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CHAPITRE III Origine de la force des muscles et du cerveau

Dans les machines, on connaît l'origine du mouvement. La rcue du moulin est mue par l'eau qui tombe le long du ne pente, et la cause lointaine de ce mouvement, c'est la chalftur du soleil. Celle-ci va poussant l'eau des mers, la rassemble en nuages qui s'arrêteront ensuite sur la cime des monts, d'où l'eau retombera en ruisseaux et en fleuves.

Lhorloge du clocher est mise en mouvement par un poids, la montre que nous avons en poche par un ressort. L'énergie qui se conserve dans le tour de la roue pour marquer le temps est égale à celle qui a été employée à remonter l'horloge. Dans le fusil, la combinaison chimique soudaine du charbon avec le salpêtre et le soufre, au moment de l'inflammation de la poudre, produit la détonation et donne l'impulsion à la balle. Dans le télégraphe, il se consomme du zinc et de l'acide sulfurique pour produire le courant électrique. Qu'est-ce qui se passe dans notre bras quand il doit vaincre une résistance €t accomplir un travail? Qu'est-ce qui se consume dansle cerveau qui pense? Pour répondre plus ou moins bien à ces questions, nous devons d'abord connaître la loi de la -conservation de l'énergie.

Ce furent deux médecins allemands, Robert Mayer et Hcrmann von Helmholtz, qui découvrirent cette loi, qui,

de l'avis de tout le monde, a été reconnue comme la plus grande découverte du siècle. La loi de la conservatior de rénergie trouve son développement le plus complet et le plus évident dans le champ de la mécanique rationnelle, et je devrai me limiter à quelques exemples pris dans la physique élémentaire.

Nous savons tous que parfois dans les wagons des chemins de fer, les essieux des roues s'enflamment si on ne diminue pas le frottement du moyeu avec de la graisse. La chaleur n'est pas une substance nouvelle qui s'ajoute à un corps, mais elle dérive du mouvement qui est imprimé aux molécules du corps lui-même. A tout moment nous voyons qu'une allumette s'enflamme par le frottement, et nos mains se réchauff'ent quand nous les frottons vivement Tune-contre l'autre, et, quand elles sont sèches, la peau se réchauffe au point que l'épiderme dégage une odeur d'os brûlé, odeur que les Toscans appellent une odeur de mort.

Les physiciens ont démontré qu'une certaine quantité de chaleur peut se transformer en une quantité déterminée de travail, et cette quantité de travail de nouveau se transformer exactement en cette môme quantité de chaleur. Au point de vue mécanique, ce sont deux quantités équivalentes. La machine à vapeur, aux applications si multiples, prouve que, pour engendrer du mouvement, il se détruit de la chaleur, et que l'énergie du mouvement est «ne forme nouvelle sous laquelle peut se manifester une quantité déterminée de calorique.

Comme la chaleur, la lumière dépend d'un mouvement moléculaire. Les physiciens admettent qu'il existe une substance impondérable qu'ils appellent éther, substance qui remplit l'espace et agit sur les yeux par ses ondulations.

En 4800, au congrès des naturalistes à Heidelbcrg, le professeur Hertz de Bonn montra que l'électricité aussi est un mouvement ondulatoire qui suit les lois de la lumière.

et il a ouvert ainsi un nouvel horizon dans le domaine de la physique générale.L'énergic peut être mesuréeau moyen du travail qui produirait Tunitéde poids en tombant d'une certaine hauteur, ou encore par la quantité de chaleur qui est nécessaire pour élever de 0^ à 1® un kilogramme d'eau. On appelle kilogrammètre le travail nécessaire pour élever un kilogramme à 1 mètre de hauteur. L'équivalflpt mécanique de la chaleur est de 425 kilogranimètrcs. , c'est-à-dire que la chaleur suffisante pour élever de 1 degré centigrade la température de 1 kilogramme d'eau, correspond au travail nécessaire pourélever 425 kilogrammes à 1 mètre de hauteur et vice versa.

Quand les physiciens eurent appris à mesurer l'énergie sous quelque forme qu'elle se manifestât, ils démontrèrent qu'à travers toutes ses transformations, rien de cette énergie ne se perd.

Tous les phénomènes qui se présentent dans la nature sont réunis par une loi inflexible qui n'admet pas d'exceptions.

Quand l'oxygène se combine avec le carbone, il engendre, de la chaleur et de la lumière; mais, une fois que ces deux corps sont combinés et que s'est dispersée la chaleur^ l'acide carbonique produit ne donne plus ni travail ni chaleur. Pour produire un courant électrique, nous devons employer des forces chimiques ou mécaniques, ou encore comme cela se passe dans l'éclairage électrique, nous pouvons nous servir de la chaleur, que d'abord nous transformons en énergie motrice rt puis en électricité et en lumière. Dans tous ces exciTiples, nous voyons que, quand la potentialité d'une force naturelle est détruite, pour produire un travail, apparaît toujours une activité nouvelle équivalente.

Je ne puis m'empôcher de citer quelques lignes de la célèbre conférence sur la conservation de l'énergie que Helmholtz donnaà Garlsruhe dans l'hiver de 1862. En méditant les travaux de ce puissant génie, qui laissera une

trace indélébile dans Thistoire de la pensée luimaine, on reste plein d'admiration pour la facilité et la clarté avec lesquelles il fait comprendre les problèmes les pins ardus , de la philosophie natarelle.

c( Qaand une certaine quantité de travail mécanique se perd, Texpérlence démontre d'une façon évidente qu'il se produit un équivalent correspondant de chaleur ou encore que de la force chimique se produit an cours de ce travail; on inversement, si de la chaleur est perdue, il se produit «ne quantité équivalente d'énergie chimique ou mécanique, et, quand réncrjçie chimique semble perdue, les produits de la chaleur ou du travail se trouvent gagnés. Dans tous ces changements, qui se passent parmi les diverses forces inorganiques de la nature, s'il disparait de l'énergie sous une forme, cette énergie reparaîtra immédiate, ment et en quantité exactement égale sous une autre forme. Aussi nous trouvons que l'énergie n'est ni augmentée ni diminuée et que la môme quantité d'énergie reste éternellement constante. La même loi s'applique aussi aux processus de la nature organique autant que peuvent le prouver les faits connus jusqu'à aujourd'hui. lien résulte que la somme des forces capables d'agir dans la nature demeure éternellement et invariablement la môme au milieu de tous les changements que subit la nature. Toutes les transformations que nous voyons s'accomplir consistent en ceci, c'est que l'énergie change de forme et de place sans que pour cela sa quantité varie. »

Quand, au moyen del'évaporation, se forment les nuagea sur la mer, nous savons qu'une certain» quantité de chaleur devient latente. Le vent qui fait couriir les nuées dans le ciel reçoit aussi son mouvement de la chaleur solaire, parce que ce sont les inégalités de la température dans les diverses régions à' la surface de la terre qui engendrent

Le lecteur, qui désire savoir d'où viennenl les concepts fondamentaux qui, à cette heure, servent de guide dans rétude de la fatigue, ne m*en voudra pas, je Tespèrc, si je jette un coup d*œil rapide sur la physiologie des anciens. Je confesse que je le fais volontiers parce qu* on voit naître ainsi plusieurs des conceptions élémentaires qui sont indispensables dans Tétude de la fatigue.

On savait déjà au temps de Galien que les nerfs partent du cerveau et de la moelle épinière et que, à la manière de cordons, la substance blanche fait communiquer le cerveau avec les muscles. La plus grande difficulté dans rétude du mouvement consiste justement à savoir de quelle façon les nerfs agissent sur les libres musculaire» pour les faire contracter. Le premier physiologiste qui ail exprimé clairement le mécanisme de la contraction mus* culaire a été Alphonse Borelli. Dans son livre sur le mouvement des animaux, à la proposition XXJI, il écrit : « Pour produire la contraction des muscles, concourent deux causes dont une réside dans les muscles euxmêmes et dont l'autre vient du dehors. L'incitation au mouvement ne peut se transmettre du cerveau par une autre voie que parles nerfs. Pour ceci toutes les expériences sont d'accord et le proclament d'une manière très évidente. Cependant on a rejeté l'hypothèse qu'il s'agit là de l'activité, d'une faculté immatérielle ou des esprits aériens; il est nécessaire d'admettre que quelque substance matérielle se transmet des nerfs aux muscles, ou qu'il s*y communique une commotion, laquelle peut en un clin d'œil produire le gonflement des muscles. »

Tout cela est juste, et encore aujourd'hui nous ne saurions mieux dire. Borelli admet que l'incitation motrice est donnée par une action chimique, par une acidité (acredine) piquante qui se diffuse aux extrémités des nerfs pour irriter le muscle.

« Le gonflement, dit Borelli, le durcissement et la contraction ne se produisent pas dans les nerfs, c'est-à-dire dans les voies par lesquelles se diffuse et où réside la faculté motrice, mais en dehors d'eux, dans les muscles. C'est pourquoi la substance ou la faculté que les nerfs transmettent» prise en elle-même, est incapable de produire une contraction; mais il est nécessaire qu'il s'y adjoigne quelque autre chose qui se trouve dans les muscles eux-mêmes et qui leur est distribuée abondamment, desquelles substances résulte quelque chose, qui est semblable à la fermentation ou à l'ébuUition et qui produit le gonflement subit des muscles. »

La conception que nous devons nous faire de la fatigue des nerfs dépend en grande partie de la nature des processus qui ont lieu dans les nerfs eux-mêmes. C'est là justement un des points capitaux. Borelli a émis à la fin de son introduction deux hypothèses, et les physiologistes se trouvent encore dans l'alternative de choisir l'une ou l'autre sans pouvoir décider avec sûreté laquelle est la vraie. La transmission de l'influx nerveux aux muscles, l'ordre qui va, par exemple, du cerveau aux muscles de la main peut être un changement chimique que chaque molécule transmet à la molécule voisine dans la substance du nerf. Pour se servir d'une comparaison grossière, on pourrait dire que les nerfs sont comme une mèche ou comme une série de grains de poudre placés l'un contre l'autre depuis le cerveau jusqu'aux muscles. L'action de la volonté consisterait à enflammer le premier grain dans les centres nerveux, et la combustion du dernier grain entraînerait un changement d'état du muscle et produirait ainsi la contraction. Cette conception dans l'état actuel de la science est celle qui a la plus grande probabilité. Mais malheureusement nous ne connaissons pas encore quels sont les changements chimiques qui se produisent dans les nerfs qui fonctionnent; et certains physiologistes, ayant observé que les nerfs ne se fatiguent pas ou du

Le lecteur, qui désire savoir d'où viennent les concepts fondamentaux qui, à cette heure, servent de guide dans rétude de la fatigue, ne m'en voudra pas, je Tespèrc, si je jette un coup d'œil rapide sur la physiologie des anciens. Je confesse que je le fais volontiers parce qu' on voit naître ainsi plusieurs des conceptions élémentaires qui sont indispensables dans Tétude de la fatigue.

On savait déjà au temps de Galien que les nerfs partent du cerveau et de la moelle épinière et que, à la manière de cordons, la substance blanche fait communiquer le cerveau avec les muscles. La plus grande difficulté dans rétude du mouvement consiste justement à savoir de quelle façon les nerfs agissent sur les libres musculaire» pour les faire contracter. Le premier physiologiste qui ait exprimé clairement le mécanisme de la contraction musculaire a été Alphonse Borelli. Dans son livre sur le mouvement des animaux, à la proposition XXII, il écrit : « Pour produire la contraction des muscles, concourent deux causes dont une réside dans les muscles euxmêmes et dont Taulre vient du dehors. L'incitation au mouvement ne peut se transmettre du cerveau par une autre voie que parles nerfs. Pour ceci toutes les expériences sont d'accord et le proclament d'une, manière très évidente. Cependant on a rejeté l'hypothèse qu'il s'agit là de l'activité, d'une faculté immatérielle ou des esprits aériens; il est nécessaire d'admettre que quelque substance matérielle se transmet des nerfs aux muscles, ou qu*il s*y communique une comnaotion, laquelle peut en un clin d'œil produire le gonflement des muscles. »

Tout cela est juste, et encore aujourd'hui nous ne saurions mieux dire. Borelli admet que l'incitation motrice est donnée par une action chimique, par une acidité (acredine) piquante qui se diffuse aux extrémités des nerfs pour irriter le muscle.

« Le gonflement, dit Borelli, le durcissement et la contraction ne se produisent pas dans les nerfs, c'est-à-dire dans les voies par lesquelles se diffuse et où réside la faculté motrice, mais en dehors d'eux, dans les muscles. C'est pourquoi la substance ou la faculté que les nerfs transmettent^ prise en elle-même, est incapable de produire une contraction; mais il est nécessaire qu'il s'y adjoigne quelque autre chose qui se trouve dans les muscles eux-mêmes et qui leur est distribuée abondamment, desquelles substances résulte quelque chose, qui est semblable à la fermentation ou à l'ébullition et qui produit le gonflement subit des muscles. »

La conception que nous devons nous faire de la fatigue des nerfs dépend en grande partie de la nature des processus qui ont lieu dans les nerfs eux-mêmes, C*est là justement un des points capitaux. Borelli a émis à la An de son introduction deux hypothèses, et les physiologistes se trouvent encore dans l'alternative de choisir l'une ou l'autre sans pouvoir décider avec sûreté laquelle est la vraie. La transmission de l'influx nerveux aux muscles, l'ordre qui va, par exemple, du cerveau aux muscles delà main peut être un changement chimique que chaque molécule transmet à la molécule voisine dans la substance du nerf. Pour se servir d'une comparaison grossière, on pourrait dire que les nerfs sont comme une mèche ou comme une série de grains de poudre placés l'un contre l'autre depuis le cerveau jusqu'aux muscles. L'action de la volonté consisterait à enflammer le premier grain dans les centres nerveux, et la combustion du dernier grain entraînerait un changement d'état du muscle et produirait ainsi la contraction. Cette conception dans l'état actuel de la science est celle qui a la plus grande probabilité. Mais malheureusement nous ne connaissons pas encore quels sont les changements chimiques qui se produisent dans les nerfs qui fonctionnent; et certains physiologistes, ayant observé que les nerfs ne se fatiguent pas ou du

Le lecteur, qui désire savoir d*où viennenl les concepts fondamentaux qui, à cette heure, servent de guide dans rétude de la fatigue, ne m'en voudra pas, je Tespèrc, si je jette un coup d*œil rapide sur la physiologie des anciens. Je confesse que je le fais volontiers parce qu* on voit naître ainsi plusieurs des conceptions élémentaires qui sont indispensables dans Tétude de la fatigue.

On savait déjà au temps de Galien que les nerfs partent du cerveau et de la moelle épinière et que, à la manière de cordons, la substance blanche fait communiquer le cerveau avec les muscles. La plus grande difficulté dans rétude du mouvement consiste justement à savoir de quelle façon les nerfs agissent sur les libres musculaire» pour les faire contracter. Le premier physiologiste qui ail exprimé clairement le mécanisme de la contraction musculaire a été Alphonse Borelli. Dans son livre sur le mouvement des animaux, à la proposition XXII, il écrit : « Pour produire la contraction des muscles, concourent deux causes dont une réside dans les muscles euxmêmes et dont Tautre vient du dehors. L*incitation au mouvement ne peut se transmettre du cerveau par une autre voie que parles nerfs. Pour ceci toutes les expériences sont d'accord et le proclament d'un(, manière très évidente. Cependant on a rejeté l'hypothèse qu'il s'agit là de l'activité d'une faculté immatérielle ou des esprits aériens ; il est nécessaire d'admettre que quelque substance matérielle se transmet des nerfs aux muscles, ou qu'il s'y communique une comniotion, laquelle peut en un clin d'œil produire le gonflement des muscles. »

Tout cela est juste, et encore aujourd'hui nous ne saurions mieux dire. Borelli admet que l'incitation motrice est donnée par une action chimique, par une acidité (acredine) piquante qui se diffuse aux extrémités des nerfs pour irriter le muscle.

« Le gonflement, dit Borelli, le durcissement et la contraction ne se produisent pas dans les nerfs, c'est-à-dire dans les voies par lesquelles se diffuse et où réside la faculté motrice, mais en dehors d'eux, dans les muscles. C'est pourquoi la substance ou la faculté que les nerfs transmettent^ prise en elle-même, est incapable de produire une contraction; mais il est nécessaire qu'il s'y adjoigne quelque autre chose qui se trouve dans les muscles eux-mêmes el qui leur est distribuée abondamment, desquelles substances résulte quelque chose, qui est semblable à la fermentation ou à l'ébullition et qui produit le gonflement subit des muscles. »

La conception que nous devons nous faire de la fatigue des iierfs dépend en grande partie de la nature des processus qui ont lieu dans les nerfs eux-mêmes. C'est là justement un des points capitaux. Borelli a émis à la fin de son introduciion deux hypothèses, et les physiologistes se trouvent encore dans l'alternative de choisir l'une ou l'autre sans pouvoir décider avec sûreté laquelle est la vraie. La transmission de l'influx nerveux aux muscles, l'ordre qui va, par exemple, du cerveau aux muscles de la main peut être un changement chimique que chaque molécule transmet à la molécule voisine dans la substance du nerf. Pour se servir d'une comparaison grossière, on pourrait dire que les nerfs sont comme une mèche ou comme une série de grains de poudre placés l'un contre l'autre depuis le cerveau jusqu'aux muscles. L'action de la volonté consisterait à enflammer le premier grain dans les centres nerveux, et la combustion du dernier grain entraînerait un changement d'état du muscle et produirait ainsi la contraction. Cette conception dans l'état actuel de la science est celle qui a la plus grande probabilité. Maismalheureusement nous ne connaissons pas encore quels sont les changements chimiques qui se produisent dans les nerfs qui fonctionnent; et certains physiologistes, ayant observé que les nerfs ne se fatiguent pas ou du

40 LA PATICaE INTELLECTUELLE ET PHYSIQUE

thèse qui nous mettrait, dès le début, en contradiction avec tous les faits connus dans la science et qui conduirait à Tabsurde.

Tous les phénomènes qui se passent dans la nature doivent avoir une cause, et la cause doit être égale a Feffet. Si Ton demande à un physiologiste une preuve irréfutable de la non--existence dans le cerveau d'une force immatérielle, il né peut la donner; mais, en jugeant par analogie, en rapprochant les phénomènes cérébraux de tous les autres phénomènes naturels, il se voit contraint d'admettre que le cerveau, lui aussi, est soumis à la loi de la conservation de Ténergie. La probabilité est même si grande qu'elle touche de bien près à la certitude.

Mais il est un point sur lequel la science et la foi sont d'accord, c*est de reconnaître que les causés primordiales sont impénétrables et que l'esprit de l'homme n'est pas fait pour comprendre l'origine de la matière et de l'énergie. Sur un autre point nous devons encore marcher d'accord, quelle que soit la croyance ou la philosophie de chacun; c*est sur la méthode scientifique pour étudier les lois auxquelles un phénomène est soumis. La physiologie ne reconnaît pas les divisions artificielles des croyances et des écoles; elle procède impassible à la recherche de la vérité, et elle a pour objectif de déterminer comment un phénomène se reproduit d'une manière constante, toutes conditions étant égales, que ce phénomène se passe dans le cerveau ou dans tout autre organe du corps.

nr

La vie, pourrait-on dire, est fille du soleil. Les rayons qui frappent de leurs ondulations la chlorophylle dans les feuilles des plantes produisent an travail chimique dont l'homme n'a pu obtenir l'égal m moyen des appareils de synthèse qui sont maintenant an service dé la science. La force vive du soleil est absorbée et transformée : son

éôergie potentielle sommeille, s'il est permis de s*exprimer ainsi^ dans les feuilles, dans les graines des plantes, dans les substances albuminoïdes qui se produisent dans les cellules végétales.

Les feuilles vertes, dans les plantes, décomposent Tacide carbonique de Tair et de Teau, mettent en liberté l'oxygène et fixent dans leur substance le carbone. La plante qui croit ajoute peu à peu à son corps le carbone qu'elle combine avec rbydrogèneet accumule ainsi en elle l'énergie des rayons solaires absorbée dans cette synthèse.

Les animaux sont, des machines capables, avec leurs organes, de transformer les substances que prépare inces» samment le règne végétal ; le travail qu'ont accompli les plantes pour pourvoir à la conservation de l'espèce ne servira pas tout entier à leurs rejetons ; une partie sera dérobée par les animaux qui tirent leur vie et leur force de la destruction des plantes. Les principes des aliments végétaux introduits dans notre organisme retrouveront Toxygène dont ils furent autrefois séparés, et, grâce a,u\ processus vitaux, Toxygène se combinant de nouveau avec le carbone, remettra en liberté l'énergie qui paraissait assoupie, et il se produira de la chaleur et du travail méca* nique.

Le rocher de la montagne, la plage déserte de la mer, les plaines couvertes de sable, se réchauffent au soleil, puis peu à peu se refroidissent 6t restituent toute la chaleur reçue. Mais le champ verdoyant d^épis, la prairie émaillée de fleurs, les vignes dont les pampres préparent l'amidon, qui se transforme en sucre dans les grappes, les arbres des forêts, ne restituent pas toute la chaleur^ ne renvoient pas toute la lumière du soleil.

Les animaux herbivores s'échauffent au moyen de la chaleur qu*ont absorbée les plantes.

Les substances que les animaux herbivores ont accumulées dans leurs muscles ou dans leur cerveau ou dans leurs viscères, pour les transformer en énergie de mouve-

42 LA FATIGUB. IIfTUBI.LEaTUELLE BT PfiTSIQXJE

ruent ou do chaleuii,.d'aulDe8aniiiiHUKplxis forts s'eaempB» rerontpoiir te traasfonmsB à lear tour en Ghasleiir' tt mouvemfint..

C'est seulement depuis R. Mayer et Helmholtz (1) qua nous savons esaoteoLuil comment toutes les- fbrmeadH mouvement mécanîqiie- sont une tvansfbrmation de la. oha^ leur du solJBÎl et quô, ailaiTaLonté peut mettlB en aotioft •et éveiller TéneiigiaGlimriquBj assoupie' dans les muscles, elle ne peut créer aucune énengie chimique.

Toutes les fois qneiiou8 4tQntemplons un phénomène de la nature, quel qulL soit^ non» sommes certains qu^il- se •consomme une quantité^ correspondante d'énergie, qu'il y

là une force qui se: tnansforme,. qu'il y a là une cause <iui produit uUi effot équivalent..

Lavoisier, le premier, affiram que la vie est un e^ fonction ehimrquev et tous les progrè^accomplîs^parlfe physiologie depuis un: siècle* sonf venus confirmercettis' concept tion de Lavoisier. Les-muscles sont* formés de fibres très tenues à la manière' de petitfe^ tubes qui^ contiennent une substance albuminoïde, susceptible de se contracter. Au maximum dé sa* contractian, le- muscie peut se^ raccourcir •d'un tiers de la longueur.

Une excitation extrêmemeni faible- du nerf, par un coo* rant électrique si ftiible qu'aucun' galvanomètre n'est ca^pable de le mesurer, peut déjà déterminer un changement chimique dans le muscle et produire une contractionwl' L*intensité des processus* chimiques; dans le cerveau peut déjà se deviner, en songeant à la persistance de la trace que quelques phénomènes^ laissent dans celui-ci'. L'im* pression d'une chose vue peut demeurer inaltérable^ toute la vie ou ne s*affàiblir seulement qu'avec une très grande

(1) Hi9ltahdto, Vartrm»tind R^dén, Leipzig, ISSl, p. 34S.

origunë D£ la force des muscles 43

lenteur. Dans un oas, TexcitatioD électrique a transformé les substances alhuminoïdes qui; se trouvent dans les fibres musculaires; dans Vautre^ Tentation, aa lieu de produire un effet mécanique,, a produit un pbénomène psychologique qui se révèle par une madificatioa dansTôtaide la conscience.

Que Tactivité du pnoaessus chimique soit beaucoup plus intense dans le cerveau que dans les muscles, nous piou*vons le démontrer par des expériences variées. Pour en présenter une facile, je rappellerai ce q^ii se passe dans l'anémie des muscles* et du cerveau.

Nous pouvons chasser tout le sang que contient TaHrat^ brafi à tel point que la main reste p&le comme celle d'un cadavre et se refroidisse de trois ou quatre degrés en un <iuart d'heure. La^main ne perd pas complètement sa. farce ; une demi-heure q)rès l'interruption de la circulation, nous pouvons encore remuer les doigts et fermer le poing. Maisil se produit un fourmillement et une douleur q^i obligent à rétablir de nouveau.la circulation dans le bras.

J'ai déià écrit.daos mon. livre sur la. Peur un chapitre sur la circulation, du sang dans le cerveau pendant les émotions; Je reviens maintenant sur cette question pour signaler les changements que subissent les fonctions du cerveau quand diminue en. lui l'afflux du sang. G!est une des expériencea les plus coavainoantes pour coonaitre le Uen indissoluble, des phénomènes psychiques avec les fonctions matérielles, de. Targanisme. Les hémisphères cérébraux sont si. sensibles à toutes les causes qui ralentissent leur nutrition,; qu^en diminuant,, môme pendant quelques, secondes» la quantité de sang qui afflue au cerveAUvla> conscience; s'évanouit immédiatement.

C'est une expérience que j'ai faite sur .le même Bertino dont j*ai publié l'bistoine dans mon^Uviie de la Peur (i).

(1) A. llb8M,ia Pèiir,i vol: iii*ie;Btbliotbèquo^ de pbiHnophié cootemporaine, Alcan,. Idée» p. 58.

Pour ne pas répéter minutieusement la description dit Tappareil que j'ai construit pour étudier le mouvement du sang dans le cerveau, je donne la figure où Ton voit comment était disposée Texpérience que j'ai déjà décrite.

Bertino avait une ouverture large de 2 centimètres dans la région frontale, je la recouvris avec une lame de gutta percha qui portait à son milieu un tube de verre ; ce tube se continuait avec un autre tube de caoutchouc A B qui allait se réunir à un tambour à levier F, lequel tambour, par le moyen de la plume G, inscrivait le mouvement transmis par le cerveau à Tair contenu dans l'appareil explorateur.

J'avais expliqué d'abord à Bertino ce dont il s'agissait, et je l'avais prié de faire bien attention à tout ce qu'il éprouverait durant l'expérience, pour pouvoir le dire après. Le docteur dePaoli s'assit en face de lui et appliqua les deux pouces sur lee carotides. De mon côté, pendant ce temps, je regardais la plume de l'instrument qui enregistrait sur un cylindre enfumé les pulsations du cerveau. Le docteur de Paoli commença à comprimer légèrement les artères ; quand je vis que le pouls disparaissait, je fis ces ser la compression. Tout était ainsi prêt pour l'expérience. Bertino ne dit rien. L'appareil fut mis en mouvement. A un signal, on comprime les carotides. Les deux premières pulsations sont plus élevées ; mais la troisième est déjà moindre, et le cerveau diminue de volume rapidement. Après la huitième systole, le pouls se ralentit, et les pulsations sont à peine visibles. A la douzième pulsation, c'est-à-dire après huit secondes environ d'anémie cérébrale, Bertino tomba dans un accès de convulsions. En le regardant, je vis que son visage était pâle, ses yeux convulsés en haut, et je fis cesser la compression des carotides. Bertino ouvrit les yeux comme étourdi. L'enregistrement du pouls cérébral continua sans interruption. Bertino dit qu'il avait vu tout s'obscurcir, mais qu'il n'avait éprouvé rien de désagréable. Certainement il avait perdu

Fig. 1. —Disposition de l'appareil adopté pour inscrire les pulsations cérébrales chez Bertino.

connaissance, parce que, dans le premier moment, il fut très étonné de se trouver là et dans cette situation. Il cracha et accusa une légère sensation de nausée. Peu après il nous invita à recommencer. Nous restâmes émerveillés de ce sang-froid, et, comme nous l'avions vu, tandis qu*il était privé de connaissance, secouer convulsivement ses mains, les yeux contractés, nous n*eûmes plus le courage de répéter ce jour-là aucune autre expérience sur Tanémie cérébrale.

Un autre tracé fut pris 20 secondes après la fm des convulsions. On constate dans ce tracé, recueilli après Tanémie du cerveau, Taugmentation de la hauteur des puisa* tions. Cette augmentation ne dépend pas de ce que le cœur battait plus fort. C'est un phénomène 1x>ut à fait local : c'est un relâchement des parois des vaisseaux sanguins, produit par la diminution de la circulation sanguine. Cette, paralysie des vaisseaux est un fait qui peut se démontrer avec la plus grande facilité dans le bras, en pressant avec le doigt Tartère humérale, pendant un certain temps, et puis en laissant de nouveau libre la circulation du sang. Des troubles identiques doivent se produire dans les cellules du cerveau, et la paralysie doit être beaucoup plus prompte, puisque, en moins db six ou sept secondes, la conscience est déjà évanouie.

La grande impressionnabiÛté des vaisseaux sanguins dans le cerveau etieur dilatation, pour tout trouble de la nutrition qui diminue Tafflux du sang, constituent un des mécanismes par lesquels la nature assure les fonctions des organes les plus importants dans la vie.. En effet, le moyen le plus efficace pour réparer immédiatement les dommages produits dans la nutrition, et par suite dans les fonctions du cerveau, et de toute autre partie du corps à la suite d'une diminution' on d'un arrêt de la circulation, consiste précisément à pourvoir par une dila- . tation automatique à un afflux plus copieux de sang.

Si> quelqu'un veut savoir, par on» exp^ience foite sur

ohigime; de la forge des muscles .47

lai-même, rimportance de la circulation sanguine dans les fonctions nerveuses, qa*il ferme un œil avec la main et, tandis qu*il regarde avec Fautre œil, qu'il comprime légèrement celui-ci, avec le bout de Tindex, au niveau de l'angle externe des paupières. Au bout de huit à dix secondes, la vue s'obscurcit et les objets deviennent confus. L'anémie proxUiite gaai la. compression de rœii est déjà suffisante pour empêcher les fonctions de la rétine. Si on se rappelle que les muscles peuvent encore se contai£ter20'' minutes après Ifinterruption db' la circufation, on verra que le cerveau doit être considéré comme Torgane qui a le plus besoin d'un renouvellement actif de matière pour fonctionner. Mais ce rapprochement n'est pas com^ylët. Le cerveau, en effet, reçoit le. sang de quatre grandes artères dont deux sont situées profondément contre les vertèbres cervicales; ce sont les artères vertébrales. Dans Fierxpérience faite sur Bertino, nous avons comprimé seulement deux artères, les carotides; par suite, on n'a diminué que de moitié le courant sanguin qui va au cerveau, et' pourtant cda suffit pour abolir la conscience.

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