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CHAPITRE VIII

MÉTHODE DE LA SENSIBILITÉ TACTILE

Lorsqu’on touche la peau avec deux pointes écartées d’un compas, la personne touchée sent bien le contact, mais souvent elle croit percevoir une seule pointe au lieu de deux; il faut que l’écart des pointes dépasse une certaine valeur limite pour que l’on perçoive nettement deux pointes. Cet écart limite s’appelle seuil du sens du lieu de la partie de la peau que l’on étudie. Ce seuil varie beaucoup suivant les endroits de la peau, il est de quelques millimètres (2 à 4) sur la pulpe des doigts, le bout du nez, la pointe de la langue et les lèvres ; il est plus grand (7 à 15 millimètres) sur le front, les joues, le dos de la main, la face dorsale des doigts, etc., enfin il est le plus grand (40 à 60 millimètres) sur l’avant-bras, le bras, le dos, la jambe et la cuisse.

Pour déterminer la valeur du seuil on touche d’abord la peau avec deux pointes très rapprochées ; le sujet sent en général un point ; puis on touche avec deux pointes plus écartées, et on continue ainsi jusqu’au moment où le sujet sent déjà nettement deux pointes ; on note la distance limite, et on recommence la détermination encore trois ou quatre fois. On prend ensuite la moyenne arithmétique entre ces différentes déterminations.

11 faut, en faisant ces expériences, surveiller quelques causes d’erreur : le sujet ne doit pas savoir avec quel écart on le touche, il ne doit pas savoir que les écarts successifs

MÉTHODE DE LA SENSIBILITÉ TACTILE

vont on croissant. Il faut placer les deux pointes simultanément, ne pas presser l’une plus que l’autre ; exercer une pression moyenne toujours la meme dans les différentes expériences; entre deux expériences successives laisser écouler vingt à trente secondes ; noter sur une feuille de papier toutes les réponses données par le sujet ; ne pas le suggestionner, ce qui est très facile dans ces expériences, une simple remarque de la part de l’expérimentateur, un air de surprise, suffisent quelquefois pour suggestionner le sujet.

Lorsqu’on fait ces expériences, on observe que, pour distinguer si le contact est produit avec une ou deux pointes, le sujet doit fortement concentrer son attention sur la sensation tactile perçue ; si on ne peut pas concentrer assez fortement son attention, on ne distinguera pas aussi facilement les deux pointes que si on la concentre fortement. Un auteur allemand, Griessbach U a eu l’idée de faire ces expériences sur des élèves pour voir si la force de concentration de l’attention ne variait pas après les classes, vu que toute diminution dans la force de concentration de l’attention se traduit par une augmentation de la valeur du seuil. Il a fait les expériences sur des élèves d’un lycée, sur des professeurs et sur des apprentis mécaniciens.

Les expériences étaient faites sur chaque individu séparément avant les classes, puis après chaque classe, ensuite après quelques heures de repos, et enfin le dimanche à midi. Les résultats obtenus sont très nets.

L’auteur a choisi pour les déterminations du seuil ces six endroits de la peau : le front, le bout du nez, la lèvre inférieure, la pommette, la pulpe du pouce et la pulpe de l’index.

Nous donnons dans le tableau suivant les valeurs numériques pour un lycéen de seize ans :

» Griessbach. Energetik und Hygiene des Nervensy stems. Leipzig, 1895.

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