INFLUENCE DES PAUSES DE REPOS SUR LE TRAVAIL INTELLECTUEL
Nous avons vu précédemment que lorsqu’on fait un certain travail continu pendant un temps assez long, deux facteurs principaux influent sur la vitesse de travail, ce sont Y exercice acquis et la fatigue ; ces deux facteurs agissent en sens contraire sur la vitesse. Si après deux heures de travail on s’arrête et qu’on se repose quelques heures, la fatigue disparaît complètement, à moins qu’elle n’ait été extrêmement intense, ce qui, en général, n’arrive pas dans les cas étudiés ici ; mais T exercice acquis ne disparaît pas, et si après ce repos de quelques heures on commence à travailler de nouveau, la vitesse avec laquelle on commence à travailler est supérieure à la vitesse de travail de la première séance. OEhrn a déjà dans quelques expériences isolées trouvé ce fait ; il était intéressant d’étudier la question de plus près, de voir combien de temps de repos il fallait pour supprimer la fatigue et de voir si l’exercice acquis persiste un temps indéfini, ou s’il se perd lorsqu'on cesse de travailler pendant un certain nombre d’heures ou de jours. Ce sont ces questions qui ont été étudiées par Amberg1 en
Les expériences ont été faites sur deux sujets ; il y a seu-
1 Amberg. Veber den Einfluss der Arbeitspausen auf die geistige Leislungsfàhigkeit (Psychologischc Arbeitcn). I, p. 300-377.
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lement quelques expériences isolées qui onl été faites sur un plus grand nombre de personnes. Les travaux intellectuels choisis par l’auteur ont été les additions et la mémoire des chiffres ; nous avons vu plus haut comment ces expériences sur les additions et la mémoire des chiffres sont faites; nous n’y revenons donc pas.
La première question était d’étudier quelle influence un repos court pouvait avoir sur la vitesse de travail. Voici comment l’auteur a fait les expériences : chaque série d’expériences se compose de huit jours successifs ; chaque jour, à la même heure, le sujet doit, soit faire des additions, soit apprendre par cœur des séries de douze chiffres. Les jours impairs (premier, troisième, cinquième, septième) le sujet doit faire le travail pendant une heure sans s’interrompre ; les jours pairs (deuxième, quatrième, sixième, huitième) il faisait le travail pendant un certain temps, puis se reposait pendant un temps déterminé, travaillait de nouveau, et ainsi de suite. On avait de cette manière la possibilité de contrôler les résultats obtenus les jours pairs par ceux que l’on obtenait les jours impairs, et aussi de déterminer plus exactement l’influence produite par le repos.
Cinq séries de huit jours chacune ont été faites ; pendant chaque série d’expériences, le sujet menait une vie aussi régulière que possible pour écarter les influences que pourraient produire des causes externes variables. Voici quelles étaient ces cinq séries :
Première série. — Les jours pairs, le sujet faisait des additions pendant une demi-heure, puis se reposait pendant cinq minutes et faisait encore des additions pendant une demi-heure.
Deuxième série. — Les jours pairs, le sujet faisait des additions pendant cinq minutes, puis se reposait cinq minutes, puis calculait de nouveau pendant cinq minutes, et ainsi de suite pendant deux heures en faisant tou-
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jours suivre cinq minutes de travail par cinq minutes de repos.
Troisième série. — Les jours pairs, le sujet faisait des additions pendant une demi-heure, puis se reposait quinze minutes et puis calculait de nouveau pendant une demiheure.
Quatrième série . — Les jours pairs, le sujet faisait des additions pendant une heure, puis se reposait pendant quinze minutes et calculait encore pendant une heure.
Cinquième série. — Les jours pairs, le sujet apprenait des séries de chiffres par cœur pendant une demi-heure, puis se reposait pendant quinze minutes et travaillait encore pendant une demi-heure.
Voyons les résultats obtenus. Un résultat très net est que la vitesse de travail augmente continuellement de jour en jour ; l’exercice que l’on acquiert pendant une heure de travail se conserve jusqu’au lendemain, et même après trente-huit heures d’intervalle il ne diminue pas; ce n’est qu’après des repos de quarante-sept et de soixante-douze heures que l’auteur a observé une perte de l’exercice acquis.
Les influences produites par les pauses courtes ne sont pas très nettes ; il semble qu’un repos de cinq minutes après une demi-heure d’additions est favorable, c’est-à-dire on calculait un peu plus vite dans la seconde demi-heure les jours ou il y avait repos, que les jours de contrôle où il n’y en avait pas.
Cette influence est très faible; pour le montrer nous la représentons sur le graphique suivant, sur lequel sont portés en abscisses les différents jours de travail et en ordonnées les quantités de travail fait pendant une demi-heure. Nous avons d’abord tracé la courbe qui représente les quantités de travail pendant la première demi-heure de tous les jours, c’est le trait plein. Ensuite nous représenterons par une petite croix les quantités de travail fait dans
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la deuxième demi-heure des jours sans repos, et par un petit cercle les quantités de travail dans la deuxième demiheure des jours avec repos de cinq minutes. Nous réunis-
Nombres d'additions
Fig. 78. — Expériences d’Amberg sur l’influence produite par les pauses de repos sur la vitesse des additions.
sons entre elles les croix par un pointillé et les cercles par une ligne interrompue ( — . — . — .). Pour voir l’influence produite par le repos il faut comparer ces deux lignes entre elles ; on voit que la ligne interrompue est au-dessus de la ligne pointillée, ce qui veut dire que les jours avec repos
on a mieux travaillé dans la deuxième demi-heure que les jours sans repos.
Si on examine la marche de la ligne pleine , on voit qu'elle monte continuellement, c’est une preuve que l’exercice acquis pendant une heure de travail ne se perd pas après vingt-quatre heures de repos.
Les expériences de la troisième série ont montré que après une demi-heure d’additions une pause de quinze minutes n’a ni une influence favorable ni une influence défavorable. Cette série d’expériences a été faite juste un an après la première, il est bien difficile de comparer les résultats de ces deux séries entre elles ; une chose peut être certaine, c’est que s’il y a une influence produite par une pause de quinze minutes, cette influence n’est pas nette.
Lorsqu’au lieu de mettre la pause de repos après une demi-heure, on la place après une heure d’additions (quatrième série), on remarque une influence favorable produite par ce repos.
Si le travail consiste à apprendre par cœur des séries de chiffres, un repos de quinze minutes après une demi-heure de travail est favorable.
Enfin, si après cinq minutes de travail on se repose cinq minutes et qu’on travaille ensuite de nouveau cinq minutes et ainsi de suite pendant deux heures, le repos de cinq minutes a une influence défavorable au commencement du travail et influe au contraire dans un sens favorable vers la fin.
Donnons quelques chiffres pour montrer jusqu'à quel point les résultats précédents sont nets et pour montrer comment ont été calculés les résultats ; cette dernière question n’est pas simple. Prenons un exemple dans les chiffres d’Amberg : le sujet fait des additions pendant une heure sans interruption les jours impairs, et il se repose quinze minutes après la première demi-heure des jours pairs. Voici les nombres d’additions faites pendant les deux demi-heures des huit jours de travail :