‹ La fauconnerie, ancienne et moderneChapitre 13 sur 17 · FAUCON PELERIN · texte numérisé non relu

FAUCON PELERIN

L'éducation des Faucons est moins longue et moins laborieuse que celle des Gerfauts et des Sacres ; le régime est moins rigoureux, et la durée de Taflaitage ne dépasse guère un mois. Le faucon niais est même quelquefois dressé en quinze jours, puisqu'il est presque apprivoisé lorsqu'on le met à l'exercice. Le Faucon sors demande, on le comprend, un peu plus de temps; le Faucon hagard en exige aussi un peu plus que le précédent, et le Faucon plus âgé est le plus réfractaire.

Il faut abaisser le Faucon et en même temps lui faire la tête. Le vingtième jour on l'exerce à la petite escape, le Pigeon tenu à la filière. Le vingt-troisième jour, suivant le vol auquel on le destine, on lui donne au piquet une petite Poule noire pour représetiter la Corneille, une Poule rousse comme leurre de Milan, une Poule grise comme leurre de Héron, et on lui laisse prendre plaisir et manger une partie de sa victime.. Le lendemain on le tient très-ferme. Le vingt-cinquième jour on Uii donne au piquet une Corneille, un Milan ou un Héron, en ayant soin d'émousser les ongles et le bec de ces oiseaux, ou de mettre l'étui au bec du Héron. Les deux jours suivants on met ces oiseaux à la filière, en augmentant les distances et les hauteurs, et le trentième jour on les escape.

Quelques Faucons, naturellement actifs et courageux, se montrent franchement dès le commencement de l'escape du Héron, et à la vue de cet oiseau ils s'animent et laissent paraître dans leurs yeux et leurs mouvements les dispositions hostiles qui les portent à le combattre sans hésitation. Les Faucons ne font pas d'abord paraître un grand courage en Mie d'un Milan, soit qu'ils craignent cet oiseau avant d'avoir bien éprouvé leurs propres ressources et essayé leurs forces, soit que l'antipathie réciproque

soit moins marquée. Généralement il ne faut pas perdre patience lorsque le Faucon semble paresseux ou lent à s'animer pendant les exercices. On a souvent remarqué que les plus tardifs deviennent par la suite plus ardents et plus assurés que ceux qui ont lait paraître d'abord une ardeur précoce. 11 faut ne pas se rebuter dans le cours de l'éducation de ces oiseaux tardifs, mais leur donner plus de soins et multiplier ou continuer plus longtemps, à leur égard, les moyens d'excitation. Le Faucon qui se jette précipitamment sur toute espèce de volaille, dès qu'il est déchaperonné, est un pillard et un oiseau sans valeur. Car on doit craindre que, se livrant toujours à cette chasse sans noblesse, il préfère cette proie facile et commune au gibier qu'il doit voler.

AFFAITAGE DE LÉMERILLON.

L'Émerillon est le plus docile et le plus sociable des oiseaux employés pour le vol ; il se familiarise en peu de jours, aussi son éducation est-elle courte et facile. Il n'est pas nécessaire de le chaperonner, ni de lui faire subir de longues privations pour le réduire ou le faire venir au poing; on ne lui met de chaperon que pour le transporter. Il suffit de l'abaisser un peu, de le faire venir au poing, en Taffriandant comme les autres oiseaux, d'abord à petite distance, et progressivement à de plus longues: il devient, en deux ou trois joure, si docile, qu'il semble pressé de voler au premier appel sur le gant qu'on lui tend. Les niais et les branchiers s'habituent facilement à la personne qui en prend soin ; les Émerillons sors et hagards n'exigent que quatre ou cinq jours d'abstinence pour être assouplis ; les vieux mêmes ne résistent guère plus longtemps. L'éducation est donc à peu près la même pour tous, sauf quelques dispositions de détail qu'il est facile de comprendre quand on s'est bien pénétré des principes généraux d'affaitage.

f14 FAUCONNERIE:

L'Érnerillon est le plus comnaun de tous les Faucons; il est assez facile de se le procurer; sa petite taille ne le rend pas embarrassant, tout chasseur intelligent et doué d'un peu de patience peut le dresser et en faire un objet d'amusement; il n'occasionne aucune dépense; il vole avec ardeur et courage la Caille, le Râle, le Perdreau, le Pluvier, et surtout l'Alouette, aussi pensons-nous qu'il peut être agréable d'avoir à sa disposition un moyen de distraction nouvelle, à laquelle toute une société peut prendre part sans fatigue, presque sans dérangement, et comme but de promenade.

Voici comment on procède à l'éducation et à Taffaitage de l'Émerillon. L'Émerillon pris, niais ou brancbier, sors, hagard ou vieux, est armé de grelots et de jets; il est placé immédiater ment dans une chambre doiït les fenêtres ne seront bouchées que par un grillage ou simplement par une toile ajustée sur un cadre. On disposera un bloc ou perche pour que Toiseau ne reste ps sur le sol, mais on le laissera en pleine liberté. Un abreuvoir et un petit baqiTct contenant du sable et quatre ou cinq centimètres d'eau seront mis près de la perche.

Ces niais et les branchiers sont famiharisés naturellement par les soins qu'on leur a donnés ; nous ne parlerons donc que de l'oiseau qui a été pris après avoir joui pendant quelque temps de la liberté. Le lendemain de son entrée en chambre, premier jour de l'enti-aînement, on lui servira, le matin à sept heures, line ou deux beccades de viande quelconque, et on lui fera coriipagnie, pour l'habituer. Le soir, à cinq heures, on lui servira do nouveau une beecade en essayant de la lui faire prendre à la main, on ne lui en donnera une seconde, et toujours à la main, qu'autant qu'il aura pris la première avec un commencement de docihté.

Les mêmes dispositions seront prises pendant quelques jours, trois à six, suivant le caractère plus ou moins souple de l'élève,

et il aura été exercé pendant ce temps à venir sur le poing. Dès qu'on aura obtenu de lui cette marque de soumission, on Taffriandera à petite et progressivenjent à plus grande distance, en lieu clos d'abord, à Tair et à la filière ensuite. A partir de ce moment, il faut renoncer au pat continu de viande de boucherie et lui donner souvent les petits oiseaux qu'il sera facile de se procurer morts ou vifs. Les exercices du vol commencent à la filière pour l'élève et l'oiseau d'escape; il est rare que dès le premier essai l'élève ne lie pas immédiatement le gibier qui lui est présenté, et après plusieurs exercices du même genre, il est assuré, surtout si le maître a su être doux, patient, soigneux, plein d'attention pour son élève, et qu'il ait mis l'intelligence indispensable pour bien tenir compte de son caractère.

Avec toutes ses qualités, l'Émerillon a ce que le chasseur appelle un défaut, il veut chasser pour lui et jouir de son droit. En effet, dès qu'il a lié une Alouette, il la prend dans le bec, puis dans les serres, et il la charrie pour en faire curée. On le corrige de ce défaut, dès les exercices à la fifière d'abord, en donnant un petit coup sec sur la filière de l'Alouette au moment où l'cHseau la lient dans le bec. Dans ce cas, la victime laisse quelquefois sa tête à l'Émerillon, qui en fait curée, ou bien elle tombe sur le sol sous l'impulsion de la filière, et l'élève la suit; elle est subtilement remplacée par le leurre acharné, et, pendant que l'Émerillon s'occupe du leurre, le maître fixe promptement l'Alouette à terre à l'aide d'une brochette en T. Le Faucon revient sur sa proie avec acharnement, mais, ne pouvant plus l'enlever ni la déplacer, il prend l'habitude de faire curée sur place. Quand il volera pour bon, on lui retirera doucement, mais habilement l'Alouette, en présentant à l'oiseau le leurre acharné. Après les exercices d'affaitage, et lorsque l'oiseau a fait preuve d'une docilité qui ne faillira pas, il faut lui faire bonne gorge de gibier.

i16 FAUCONNERIE.

AFFAITAGE DE L AUTOUR.

L'Autour niais ne doit être enlevé de l'aire que lorsque ses plumes commencent à noircir et que les pennes de la queue sont à demi-longueur; plus ces oiseaux sont avancés, plus ils sont estimés. Il faut les tenir dans un local sec et chaud, les bien traiter et les nourrir de bonne viande, en ayant soin de ne leur laisser avaler de plumes ni de poils que lorsqu'ils sont assez forts pour dégager leur mulette. On les habituera facilement au poing en les tenant souvent.

L'Autour branchier est très-recherché, cependant il a déjà de la malice, et les premiers temps de son éducation exigent beaucoup de patience. 11 faut, pour les familiariser plus facilement, les nourrir à la main, leur donner du vit, consistant en petits oiseaux préalablement plumés.

L'Autour passager ne doit pas être abaissé autant que les Faucons; il s'élève bien quand il n'a pas plus de deux ans, mais on lui préfère le niais et le branchier, qui, mieux familiarisés et n'ayant.pas connu la liberté, suivent mieux leur maître.

Il n'y a pas d'oiseaux plus propres à prendre beaucoup de Perdrix, et pour faire cette chasse avec plus de succès, il faut leur donner en volant tout l'avantage possible. On prend deux Autours qu'on tient séparément' aux deux ailes de la quête, à cinquante ou cent pas de celui qui la conduit, de manière à les avoir à portée des Perdrix qui partent. S'ils volent tous deux sur la même perdrix, il faut arriver promptement à la chute pour éviter une lutte souvent dangereuse.

On ne jette pas l'Autour comme le Faucon, il vole le plus souvent d'amont au-dessus du chien et du chasseur, pu se branche sur quelque arbre du voisinage pour attendre le départ du gibier. Il ne faut jamais perdre TAutour de vue, car s'il empiète un

Perdreau et le mange à la dérobée, il recommencera à la première occasion et deviendra indocile. Il aime le tiroir et il faut le lui donner tous les matins et le jardiner au soleil au moins pendant une heure. En le rentrant, il mangera volontiers un ou deux petits morceaux de viande baignée dans de Teau légèrement sucrée; cette friandise est recommandée pour lui permettre de se laver le bec et de nettoyer ses narines ; il est aussi nécessaire qu'il se baigne une fois par semaine, et il le fait avec grand plaisir. L*Autour qui commence à chasser a besoin de grands ménagements; il ne doit d'abord voler qu'un Perdreau par jour, et quand il en volera un second, ce ne sera qu'après un repos d'au moins une demi-heure. Supportant mal la forte chaleur et rhumidité, il chasse mieux en automne et en hiver qu'en été, et s'il rencontre de la rosée, il va se brancher au lieu de chasser.

Si la Perdrix chassée a pu se réfugier dans un buisson, il se met à son avantage pour la bloquer et attend que le chasseur vienne la relever. S'il l'a empiétée, il faut l'aborder doucement pour le secourir et lui prendre la Perdrix plus doucement encore. Dans le cas où l'Autour resterait branché et sourd au rappel, il faut atoir recours au tiroir ou à une Perdrix à la filière.

« A ceux qui tiennent des oyseaux, plastost pour fournir leur table que pour plaisir, tels oyseaux leur seront plus agréables que nuls des autres. Parquoy j'ay pensé de leur donner les instructions et addresses qu'ils doivent tenir lorsqu'ils recouvreront des Autours, soient niais, branchiers ou passagers, et ce pour les eslever, pour les dresser, pour les faire voler et pour les panser en leurs maladies. Il y sera dit aussi comme on les doit muer. Je vous diray bien encores que si les Autours avaient la créance et le courage des Faucons qu'il n'y aurait pas de meilleurs oyseaux, tant pour n'estre sujets d'aller au change ou de s'escorter que pour leur juste arrest. Ils sont bons oyseaux

soit eii là plaine, soit aux coteaux et mesme jusque dans l^s forests, pourveu que le vent ne les destourne. La volerie des Autours est commode à trois qualités de personnes. Premièrement à gens qui aiment l'espargne; car, faisant Yoler tels oyseaux, ils les peuvent faire secourir pair des valets à pied, et espagrgner par ce moyen leurs Chevaux. Secondement, pource qu'ils peuvent aller à leur aise à la chasse et à la remise sur le traquenart, ou bien sur la mulle. Tiercement, à ceux qui ignorent Tart de fauconnerie; car avec peu de science ils feront voler ces oyseaux, d'autant que ceste volerié consiste toute en ruses. Si vous voulez tenir de tels oyseaux, il leur faut donner çn volant tout l'advantage qu'il se pourra; jusques à les tenir du costé auquel vous jugerez que les Perdrix doivent passer, ce qui se fait aisément en pays de coteaux. Qui voudra prendre grande quantité de Perdrix en plaine ou en coteaux, il le fera avec deux Autours ou Tiercelets, en les tenant un à chasque bout des aisles de la queste, à trois ou quatre cens pas loing de.celuy qui la meine. Et, par ce moyen, en quelque part que les Perdrix prennent retraicte, elles trouveront un oyseau en teste sur la fin de leur force. Mais aussi il se faudrait donner garde qu'ils ne fussent pillarts; car si, par mal-heur, ils se rencontroient sur une Perdrix, ils se pourroient tuer l'un l'autre, comme autrefois il est advenu. On tient communément l'Autour à la cuisine, et plusieurs parlans des oyseaux, ils le nomment Cuisinier : ce n'est pas qu'il prenne plus de Perdrix qu'un Lanier ou un Sacre, mais pour la raison susdite, ou bien c'est qu'aucuns qui veulent aller serrez donnent la charge de le traicter au cuisinier, qui fait trois offices, de cuisinier, de chasseur et de pourvoyeur. Raison qui les fait tenir à la cuisine : c'est pour lés assurer au bruit des gens et de Chiens. D'Arcussia.

AFFAITAGE DE L EPERVIER.

L'éducation de l'Épervier est plus difficile que celle de l'Autour, et cet oiseau présente des différences individuelles de ca* ractère plus grandes que celles observées chez tous les autres oiseaux employés au vol. Aussi tel de ces oiseaux sera soumis en six ou huit jours, et la soumis^on de tel autre ne sera obtenue . qu'après douze ou vingt jours déjeune et d'épreuves.

Avant de faire voler l'Épervier pour bon, il est important de lui faire répéter ses leçons dans un verger et de ne le croire assuré que lorsque, réclamé, il cherchera de lui-même son maître, qui affectera de se cacher. L'Épei-vier est généralement un oiseau courageux et de bon travail ; mais on sait par expérience qu'il faut presque continuellement le tenir en haleine; l'inaction laisse prendre le dessus à sa fierté et à son indocilité, il a besoin d'être entretenu et comme vol et comme familiarité.

SOINS GÉMÉRAUX.

Les livres de fauconnerie sont remplis de recettes plus ou moins fantastiques pour guérir les maladies des oiseaux. En réalité, ces maladies sont peu nombreuses, presque toujours les mêmes, et dépendent des mêmes causes, la captivité, La vraie science du fauconnier médecin consiste à bien traiter ses oiseaux, à les bien nourrir et à ne les pas fatiguer au delà de leurs forces. 11 est difficile d'obtenir la guérison de la plupart des maladies des • oiseaux ; le meilleur remède consiste, dans la grande majorité des cas, à les placer dans des conditions qui ressemblent à la liberté et à leur donner du vif de leur goût. Tous les autres moyens sont sans valeur, aussi n'en parlerons-nous pas.

La qualité de la nourriture, sa distribution intelligente, des

soins hygiéniques bien entendus entretiendront parfaitement la santé des oiseaux. Il faut au moins une fois par semaine ne donner qu'une petite quantité de nourriture aux oiseaux de vol. Ce quart de ration correspondra au jeûne auquel ils sont accidentellement soumis à Tétat sauvage, car leur chasse est parfois improductive et leur régime très-irrégulier. On leur donnera aussi quelquefois du vif poil ou plume pour qu'ils puissent rendre naturellement leui* pelote, comme ils le font lorsqu'ils sont en liherté.

11 y a, chaque année, une époque à laquelle les oiseaux sont souffrants, c'est celle de la mue; il convient alors de leur donner une grande liherté, de leur ôter.les entraves, le chaperon et de les laisser voler librement dans la fauconnerie, qui sera garnie de plusieurs hlocs sur lesquels ils se poseront à Taise. Leur nourriture sera plus abondante et plus soignée; ils pourront, comme toujours mais surtout pendant la mue, se baigner à leur convenance, et on les laissera dans le repos le plus absolu.

Les oiseaux de travail, surtout les grandes espèces, ne peuvent être employés tous les jours. On leur donne bonne gorge après la chasse, demi-gorge le lendemain, pour chasser le surlendemain. Quelques accidents surviennent aux oiseaux pendant le vol ou même à la fauconnerie; une aile, une cuisse, une patte cassées; un coup, la perte de plumes, etc.; le degré de gravité de Taccident indiquera le parti à prendre, mais le plus souvent il faut renoncer à F oiseau, ou le soigner sans espoir de Tutiliser et par reconnaissance des services qu'il a pu rendre.

On donnait à chaque oiseau un nom particulier; ce nom était inscrit sur le bloc, comme le sont ceux des chevaux dans les grandes écuries, et cet usage s'est consené dans les rares fauconneries d'aujourd'hui. Nous citerons quelques-uns de ces noms : Sultan, César, Marquis, Baron, Gentilhomme, Bijou, Rapide, le Corse, l'Africain, Zoé, la Perle, Coquette, Fidèle, etc.

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