I. — Le terrain
« L’alcoolisme, dit Mosso *, l’abus des excitants, le désir de sensations toujours plus fortes, le surmenage du cerveau, la négligence apportée daus l’éducation physique préparent avec l’hérédité pathologique de nouvelles générations dans lesquelles on verra augmenter le nombre des individus qui passent facilement de la veille à un état de somnambulisme subit.
« Si la lutte pour l’existence se fait plus acharnée, si les effets de l’épuisement deviennent plus désastreux et les batailles de la pensée plus meurtrières, on verra s'accroître la phalange des moins aptes, des neurasthéniques, des dégénérés, de ceux qui tomberont écrasés de fatigue, épuisés de faiblesse, comme ies soldats moins robustes qu’une grande armée laisse derrière elle dans ses marches forcées sur la route de la victoire. »
Nous souscrivons d’autant mieux à une semblable théorie que nous avons signalé les dangers psychiques
(I) A. j\Iosso. Etude sur Mesmer. ( Revue scientifique , 29 août 1896, p. 264.)
Pii. Tissik. — La fatigue.
(le l'entraînement intensif provoquant des décharges nerveuses assez puissantes pour modifier le « moi », le dissocier et transformer un homme sain ou un athlète robuste en être pathologique, en malade et cela pendant un temps plus ou moins long. La fatigue provoquée parle travail musculaire intense épuise et facilite le passage subit de l’état de veille à l’état de somnambulisme, c’est-à-dire à l’état de rêve actif pendant la journée. Un second « moi » se révèle différent du premier et agissant quelquefois contrairement à ses intérêts les plus directs.
Ce passage d'une existence à une autre est gros de conséquences sociales. S’il était prouvé un jour que la justice frappe des rêveurs, des somnambules, des « fatigués fin de siècle » dans certains délinquants, une réforme du code s’imposerait aussitôt. Le cas de Félida, d’Azam et celui d’Albert1 que j’ai publié dans ma thèse inaugurale sont typiques ; ils le sont à un tel point qu’ils constituent des états pathologiques. Mais entre ces cas extrêmes et la santé psychique de l’homme sain, se placent des sujets malades, atteints de formes frustes de somnambulisme spontané, chez lesquels le dédoublement du « moi » est quelquefois si rapide qu’il passe inaperçu. Faut-il attribuer à ce dédoublement plus ou moins profond les actes pathologiques de certains sujets? Peut-être bien. L’école italienne a créé le criminel-né, peut-être y a-t-il quelque exagération dans ces théories nouvelles, mais il n'en est pas moins établi que l’hérédité joue le principal rôle dans les affections nerveuses et surtout mentales. Les recherches de laboratoire faites sur des animaux intoxiqués par l’alcool permettent d établir
(1) Ph. Tissié. Les aliénés voijatjeuvs. Th. Cordeaux, 1887, Paris, Doin.
HÉRÉDITÉ
Je fait. Non seulement le sujet est lui-même atteint, mais sa descendance est tarée. Il en est de même pour d’autres poisons.
La cellule nerveuse est atteinte directement, elle peut l'être aussi par l’excitation violente et répétée de l’odorat. On sait que les courtiers en musc de Londres meurent tous jeunes, vers l’âge de quarante, quarante -cinq à cinquante ans, dans un état de prostration et de gâtisme succédant, par réaction, à une excitation violente. Le parfum agit rapidement et fortement sur leur système nerveux. Au bout de quelque temps, l'odorat étant supprimé, par la force même des impressions olfactives, ces courtiers mangent le musc, afin que le parfum remontant par l’arrière-gorge aux arrière-fosses nasales puisse être perçu.
Il en est de même pour la vanille dont on connaît l'action toxique sur le système nerveux. Un jeune négociant en vanille père de huit enfants, attribuait, devant nous, au principe excitant de ce parfum la cause des nombreuses familles qu’ont la généralité de ses collègues. Les douaniers eux-mêmes spécialement chargés de la vérification des vanilles subiraient la même influence.
La fatigue d’où qu’elle vienne et par quelque agent qu’elle soit produite agit pathologiquement sur le système nerveux, nous l’avons surtout constaté chez les débiles nerveux que nous avons désignés sous le nom de « fatigués », admettant que la débilité nerveuse n’est autre chose que de la fatigue, c’est-à-dire une facilité très grande du système nerveux à décharger son potentiel qui, selon les sujets, est plus ou moins élevé. Et ici nous entrons directement dans l’hérédité. Pourquoi, certains sujets appartenant à des parents nerveux, surmenés, intoxiqués, goutteux, artbri-
tiques tuberculeux, etc., sont-ils atteints de débilité nerveuse, pourquoi naissent-ils fatigués?
La question nous paraît à la fois très sérieuse dans ses conséquences et très intéressante dans sou explication.
Les nouvelles recherches sur le pouls capillaire de MM. Binet et Courtier ; les expériences faites sur des aliénés au moyen du même pouls capillaire par M. G. Dumas, celles de MM. L. Hallion et Ch. Comte sur la circulation périphérique et les observations nombreuses que nous avons prises sur des sujets fatigués par une cause musculaire, intellectuelle, émotive, douloureuse, etc., observations qui se relient toutes entre elles par des manifestations psychiques, pathologiques, la plupart du temps avec dédoublement du « moi », nous permettent de serrer la question de plus près en faisant remonter l’origine de la fatigue au fœtus.
MM. Binet et Courtier ont prouvé que tout travail musculaire intellectuel ou toute émotion provoquent une atténuation du dicrotisme capillaire, atténuation dont ils croient pouvoir faire le signe permanent de la fatigue. Les .tuniques musculo-motrices des capillaires ne recevant plus la somme d’influx nerveux nécessaire à leur activité, ne réagissent plus, leur élasticité est atténuée, le courant sanguin est moins rapide, il y a congestion passive capillaire.
La première manifestation de la fatigue est d’ordre mécanique, elle est circulatoire ; la seconde est d’ordre chimique : les acides produits par le travail musculaire coagulent la myosine d’où la courbature pour la cause initiale paraît remonter à la plus longue stagnation des déchets acides dans la nappe sanguine capillaire.
Il ne faut pas donc confondre la fatigue avec la courbature ; celle-ci est la conséquence de celle-là.
HÉRÉDITÉ
elle ne peut se manifester qu’au tant que la fatigue a modifié la tonicité vasculo-capillaire que l'entraînement augmente.
La fatigue produit donc une diminution du tonus vasculaire qui se traduit par un amollissement du dicrotisme. La circulation périphérique est modifiée. Il y a tout lieu d’admettre que les mêmes phénomènes se passent dans tous les capillaires du corps, ceux du cerveau entre autres. Cette hypothèse nous parait d’autant plus permise que le cerveau et la peau pro A'iennent du feuillet externe de l'embryon et qu’ayant un même point de départ, le cerveau et la peau doivent avoir des fonctions analogues , fonctions modifiées d’après le milieu, mais se rattachant à une même cause pour rétablissement d’une même fin.
M. G. Dumas1 a observé chez des fous que le pouls capillaire variait selon les états de joie ou de tristesse de chaque sujet. Qu’il était sthénique, c’est-à-dire puissant dans les formes de folie gaie comme dans la première période de la paralysie générale où les malades sont heureux, se disant millionnaires, pleins de vie et de force, et asthénique, c’est-à-dire faible chez les mélancoliques dont les idées sont tristes. MM. Binet et Courtier ont constaté ce même phénomène chez des sujets sains, dans la gaieté et dans la tristesse, à l’état de digestion, après un bon repas ou de dénutrition, à la suite du jeune.
Les actions musculaires locales provoquent promptement de la fatigue, qui se traduit par une élévation et uue atténuation du dicrotisme par contre les exercices généraux tels que la marche, la course, amènent uu abaissement et une accentuation du dicrotisme.
(1) Dumas. Recherches expérimentales sur la joie et la tristesse. Revue Philosophique, juin-juillet-aoûl 1896.)
De leur côté, MM. L. Haillon et Ch. Comte ont prouvé qu’aux mouvements respiratoires sont liées des modifications circulatoires qui se traduisent dans les organes situés en dehors de la poitrine par des change- j ments de volume et des modifications du pouls artériel.
Voilà des observations bien établies par des appareils enregistreurs, le fait n’est pas douteux. Tout travail musculaire généralisé et doux élève le tonus vasculaire, tout travail musculaire localisé l’abaisse. Toute idée gaie, toute émotion heureuse l’élèvent; toute idée et toute émotion tristes l’abaissent. Aux mouvements respiratoires sont liées des modifications circulatoires. Or les mouvements respiratoires sont nombreux et profonds dans la joie ; restreints et superficiels dans la douleur ou dans l’attention forcée.
D’autre part, une immobilité prolongée provoque une grande fatigue dans les muscles qui doivent concourir aux attitudes du corps ou d’un segment du corps. La douleur ressentie est grande, intolérable même, les malades qui ont été maintenus pendant longtemps dans des gouttières, ceux qui ont porté le bras dans un appareil plâtré, ou qui, pour une cause ou pour une autre, ont été forcés de maintenir leurs muscles dans l’immobilité savent combien l'immobilité forcée est pénible. La raison d’être du muscle est le mouvement. Dans le sommeil lui-même la fatigue musculaire par attitude prolongée existe puisqu’on se retourne dans son lit pour changer de position. La fatigue musculaire est donc produite autant et plus par l’immobilité forcée et prolongée que par l’action.
La station prolongée et surtout la fixité dans les rangs par la tenue militaire est tellement fatigante que les hommes tombent évanouis. Elle irrite rapidement les centres nerveux des hommes les plus robustes (Landois, Maréchal).
HÉRÉDITÉ
Ces faite étant établis, voyons maintenant ce qui se passe, ou pour être moins affirmatif, ce qui doit probablement se passer chez le fœtus dans sa vie intrautérine.
Dès que l'ovule a été fécondé, il est saisi par la membrane utérine : la caduque qui l’enserre et l’encapuchonne. À partir de ce moment un nouvel organisme va se développer dans un autre organisme, une vie bourgeonne sur une autre vie.
Le phénomène initial est circulatoire. Dans ce contact entre deux organismes, le premier : celui de la mère envoie au second : celui du futur être, une source de vie par la formation d’un réseau capillaire, celui du chorion, qui deviendra plus tard le placenta, c’est-à-dire le pain de vie, le gâteau maternel devant fournir la nourriture au fœtus jusqu’au moment de sa naissance. A sa naissance, la fonction utérine se déplace et se reporte vers les seins où des glandes spéciales sécrètent un sang modifié, le lait. La vie maternelle pour l'enfant continue jusqu’au moment du sevrage — le sang et le lait restent donc ses deux aliments. — Chez les marsupiaux la solution de continuité entre la vie intra-utérine et la vie aérienne est moins prononcée que chez l’homme. L’enfant est tributaire delà mère depuis la conception jusqu’au sevrage, il vit de sa vie, il réagit de ses réactions, il souffre de sa soulîrance ou il jouit de sa joie pendant une période de seize à vingt et un ou vingt-deux mois.
Si donc la mère se fatigue, les réactions de la fatigue étant généralisées se produiront sur le fœtus par le gâteau placentaire ou sur l’enfant par les glandes du sein chargé de lait. Or MM. Binet, Courtier, Dumas, de Hallion, Ch. Comte, Mosso et toute son école ont établi l’infiuence directe et circulatoire des émotions, gaies ou tristes, du travail musculaire, etc., provo-
296 la fatigue et l’entrainement
quant soit une augmentation ou une diminution de tension vasculaire; l’augmentation correspond à la force, c’est-à-dire à la plénitude de vie dans les fonctions générales de l’économie, telle par exemple une bonne digestion après un repas substantiel; la diminution correspond à la faiblesse, c’est-à-dire à la fatigue, comme dans l’inanition.
Or, nous savons quelles sont les conséquences psychiques de la fatigue sur les sujets sains et sur les sujets débiles. Pourquoi donc la fatigue n’atteindraitelle pas le fœtus lui-même. Pourquoi les oscillations répétées dans le courant sanguin de la mère à l’embryon ne provoqueraient-elles pas une modification dans l’évolution de la cellule nerveuse, pourquoi la neurocorde ne serait-elle pas ébranlée par les à-coups dans l’apport circulatoire? Pourquoi aussi l’élévation de la température interne qui, dans certains cas de travail musculaire prolongé et intense peut dépasser 39°, n’aurait-elle pas une influence thermique sur l’embryon d’abord, sur le fœtus ensuite?
Cette même excitation dont nous enregistrons les effets sur la cellule nerveuse et musculaire de l'homme sain en fonction violente et qui provoque la fatigue par réaction, c’est-à-dire, selon nous, une facilité plus grande à décharger son potentiel nerveux, cette même excitation, doit produire les mêmes effets chez le fœtus, et, par sa répétition, mettre ses centres nerveux en état d’excitabilité spéciale.
La vie chimique de la cellule nerveuse a été modifiée par une circulation sanguine intermittente, tantôt ralentie, tantôt augmentée selon l’état dame de la mère et selon ses réactions dynamiques ou chimiques. Chacun peut compter le nombre des battements de son cœur sur la pointe de son pied en croisant une jambe sur l’autre; la pointe oscille, fonde sanguine partie du
HÉRÉDITÉ
cœur est assez forte pour soulever le poids du pied. Nous n’ignorons pas que ces ondes sont très atténuées en passant des gros vaisseaux dans les artérioles et dans les capillaires de l’utérus, mais à supposer que la pression soit supprimée dans le gâteau placentaire, ce qui ne nous paraît pas admissible, le pouls capillaire doit s’y faire sentir comme ailleurs : il est sthénique ou asthénique selon la cause.
L’atténuation dans son dicrotisme est une cause de pléthore, et par conséquent de pression vasculaire plus grande sur des organes en voie de formation; il y a congestion passive.
Ceci nous expliquerait la facilité d’expulsion du fœtus chez quelques névropathes, tel le cas cité par M. Sabrazès, de cette femme qui subit quatre avortements d’origine émotive. De tels faits ne sont pas rares d’ailleurs.
L’observation empirique a amené les éleveurs à mieux soigner les femelles et les médecins à conseiller le repos physique et psychique aux femmes gravides.
11 n’est pas jusqu’aux attitudes de l’homme et à sa minique articulaire qui ne soient, croyons- nous, d’origine fœtale. La vie du fœtus se passe dans une attitude prolongée enflexion. Quand le feuillet externe est devenu cerveau, moelle épinière, organe des sens et peau, quand, s'invaginant, il a eu servi à former le tube digestif (feuillet interne) et que le feuillet moyen a eu contribué à la structure osseuse et musculaire, toutes les impressions reçues aux centres cérébro ou spino-moteurs ont été d’abord ressenties par la peau, donc, dès le début même de la vie intra-utérine nous voyons l’individu recevoir les impressions du milieu, impressions initiales d’ordre circulatoire par les oscillatious du pouls capillaire, impressions plus élevées, en rapport avec l’évolution du fœtus, par l’entrée en
scène de la peau et des muscles. Les modifications circulatoires capillaires s’accentuent en raison du développement vasculaire plus grand, les ondes sanguines arrivent au fœtus par l’artère ombilicale, dont le foie doit battre comme la pointe du pied dont nous avons parlé plus haut.
Ou peut admettre aussi que les mômes modifications circulatoires capillaires sont provoquées par la fatigue chez le fœtus, qui réagit ainsi capillairement pour son propre compte.
Or l’attitude forcée et prolongée des muscles provoque un sentiment de douleur. Ce sentiment est conscient chez l’homme, il a pour cause organique un arrêt dans le mouvement musculaire. Mais cet arrêt par immobilité prolongée en flexion existe surtout pour le fœtus, d’où ses réactions qui s'accusent par des détentes brusques et des déplacements dans l’utérus, coups de pied, coups de poings, coups de tête., le fœtus se retourne dans son lit amniotique pour délasser ses muscles eu changeant d’attitude. L'im-
pressionnabilité maternelle provoque ces mouvements. Sous l’action de l’émotion la circulation sanguine maternelle est modifiée.
Comme tous les liquides, les eaux de l’amnios sont incompressibles. Toutes les contractions utérines pressent donc le fœtus en flexion. Plus de temps durent ces contractions, plus longue est l’immobilité des segments du corps fœtal, plus grande est la fatigue musculaire du fœtus.
Or chaque impression constitue une mémoire, c'està-dire un dynamisme que conserveut les cellules psychiques et psycho-motrices. Mais les impressions pour l'homme ne commencent pas seulement dès sa venue au monde extérieur, elles doivent débuter dans la vie intra-utérine, où les centres nerveux du fœtus
HÉRÉDITÉ
reçoivent des impressions d’ordre cutané, musculaire et peut-être auditif.
Les oscillations vasculaires du pouls capillaire maternel, pouls sthénique ou asthénique, créent aussi deux ordres de tendances dynamiques initiales; tendances de cause à effet, tendances au plaisir qui correspond au pouls sthénique; tendances à la douleur, correspondant au pouls asthénique. Plus tard, dans le cours de l’existence et par associations de sensations d’états ou d’idées les multiples impressions viennent se grouper automatiquement autour de ces deux tendances primitives.
La fatigue provoquée par une attitude prolongée en llexiou s’accuse par la détente des articulations, c’està-dire par un mouvement d’extension. Or ce mouvement provoque une impression différente de celle de l’attitude forcée en repos, cette impression lui est opposée psycli iquement comme l’extension est physiologiquement opposée à la flexion.
Si donc la llexiou prolongée provoque, la fatigue, par ce fait même elle doit créer chez le foetus une tendance spéciale ; d’autre part si l’extension supprime cette fatigue, elle doit nécessairement établir une tendance contraire.
La première sensation constitue une tendance pénible, la seconde constitue une tendance agréable qui, se renforçant du mouvement lui-même, provoque une circulation capillaire plus active et par ce fait sthénique.
Il s’ensuit donc que le foetus est appelé à établir une différence entre les deux attitudes et que cette différence s’affirme psychiquement en lui par deux fonctions psycho-motrices opposées, une de flexion qui est pénible, une d’extension qui est agréable.
Si notre Lhéorie du processus fœtale du plaisir et
de la douleur est exacte, nous devons retrouver les mêmes phénomènes chez l’homme. Car il ne sauraity avoir solution de continuité entre le fœtus et l’homme. Or que voyons-nous? Tou testes attitudes en flexion sont des attitudes de peine, d'humilité, de tristesse, de défaite, de prière, d’ennui, de douleur, de faiblesse, c’est l'attitude asthénique. Toutes les attitudes eu extensions ont des attitudes de plaisir, d'orgueil, de joie, de victoire, de commandement, de gaîté, de joie, d’expansion de l’être, de force, c’est l’attitude sthénique.
Le paralytique général au début de la maladie prend des attitudes d’extension et le mélancolique prend celles de la flexion. Non parce que les muscles extenseurs ont faibli, mais par rappel de tendances organiques d’origine intra-utérine. Le « moi » splanchnique revient automatiquement aux tendances fœtales primitives par association d’impressions d’origine circulatoire à processus dynamique.
Toutes les attitudes d’extension sont dyuamogènes ; or cette dynamogénie est provoquée par un eu traînement du fœtus, car il existe un entrainement fœtal, puisque dans chaque mouvement d’extension il y a un travail musculaire plus grand que pour les mouvements de flexion.
Le fœtus étant obligé de lutter contre la paroi utérine pour tendre ses muscles travaille plus que poulies replier. Plus tard, pendant toute la vie, le travail des extenseurs est plus grand que celui des fléchisseurs, le corps tendant toujours à tomber en flexion sur ses diverses articulations, selon la loi de la pesanteur. Le travail musculaire provoque une circulation plus grande chez le fœtus qui éprouve ainsi le bienêtre des mouvements généralisés, bien-être qui est sthénique. Or ce bien-être constitue uue tendance au le plaisir qui est dynamogène.
HÉRÉDITÉ
Certains actes attribués à l’hérédité pourraient peutêtre s’expliquer par le processus des mémoires musculaires.
Le mouvement de succion par exemple de l’enfant naissant qui saisit le sein de sa nourrice pourrait bien être dû à une impression tactile des eaux de l'amnios sur sa bouche. Les muscles orbicülaires des lèvres du fœtus réagissent contre le liquide amniotique. La présence du mœconium et du liquide amniotique dans l’intestin du nouveau-né prouve qu’il a bu, mais aussi qu’il a su se défendre, car, sans cela, le liquide aurait complètement envahi le tube digestif qui en serait baigné.
Le rapport qui existe chez l'homme entre la musculation et la cérébration, est si intime que penser c’est agir et qu’agir c’est penser. Il n’y a pas de pensée qui ne soit le début d’un mouvement musculaire et pas de mouvement musculaire qui n’éveille une pensée. Selon la psycho-physiologie contemporaine la pensée est du muscle en action. C’est pourquoi la mimique et le dessin, qui n’est qu’une représentation graphique de la mimique, sont deux langues universelles parce qu’elles ont un processus commun, processus que nous croyons pouvoir faire remonter à la vie iutra-utérine, c’est-à-dire à des causes purement organiques, soit fœtales, soit maternelles, soit également fœtales et maternelles, telles que les oscillations du pouls capillaire maternel, et plus tard du pouls fœtal; les pressions sanguines, les attitudes musculaires prolongées du fœtus, les impressions cutanées ou splanchniques qu’emmagasinent pendant sa vie intra-utérine ses centres nerveux, centres qui plus tard deviendront psycho-moteurs.
La mimique en extension et en flexion des mammifères quadrupèdes est semblable à celle de l’homme
pource qui a rapportaux deux principales tendances de plaisir et de douleur. Le chien que l’on corrige se blottit.
Ainsi nous voyons, dès la vie utérine, le système nerveux préposé à la défense de l'individu et réagir contre la douleur. Plus tard son rôle s’élève du réflexe au conscient pour les choses psychiques. Mais le système nerveux reste toujours le gardien de l’organisme contre toute attaque extérieure. Nous le voyons lutter contre l’envahissement des toxines et, selon sa puissanceou sa débilité, protéger l'individu contre la maladie ou le laisser abattre par elle. Or l’intégrité du système nerveux de l’homme dépend avant tout de son développement normal dans la vie intrautérine. Le fœtus se fatigue. Les causes de cette fatigue sont maternelles. La fatigue, n'est avant tout qu’une manifestation nerveuse, elle naît d’une facilité plus grande à la décharge des centres nerveux provoquée par une modification dans la vie cellulaire nerveuse du fœtus et plus tard de l'homme. Cette modification me paraît avoir pour origine une circulation sanguine capillaire d'ordre asthénique qui créerait des congestions passives et répétées des futurs territoires psycho moteurs. La fatigue provoquerait dans ce cas chez le fœtus un état hystériforme à manifestations somatiques, chez l’homme les manifestations psychiques se surajoutent aux manifestations physiques. Nous avons établi que la fatigue musculaire dissocie expérimentalement le « moi » chez les athlètes. Cette dissociation doit être moins intense chez le fœtus, mais les causes organiques delà fatigue étant proportionnellement les mêmes, lefœtus fatigué est en puissance de dédoublement. Ce qui expliquerait l’hystérie du premier âge, telle l'observation de cet enfant de sept mois citée parM. Clozier, de Beauvais, dont vingt-trois accès d’éclampsie ont
HÉRÉDITÉ
été jugulés, par la seule intervention de la zone hystéroclasique cardiaque *.
Les maladies infectieuses, c’est-à-dire les états d’auto-intoxications de la mère ont uue répercution sur le fœtus, M. Chambrelent, professeur agrégé à la Faculté de médecine de Bordeaux, qui fit, en 1882, en collaboration avec M. Roux, ses premières expériences sur le passage des microbes à travers le placenta, a bien voulu rédiger les lignes suivantes sur cette question si intéressante, après avoir pris connaissance de notre théorie :
* La question du passage des microbes à travers le placenta, dit M. Chambrelent, qui est restée si longtemps obscure, est aujourd'hui absolument démontrée non seulement par les expériences nombreuses faites sur les animaux, mais aussi par les observations cliniques.
« Mais, si ce passage est possible, il n’est pas fatal ; il resterait donc à chercher pour élucider cette importante question de l’hérédité des maladies, les conditions qui facilitent ou qui mettent obstacle à l’infection du fœtus. Ces conditions paraissent être de divers ordres : les unes proviennent certainement de la mère telles que la nature et le siège de l’infection, son degré d'acuité plus ou moins grande, etc. ; d'autres au contraire, paraissent tenir au fœtus. On a parlé de lésions placentaires, mais ces lésions n'ont pas toujours été constatées.
« Ne se pourrait-il pas que le fœtus soit lui-même plus ou moins apte à l’infection, suivant sa constitution propre, suivant son attitude plus ou moins forcée dans l’utérus maternel?
(1) Clozier de Beauvais. Académie de médecine, février 1897.
« Quelques observations cliniques sembleraient prouver qu’il en est ainsi.
« Je me rappelle avoir recueilli à la Maternité de Pellegrin (Bordeaux) l’observation d’une femme ayant eu un érysipèle grave pendant la dernière période de la grossesse.
« Elle accoucha de deux jumeaux: or l’un était vivant tandis que l’autre avait succombé avant la naissance. Il semble cependant qu’ils étaient exposés de la même manière à l’infection, mais l’un y avait résisté tandis que l’autre y avait succombé. Il paraît doue y avoir chez le fœtus lui-même une prédisposition plus ou moins grande à subir les conséquences de l’infection maternelle.
« Nous counaissous bien aujourd’hui le rôle que joue le système nerveux comme moyeu de défense dans les cas d’infection observée chez l’adulte ou chez l’enfant. Tout le monde sait en effet combien un être fatigué, par exemple, résiste bieu moins aux causes d’iufectiou auxquelles il peut être exposé.
« N’en serait-il pas de même chez le fœtus dont le système nerveux peut être plus ou moins atteint par les phénomènes de compression ou d’attitudes forcées qu’il subit dans l’utérus? »
Plus la pression intra-utérine est grande, plus l’attitude en flexion du fœtus est prononcée en même temps que prolongée, car les contractions du muscle utérin sont lentes et longues. Si, sous l’influence de l’émotivité maternelle ou de toute autre cause les contractions utérines se répètent et se prolongent, le fœtus subit une compression en flexion, les mouvements d’extension sont rendus plus difficiles et peutêtre impossibles, d’où fatigue musculaire par attitude forcée, fréquemment et longuement soutenue. Or, la
HÉRÉDITÉ
fatigue musculaire se révèle par une modification dans le dicrotisme capillaire.
Les muscles commencent à se former vers la quatrième semaine de l’embryon ; les membres du foetus entrent en mouvement dès le quatrième mois. Le fœtus exécute dans la vie intra-utérine des mouvements d'extension du tronc, des membres et, dans les derniers jours de la grossesse (ainsi que pendant l'accouchement), des contractions régulières rythmiques se manifestent de temps à autre et persistent alors assez longtemps dans les muscles de la respiration (Ahlfeld et H. Weber). En outre, le fœtus exécute des mouvements de succion et de déglutition (Landois)1.
Les muscles du fœtus ne doivent pas échapper aux lois générales de la physiologie musculaire ; ils doivent donc subir les effets de la fatigue depuis le quatrième mois de la grossesse par les réactions capillaires propres et depuis la quatrième semaine par les réactions capillaires maternelles, rien u’empèche donc d’admettre leur intoxication par la production d’acides (phosphorique, carbonique, lactique) et leur action sur la myosine et sur le système nerveux central.
Le fœtus se fatiguerait et serait ainsi en état d’autointoxication, d'où son peu de résistance aux causes d’infection maternelle. Dans le cas des deux jumeaux, cité par M. Cbambrelent, rien n’empêche d’admettre que le fœtus mort avant terme ait été « fatigué » plus que l’autre, peut-être parce qu’il avait été plus comprimé, selon la place qui lui avait été réservée par son compagnon dans l’utérus.
D’autre part, il faut aussi faire entrer en ligne de compte la circulation maternelle. 11 y a deux fonc-
(1) Larulois. Physiologie, loc. ci t. , p. 970.
Lions séparées pour les deux pouls capillaires; fonction capillaire du fœtus et fonction capillaire de la mère. L’action des deux pouls peut rester indépendante ou bien s’associer sous l’influence de la fatigue maternelle.
M. A. Pinard1, chef du service de la clinique Baudelocque, a comparé les enfants des femmes qui viennent y accoucher; les unes sont hospitalisées quelque temps avant l’accouchement, les autres quittent leurs travaux pour venir accoucher. 11 résulte de ses observations que les enfants des femmes qui se reposent avant l'accouchement naissent plus beaux et d’un poids plus élevé que ceux des femmes surmenées. « Si les enfants, dit-il, sont plus volumineux chez les reposées cjue chez les surmenées, c’est tout simplement parce que leur vie intra-utérine n’a point été troublée et que leur incubation a été parfaite. Chez les autres le surmenage est le coup de vent qui fait tomber le fruit vert : la femme pendant la gestation ne doit pas être surmenée. »
L’influence émotive de la mère sur la fonction utérine est indéniable. Velpeau l’avait tellement observée qu’il tendait à accorder aux muscles utérins lisses les propriétés des muscles striés volontaires. Il n’est pas d’accoucheur qui n’ait vu s’arrêter les contractions utérines de la femme en travail au moment où il s’approche du lit.
L’émotivité peut provoquer le diabète subit et passager, ainsi que l’a constaté M. Bouchard sur de jeunes femmes venant le consulter dans sou cabinet. Pour agir à ce point sur la nutrition, il faut que la circulation soit modifiée très profondément.
(1) A. Pinard. A propos du développement de l'enfant. Revue scientifique, 25 janvier 1896, n1' 4, p. 109.
HÉRÉDITÉ
Selon M. Polaillon l’enfant réagit sous l’influence d’une pression mécanique cle l’utérus par une pression manuelle sur Fabdomeu. La durée totale d’une con traction est de 1 0G secondes en moyenne, la durée de la période d’activité du muscle n’est que de 38 secondes, c’est-à-dire presque le tiers de la contraction. M. Polaillou se demande si cette durée n’est pas due à une série de secousses musculaires comme dans un muscle strié tétanisé. Une contraction dont la durée moyenne est de 113 secondes donne lieu à une douleur qui dure 53 secondes. La douleur ne se fait sentir que 3:2 secondes après le début de la contraction et elle disparaît 28 secondes après la cessation de celle-ci. La force de contraction du muscle de l’utérus pour un œuf ayant une surface de 1 400 centimètres carrés est de 88k,244, elle dépend du nombre des fibres qui composent les muscles. Il y a probablement autant de variétés dans la force de l’utérus chez les différentes femmes qu’il y a de variétés dans la force de leurs muscles. L’œuf supporte en plus une pression intra-utérine équivalente à 66k, 1 50 . « On trouve que la pression totale à la surface de l’œuf pendant la contraction est de 154 kilogrammes. »
Le liquide amniotique étant incompressible, les pressions s’arrêteraient, selon M. Polaillon, à la surface de l'œuf et n’auraient d’autres résultats que de tendre les parois musculaires qui le recouvrent. Le danger existe surtout dans la compression momentanée des vaisseaux ombilicaux avec arrêt de la circulation du fœtus et asphyxie. D’autre part, le travail intérieur élèverait la température intra-utérine de un demi-degré.
(1) Polaillon. Recherches sur la physiologie de l’utérus gravide. Annales de Gynécologie, septembre-octobre J 880, p. 161.
Depuis ces recherches, celles de M. Binet et Courtier sur le pouls capillaire ont jeté un jour nouveau sur la question.
Toute cause dynamique agissant sur la pression intra-utérine agit sur le fœtus. L’inspiration chez la femme se traduit toujours par une augmentation de pression. « L’utérus, dit M. Polaillon, protège l’œuf contre les secousses de la toux, du rire, de l’éternuement, contre les ébranlements de la locomotion et contre les chocs extérieurs. Dès que la déperdition de force due à la mobilité de la matrice et à l’élasticité de ses parois est compensée par la durée de la pression, celle-ci se transmet intégralement de l’extérieur à l’intérieur de l’utérus. » Cette proposition est suivie d’un tracé graphique pris sur un utérus gravide soumis à la compression du ventre avec la main, sur le fœtus qu’elle irrite et qui se défend en remuant. La ligne ascensionnelle du tracé est brisée par des élévations subites du stylet, élévations qui correspondent aux mouvements du fœtus. On peut se demander, après cette expérience, si la pression du corset chez les femmes gravides, pendant les mouvements de flexions du tronc sur le bassin, n’irriterait pas le fœtus comme la compression manuelle expérimentale et ne le forcerait pas à une défense souvent renouvelée.
Plus nombreux seraient les mouvements de défense du fœtus, plus grande serait sa fatigue, et plus s’accentuerait la tendance à l’émotivité par irritation des centres moteurs. Les contractions utérines étant provoquées par l’émotivité- maternelle, cette émotivité agirait sur le fœtus mécaniquement et capillairement, ce qui expliquerait l'hérédité nerveuse de la mère à l’enfant par un processus embryonnaire primitivement capillaire et maternel et secondement
HÉRÉDITÉ
par un processus directement fœtal, provoqué mécauiquemeut par les contractions utérines de la mère, processus à action et à répercussion doublement capillaire par la circulation maternel et par la circulation fœtale.
M. Ribot 1 n’admet pas que le plaisir et la douleur puissent être classés parmi les émotions primitives. « La douleur physique passe pour coexister avec le début de vie extra-utérine : le plaisir physique, résultant de l’appétit satisfait, de la seusation de chaleur, etc., doit être à peu près contemporain. La joie et le chagrin sont plus tardifs «... L’enfaut, dit-il, ne peut avoir au début qu’une vie purement affective. Durant la période intra-utérine il ne voit, ni n’entend, ni ne touche ; même après la naissance, il lui faut plusieurs semaines pour apprendre à localiser ses sensations... Le plaisir et la douleur, traduisant les conditions générales de l’existence, sont diffus partout, pénètrent partout; ils sont de leur nature universalistes, l’émotion est particulariste... La peur est la première en date. Selon Preyer, elle se manifesterait dès le second jour, il serait très facile de la noter après vingt- trois jours. »
Les émotions apparaissent dans l’ordre chronologique suivant : 1° la peur (tendance à la défensive), 2° la colère (tendance à l’offensive), 3° la tendresse (tendance au contact), 4° l’égoïsme (tendance à l’affirmation du « moi »), 5° la sexualité (tendance aux fonctions physiologiques).
Il est à remarquer que la première tendance de l’enfant est la peur, c'est-à-dire la défensive et la seconde, la colère, c’est-à-dire l'offensive. Or l’attitude
(i) Th. Ribot. La psychologie des sentiments. Paris, Alcan, 1890, p. 8 et suivantes.
de la défensive est en flexion et celle de Pofîensive, en extension. La flexion est l’attitude physiologique du fœtus; l’extension n’est que la conséquence de la flexion ; elle vient après l’extension. La môme chronologie dans les deux premières émotions de l’enfant correspond à la meme chronologie dans les mouvements du fœtus pendant sa vie intra-utérine. Puis succèdent la tendresse, dont la tendance est la flexion pour le contact, et l’égoïsme, sa tendance est l’extension pour l'affirmation du « moi ». On voit ainsi que, môme chez l’homme, les deux principales tendances fœtales forment la base de ses émotions. La sexualité, faite de tendresse et d’égoïsme, groupe les deux tendances de flexion pour le contact et d'extension, pour l’affirmation du « moi ».
Contrairement à M. Ribot, nous croyons que le fœtus, dans sa vie intra-utérine, possède la sensation du tact, par contact avec les parois maternelles c’est par cette sensation cutanée que se créent, chez le fœtus, les tendances à la sensibilité et au mouvement. Le développement du cerveau fœtal serait donc en rapport avec l’affinité de l’ectoderme. Au point de vue philosophique, nous considérons la peau comme un « cerveau périphérique » l'organe ici créerait la fonction,'et, d’autre part la fonction développerait l’organe ce qui expliquerait la sensibilité exquise de la peau chez les peuples civilisés, sensibilité qui est plus obtuse chez les peuples sauvages. Rien ne prouve non plus que les centres auditifs du fœtus ne soient impressionnés par les borborygmes intestinaux de la mère et peut-être même par les grands bruits extérieurs. La transmission du son à travers les liquides permet d’admettre qu’il peut se transmettre au fœtus au travers de l’utérus. La réciproque existe, puisque à l’auscultation on entend les battements du cœur
UÉRÉDITÉ
fœtal, ainsi que les divers bruits internes abdominaux de la mère. Chez certaines femmes nerveuses les borborygmes s’entendent même à deux ou trois mètres de distance, ce qui constitue une véritable infirmité. Les vibrations sonore du piano peuvent très bien arriver jusqu’au fœtus chez les femmes gravides qui jouent de cet instrument, leur abdomen n’étant placé qu'à quelques centimètres du clavier, y adhère même; les pieds, d’autre part, en reposant sur les pédales doivent agir dans le même sens. Il y aurait, croyons-nous, des expériences très intéressantes à tenter sur la transmission du son extérieur au fœtus, pendant la gestation. La vérification de cette hypothèse aurait une certaine portée sociale. Nous nous proposons de tenter l’épreuve, le moment venu.
L’hérédité ne serait donc que la conséquence du dynamisme utérin sur la capillarité vasculaire dans sa fonction maternelle, d’abord, fœtale et maternofœtale ensuite. L’hérédité des tendances n’aurait, d’après nous, d’autre cause que l’influence sur le fœtus d’une fonction dynamique et circulatoire et cela par synergie entre la tendance à l’acte musculaire et la tendance à l’effet produit par ce même acte. Chaque tendance met en action une série de muscles directement appropriés à l’acte qu’elle provoque. Les muscles du visage, en révélant des tendances, donnent le caractère à la physionomie.
Les synthèses photographiques constituées d’après la méthode de Galton sur une même famille établissent la tendance générale de cette famille. Celte tendance change d’après les groupes et les milieux : la synthèse d'un groupe familial de paysans ayant toujours vécu d’une vie laborieuse, rude et sobre mais peu intellectuelle est différente de celle d’un autre groupe
familial habitant la ville, riche, intellectuel, émotif ou intempérant. Il y a donc accommodation entre la cérébration et la musculation.
Les tendances maternelles peuvent agir capillaire ment sur l’embryon et sur le fœtus et se porter ainsi de la mère à l’enfant, ce qui constituerait hérédité de l’image, du trait de famille. La fatigue joue un rôle important dans la création de ces tendances.
C’est la femme de la bourgeoisie qui fournit le plus grand contingent à la fatigue, son existence est plus active, plus agitée et plus émotive que celle de la paysanne qui fatigue moins, car à supposer que celle-ci se livre aux travaux des champs, sa nutrition gazeuse y gagne et puis, l’hiver arrivant, elle peut se reposer.
La femme riche ne se fatigue qu’autant qu’elle le veut ; elle peut user et quelquefois abuser, n’ayant pas besoin de suffire aux besoins du ménage en même temps qu’aux exigences de la société ; elle peut se reposer, ce qui n’est pas toujours permis à la bourgeoise. Mais c’est surtout l’ouvrière qui paie un large tribut à la fatigue par surmenage physique, surtout dans les villes industrielles, d’où le besoin de se remonter par les excito-moteurs et les progrès de l’alcoolisme chez la femme du peuple, alcoolisme qui donne une illusion de force passagère, qui atteint la mère dans ses fonctions physiologiques et qui tue en elle les germes de vie.
Ce n’est donc pas tant de la graine dont il est urgent de se préoccuper que du terrain lui-même dans lequel évolue cette graine. C’est ainsi que la biologie, la physiologie, la psychologie et la sociologie aboutissent à un même point : à la mère. Toute la question sociale est dans la femme. « La femme, ditM. Fouillée, n’est point enfermée dans son « moi »,
HÉRÉDITÉ
elle déborde en autrui, elle est l’humanité visible1. »
Il faut donc que la femme reproduise en paix. Toute cause d’excitation est une cause de fatigue non seulement pour elle, mais pour l’enfant qu’elle porte. Le terrain ne doit pas être balayé par la tempête, ni secoué par les passions, la germination demande le recueillement et le repos, pendant lequel la nature accumule toutes ses forces afin de les livrer au bourgeon qui va éclore. La femme doit thésauriser, sa fonction est l’économie, économie biologique, économie domestique.
L'armoire de famille est une synthèse.
Ouvrez l’armoire d’une paysanne, elle est bondée de linge, gros, rude, lourd, mais fort, résistant et d’un long usage pour plusieurs générations, elle apporte à son entretien tout son plaisir, presque toute sa joie, toujours son orgueil ; le linge sent bon, il fleure la lavande ou le fenouil, l’armoire est solide, la serrure eu joue bien. Ouvrez l’armoire d’une femme de la grande ville, d’une Parisienne surtout, le plus souvent sur des étagères nues reposent quelques lingeries légères, vaporeuses, des dentelles, des mousselines, mais en si petite quantité! Pourquoi acheter, pourquoi accumuler? les magasins vendent au détail, à bon marché et la forme en est si délicate, si suggestive! Pourquoi faire laver son linge ? A quoi bon ces grandes lessives de campagne, au cuvier immense, chargé de cendres et arrosé du lessif? Ainsi, pas de souci de couture, et plus de temps à donner aux plaisirs mondaius ou au travail de l’atelier. Mais aussi, plus d’agitation, plus d’énervement, et plus de revendications fémiuo-masculines, de la part de pauvres
(1) Alfred Fouillée. Tempéraments et caractères selon les individus, les sexes et les races. Paris, Alcan, 1895.
Ph. Tissié. — La fatigue.
créatures dont la fonction est de donner la vie et don t le lot est d’être périodiquement blessé! Pauvres meurtries, hâtez-vous de remplir l’armoire à nouveau, d’un bon linge doux ou rude, blanc ou écru peu importe ! mais taillé de vos mains, et cousu de vos doigts. L’armoire c'est l’image de la fonction maternelle elle-même. L’armoire c’est la femme.