dits « bien portants » peuvent impunément faire de la gymnastique sans une mise au point préalable.

Tout le monde reconnaît la nécessité de poursuivre les abus et les dépenses excessives d’énergie musculaire ; mais c’est là précisément le nœud de la question. Où commence l’abus, comment le reconnaître et Je supprimer ? La chose est plus difficile qu’on ne le pense. Pour beaucoup d’enfants un même exercice, même de moyenne intensité peut constituer un abus. C’est ce qu’a parfaitement établi M. le docteur Le Gendre1 au Congrès de Caen. Tels sont, par exemple, les arthritiques, qui suent très rapidement et pour lesquels un exercice bien dosé est nécessaire.

Aucun enfant n’est symétriquement constitué. Il arrive très souvent qu’un côté du corps se développe plus rapidement que l’autre, que le jeu des articulations est relâché, etc., toutes causes détruisant la synergie des groupes musculaires, d’où les attitudes vicieuses très délicates et souvent très longues à corriger. Nous ne parlons, bien entendu, que des enfants dits « bien portants ».

Ou le professeur de gymnastique laisse l'enfant agir à sa façon, et alors celui-ci accommode les mouvements à ses aptitudes, selon la loi du moindre

(1) P. Le Gendre. Sur les dangers que peuvent offrir pour les enfants les exercices de sport. Association française pour l'Avancement des sciences, Congrès de Caen, 1894. Comptes rendus, p. 207.

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effort, qui gouverne l’enfance, et de ce fait la rupture dans le développement proportionnel des muscles s’accentue en raison du travail plus grand des groupes musculaires déjà forts et du travail moins soutenu des muscles déjà moins résistants ; ou Je professeur de gymnastique veut commander les mouvements, et alors s’impose la sériation rationnelle avec toutes les connaissances spéciales qu’elle réclame et qu’une méthode scientifique peut seule donner.

L’éducation physique doit suivre la marche ascendante de toutes les sciences humaines : de même que l’alchimie a donné naissance à la chimie et celle-ci à la microbiologie; que les chirurgiens modernes ont des barbiers pour ancêtres, et les dentistes, des charlatans ; de même l’acrobate a fait place au professeur de gymnastique, qui à son tour doit s’inspirer du médecin dans la direction générale des exercices et pour la mise en fonction de la machine humaine si délicate et si intéressante dans ses réactions multiples, si mal connues encore.

Il parait donc urgent de demander des titres suffisants aux professeurs de gymnastique. Le peu de : précision du programme du certificat d'aptitude à renseignement de la gymnastique semble faire admettre >que le rédacteur n’en possédait pas complètement [toutes les matières. Ce programme est à refaire car il me répond plus aux besoins du moment.

Si l’adolescent et l’adulte peuvent se livrer à certains exercices physiques violents, il n’en est pas de même de l’enfant, auquel on doit dispenser l’effort selon le moment et l’état de développement physique Ést intellectuel.

Pour bien appliquer l’éducation physique à Tendance, il faut connaître les lois qui la régissent. Voui loir donc lui imposer les mêmes méthodes, les mêmes Ph. Tissié. — La fatigue.

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exercices, les mêmes appareils de gymnastique ou les mêmes sports qu’à l’âge adulte, c’est commettre uue lourde faute.

11 en est de même pour la jeunesse, envers laquelle on doit se montrer très circonspect, car elle atteint, à un moment donné, un point critique et neutre où elle n’est plus l’enfance et où elle n’est pas encore l’adolescence. La mise en fonction est alors fort délicate : il faut savoir exactement ce qui revient à la crise qui fatigue. A ce point de l’évolution, les jeux sont délaissés, ils sont repris après la crise.

L’enfance et la jeunesse ont besoin de mouvement ; elles manifestent ce besoin dans le jeu aux attitudes multiples, rapides et soutenues sans effort. Leurs jeux sont récréatifs et peu réglés, car ils sont la manifestation extérieure de leur degré de développement physique et intellectuel. Il faut surveiller l’enfant qui ne sait pas s’amuser. L’enfant n’analyse pas, il subit l’impulsion. Le forcer à rester stationuaire pour défendre son camp, à attaquer selon des règles précises, à juger d’un seul coup d’œil la position faible de l’adversaire, à s’élancer sur lui avec vigueur, à lutter avec force, à courir, à sauter ou à se défendre pour protéger le ballon, comme dans le foot-balt, c’est faire de la physiologie et de la pédagogie à rebours.

On n’a qu’à laisser faire l’enfant, qui par nature et par la la loi du moindre effort sait établir un choix, suivant en cela l’instinct de l’animal. Les exercices d’ordre plus élevé lui conviendront plus tard ; il les choisira d’ailleurs et délaissera les premiers jeux. Avant tout il ne faut pas nuire à l’enfant en le fatiguant : or la fatigue est chose tout individuelle ; elle dépend de plusieurs causes, dont la principale est la fonction plus ou moins normale du système nerveux, de la facilité ou du retard qu'il met à réparer les

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pertes. Il faut compter aussi avec les auto-intoxications, souvent rapides dans l’enfance et dans la jeunesse, la croissance, le surmenage intellectuel, l’hérédité, etc.

La fatigue peut être aussi accidentelle et provoquée chez les jeunes enfants par un très léger écart de régime alimentaire, une petite veillée, une promenade trop longue accomplie le jour précédant l’exercice, une émotion, un travailintellectueltropprolongé. Elle se révèle, ainsi que j’ai pu l’observer maintes fois à ma clinique de gymnastique médicale, par la façon d’exécuter les mouvements ; leur coordination est pénible et incomplète; le pouvoir d’attention est atténué; la fatigue survient rapidement et brusquement. Alors l'enfant, qui était distrait, devient émotif ou impulsif selon sa puissance nerveuse et son caractère, selon qu'il est passif, affectif ou affirmatif. Il pleure ou il se butte, se repliant sur lui-même avec un regard atone ou méchant. Le repos s’impose; la fatigue passée, l’enfant reprend les exercices avec joie.

Des pédagogues m’ont dit avoir constaté les mêmes réactions à la suite d’un effort intellectuel prolongé et intense, effort proportionnel d’ailleurs à la puissance intellectuelle de chaque enfant.

« Siles jeux scolaires, ditM. Bouchard l, doiventavoir leur part dans l’éducation physique, c’est à la condition de rester des jeux et de ne pas dégénérer en luttes pour la conquête d’une primauté.

« C’est à la condition aussi que ces jeux ne deviennent pas des spectacles.

« S’ils sont une lutte, ils exaltent l’égoïsme et l’orgueil; s’ils sont un spectacle, ils développent la vanité

(1) Ch. Bouchard. Jeux scolaires et Éducation {Le Lehdisle). Supplément de la Revue des J eux scolaires . Bordeaux, 1895.

LA FATIGUE ET 1,’eNTKAINEMENT

et la solLise. Comprise ainsi, l’éducation physique serait le contre-pied de l’éducation morale.

« Des jeux scolaires, qui tendent à rendre l’enfant maître de son corps, sont bons en eux-inômes et excellents dans leurs elTcts immédiats. Ils ont, par surcroît, cet avantage d’ètre un puissant auxiliaire de l’éducation morale. Ils font l’esprit alerte, attentif, vigilant, prompt à découvrir le péril et à prendre une résolution; ils rendent en même temps le corps capable d’éviter ou de détourner l’obstacle, comme aussi de surmonter le danger. Ils donnent à l’homme une puissance qu’il utilisera pour son intérêt et qu’il saura mettre au service de ses semblables. Il importe que l’idée de ces avantages éloignés et de leurs applications généreuses n’échappe pas à l’enfant. Cela ajoutera, à ce qui semble n’être que distraction ou amusements, ce grain de sérieux qui ne gâte pas le plaisir et qui profite à l’éducation... pourvu qu’on n’en abuse pas.

« Il est bon que l’enfant sache que, en se jouant, il prépare un citoyen pour la patrie. Qu’il le fasse gaiement et librement.

« Il est un degré de force, de souplesse et d'agilité auquel l’homme a le droit de prétendre et le devoir d’atteindre. C’est pour lui assurer ces avantages que nous introduisons les exercices du corps dans l’éducation de l’enfant. Ce qu’il doit se proposer, dans ces exercices, ce n’est pas de dépasser ou d'égaler autrui, c’est de se dépasser lui-même, c’est de se perfectionner, c’est d’arriver chaque jour à être mieux que la veille.

« Ce n’est pas de courir plus vite ni de sauter plus haut ou plus loin.

« C’est d’accomplir de plus en plus facilement et presque sans efforts, de façon naturelle et par suite

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élégante, les actes auquel l’homme a recours pour garantir sa sécurité ou celle des autres, et pour se procurer rapidement et sans secours étrangers ce qui peut assurer la satisfaction de ses besoins.

« Ces actes, l’enfant doit les exécuter sans qu’il en résulte pour lui aucun effet nuisible, sans que le travail provoque la fatigue qui rend le travail impossible.

« L’éducation physique ne doit pas habituer l’enfant à faire de grands efforts ; elle doit l’habituer à proportionner exactement l’effort au travail à effectuer; elle doit lui apprendre aussi à proportionner aux ressources et aux aptitudes de son organisme le travail qu’il se propose d’accomplir. »

Nous souscrivons à une telle manière d’envisager l’éducation physique de la jeunesse ; cependant nous faisons quelques réserves quant au perfectionnement de l’enfant par la seule sanction du plaisir du devoir accompli. C’est demander à un être débile une philosophie qu’il est impuissant à posséder encore. Combien d’hommes sont enfants à cet égard ! La récompense du devoir pour le devoir est une récompense de haute abstraction et d’égoïsme supérieur que les hommes d’élite seuls peuvent estimer. Il faut à la masse de l’humanité et par conséquent à l’enfant une sanction tangible à ses efforts. Cette sanction est la récompense matérielle après la lutte provoquée : livres, médailles, couronnes, gâteaux même. Pas de perfectionnement sans émulation et pas d’émulation sans concours ; donc pas de réforme scolaire, quelle qu’elle soit, sans lutte et pas de lutte sans sanction de primauté. Le rôle du pédagogue n’est donc pas de supprimer les concours ni l’émulation, mais au contraire de les provoquer au mieux des intérêts individuels et collectifs.

C’esl. une affaire de mise au point. Un principe philosophique ne vaut que par ses heureuses applications pratiques; celui qui serait basé sur l’éducation sans récompenses et par conséquent sans punitions ne saurait exister, au moins pour les enfants. Quant à apprendre à l’enfant qu’il travaille pour la patrie, la chose est plus facile, mais ce n’est que l’adolescent qui comprend vraiment la valeur exacte du mot patrie. Pour l’enfant la patrie est une abstraction. Il faut prendre l’humanité telle qu’elle est et non telle qu’elle devrait être et agir vis-à-vis d’elle avec des moyens qui font mouvoir directement sa volonté par l’émotivité. Il en est de même de l’enfance, mais nous reconnaissons volontiers qu’il faut combattre les abus. N’élever les enfants qu’en vue des concours intellectuels ou physiques, c’est pratiquer l'élevage et non l’éducation. Il est si difficile de savoir conserver une juste mesure en toute chose!

Nous sommes partisans des lendits entre enfants ; l’expérience nous a démontré leur bienfaisante utilité, mais nous protestons contre l’idée de ce maire d’une grande ville du Centre qui, pour augmenter les recettes de la caisse des écoles primaires, n’avait trouvé rien de mieux que d’organiser un lendit de jeunes filles sur une place publique, avec entrées payantes!... Evidemment il y avait là un abus par aberration du bon sens, du bon goût, mais qui plus est, d’une bonne volonté !

L’enfant ne prend vraiment possession du « moi » qu’en mettant son être en présence d’objets extérieurs; la nature de son « moi » se dégage alors par comparaison d’impressions et, en cela, le jeu est le premier en même temps que le meilleur des facteurs. Il éveille une série d’impressions diverses absolument concrètes, d’où associations d’idées et formation du jugement,

l’entrainement physique a l’école

(le la volonté, etc. « Ce n’est qu’en constatant au jeu, dit M. Mnnz , un changement occasionné par son acti vite propre dans les différents objets qu’il appréhende et connaît autour de lui ; ce n’est qu’en reconnaissant nivec un sentiment d’orgueil qu’il est la cause des mouvements provoqués que se développe de plus en plus chez l’enfant l’idée du « moi ».

Plus tard, quand l’enfant est devenu adolescent, adulte, puis homme, le jeu transformé en exercice plus : intense ou plus violent ne fait que développer encore (plus la personnalité du « moi », c’est-à-dire le sentiment de la force et de la valeur individuelle, avec ses (■conséquences : indépendance du caractère, dignité, rresponsabilité, etc. Puis, quand le jeu qui doit être collectif a atteint le degré le plus élevé par une régleimentation technique nécessaire à sa bonne exécution, nous le voyons provoquer des sentiments d’ordre asociaux plus élevés encore, tels que respect de la collectivité; solidarité pour la même action, c’est-à-dire dans une même idée directrice; abdication du « moi » individuel forcément égoïste et dont l’action est restreinte et intermittente en faveur du « moi » collectif plus altruiste et, par ce fait même, plus fécond ipar une action plus étendue, plus longue et plus sout tenue.

Il faut éviter la grande fatigue chez l’enfant : si une 1 petite fatigue repose parce qu’elle est sédative, une (grande fatigue énerve parce qu’elle est excitante, i Chaque sujet possède un coefficient de force psyclioi motrice qui varie selon le moment physiologique,

: psychique et climatérique. Ce coefficient est quotidien; il est proportionnellement constant chez les sujets

(I) Bernard Munz. La Logique de l'enfant. [Revue philosophique,

j juillet 1896, p. 48.)

sains, mais il est proportionnellement inconstant chez les sujets malades. Or, l’enfant est un être en évolution surtout au point de vue nerveux, par la fonction même de sou cerveau qui reçoit des impressions multiples du dehors.

La fonction de l’enfant est d’emmagasiner des mémoires; c’est sa raison d’être pour la vie sociale, dans laquelle il entrera plus tard. Son jugement n'est pas développé, l’enfant est avant tout un impulsif. Il faut donc veiller sur son système nerveux, surtout quand l’hérédité l’a frappé d’une tare. L’enfant phénomène et l’enfant idiot meurent presque toujours avant leur complet développement.

Le sommeil tranquille, l’appétit normal et le goût des jeux sont un indice d’une bonne santé nerveuse.

En résumé, l’enfant doit jouer librement, avoir beaucoup d’air, de l’eau, du savon, du sable, une pelouse, etc. Il doit marcher, courir, sauter sans fatigue et sans danger. Les exercices du train supérieur, de traction, de soulèvement de poids, etc., doivent être réglés en durée et en intensité par rapport aux exercices du train inférieur dans la proportion du développement musculaire des deux trains, c’està-dire comme 1 est à 3.

Les jeux de l’enfant doivent être simples et point compliqués, car les mémoires se développent chez lui en raison de ses fonctions musculaires et sensorielles. L’enfant apprend avec ses muscles et avec ses sens. L’éducation physique doit lui être donnée d’après son coefficient psycho-physiologique, calculé au moyen du spiromètre, de la toise, du compas d’épaisseur, de la bascule, etc., d’après son émotivité, son intelligence, etc., la longueur de ses bras de levier : les bras et les jambes, etc.

« L’étude des conditions physiologiques de la mé-

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moire, dit M. E. Murisier ’, nous montre l’importance de l’éducation physique comme moyen de développement intellectuel et, par suite, la possibilité de réduire en une certaine mesure, grâce à de plus fréquents exercices corporels, le temps consacré au travail proprement cérébral, sans diminuer d’ailleurs la somme des connaissances effectives. L’étude de ces conditions psychologiques nous révèle le vrai sens de l’expression « apprendre à apprendre » en mettant eu lumière le caractère transitoire des souvenirs disparates, le rôle de l'association et surtout de l’organisation active des souvenirs, la nécessité des points de repère et enfin l'existence de différents types de mémoire. »

La psycho-physiologie contemporaine a sérié les mémoires selon les types visuels, auditifs, moteurs ; ces types ne sont jamais purs, ils s’enchevêtrent les uns dans les autres avec cependant prédominance de l’un d’eux. Le jeu collectif au plein air met en fonction les diverses mémoires et, par association d’impressions sensorielles, augmente le nombre des souvenirs; le jeu est donc nn excellent agent d’éducation en même temps que d’instruction, mais à condition de ne pas provoquer la grande fatigue qui modifie trop profondément les échanges nutritifs de l’enfant; c’est pourquoi le jeu ne doit jamais dégénérer en sport. En médecine comme en pédagogie, comme en toute chose d’ailleurs, il existe un « juste assez » qu’il ne faut jamais franchir sous prétexte qu’il est nécessaire de dépasser le but pour l’atteindre.

La longue réserve du bon sens public à l’égard de la renaissance physique vient précisément des excès commis par les partisans à outrance des sports trop

(1) E. Murisier. L’Éducation de la mémoire. (Revue suisse, avril 1897.) Lausanne.

souvent violents et par conséquent nuisibles à la jeunesse et à l’adolescence.

L’éducation physique ne s’adresse pas tant aux forts qu’aux faibles; c’est la régénératrice. Les forts seront toujours les forts; ils ont bonne jambe, bon œil, bons cœurs et bons poumons! Mais les autres, les fatigués, les faibles, la majorité pour tout dire, faut-il la délaisser? Et puis, qu’appelle-t-on fort? L’enfance, la jeunesse et l’adolescence même sont en puissance pathologique par le fait môme de leur évolution. Les vraiment forts sont très rares, et alors que devient la moyenne sous le coup de fouet d’une émulation mal réglée? Nous ne devons pas nous désintéresser des vaincus héréditaires ou autres : nous devons les soutenir et les fortifier. C’est là notre rôle social et patriotique, assurément le plus nohle parce qu’il est le plus humain! N’avoir souci que des forts, c’est faire de l’élevage et non de l’éducation.

Elevage est synonyme de méthode quelquefois hardie, presque toujours d’action brutale et violente, le plus souvent de sacrifice, de convenances et d’intimités. C’est le mauvais socialisme eu physiologie, qui sacrifie l’individu à la race; c’est la lutte pour l’existence organisée en faveur des plus forts, avec la volonté âpre et implacable comme moyen d’action, et où la solidarité étant faite du besoin égoïste de tous n’est trop souvent qu’un vain mot; c’est l’abandon des faibles par la spécialisation; sa devise est : « Malheur aux vaincus! »

Education est synonyme de méthode réfléchie, prudente et opportune, d’action lente et douce, de respect de chaque sujet et de souci de son développement progressif par des sentiments affectifs d’ordre supérieur, où le cœur domine l’esprit, où la volonté est persuasive, où la solidarité, faite d’estime réciproque»

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est comme une appétence de l’àme au dévouement. Que nous importe donc qu’une minorité brille dans tel ou tel jeu exotique ou national, devant une foule plus ou moins compétente, si la majorité qui doit l'imiter se tue?

Les discussions proviennent de ce qu’il y a toujours quelque peu d'élevage dans l’éducation et d’éducation dans l’élevage; cependant le principe de l’élevage est la spécialisation. En développant par des croisements de race et par un entraînement spécial une ou plusieurs fonctions bien déterminées de sa machine animale, on pratique l’élevage du cheval ; mais en lui apprenant à exécuter certains mouvements et à prendre certaines attitudes en vue d’une fin voulue et en concordance avec la volonté du cavalier, on fait son éducation.

Il en est de même pour l’homme. Le développement le plus souvent anormal d’une série de muscles spéciaux, indispensable à la production de la force maximum à appliquer pour un exercice déterminé et toujours le même, constitue l’élevage. L’éducation agit tout autrement, elle ne spécialise pas : la volonté est appliquée à une fin meilleure. Toute la pédagogie concourt à l’éducation, éducation morale, intellectuelle et physique. Mais la pédagogie qui n’a pour but que de faire des « bêtes à concours », pratique l’élevage intellectuel, le pire de tous!

Une grande réforme est urgente ; elle ne peut donner de résultats qu'autant qu’une responsabilité sera établie : c’est pourquoi toutes nos écoles où nous élevons les enfants en vue de l’armée nationale devraient être inspectées par un service de santé scolaire responsable, attaché auprès de chaque recteur, comme le service de santé militaire est attaché à chaque chef de corps d’armée.

Les batailles que livrent l’enfance, la jeunesse et l’adolescence aux maladies diverses sont autrement fréquentes et meurtrières que les combats contre les ennemis de leur patrie,

Il faut lutter surtout contre tout système de centralisation de l’éducation physique. Les jeux sont régionaux : on joue différemment dans le Midi que dans le Nord. — On ne saurait les réglementer et les centraliser à Paris.

Ce n’est pas au moment où l’on cherche à éveiller chez tous le sentiment de la responsabilité par l’indépendance, l’iuitiative individuelle, le sens précis de la collectivité, qu’il faut poser comme principe qu'aucune détermination ne pourra être prise sans l’autorisation de Paris, c’est-à-dire de la ville qui représente la centralisation intense contre laquelle tous les bons esprits réagissent! Voilà pourquoi nous croyons que l’éducation physique peut aider à la décentralisation

Une expérimentation poursuivie depuis neuf ans par la Ligue girondine de l’Education physique, à Bordeaux et dans le Sud-Ouest, a donné d’excellents résultats : qu’on la reprenne ailleurs, dans les autres universités ! On IuLtera ainsi contre toute tentative de centralisation des jeux de plein air dont le rôle au point de vue social est important. C’est par les jeux et par les réunions en plein air, telles que les excursions, les caravanes, etc., que les patronages, après l’école, des jeunes gens du peuple auront quelque chance d’aboutir. Il faut rendre les réunions agréables ; il faut que l’adolescent et l’adulte éprouvent du plaisir à produire un effort toujours plus grand vers le mieux, vers le bien. Les exercices physiques sont une excellente école de volonté, de moralité et de respect mutuel.

La question sociale serait vite résolue si les classes

l’entrainement physique a l'école

se connaissaient mieux : les rencontres sur les pelouses y aideront. Le plein air appartient à tous.

II. — Réformes à apporter dans l’éducation physique de la jeunesse scolaire.

Après avoir critiqué, nous devons exposer nos idées, : sur les moyens pratiques de développer dans la jeunesse des écoles le goût des récréations actives, des jeux de plein air et des exercices physiques. Ce goût ne peut être provoqué que par la réforme de renseignement physique.

Cette réforme doit porter sur des faits et non suides mots, elle sera longue à imposer, mais en voulant tous les jours, on finira par atteindre le but.

Depuis longtemps les exercices gymnastiques ont été réglementés par divers décrets dans l’enseignement primaire et surtout dans l’enseignement secondaire. De nombreuses circulaires ministérielles ont appelé l’attention des maîtres sur l’importance que l’Université attache au développement physique des < enfants et des adolescents. La circulaire du 20 novembre 1882 demande que chaque groupe d’élèves reçoive deux leçons d’une heure au moins par semaine; la circulaire du 7 juillet 1890 accorde trois heures iréparties en séances d’une demi-heure ou de trois i quarts d'heure. A cet effet, les groupes à exercer pouriront être de h0 élèves au lieu de 30.

« Il importe, dit cette circulaire, que tous les maîtres 'Se rendent un compte exact du rôle que la gymnastique scolaire est appelée à jouer. Sou but n’est pas d’amener quelques adeptes à exécuter des tours de force plus ou moins remarquables, mais de soumettre tous les élèves à un entraînement progressif etmétlio-

LA FATIGUE ET l’eNTR AINEMENT

dique, de provoquer chez tous, par des exercices sagement gradués, le développement régulier des divers organes... Pour les exercices aux agrès, on combinera les mouvements d’ensemble et on disposera les groupes de telle sorte que chaque élève n’ait pas à attendre son tour à l’appareil plus de trois à quatre minutes. »

Nous allons voir ce qu’on a fait depuis la publication de cette dernière circulaire. Nous diviserons ce paragraphe en deux parties : 1" les réformes futures; 4° les réformes immédiates, car ces réformes, pour être pratiques, doivent être sériées d’après la facilité de leur exécution ou d’après leur opportunité.

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