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artiste n'a représenté plus sublimement l'attention surhumaine d'une sainte contemplant un objet divin. C'est peut-être une des peintures les plus merveilleuses de l'École italienne. Je l'ai vue il y a quelques années, mais l'impression est encore si vive dans ma mémoire qu'il me semble l'avoir contemplée hier. Le milieu peut-être m'avait préparé à ressentir une émotion aussi vive. J'étais seul dans Féglise ; c'était le soir, et la lumière faible du crépuscule éclairant à peine la grande nef contribuait encore à la majesté du spectacle. J'avais vu la chapelle des étudiants allemands, couverte de nombreuses inscriptions latines dans lesquelles les jeunes étudiants venus pour suivre les cours de l'Université de Sienne et qui étaient morts sur la terre étrangère, envoyaient au delà de la tombe un dernier salut à leur patrie, et des pensées mélancoliques m'avaient transporté en plein moyen âge.
Tout d'un coup, je passai devant l'autel de la sainte. Catherine y est représentée en extase, les yeux fixés sur le ciel, les traits frappés de stupeur et le regard n'ayant plus rien d'humain. Seule une larme qui scintille dans ses yeux rappelle la terre ; la sainte est à genoux, les bras étendus, les mains croisées. Tout indique une attaque d'hystérie déterminée par l'intensité d'une pensée religieuse. Sur l'autre côté de l'autel, sainte Catherine est arrivée à une phase plus avancée de l'attaque, à celle d'évanouissement avec relâchement de tous les membres; les paupières sont closes, le visage exsangue. L'air de surprise et de douleur des deux suivantes de la sainte, quand elles voient tomber leur compagne, est représenté avec une exactitude admirable. La lumière pâle qui éclairait cette scène, la blancheur virginale des costumes, la beauté qu'on aperçoit dans les traits enthousiasmés de sainte Catherine, le caractère mystique d'un incident pourtant parfaitement réel, tout respirait une poésie indéniable.
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On sait que Faction de gnetter une proie annihile à un tel degré les autres fonctions qu'on se sert de cette occasion pour approcher de l'animal. Cardano avait remarqué que la tension de son esprit sur an sujet donné le rendait insensible à la douleur. Les physiologistes ont cra expliquer ce phénomène en disant qu'il y a inhibition; mais cependant trop de faits démontrent qu'il y a bien plutôt excitation extrême. Chez beaucoup de personnes il y a même accompagnement de phénomènes moteurs, comme par exemple un tic qui convulsé tons les muscles de la face à l'occasion par exemple d'une émotion. Chez certains, il y a même une excitabilité motrice qui devient gênante.
J'ai vu des chirurgiens qui, au moment difficile d'une opération, se mettaient à trembler de tous les membres, bien que cependant ils n'eussent aucune peur. J'ai vu bien souvent ce phénomène chez les étudiants qui viennent dans mon laboratoire. Manient-ils quelque instrument délicat, un compte-goutte par exemple dont ils doivent surveiller le nombre de gouttelettes, aussitôt leur main se met à trembler ; d'autres se grattent la tête ou ferment les yeux quand on leur recommande de faire bien attention à ce qu'ils vont faire. Fcchner a décrit une sensation de tension au crâne, principalement à l'occiput, que nous éprouvons au moment d'un travail intellectuel intense; un de mes amis, qui certes n'avait jamais entendu parler de la sensation décrite par Fechner, m'a raconté la même chose.
Dans l'attention, il y a deux phénomènes principaux : nno représentation mentale renforcée, et un arrêt de toutes les sensations externes qui pourraient troubler l'attention. Il nous est impossible actuellement d'en donner l'explication.
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Gerles les organes des sens continuent à fonctionner comme d'ordinaire au moment où bous nous abstrayons <ht monde extérieur. Il s'agit ici de quelque chose qui se passe dans la partie la plus intime de notre cerveau. Bain Snlly, Lange, considèrent l'attention comme un phénomène principalement moteur, et ils s'appuient principalemBnrt sur les relations étroites qui existent entre la motriciiéet l'intelligence. Ribot s'est occupé tout particulièrement de cette question, et voici comment il parle du rôle des mouvements dans l'attention : « Les mouvements de la face, du corps, des membres et les modifications respiratoires qui accompagnent Tattention sont-ils simplement, comme on l'admet d'ordinaire, des effets, des signes? Sont-ils au contraire les conditions nécessaires, les éléments constitutifs, les facteurs indispensables de l'attention? » (1) Nous admettons cette seconde idée sans hésiter. Si Von supprimait totalement les mouvements, on supprimerait totalement l'attention. Lange a remarqué que chaque fois qu'il pense à un cercle, ses yeux font les mêmes mouvements qu'ils exécutent quand il contemple cette figure. Stricker a insisté également sur la parole intérieure dont nous nous servons quand nous songeons à des abstractions et sur la tendance que nous avons à prononcer le mot qui la désigne.
Oa avait attribué beaucoup d'importance à la circulation cérébrale dans les phénomènes d'attention. Je me suis occupé avec prédilection de cette question, et j'ai montré comment ily avait afflux de sang pendant la durée de ce phénomène. Continuant des recherches que je o'ai pas encore publiées, je puis dire que les phénomènes
(1) Ribot, Psychologie de l'attention, 1 vol. In-lS, Bibliothèque de Riilogophie contemporaine. Pari», Âican.
circulatoires ne constituent pas ici le fait fondamental; la cellule nerveuse a assez de matériaux de réserve pour subvenir aux actes de conscience sans avoir besoin d*une modification correspondante dans Tafflux du sang. On a vu chez les personnes qui ont une lacune dans l'étendue des parois osseuses du crâne le phénomène de l'attention commencer avant qu'il y eût le moindre changement dans la circulation cérébrale.
Les changements dans la constitution chimique du cerveau sont un fait absolument nécessaire pendant Fattention, car que serait- il advenu si tous les phénomènes s'étaient peints avec une égale intensité dans la mémoire et si nous n'avions pas eu le moyen de faire une sélection dans le souvenir de nos sensations? Nous n'aurions pu rien garder d'une façon durable dans nos souvenirs.
Le ce rveau est comparable aux glandes qui ne sécrèten que d'une manière intermittente. Or les glandes salivaires ont des nerfs sécréteurs qui les mettent en activité indépendamment des nerfs vasodilatateurs. Il est possible que la cellule cérébrale, quand elle agit, subisse des modifications matérielles, semblables à celles que Ton remarque dans les cellules épithéliales de ces glandes, quand elles sécrètent. L'analogie, qui a une si grande importance dans l'explication des phénomènes, nous pousse à l'admettre, et je ne connais pas de faits qui soient contraires à cette idée. Gomme il y a des nerfs sécréteurs, il est probable qu'il y a des nerfs destinés à activer la vie des cellules cérébrales, et, si cette idée est vraie, on devrait considérer l'attention comme un phénomène réflexe. Gomme pour les pleurs, le tremblement, la sécrétion de la salive, il y aurait une modification réflexe tout aussî involontaire dans l'activité des cellules cérébrales à la suite de sensations externes. Gela explique aussi poui^ quoi l'apport exagéré du sang dans le cerveau ne suffit pas pour modifier son activité; le nitrite d'amyle, par exemple, suffit pour hypérémier le cerveau, mais tous
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ceux qui Tont essayé savent que le travail intellectuel ne devient pas pour cela plus actif. Cette hypérémie est due à un phénomène secondaire. La civilisation plus avancée de certaines races, le pouvoir intellectuel plus considérable de certains individus viennent de ce que le phénomène réflexe de Taltention est plus rapide et plus . intense que chez les autres.
Notre cerveau est d'autant plus puissant qu'il peut se brûler puis se réparer plus vite. Les nerfs excitateurs de l'attention auraient, comme les nerfs sécréteurs, le pouvoir de hâter les désintégrations chimiques et d'en obtenir l'énergie qui se transforme en pensée; l'attention serait donc un phénomène réflexe intermittent tout comme la sécrétion qui ne doit se produire qu'à certains instants.
Le mécanisme matériel sur lequel repose l'attention se décèle par bien des circonstances. Il y a des jours où il nous est impossible de fixer notre attention malgré tous nos efforts; au contraire, plus nous nous contraignons, et plus nous sentons vivement le besoin de repos. De même qu'un bras qui soutient trop longtemps un poids, notre cerveau» à la longue, se fatigue par une attention continue. Galton a étudié les phénomènes qui se produisent dans un auditoire fatigué d'écouter une leçon trop longue. L'art d'enseigner consiste surtout dans l'art d'éveiller et de soutenir l'attention des auditeurs.
L'influence de la fatigue sur la mémoire est très évidente. J'ai fait deux fois l'ascension du mont Rosa et une fois celle du mont Viso. Mes souvenirs sur la topographie des lieux et les incidents du voyage sont devenus pour moi de plus en plus confus à mesure qu'ils se rapportent à un lieu plus élevé de la montagne. L'épuisement de l'énergie est en effet une très mauvaise condition physique pour la pensée et pour la mémoire. Les alpinistes que j'ai
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consultés ont éprouvé les mêmes effets que moi-même. L'avocat Vaccarone, ascensionniste renommé, écrivain des plus distingués du clul) alpin italien, est obligé de prendre des notes pendant ses ascensions ; sans cela il ne se rappellerait plus rien. Mais, après quelques jours de repos, beaucoup d'incidents qu'il croyait avoir complètement oubliés lui reviennent peu à peu. L'incompatibilité qui existe entre le travail physique et le travail intellec tuel, les limites que doivent respecter les exercices physiques pour rester utiles et non nuisibles à la vie cérébrale, doivent être sérieusement étudiées parceux qui s'occupent de réducation. Le professeur Gibelli me disait que, lorsque la marche commence à le fatiguer dans une excursion botanique, il ne trouve plus le nom des plantes même les plus communes.
Vin
Un des phénomènes les plus caractéris'iques de la fatigue de l'attention est le bâillement, sorte d'expiration prolongée : tout le monde connaît ce symptôme; plustard, j'espère écrire un travail sur ce phénomène; maintenant je me limiterai à ce qui se rapporte directement à mon sujet. Le bâillement est produit par un état léger et momentané d'anémie cérébrale. Il y a dilatation des vaisseaux et, par suite, stase sanguine. La chaleur favorise cette dilatation et cette stase , et par cela même rend Tattention plus pénible ; le cerveau se fatigue plus vite; cer» tains sujets atteints d'anémie cérébrale ou d'altérations similaires bâillent pour ainsi dire continuellement. C'est nn signe d'affaiblissement nerveux ; aussi les hystériques sont ils tout particulièrement sujets au bâillement. Il se produit en même temps une tendance au mouvement, par exemple celui de s'étirer, qui augmente la pression du sang et l'activité cardiaque, ce qui fait disparaître la cause du bâillement.