FAUCONS NIAIS
Quand les fauconniers ont connaissance d'une aire, ils la surveillent et ne s'en emparent que lorsque les petits niais, déjà emplumés, ont encore du duvet sur la tête, ou seulement lorsque ces niais, ayant quitté Taire, ne peuvent encore voler, ni pourvoir eux-mêmes à leur nourriture, et passent branchiers.
Aussitôt qu'on reçoit une nichée de niais, quelle qu'en soit l'espèce,, on leur attache le grelot, et on les laisse en liberté dans Taire artificielle qu'on leur a préparée à la fauconnerie, jusqu'au moment oii, devenus brancbiers, ils commencent à voler. Il faut alors les élever avec grand soin, et de cette première éducation dépendent souvent les qualités ou les défauts qu'ils auront par la suite. Il convient de les laisser libres dans la fauconnerie. La contrainte et l'esclavage ne manqueraient pas d'amollir leur caractère et d'altérer le principe de leurs facultés, qui alors, ne se développant plus que très-imparfaitement, ne donneraient qu'un élève dégradé et indigne du rôle qu'il doit jouer.
L'aire artificielle consiste en un tonneau défoncé d'un côté, couché, et dont Touverture est dirigée au levant, ou en une hutte de paille tressée. On garnit l'intérieur d'une poignée de paille, qu'il faut renouveler souvent, et Ton place le tonneau ou la hutte, soit sur un mur bas, soit sur la fourche d'un arbre peu élevé et à portée de la main; on leur donne régulièrement à manger deux fois par jour, mais dès qu'ils peuvent prendre euxmêmes leur nourriture sur une planche ajustée au niveau de
l'ouverture du tonneau ou de la hutte, comme la passerelle d'un colombier, on dépose deux fois par jour, à sept heures du matin et à cinq heures après midi, les petits morceaux de viande de bœuf ou de mouton destinés à la nourriture des élèves, et, à chaque repas, on doit les avertir par un bruit de bouche quelconque, mais toujours le même, afin de les habituer à connaître ce bruit, qui, par la suite, servira de rappel.
Les oiseaux doivent manger cette viande sur pkce, et s'ils tendent à s'éloigner à quelque distance avec le morceau qu'ils ont saisi, il faut, pour ne pas leur laisser prendre cette habitude, fixer les morceaux de viande à la planche à l'aide d'une petite ficelle tenue par un clou enfoncé jusqu'à la tête. Ce soin, pendant la première éducation des oiseaux, est important, et, par la suite, quand ils auront abattu ou saisi une pièce de gibier, ils ne chercheront pas à la charrier.
Niais ou branchiers, ils doivent être apportés avec soin et sans délai à la fauconnerie et immédiatement armés. Quand ils sont assez forts pour voler, on les place dans une chambre à deux fenêtres garnies de grillage et disposées de manière à recevoir beaucoup de soleil. Devant chacune de ces fenêtres on place un perchoir monté sur un gazon, et, près de là, un baquet contenant de l'eau bien propre et entouré de sable de rivière et de petites pierres. Cette eau, renouvelée tous les jours, est destinée au bain, et ne doit s'élever qu'à la hauteur de huit ou dix centimètres dans le baquet. Il faut prendre grand soin de les paître tous les jours aux mêmes heures, et de leur donner le pât sur le poing, afin de les accoutumer à s'y placer. Leur nourriture doit être de la chair de petits Chiens de lait, de petits Chats, de Pigeonneaux et de Poulets, qu'il faudra leur donner hachée. A défaut de cette chair tendre, on leur donnera de la viande de Bœuf ou de Mouton hachée avec un œuf dur; leur plumage deviendra net et brillant.
Si les Faucons niais ont été élevés dans la volière de la fauconnerie, il est facile de les prendre pour commencer leur affaitage; mais si on les a laissés libres, comme cela se fait souvent, jusqu'au moment où, confiants dans leurs forces et surtout dans leurs ailes, ils peuvent s'échapper, on doit éviter de leur laisser goûter plus longtemps une liberté dont la jouissance trop prolongée augmenterait, comme nous le verrons, les difficultés de l'affaitage. 11^ faut alors les prendre avec un filet ou un piège, qui ne les expose pas à se blesser. Pour réussir, on attire les oiseaux aux heures du pât, à lendroit même où ils ont Thabitude de venir le prendre chaque jour; ils ne sont pas encore assez sauvages pour éviter le piège qu'on leur tend; beaucoup sont même assez familiers et se laissent facilement approcher. 11 n'est donc pas nécessaire d'insister davantage sur une opération qui ne demande qu'un peu d'adresse et d'intelligence. Tous les Faucons niais, au moment où on les prive de la liberté, ne sont pas également dociles; aussi traite-t-on les plus rétifs comme s'ils avaient été pris sauvages à l'état de branchiers, et les moyens que nous indiquerons en son lieu et qui sont employés pour ces derniers, leur sont applicables.
Le Faucon niais étant assez fort pour recevoir les premières leçons, il faut : 1** lui mettre les jets qui servent à le tenir à la main, l'habituer graduellement à la vue des hommes, des chiens, des chevaux, des voitures, aux bruits divers qu'il pourra entendre, et les porter souvent sur le poing. Il faut, dans tous les exercices qui vont suivre, éviter les mouvements trop brusques, les impatiences, et ne pas oublier d'approcher l'oiseau toujours doucement, en avant, et en lui parlant; 2° le forcer à sauter lui-même du bloc sur le poing, à l'appel qu'on lui fait. Pour obtenir ce résultat, on profite de sa faim, et on lui fait faire cet exercice au moment des repas. On se place d^abord très-près du bloc sur lequel l'oiseau est attaché par sa longe, on lui présente
FAUCONNERIE. 9i
le poing gauche garni du gant, et, avec la main droite élevée à dix ou douze centimètres au-dessus de la gauche, on lui montre une beccade, qu*on ne lui donne que lorsqu'il est venu au poing. Quand la beccade est avalée, on le replace doucement sur le bloc, et pendant tout le repas on recommence le même exercice. L'élève est-il docile et vient-il facilement au poing, on s'éloigne successivement du bloc, jusqu'à la longueur de la longe d*abord, puis bientôt onlui fait faire cet exercice en liberté,. mais toujours avec les jets, qu'il ne doit jamais quitter, même quand il volera pour bon, et on s'éloigne chaque jour davantage suivant les progrès de l'élève. Il apprend bientôt à connaître la voix, à venir à l'appel; l'habitude est facilement prise. Ces exercices demandent un temps plus ou moins long, suivant le caractère de l'élève et aussi suivant la douceur ou mieux l'aptitude du maître. Quand tout va bien, que l'oiseau vient bien au poing et s'y maintient sans hésitation j on se sert du leurre ou du tiroir approprié au genre de chasse auquel on destine l'oiseau; il le connaît en peu de temps, et les leçons continuent à blanc, c'est-à-dire sans viande et sans leurre et seulement à la voix; le repas se donne immédiatement après. 3** Il faut montrer à l'élève le gibier qu'il doit chasser. On se sert d'abord d'un leurre représentant ce gibier et garni d'un morceau de viande qu'on laisse manger sur place quand l'exercice a été bien exécuté. Puis on le leurre à vif avec ce même gibier vivant et maintenu à l'aide d'une filière progressivement plus longue. Quand l'élève lie bien le gibier captif, on ne le lui laisse pas tuer, pour qu'il serve à plusieurs leçons, on l'approche avec douceur, on le lui enlève adroitement, et on le remplace subtilement par un leurre de même espèce garni d'un morceau de viande, et sur lequel il s'acharne. 4** Arrive le moment oii l'oiseau commence à être assuré; la filière a été considérablement allongée, l'élève ne cherche pas à dérober ses sonnettes; il faut essayer de le jeter sur un gibier qu'on es-
cape, c'est-à-dire qu on met en liberté. Si l'élève se comporte bien, il ne faut que quelques épreuves avant de le laisser voler pour bon.
Fig. 25. -- Faucon leurré à la lilière.
FAUCONS BRÂINGHIERS.
Les Faucons désignés sous le nom de Branchiers, sans distinction d'espèce, sont ceux qui ne sont pris que lorsqu'ils ont quitté l'aire et commencent à voleter assez pour se promener sur les branches en attendant la pâture que leurs pairons leur apportent. Ces oiseaux, qui n'ont encore reçu aucun soin de l'homme, sont naturellement plus sauvages, plus indociles que les niais, et il faut immédiatement les soumettre par la privation de mouvement et de lumière. Voici les moyens employés : 1° leur mettre le linge ou chemise de force pour les transporter à la fauconnerie; 2*^ arrivés au logis, leur desserrer le linge; '5^ les couvrir du chaperon de rust; 4® les armer de grelots et leur mettre les entraves; b^ les brancher dans une chambre obscure,
sur un bloc entouré de paille, et les y attacher à Faide de la longe. La paille doit former litière pour que, si les oiseaux se défendent, s'abattent et cherchent à quitter le bloc, ils ne puissent se blesser.
Quelquefois ces moyens suffisent pour être maître en quelques jours des plus doux; mais il est souvent nécessaire de traiter les plus indociles comme on traite les oiseaux de passage, qui n'oublient pas aussi facilement la liberté dont ils ont joui jusqu'au moment où ils ont été pris. Cette première éducation, indispensable avant de songer à Taffaitage, étant à peu près la même pour tous les oiseaux rétifs, nous en donnerons les règles en parlant des Faucons de passage.
FADCONS PASSAGERS.
On peut prendre les Faucons de passage à l'aide du filet à alouettes, et voici dans quelles conditions cette chasse se fait avec succès. Faisons d'abord observer que les Faucons éducables, nobles, ne chassent que les animaux qui volent ou courent, et ne s'élancent pas sur une proie immobile, comme les oiseaux dits ignobles, et qu'on ne peut -dresser à la chasse. L'oiseleur tend son filet comme pour toute autre chasse, mais il se cache avec grand soin et à distance, sous une cabane de feuillage. Au centre de l'espace libre qui sépare les deux panneaux du filet, il a placé une petite poulie montée sur un pieu, solidement et presque complètement enfoncé en terre. Dans cette poulie se trouve engagée une ficelle, longue de trois fois la distance de la poulie au chasseur. Les deux bouts et un tiers de la longueur supérieure de cette ficelle sont dans la cabane. Au tiers environ de la longueur de la ficelle et à son chef supérieur, l'oiseleur attache par les'pattes un Pigeon vivant, et le retient dans un panier jus-
qu'au moment où il faudra le laisser voler. A un mètre environ en avant de la cabane, on plante un petit perchoir, haut de cinquante ou soixante centimètres, et sur lequel un Hibou, ou tout autre rapace nocturne, est attaché par une patte de manière à ne pouvoir voler. Ce Hibou n'est nécessaire qu'autant que les Faucons sont rares et passent assez haut pour ne pas être facilement aperçus par le chasseur *, quij dans ce cas, est prévenu de la présence d'un Faucon par les mouvements inquiets du Hibou; ce dernier baisse la tête et tourne l'œil vers le ciel. L'oiseleur lâche alors le pigeon, qui vole' au-dessus du filet et qu'il fait descendre en tirant le chef inférieur de la ficelle. Le Faucon l'a aperçu et décrit de grands cercles en se rapprochant de terre. Mais comme il dédaigne une proie immobile, et que le Pigeon l'aperçoit aussi et n'ose voler, le chasseur retire ce dernier jusque dans la cabane, à l'aide de la ficelle dont les deux extrémités restent fixées sous sa main, et dont deux tiers seulement dé la longueur sont en mouvement, soit en avant, soit en retraite. Le Faucon s'est sensiblement rapproché de terre ; il aperçoit le Hibou, il attend le Pigeon ; les deux proies lui font envie, mais par des motifs bien différents ; le Hibou lui est antipathique, et il aime le pigeon. L'oiseleur saisit alors le moment favorable et lâche une seconde fois le Pigeon. Le -Faucon fond sur la victime et la saisit ; l'oiseleur a retiré le chef inférieur de la ficelle et fait îiescendre le Pigeon presque jusqu'à la poulie, et n'a plus
* Comme le Faucon est quelquefois si élevé qu'il échapperait aux regards du chasseur; ce dernier peut aussi être averti du passage d'un Faucon par une Pie-Grièche qui est retenue captive près de la cabane à l'aide d'une ficelle attachée au corset. Ce petit oiseau, par ses mouvements et son genre d'agitation indique l'espèce d'oiseau de proie qui passe. Est-ce une Buse ou tout autre ennemi lourd et peu dangereux, la Pie-Grièche ne se remue qu'assez mollement; mais si elle cherche à se précipiter dans la loge et à s'y cacher, elle annonce, par cette démonstration, un oiseau d'iyi genre noble. Sonnini.
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qu'à faire jouer les panneaux du filet pour couvrir le Faucon, qui ne lâche pas sa proie. Les ouvrages de fauconnerie contiennent d'autres procédés pour prendre les Faucons de passage, mais ils sont tous fondés sur le même principe : la voracité et Tappât d'une proie en mouvement, ou l'antipathie pour les oiseaux de nuit. Ainsi, dans le nord de l'Europe, les fauconniers emploient le Hibou grand-duc et les filets connus sous le nom d'araignes, pour prendre les grands Faucons, si estimés pour le vol. Dans tous les pays, on obtient de bons résultats de Tusage de brins de bouleau garnis de glu et répandus sur le sol autour d'un oiseau captif, et qu'on peut faire voler à volonté à l'aide d'une iilière.
On vante encore le procédé suivant : Prendre un Pigeon, lui attacher à la patte une ficelle, longue de vingt mètres, engluée seulement à ses deux tiers, et dont l'extrémité est garnie d'un poids assez lourd pour que f oiseau ne puisse l'emporter trop loin, assez léger pour qu'il ne puisse Tempécher de voler. On met discrètement de la glu sur les mahutes et sur la tête du Pigeon, on le lâche en plaine sur le passage de l'oiseau qu'on veut prendre, et on le surveille. Le Faucon fond sur le Pigeon, qui gagne terre, et tous deux restent empêtrés dans la ficelle. On se sert aussi d'un lièvre empaillé et englué, que deux oiseleurs, placés à dislance l'un de l'autre, font mouvoir sans cesse, dans une raie de champ, garnie de gluaux à droite et à gauche de la piste.
La méthode de traitement est à peu près la même, dans son ensemble, pour tous les oiseaux chasseurs-, mais quelques espèces exigent des soins particuliers que nous ferons connaître.
Un Faucon passager vient d'être pris, il est mis immédiatement en linge, et chaperoimé de rust, avec toutes les précautions nécessaires pour l'empêcher de se blesser en se défendant, et il est a[)porté à la fauconnerie.
Là, on lui met les grelots et les jets, on attache la longe et Ton place Toiseau sur un bloc garni de gazon. On a grand soin de lui ôter le chaperon pour la première nuit, afin de lui permettre de rejeter sa pelote, qui se compose des plumes ou des poils, d'une partie des os et même d'une partie de la peau des animaux qu'il a mangés avant d'être pris. S'il restait chaperonné, il ne rendrait pas cette pelote, qu'il rejette toujours en liberté, parce qu'il ne peut la digérer comme la chair: L'oiseau est alors abandonné dans l'obscurité la plus complète.
Le lendemain, le fauconnier, la main couverte du gant, prend l'oiseau sur le poing, et partageant nécessairement lui-même une grande partie des fatigues auxquelles il va soumettre son élève, pour raffaibliretle dompter, illepoiie continuellement, jour et nuit, sans lui permettre un seul instant de repos ou de sommeil. C'est par épuisement qu'il obtiendra un commencement de soumission, un peu moins de fierté. Le fauconnier fatigué, est remplacé par un aide, car cette première épreuve dure ordinairement trois fois vingt-quatre heures sans relâche pour l'oiseau. Si l'élève s'agite ou se défend trop violemment, on tempère son ardeur par des jets d'eau froide sur tout le corps, on lui plonge même la tête dans Feau fraîche, et ce moyen, très-efficace, le calme aussitôt; il reste comme stupide, immobile et vaincu. Il faut profiter de cette situation pour lui couvrir la tête du chaperon de rust. A la privation du repos, du sommeil, de la nourriture, vient s'ajouter celle de la lumière, et l'élève, abattu, oublie bientôt son indépendance.
La leçon qui doit amener la docilité se prolonge rarement au delà de trois jours ; souvent Toiseau est soumis en moins de temps, et dès qu'il donne des signes de docilité, c'est-à-dire dès qu'il est plus calme, qu'il se laisse couvrir et découvrir la têle avec une sorte d'indiflércnce, mais toujours tenu sur le poing, on lui donne (juelques petits morceaux de bonne viande coupée eu
petites lanières longues et étroites, qu'il puisse avaler facilement, et Ton exige qu'il prenne ce pât tranquillement, à la main du fauconnier, qui le lui présente de temps à autre et en quantité suffisante pour le soutenir, sans lui rendre ses forces.
L'oiseau est-il soumis, on lui accorde du repos, on ne le veille plus, on lui laisse passer la nuit au bloc, on augmente sa nourriture, on la varie en lui donnant du vif, mais, dans ce dernier cas seulement, il ne faut pas négliger de lui ôter le chaperon pour la nuit, afin de lui laisser rejeter la pelote.
Pendant le jour, l'élève est chaperonné et remis au poing ; il faut le promener au moins deux fois pendant une ou deux heures dans le jardin d'abord, où il ne voit que le fauconnier et ses aides ; puis, progressivement, dans des lieux fréqu^lés, car il est nécessaire de l'habituer au bruit, au mouvement extérieur, et ne lui ôter par moments le chaperon qu'autant qu'il est docile, ne s'effraye pas, ne se tourmente pas du bruit des voix étrangères, du mouvement qui se fait autour de lui, du passage des chevaux et des chiens. Chaque fois qu'on le déchaperonne, il faut lui donner unebeccade. Le fauconnier doit souvent parler à son oiseau, lui bien faire connaître sa voix, et lorsqu'il lui accorde une beccade, il doit la lui donner en lui faisant un appel de langue ou.en sifflant, mais toujours de la même manière, afin d'habituer son élève à ce signal. Ces exercices ne sont pas encore l'affaitagc, qui ne peut commencer que lorsque l'élève est complètement introduitj soumis; ce sont des préliminaires importants, et leur durée dépend du caractère plus ou moins farouche de l'oiseau qu'il faut, en quelque sorte, apprivoiser. Elles ne demandent, dans les cas les plus favorables, que deux à cinq jours, mais quelquefois aussi elles exigent huit ou dix jours. Quand l'élève est difficile à soumettre, on peut augmenter ou renouveler son appétit en lui doimant des cures ; il est plus désireux de paître, et la vue du pat, la satisfaction qu'il a à le prendre assouplissent
SOU naturel sauvage. Nous dirons en son lieu comment on prépare ces cures et l'effet qu'elles produisent.
Fig. S4 — Déparl pour la chasse au F.iucm.
FAUCOIS'NERIE im
AFFAITAGES DES FAUCONS
Nous supposons l'élève complètement familiarisé et docile, et nous allons faire connaître les divers exercices auxquels il sera successivement soumis pour l'amener à voler pour bon. Chacun de ces exercices demande souvent plusieurs jours, et l'on ne passe à l'exercice suivant que lorsque l'élève exécute bien les précédents.
1*''' EXERCICE. — On se propose d'habituer Toiseau à sauter spontanément sur le poing du fauconnier qui lui en donne le signal. •
Dès le matki, l'oiseau, étant à jeun, est porté sur la perche, sa longe attachée aux jets. Le fauconnier tient la longe de la main gantée, il déchaperonne l'oiseau ; de l'autre main il tient inie beccade; il se rapproche de l'élève à la distance de quinze h vingt centimètres, lui présente le poing de manière à ce qu'il puisse facilement y sauter, et, de l'autre main qu'il tient audessus du gant, il montre une beccade et fait un appel. L'oiseau hésite-t-il, il rapproche insensiblement le poing de la perche, et la beccade n'est livrée que lorsque l'élève a compris et obéi. 11 est replace doucement sur la perche, et cet exercice se répèle pendant toute la durée du déjeuner. La leçon terminée, le chaperon est replacé et l'oiseau remis au bloc.
Le dîner permet la répétition des mêmes manœuvres. La distance à laquelle se place le fauconnier augmente progressivement à chaque leçon jusqu'à la longueur de la longe, et cet exercice doit se faire pendant quelques jours jusqu'au moment
OÙ l'élève obéit à Fappel sans qu'il soit nécessaire de l'affriander par une beccade même à d'autres heures qu'à celles du pat. Cette leçon est une de celles qui se prolongent indéfiniment, même après que les oiseaux sont parfaitement assurés.
2« EXERCICE. — Cet exercice est une répétition du premier, mais dans de nouvelles conditions : le fauconnier détache la longe et excite Félève à sauter du bloc sur le poing; il le porte ainsi en plein air, remplace la longe par une filière, dépose Toiseau sur un gazon, le déchaperonne, s'éloigne à distance d'abord courte et toujours progressive, tenant la filière de la main gantée et de l'autre un leurre armé, qu'il agite pour le faire voir, en faisant un appel. Cet appel est ordinairement le mot hallOy répété deux ou trois fois et toujours avec la même intonation. Le pât se trouvant sur le leurre, l'oiseau le connaît en peu temps; il s'habitue à recevt)ir ainsi ses repas, il y prend même plaisir, et, dans la suite, on verra que cette leçon sert non-seulement pour le moment à appeler l'oiseau au poing, mais encore à préparer son rappel à plus grande distance quand il volera pour bon. Le faucomiier a appelé l'élève d'abord à la distance de quelques pas, puis successivement à celle d'un quart de filière, de demi-filière et enfin de toute filière; et, chaque fuis qu'il est revenu au poing, il a été affriandé. Cet exercice permet de reconnaître si l'élève cherche à dérober ses sonnettes, car il peut, avec la longueur de là filière, se croire en pleine liberté.
5^ EXERCICE. — Les exercices de cette leçon doivent se faire dans une orangerie, un manège, si la fauconnerie n'a pas une grande pièce close; car, si l'élève n'est pas suffisamment assuré, on risquerait de le perdre, puisqu'il va travailler en liberté. Le fauconnier procède comme il l'a fait à la leçon précédente : l'oiseau est sur le poing, tenu seulement par les jets, sans longe ;
un pigeon vif est attaché aune filière et lâché à petite distance de l'élève, qu on excite à voler. Si Félève se montre entreprenant et lie bien le pigeon, on lui laisse prendre plaisir pendant quelques instants, et on s approche doucement de lui, toujours par devant ; on lui soustrait adroitement sa proie morte en lui substituant le leurre. Le fauconnier s'éloigne avec le leurre après que rélève a mangé la viande qu'il portait, et il le réclame. Un autre pigeon est mis à la filière, et, après quelques instants de repos, l'élève se livre de nouveau au même exercice. Il est reporté à son bloc ; mais, comme il est probable qu'il a avalé quelques plumes, il ne faut pas oublier de le déchaperonner pour la nuit.
Les exercices d'une leçon préparent ceux de la leçon suivante et permettent au maître de prendre confiance dans son élève en lui laissant prévoir Tépoque à laquelle il sera complètement assuré.
L'élève a appris à connaître le leurre; il sait qu'à, ce leurre est attaché un morceau de viande qu'il prend lorsque, rappelé, il est revenu au signal. Quelques jours sont employés alors à la répétition de toutes les leçons et à des exercices à plus grande distance, et l'élève, indépendamment du plaisir qu'on lui laisse prendre sur les pigeons, reçoit bonne gorge et se repose jusqu'au lendemain.
4® EXERCICE. — L'oiseau est supposé de bonne créance, car il va voler comme dans la leçon précédente, mais en liberté complète. Ce sont encore des Pigeons attachés à la filière qui font en partie les frais de cet exercice; seulement on augmenté progressivement les distances en allongeant la filière.
Si l'élève travaille à la satisfaction du mdtre, il est temps de lui faire oublier les Pigeons et de lui faire connaître le gibier au vol duquel on le destine. Je suppose que c'est la Perdrix : dans
ce cas, on a en volière quelques-uns de ces oiseaux, qui vont servir d'abord à la filière, puis en liberté. On a soin de remplacer le preioier leurre couvert d'ailes de Pigeon par un nouveau couvert d'ailes de Perdrix. L'exercice est donc toujours le même; toujours suivi de bonne gorge quand il est terminé; et enfin, quand l'élève se comporte bien, on lui fait plaisir avec la proie qu'il a liée et qu'on lui abandonne.
5® EXERCICE. — Cet exercice devient plus intéressant; il laisse une part à l'émulation : c'est ainsi que le fauconnier traduit le mot voracité. En effet, deux élèves prennent part à la leçon et volent en même temps sur le même oiseau de filière d'abord, puis sur un oiseau d'escape. Le plus habile profite de tous les avantages de la situation ; l'autre reçoit néanmoins, s'il a bien volé et pour ne pas le décourager, une part de pât, une consolation. Mais le premier seul jouit de son droit de courtoisie. Il est important que les deux oiseaux chasseurs ne se cherchent pas querelle. On répète cet exercice à des distances progressives, jusqu'au moment où l'oiseau sera jugé assez assuré pour voler pour bon.
6« EXERCICE. — Cette leçon n'est que l'application de toute la série des exercices auxquels l'élève a été soumis. Le fauconnier, avant de faire voler ses oiseaux devant témoins, doit les essayer en plaine au vol pour bon, et s'éloigner des curieux tant qu'il n'est pas sûr que ses élèves lui feront honneur. La critique est aisée, Tart est difficile. Il faut donc que les oiseaux volent pour bon assez longtemps pour que le maître ne soit pas exposé aux risées, soit parce qu'im élève dérobera ses sonnettes, soit parce qu'il prendra change sur un Pigeon, soit parce qu'il refusera de voler ou ne volera pas d'assurance, soit enfin parce qu'il charriera sa proie.
Telle est, en général, la marche à suivre pour Taffaitage des oiseaux. Ces principes généraux établis, il faut aborder quelques questions de détail qui se rattachent à l'espèce qu'on affaite, à son caractère plus ou moins souple, quelquefois trop fier, trop ardent, au pays d'où elle est apportée, au vol auquel on la destine, etc., etc.
Eig. S5. — Retour de la chasse au Faucon,
AFFAITAGE DES GRANDES ESPÈCES DE FAUCONS DÉSIGNÉS GÉNÉRA- LEMENT sous LE NOM DE GERFAUTS , FAUCON BLANC , FAUCON d'lSLANDE, FAUCON DE NORVEGE.
Lorsque ces oiseaux de l'extrême nord étaient un objet de commerce, ou de cadeaux royaux ou princiers, on a remarqué que plus ils étaient grands, forts et âgés, plus leur affaitage était
difficile. On a constaté aussi que plus la température du pays natal était froide et plus les élèves offraient de résistance aux fauconniers. Enfin on dit que les Tiercelets hagards de ces grandes espèces étaient de tous les plus réfractaires.
Les soins qu'il faut donner â ces oiseaux, à leur arrivée, sont ainsi indiqués : Il faut d'abord les essimer, mais, pour le faire sans danger, il est indispensable de tenir compte du degré de force de leur constitution ; du temps qui s'est écoulé depuis qu'ils sont pris, de l'inaction dans laquelle ils ont vécu et de la qualité des viandes plus ou moins nourrissantes qu'on leur a données. Il faut surtout se bien garder dô rien exagérer : un jeûne poussé à Texcès ne produirait qu'un effet momentané ; moins rigoureux, mais trop prolongé, il serait suivi de marasme. Que Ton se tienne donc dans un juste milieu, et, en cherchant à amaigrir l'oiseau pour le dompter, il faut tout combiner, de ma- . nière à ce qu'en l'abaissant momentanément, ce soit sans altérer ses facultés naturelles, qu'il faut ménager, et qu'il soit possible de le relever en peu de temps. L'expérience a appris que l'on atteint ce but en ne donnant à l'oiseau que la moitié de la nourriture qu'on lui laisserait prendre, si l'on voulait le tenir dans toute sa force. On a le soin de filtrer l'eau qu'il doit boire et de laver la viande du pât pour la rendre moins nourrissante et un peu laxative. Ce régime ne suffit cependant pas toujours pour réduire ses forces et le rendre docile ; il faut parfois avoir recours au pât de cœur de veau pilé, mis en boulettes et qu'on donne à l'oiseau pendant quelques jours, de manière à ce qu'il fasse gorge d'une boulette entière. L'effet produit, on revient à la première nourriture de chair lavée, à demi-gorge seulement, et quelques jours suffisent pour arriver au but désiré. On profite de ce temps perdu pour habituer l'élève au chaperon, puisque, jusqu'à ce moment, c'est le seul exercice possible. Mais cette manœuvre particulière exige quelques détails, à l'égard des plus
indociles. Vers les quinze derniers jours du régime qui vient d'être indiqué, on bride une des ailes du Gerfaut ; on lui mouille le dessus du dos, les côtés et le devant du corps, en lui jetant de Teau avec une éponge. Puis, sans ôter ni relâcher le chaperon, on lui passe une main devant et derrière la tête qu on manie, et avec l'autre, munie du frist-frast, on le frotte en appuyant sur le dos, sur les côtés et entre les jambes. Si les mouvements de la tête sont souples, dociles à la pression de la main, on relâche le chaperon pour découvrir à moitié un des yeux. Le chaperon est maintenu ainsi ou resserré plus ou moins promptement, suivant la conduite de Toiseau. On renouvelle les frictions à l'aide du frist-frast ; on découvre un œil, on le recouvre alternativement, et bientôt les deux yeux peuvent être démasqués, mais, sans ôter entièrement le chaperon, dans lequel le bec reste toujours engagé. Ces manœuvres, qui se font d'abord dans le silence, risolement et une demi-obscurité, ont un succès tel, que, si on les commence le matin, et si elles sont répétées dans la journée, il est assez ordinaire de voir le Gerfaut, ainsi tourmenté sans relâche, s'adoucir assez dans la soirée, quoique découvert, pour lui laisser voir compagnie. Si l'on juge l'élève assez déprimé, ou assoupli, pour faire cesser son isolement, il faudra éviter tout ce qui pourrait l'intimider, l'effrayer, éveiller sa défiance. Les personnes qui entreront dans la fauconnerie seront placées de manière à le voir en face, et se garderont de passer derrière lui : si l'oiseau prend peur, la souplesse acquise est perdue et il faut revenir aux premières épreuves. Si rien ne le dérange, on continue le régime indiqué jusqu'ici, et l'exercice fréquent du chaperon. On le veille, et on se sert du frist-frast jusqu'à une heure avancée de la nuit ; alors on lui laisse prendre un repos dont il a grand besoin.
Un Gerfaut est rarement introduit avant un mois de séquestration et quinze ou vingt jours de demi-régime. Mais, dès que
cette première éducation est assurée, on peut commencer à éprouver sa docilité. Les dix premiers jours sont employés à la fréquente répétition des exercices précédents, qui commencent, chaque jour, dès le matin, et se prolongent jusqu'au milieu de la nuit. Mais on laisse peu à peu l'oiseau plus longtemps découvert, pour qu'il s'accoutume au bruit, au mouvement, aux chiens qu*on tient d'abord à distance, en laisse, et qui doivent, eux aussi, être habitués au faucon. .
A cette époque de l'initiation, l'oiseau, à demi découvert, reçoit quelques beccades, puis progressivement on en permet un plus grand nombre sans mettre le chaperon, et Ton arrive à lui donner sa ration entière sans être couvert. L'introduction s'avance lorsque Télève se montre empressé à prendre sa nourriture, docile aux autres exercices et paisible à la vue des hommes et des Chiens. L'élève est porté chaperonné dans une pièce où n'entrent que le maître et ses aides, et où se trouve une table sur laquelle est attachée une queue de Bœuf dépouillée. Les aides sont placés de manière à faire face à l'oiseau lorsqu'il sera déchajperonné.
Le maître, ayant à la main ime aile de Pigeon sanglante, et encore chaude, s'approche de l'oiseau, la lui fait sentir, et, au moment où le Gerfaut s'acharne sur ce pât presque vif, et en a détaché une ou deux beccades, on le découvre et l'on tire doucement * l'aile sur la queue de Bœuf; l'oiseau suit, se jette sur la queue ; l'aile est enlevée, pour être représentée quelques instants après dans le creux de la main : à mesure que l'oiseau pose sur cette aile l'une, ou l'autre de ses serres, on élève doucement la main en faisant, à voix basse d'abord y le cri du leurre hallo-hallo, et tandis qu'il s'acharne de nouveau sur l'aile, on le chaperonne aussi légèrement que possible. Un moment après on retire l'aile, et l'exercice recommence. L'oiseau découvert re^irend la queue de Bœuf; on le relève en lui présentant une nouvelle aile de Pigeon, avec laquelle on le leurre. Un des aides lui donne, dans sa
FAUCONNERIE. lOT
main, le complément delà ration : pendant qu'il mange et lors* qu'il arrive aux dernières beccades, on le recouvre ; on l'achariie encore quelques instants sur Taile, et l'exercice finit par la friction du frist-frast. Le lendemain on recommence, en attirant Foiseau vers la table par un appât dont on le tient un peu plus éloigné, en haussant la voix par le cri du leurre, en même temps qu'on Tacharne. Dans la soirée du même jour, Foiseau étant placé sur sa perche et découvert, on passe devant, et à quelques pas de lui, avec une lumière; on la promène doucement, en ayant soin d'éviter d'abord que Fombre qui sera j^oduite passe derrière lui; on F y habitue ensuite peu à peu, et lorsqu'on s'aperçoit que les divei's mouvements qu'on répète autour de lui ne lui font plus d'impression, ou emporte la lumière, après la lui avoir montrée pendant une ou deux heures.
Les quatorzième et quinzième jours sont consacrés aux mêmes exercices en plein air, sur le gazon, et en augmentant progressivement les distances. On tient d'abord Foiseau fort court et on le leurre de près ; on lâche la longe insensiblement, on la remplace par la filière, et on le leurre de plus loin, en sorte que le seizième jour le leurre soit présenté de cinquante à deux cents mètres. On ne manque pas, à chacun de ces exercices, de l'accoutumer au cri du leurre, dans tout son éclat, et tel qu'il l'entendra les jours de chasse.
Pendant toute la durée de ces exercices, la ration journalièie diminue d'autant plus qu'on approche davantage du terme des quinze jours, pendant lesquels l'oiseau a reçu deux ou trois fois une cure d'ail et d'absinthe. Chaque soir, on le couche à la lu^ mière et on cherche à le fortifier dans l'habitude des objets qu'il doit voir et des mouvements qu'il voit faire.
Pendant les deux jours qui suivent cette laborieuse quinzaine ^ on acharne le Gerfaut sur une Poute. Le premier jour^ on ne lui ote le chaperon que loi-squ'on le voit acharné. Le second, on
commence par le découvrir; la Poule lui est montrée à cinq ou six pas, en l'avertissant par le cri du leurre. Pendant les exercices, la Poule reste complètement à la disposition du Faucon, et il s*en repaît avec grand plaisir. Il ne faut pas manquer de profiter de ce moment pour affecter de se mouvoii' autour de lui, de parler, de crier, afin de l'habituer du plus en plus au bruit et à l'agitation.
Le jour suivant on le tient ferme, pour le mieux disposer à l'épreuve décisive du lendemain, et qui consiste à le leurrer à grande distagce, de cent à quatre cents mètres, sans filière.
Les différents exercices dont nous venons de parler forment la première partie de l'éducation du Gerfaut ; le but qu'on se proposait était d'oitenir la docilité de l'élève en l'abaissant, de Thabituer à recevoir sa nourriture au lieu de la chercher luimême, et de le façonner au bruit et à l'intervention du faucoimier. Il faut maintenant aborder la partie sérieuse de l'affaitage et lui faire poursuivre une proie qui cherche à s'échapper et qu'il doit atteindre et saisir. Ces derniers exercices demandent im temps plus ou moins long, suivant les dispositions et le ca? ractère de l'oiseau.
Le premier jour, on enferme dans une peau de Lièvre, préparée en forme de sac, un Poulet dont la tête peut sortir par une ouverture pratiquée à la partie supérieure du sac ; cette peau est déposée sur le sol, et représente plus ou moins bien un Lièvre au repos. On donne à ce leurre le nom de traîneau. L'élève est déchaperonné à quelques pas de la peau, le Poulet ayant la tête hors du sac; le Gerfaut se dirige sur ce leurre, aussitôt le Poulet rentre sa tête et cherche à se cac.her ; mais les mouvements qu'il imprime au sac et ses cris animent le Gerfaut, qui s' acharne sur la peau. On Texcite en lui présentant sur le poil du Lièvre quelques beccades ensanglantées, puis on le relève et on le chaperonne. Après une pause de quelques minutes, on répète le même
exercice à des distances plus grandes de plusieurs pas et en faisant faire, à l*aide d'une longue filière, quelques mouvements au traîneau qui, jusque-là, avait été présenté immobile.
Dix jours sont consacrés au même exercice, en augmentant les distances et en précipitant les mouvements du traîneau. Un aide qui le tirait d'abord fort doucement, le tire un peu plus vite, puis rapidement en courant à toutes jambes, puis enfin il l'entraîne au galop d'un cheval. 11 est important que l'homme et le cheval qui servent à l'exercice soient à une grande longueur de filière du traîneau, afin de ne pas détourner la vue de l'oiseau de l'objet qu'il doit saisir. Dans les premiers jours de cet exercice, on peut, pour mettre la peau en mouvement sans donner de distraction à l'oiseau, se servir d'une petite poulie montée verticalement sur un piquet qu'on fixe à cent pas en avant au plus du point de départ de l'oiseau ; la filière est engagée sur la poulie, et l'aide qui la tire en ieus opposé peut être placé derrière le fauconnier, qui lui donne des ordres à volonté.
Tant que le Gerfaut attaque la peau immobile, il n'a pas de fatigue, mais, quand il vole sur le leurre en mouvement, il semble étonné, il ne l'atteint d'abord que le bec ouvert et un peu haletant; mais un peu d'habitude le met bientôt en haleine, et la leçon se répète jusqu'à ce qu'il arrive sur le traîneau le bec serré et sans haleter.
Cet exercice sert, non-seulement à faire connaître le Lièvre au Gerfaut, mais à le fortifier par l'exercice même et à le mettre en haleine, ce qui est absolument indispensable, à quelque vol qu'on le destine. Il faut, chaque fois que l'oiseau lie bien le leurre, et s'y acharne vivement, piquer après la sonnette, pour arriver promptement à lui faire courtoisie, et lui donner quelques beccades diaudes sur les poils de la peau.
L'affaitage est presque terminé, si l'oiseau est destiné au vol du lièvre, il ne reste en effet que l'exercice sur des lièvres vi-
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vants, d'abord captifs et puis libres, pour clore la leçoii. Mais si l'on se propose de lui faire voler le Héron, la Grue et le Milan, il reste encore quelques exercices particuliers en rapport avec les habitudes de ces espèces diverses.
Quand le Gerfaut est en haleine par l'exercice du traîneau, on lui fait connaître le gibier au vol duquel on le destine. On remplace le traîneau, par exemple, par une peau de Héron ; on la lui jette à quelques pas et progressivement de plus loin en plus loin. On établit à la plus grande hauteur possible une corde qui passe d'un arbre à un autre, et au milieu de laquelle on attache une petite poulie montée. On obtient ainsi une filière verticale à l'aide de laquelle on enlève la peau de Héron, pour habituer le- Icve à lier sa proie en Fair, et en mouvement ascendant ou descendant. Quand le Faucon a bien lié sa proie, il faut lui donner dans les plumes de la peau quelques beccades chaudes pour Tachainer. Cette leçon, comme toutes les autres, est toujours suivie par des exercices avec le vif captif et le vif libre. Quand on emploie le vif captif, on déchaperonne le Gerfaut au moment où le Héron s'enlève, on le jette quand le gibier est à hauteur voulue, d'abord faible, puis successivement plus grande. On sait que le Gerfaut qui a lié une fois sa proie à ulie élévation de dix mètres la lie bientôt à cinquante, puis à cent, enfin à quelque hauteur qu'elle monte, et Taffaitage est complet et ne demande que de la pratique.
AFFAITAGE DU SACRE*
L'éducation du Sacre demande un régime plus sévère encore que celui en usage pour les Gerfauts. Cet oiseau est plus fier^ et il n'est possible de le réduire que par des privations et un jeûne poussé presque à l'excès. Lorsqu'un Sacre est suffisamment abaissé, on commence à le faire venir au pohig et à lui faire la
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tête. Le régime d'abaissement continue néanmoins jusqu'au point où il semble ne plus pouvoir soutenir ses ailes. Alorà commence une éducation dont la durée est d'environ quarante ou quarantecinq jours.
Les exercices sont jusque-là les mêmes que pour les Gerfauts, et ils sont faits dans les mêmes conditions. Seulement, quand le Sacre commence à sauter au poing, à sup[>orter la manœuvre du chaperon, et qu'il se montre docile, on le remonte, mais il ne faut Je faire qu'autant qu'on est sûr de sa docilité. Du cinquième au vingtième jour, les exercices du leurre ont lieu en plein air, en augmentant progressivement les distances jusqu'à celle do cent à deux cents mètres.
Le vingtième jour, l'exercice se fait à, vif, à petite distance, avec un Pigeon vivant captif et au piquet, c'est-à-dire attaché à deux ou trois pas de l'élève. Il ne faut pas s'inquiéter si le Sacre hésite à s'y acharner, comme s'il ne connaissait plus le vif; bientôt il se remet et s'élance sur le Pigeon.
Les jours suivants, selon le vol auquel on le destine. Lièvre, Buse ou Milan, les exercices se font avec le traîneau de peau ou avec une Poule d'un plumage brun ou roussâtre. Quand le Sacre lie bien sa proie cîtptivé, on met à la filière une Buse ou un Milan vivants auxquels on a émoussé le bec et les ongles, ou on le jette sur un Lièvre d'escape. Les derniers exercices consistent, si le Sacre doit voler le Lièvre, à faire lever un Lièvre p«ir un Chien auquel on met des entraves, puis par deux Chiens, et on habitue ainsi Toiseau à voler en même temps que les Chiens courent le Lièvre. S'il doit voler la Buse ou le Milan, on se sert d'un leurre fait avec les ailes de ces espèces d'oiseaux, et les exercices se font, comme pour les Gerfauts, à des hauteurs plus ou moins grandes. En délinitive, on le jette sur Buse ou Milan libres quand il est suffisamment assuré.
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