‹ La fatigue et l'entraînement physiqueChapitre 6 sur 40 · LETTRE A M. LE PROFESSEUR BOUCHARD · texte numérisé non relu

LETTRE A M. LE PROFESSEUR BOUCHARD

avait offert une Coupe, grand prix qui est disputé annuellement aux lendits.

Le climat et l’esprit girondins sont tempérés, peutêtre nulle part qu’à Bordeaux existe un plus grand esprit de tolérance.

La domination anglaise a laissé une empreinte profonde, un besoin d’individualisme décentralisateur que la richesse de la ville, le brassement des affaires, le goût du travail dans le bien-être et dans l’associatiou féconde servent à entretenir et à affirmer.

Le terrain était relativement favorable, la bonne graine y a germé.

Amené par ma thèse inaugurale 1 à rechercher le déterminisme psychique de la marche chez un rêveur éveillé qui parcourait à pied, sans besoin de nourriture et sans fatigue, pendaut des semaines entières, des distances étonnantes, à raison de 70 à 80 kilomètres par jour, j’ai porté mes premières recherches sur lapsyclio-dynamie de l’entraînement physique, en même temps que sur les réactions mentales provoquées par l'entrainement intensif. J’ai été ainsi conduit, à voir dans l’émission nerveuse profonde la principale cause pathologique de l’entraînement intensif chez les sujets sains et surtout chez les débiles nerveux que j’ai cru pouvoir désigner sous le nom de « fatigués », considérant la fatigue comme un phénomène neurique qui se manifeste par une décharge plus ou moins rapide et intense des centres nerveux. Presqu’en même temps apparaissait la bicyclette qui allait modifier notre vie sociale. La grande faveur

(1) Pli. Tissié. Les Aliénés voyageurs , Thèse Bordeaux, 1887. Paris, Doin.

qu’elle remporta tout à coup, m’engagea à poursuivre mes observations sur les vélocipédistes. La bicyclette est un agent provocateur au surmenage physique, j’avais constaté quelques-uns de ses méfaits ; aussi donnai-je, tout de suite, quelques conseils pratiques aux vélocipédistes, allant au plus pressé, écrivant pour cela une série d’articles dans une Revue spéciale', sans prétention scientifique, parlant avant tout pour me faire comprendre de tous. Ces articles furent réunis plus tard en un volume2. Mon malade marcheur partait dans un rêve; j’étudiai les rêves, leur physiologie et leur pathologie3.

Ayant constaté que la gymnastique française, à laquelle je m’étais livré pour mieux la connaître, avait donné, jusqu’à ce jour, peu de résultats pratiques dans l’enseignement de la jeunesse, j’en ai recherché la raison et j’ai cru la découvrir dans sa violence même, par les exercices de suspension et les attitudes clowniques. Je me suis appliqué alors à composer une méthode rationnelle qui fût plastique comme la méthode suédoise, respiratoire comme la méthode anglaise, mais psychique aussi comme devait l’être une bonne méthode française, méthode synthétique, répondant ainsi au génie de la race. J’ai inspiré une thèse sur cette question importante, thèse qui a été écrite sous ma direction par un jeune docteur de notre Faculté de Médecine.

Tout d’abord je me suis placé devant le squelette humain, et j’en ai considéré les trois principales articulations. J’ai étudié : 1° l’articulation du cou-de-pied qui est une articulation à charnière, jouant sur un

(1) Le Véloce-Sjiort. Bordeaux, 1887.

(2) Ph. Tissié. L'Hygiène du Vélocipédiste. Paris, Doin, 1888.

(3) Ph. Tissié. Les Rêves. Physiologie, pathologie. Paris, Alcan, 1890.

Page 1