SUR LE VOL DES OISEAUX
Georges Cuvier, préoccupé avec juste raison de la valeur relative des types zoologiques par rapport à leurs aptitudes, avait placé les Faucons à la tête des rapaces nobles. Ce sont, en effet, parmi les oiseaux de proie diurnes, les meilleurs voiliers et les plus courageux. 11 leur faut une proie vivante qu'ils saisissent au vol. Ils suivent, pendant leurs migrations, les bandes de certains oiseaux voyageurs au milieu desquels ils choisissent chaque jour leurs victimes, se mettant ainsi à leur poursuite et les accompagnant comme plusieurs cétacés et certains gros poissons accompagnent les bandes de harengs.
Le vol des Faucons est soutenu, rapide, et se plie à toutes les exigences des diverses circonstances dans lesquelles ils se trouvent. Ainsi, le plus souvent, ils planent longtemps et décrivent des cercles du haut des airs au-dessus de la victime objet de leur convoitise; ils la forcent à s'abaisser graduellement, rétrécissant insensiblement le cercle de leurs spirales jusqu'à ce que l'ani-
mal, étourdi et fasciné, se réfugie timidement vers la terre ou se blottisse. Ils s'abattent alors comme un trait sur lui et l'enlèvent.
Ce n est cependant pas toujours ainsi que chassent tous les Faucons à l'état sauvage. M. le comte de Riocourt a communiqué au naturaliste Sonnini les observations suivantes, que nous reproduisons textuellement : « Les Faucons arrivent dans les plaines de la Champagne vers la fin d'août. Ils chassent seuls ou quelquefois deux ensemble. Le Faucon se tient sur une motte de terre ou sur une branche basse, d'où il part avec la rapidité de l'éclair dès qu'il aperçoit une compagnie de Perdrix à quelque distance que ce soit. Il la suit ou la croise, l'atteint, et, en la traversant, tâche d'en saisir une avec ses serres; s'il ne réussit pas de cette manière, il lui donne, en passant, un coup si violent avec sa poitrine, qu'il l'étourdit, s'il ne la tue. Il revient alors sur elle, et son agilité est telle qu'il l'enlève souvent avant qu'elle soit à terre. Alors il la dévore sur la place même ou il la porte derrière un buisson. Le Faucon ne suit pas à pied les Perdrix, comme font la Soubuse et l'Autour, et ne se jette pas non plus d'aplomb sur elles; c'est en passant et repassant au-dessus d'elles qu'il cherche à les faire lever. Il vole bas lorsqu'il chasse en rasant la terre un peu au-dessus de sa proie, et fait alors un bruit semblable au siffïeaient d'une balle. Il fait sa pâture de tous les oiseaux, Alouettes, Grives, Pigeons, Canards; ceux-ci plongent aussitôt qu'ils l'aperçoivent; les Perdrix se jettent à terre et se cachent dans les buissons, d'oii il est difficile de les faire sortir. C'est presque toujours dans le même endroit que le Faucon passe la nuit. Il s'y rend peu de temps après le coucher du soleil et se blottit sur une grosse branche d'arbre, près du tronc. Son sommeil n'est pas aussi profond que celui de la buse; aussi l'approche-t-on plus difficilement. Le moyen le plus sûr pour le tuer, quand on a découvert l'arbre sur lequel il couche,
ast de se rendre sur les lieux une demi-lieufe avant le lever ou le coucher du soleil et de le tirer au départ ou à Tarrivée. Il quitte les plaines de la Champagne vers la fin de février, et il ne revient qu*après la récolte des céréales. »
Nous croyons devoir extraire d'un livre rare aujourd'hui et fort intéressant, quelques observations sur le vol des oiseaux. Ce livre a été publié à Genève en 1784, par Huber, alors que la fauconnerie était encore en vigueur.
Dans une sorte d'avis au lecteur, Huber dit que pour se faire une idée nette et précise du vol des oiseaux de proie, qui sont, de tous les oiseaux, ceux que la nature a le plus favorisés à l'égard du vol, il faut considérer leurs alhires diverses d'une (nanière propre à simplifier* ces tours et détours capables d'égarer tout spectateur qu'on n'aurait pas averti de l'essentiel. Cette manière ne peut être qu'abstraite et pourrait par là déplaire à beaucoup de gens, si on ne les rassurait en leur disant d'avance que le ton méthodique ne durera qu'autant qu'il sera indispensable à la précision et à la clarté de l'exposition. 11 établira des divisions, sans prétendre par là fixer des limites à l'infini, c'està-dire à la nature, qui, phis elle est observée, moins elle présente de limites absolues. 11 prie donc de considérer ces limites comme aussi idéales, mais aussi nécessaires à l'observateur que le sont au dessinateur ces lignes d'attente qu'il trace sur ses figures pour asseoir son coup d'oeil et bien assurer son ensemble, et qu'il efface quand il a fini son ouvrage. Tout s'effacera de même dans l'ouvrage quand il sera parvenu à son terme, sauf ce que la nature a fixé dle-même de la manière la plus décidée. Telle est la division toute naturelle de l'ordre des oiseaux de proie en deux sections bien déterminées. Cette division existe dans la configuration des ailes, dont on verra deux types parfaitement distincts et les seuls qu'on ait pu apercevoir dans tout cet ordre d'oiseaux.
Huber exprime le vol de ces oiseaux par des lignes qu'il ne donne pas comme absolument rigoureuses, mais qui signifient cependant assez, dit-il, pour que l'on soit certain que moins les oiseaux s*en écartent, mieux ils remplissent l'objet de leur destination.
Nous reproduisons le texte d'Huber avec quelques additions intéressantes, mais nous avons cru devoir négliger ses divisions par chapitres et supprimer quelques détails inutiles.
L*auteur étalilit deux sections d'oiseaux de proie : les rameurs et les voiliers. La nature elle-même, dit-il, a établi cette division. Deux ailes totalement différentes sont les deux types que présentent les oiseaux de proie. Les passages d'une forme à l'autre ne se trouvent que dans les autres ordres, et ils varient à l'infini.
Si l'on osait indiquer une cause finale à cette disposition, l'on en proposerait une qui n'est peut-être pas indigne de l'esprit de la nature. Chez les oiseaux de proie, les moyens limités par la conformation paraissent déterminer avec simplicité les défenses des oiseaux qui sont en but à leurs entreprises. A la vue d'un oiseau de proie de l'une ou de F autre section, les espèces timides sont décidées à s'élever ou à rester à terre ; ce qui n'arriverait pas, c'est-à-dire qu'elles resteraient indécises, s'il y avait des nuances entre les moyens des oiseaux de proie; car la vigilance perpétuelle qu'exigeraient les distinctions à faire à chaque apparition d*un rapace absorberait le temps nécessaire aux besoins et aux convenances des espèces timides. D'un autre côté, les espèces timides, dont les moyens de défense sont variés autant que leur conformation, obligent leurs ennemis à varier et multiplier leurs mesures; ce qui est peut-être une compensation suffisante pour entretenir l'équilibre entre la destruction et la trop grande multiplication des espèces.
Quoi qu'il en soit de cette conjecture, voici les faits. L'ailo désignée sous le nom d'aile rameuse (i\g. 26) présente une forme
FAtîCONNERIK. 125
découpée et propre à frapper l'air avec force et fréquence. L'aiJo voilière (fig. 27) présente une forme large et émoussée, impropre
FiîT 13. — Aile rameuse de Faucon.
à frapper Tair conmie la précédente, mais propre, en raison de sa surface, à remplir l'office d'une voile. Les battements dont
Fig. 17. — Aile voilière de Milan.
elle est capable imitent, mais trop faiblement, les battements de la première pour qu'on lui attribue d'autre faculté que celle d'agir comme voile.
L'efifet de Taile rameuse est de vaincre la résistance du fluide élastique sur lequel elle agit. L'air, élastique dans le plus grand calme, devient plus élastique dans un sens quand le vent le chasse, et moins élastique dans un autre sens. L*aile rameuse frappant contre le vent rencontre une résistance qui élève l'oiseau à mesure qu'il avance; mais l'oiseau avance et par son poids spécifique et par la faculté qu'a une aile aiguë de couper le vent. Quand l'aile rameuse agit vent arrière, elle ne rencontre aucune résistance capable de hausser l'oiseau ; elle en rencontre même beaucoup moins que lorsque l'air est calme; son effet, en ce cas, est de soutenir l'oiseau dans la direction horizontale et de favoriser sa diligence, soit par ses propres forces, soit par le secours du vent, qui agit sur elle selon que l'individu sait la disposer. 11 y a cette différence entre la rame volante et la rame navigatrice> que l'une frappe, droit sous elle et l'autre de l'avant à l'arrière.
Pour faire comprendre comment il se peut qu'en frappant droit à plomb ou verticalement sous elle-même, l'aiîe rameuse porte l'oiseau en avant, il faut observer que le dessous de l'aile forme une voûte dont la partie la plus inclinée prend de l'avant de l'aile à la naissance des peimes et vanneaux. Si peu sensible que soit cette voûte quand l'aile est immobile, elle apparaît lorsque l'aile frappe l'air avec force. Alors la partie solide qui forme le " • bord antérieur de l'aile coupe l'air pendant que le reste cède en raison de la force du coup, et ce peu de surface inclinée chassant l'air en arrière plus qu'en dessous est cause de la progression, qui n'aurait pas lieu si l'aile était parfaitement plate et également IJurme sur toute sa surface. Les papillons, en effet, volent en culbutant ou par saccades, parce que leurs ailes sont plates.
Toutes les parties de l'aile concourent à la progression, et les luîmes élastiques cédant et se remettant aussitôt, portent nécessairement en avant le corps qu'elles accompagnent. Le ressort de
FAUCONNERIE. i27
l'àile réagissant avec plus de force encore, doublé les moyens de projection; car, cédant avec résistance pendant le fort du coup qui le frappe, il agit à son tour pendant les intervalles des battements avec la force d*un ressort qui se détend après avoir été forcé en sens contraire.
« 11 résulte de la disposition des rémiges des Faucons, dit G. Cuvier, des habitudes particulières. La longueur des pennes de leurs ailes en affaiblit l'effort vertical, et rend leur vol, dans un air tranquille, très-oblique en avant, ce qui les contraint, quand ils veulent s'élever directement, de voler contre le vent. »
Par les mêmes raisons, l'aile voilière forme aussi la voûte qui est nécessaire à la projection; mais cette projection est ralentie, parce que les battements sont moins forts, moins fréquents, et les pennes plus molles. Elle ne peut même projeter l'oiseau horizontalement que vent arrière. « Les ailes sont le gouvernail des oiseaux; pour tourner à droite, l'aile gauche bat avec force, la droite se meut d autant moins que le tour est plus court et plus entier; elle reste presque immobile quand Toiseau tourne sur lui-même. Quand l'oiseau plane, il tourne sans faire aucun mouvement sensible des ailes; dans ce cas, c'est en baissant un peu Taile sur laquelle il tourne, et en levant proportionnellement l'autre, qu'il décrit des cercles et des spirales à circonvolutions plus ou moins distantes. »
En examinant les deux types d'ailes figurées page 125, on remarquera que les pennes de l'aile rameuse sont médiocrement larges dans leur partie moyenne, qu'elles ne sont point éehancrées, et qu'elles se terminent en pointe adoucie; tandis que les pennes de l'aile voilière sont très-larges dans leur milieu, que les cinq principales sont fortement écbancrées, et se rétrécissent subitement à partir de l'écbancrure. La disposition de l'aile rarameuse permet de couper l'air en le comprimant avec force; les pointes des pennes ne laissent de vides entre elles qu'à leurs ext-
trémités, et l'air est comprimé dans toute l'étendue de l'aile. La disposition de l'aile voilière, au contraire, laisse passer l'air librement dès l'échancrure par les intervalles qui existent entre les cinq pointes longues et effilées. Enfin les pennes de l'aile rameuse sont en général plus fermes que celles de l'ailé voifière. Ces deux sortes d'ailes présentent naturellement, dans les deux sections, des degrés^qui s'éloignent plus ou moins du type principal.
Un signe visible de la fermeté des pennes chez les oiseaux de proie se trouve dans les taches ou la bigarrure vive et tranchée qui règne d'un bout à l'autre de chaque penne. Les pennes molles, au contraire, sont comme lavées uniformément de noir, de l'échancrure à la pointe, et d'un blanc presque uniforme dans le reste de leur surface.
L'auteur, comme il le dit lui-même, ne s'est proposé de parler que de ce qui influe le plus sensiblement sur le vol des oiseaux de proie; et la disposition des ailes suffît pour expliquer les différences que présente leur vol.
Les oiseaux rameurs ont constamment les yeux noirs et les becs dentelés vers la pointe, tandis que les voiliers ont les yeux clairs et les becs sans dentelures. Quant aux mains, serres et griffes des oiseaux de proie, elles présentent des nuances qui empêchent de généraliser, comme on le peut faire à l'égard des ailes, des yeux et des becs. En général, les oiseaux rameurs ont les doigts longs et déliés, et leurs pouces sont aussi allongés et déliés que le plus court des doigts. Les voiliers ont les doigts plus courts, moins déliés, et les pouces sont plus courts et plus renfoncés que le plus court des autres doigts. Mais, comme il se trouve dans les deux sections des degrés de noblesse, il y a beaucoup de distinctions à faire par rapport à la longueur des doigts. Les oiseaux les plus nobles ont les doigts les plus longs. Tous les ignobles ont les doigts courts et gros. Tout est noble dans la na-
ture, ex<^pté ce qui s*en écarte (ce cpii est monstrueux). Ainsi
Fig. 38. — Griffjp d'Ignoble.
Fijf. î9. — Serre comprimante de l'Anlour.
les mots noble ou ignoble sont relatifs aux fantaisies ou aux convenances des personnes qui les emploient; celles qui, par exemple, désireraient par-dessus toute chose la destruction des reptiles, des Souris, etc., trouveraient la Buse et la Chouette plus nobles que le Faucon.
On sera fort surpris qu'il ne soit pas question ici des queues des oiseaux de proie. Plusieurs raisons ont empêché d'en faire mention dans cet exposé : 1° la queue varie avec les espèces, et il faudrait établir trop de distinctions ; 2** on a observé que la queue ne sert pas, comme on l'a cru sur la parole de quelques anciens, de gouvernail à l'oiseau pour se tourner de côté on
Fig. 30. — Main liante du Faucon.
150 FAUCONNEniE.
d'autre, mais seulement de secours pour monter et descendre. En effet, les oiseaux, privés accidentellement de leur queue, exécutent néanmoins tous les mouvements pour lesquels on avait cru la queue nécessaire; on croit donc pouvoir la regarder plutôt comnie une surabohdance de moyens que comme d'absolue nécessité. Nous ne partageons pas complètement l'opinion d'Huber, et nous pensons que la queue des oiseaux joue un rôle assez spécial pour que la perte de cet organe nuise considérablement au vol des oiseaux, et nous renvoyons le lecteur à ce que nous avons dit à ce sujet dans notre neuvième leçon.
Huber divisa les oiseaux de proie diurnes en rameurs et en voiliers : les premiers sont les oise^iux de haute volefie, tels que le Gerfaut, le wSacre, le Faucon, l'Alèthe, le Hobereau et l'Émerillon. Les seconds, ou voiliers, forment deux sections, qu'il désigne sous les noms de voiliers saillants et de vo;iliers communs. Les voiliers saillants sont les oiseaux de basse voler ie; tels sont : l'Autour et l'Épervier. Les voiliers communs ne sont pas employés par les fauconniers, si ce n'est l'Aigle, dit-on, et sont dits ignobles. Cette section comprend donc : les Aigles, les Vautours, les Orfraies, les Balbuzards, les Milans, les Buses, les Harpyes, etc.
Dn vol. — Les oiseaux rameurs pèsent plus dans l'air que les oiseaux voiliers, spécifiquement et relativement à la dimension des ailes. Aussi les rameurs sont-ils les seuls qui puissent voler en s' élevant de droit fil contre le vent; c'est à ce point d'appui dans l'espace ou à cette sorte de lest qu'ils doivent la faculté de ramer avec fermeté et fréquence. C'est aussi à leur poids qu'ils doivent leur vitesse; mais il y a certaines conditions qui modèrent leurs avantages sur les oiseaux voiliers. La légèreté spécifique ou relative aux dimensions donne aux voiliers la fîCculté de se hausser avec une aisance supérieure; ils peuvent,
eii ne faisant que se prêter au vent, g*élever aux plus grandes hauteurs sans autre travail que le soin de disposer leui-s voiles selon le besoin ; mais ils ne peuvent ni voler de droit fil en se haussant contre le vent, ni fendre les airs avec une vitesse comparable à celle des rameurs.
Vol des rameurs. — Si Ic point auquel un rameur veut parvenir dans les airs se trouve à son zénith, le rameur est obligé de prendre sa route dans le vent et de la suivre jusqu'à ce qu'il soit au niveau du pohit désiré (fig. 31). Alors seulement il devra
Fig. 31. — A B Carrière. — B G Degré que l'oiseau parcourt vent arrière et d'une vitesse uu moins triple de la carrière. — C Point donné au zénith du point A, la flèche indique la direction du vent.
tourner queue et viser en droiture au but. Ce n'est pas qu'à de très-petites distances les rameurs ne puissent se hausser vent arrière; mais c'est au prix d'un tel effort, qu'il leur serait impossible d'y tenir longtemps. Aussi, plus l'espace à parcourir est étendu, moins les oiseaux s'écartent de la règle, et l'on y voit bien vite rentrer ceux qui s'en étaient écartés d'abord, dès que l'entreprise est de plus longue haleine qu'il? ne F avaient supposé au départ.
Si, au lieu d'être au zénith, le but se trouve être au-dessus du veut du zénith, assez pour que la montée ne soit pas trop ra-
pide, ce but supposé fixe, comme serait le sommet d*uii roc, le
rameur parviendra en droiture à ce point (fig. 32).
Fig. 58. — A B Carrière du Rameur. — B Point fixe supposé le sommet d'un solide.
Si le but n*est pas fixe, si, par exemple, le rameur entreprend d'atteindre un voilier ; comme le voilier fait sa diligence vent arrière, s'il n'est déjà sous le vent du zénith, mais pouvant y être en peu temps, le rameur poussera sa carrière dans le vent jusqu'à ce qu'il ait atteint non-seulement le niveau du voilier, mais qu'il se soit même élevé au-dessus de ce niveau. Son instinct le guide et lui apprend que la vitesse en descendant, si peu sensiblement que ce soit, vent arrière, lui fera regagner et au delà le temps employé à monter dans un sens du vent pendant que la proie s'éloigne dans le sens contraire (fig. 33). Huber estime la vitesse du vol horizontal du rameur, vent arrière, triple de celle que. cet oiseau emploie à distance égale en faisant sa carrière dans le vent. Si la ligne à parcourir vent arrière est tant soit peu inclinée, la vitesse est double de celle de la ligne horizontale. On pourrait ainsi graduer les vitesses depuis celle de la ligne horizontale jusqu'à celle de la descente verticale. Cette dernière, nommée avec raison foudroyante, exige environ cent fois moins de temps que la carrière poussée jusqu'à la hauteur d'où elle part. Ainsi, si la carrière ascendante,
OU espace parcouru eu montant dans le vent, a demandé cent secondes, la descente verticale n'en exige qu'une.
Fig. S8. — G Point donné mobile, soit la proie s'éloignant toujours plus du zénith sous le vent. — B Terme de la carrière du rameur plus élevée que le niveau actuel de la proie. — B G Pescente peu rapide, mais dont la vitesse est au moins double de celle du vol horizontal à vau le vent.
La carrière est plus ou moins oblique, mais elle n'excède guère l'inclinaison de 45**, et ce n'est même que pour une entreprise de très- courte haleine qu'un rameur la fait à cet angle. Plus elle doit être étendue, plus le rameur en modère la pente. Ainsi l'angle de 30** est généralement celui des entreprises de longue haleine. Encore faut-il que, par un calme parfait en apparence, le mouvement de Tair soit passablement fort, et que l'oiseau soit solide des reins et de longue haleine. La carrièie ordinaire sera de 15 à 20** au plus. L'on a dit en parlant du calme, parfait en apparence-^ parce que, si parfait qu'il nous paraisse, lés oiseaux y distinguent une direction de l'air qui échappe à nos sens et qu'ils nous font reconnaître par le parti qu'ils prennent de voler dans un sens plutôt que dans un autre. On serait bien plus convaincu de cette vérité si on lâchait dans le même instant plusieurs oiseaux rameurs; fussent-ils au nombre de mille, tous prendraient la même direction.
On appelle degré l'espèce de repos, sous le vent, que prend le rameur avant de commencer une autre carrière. Pour se repo-
151 l'AUCONNERlE.
ser, Toiseau vole horizontalement, le vent en queue, pendant un temps plus oïL moins long, selon les circonstances, et, selon l'exigence du cas, il recommence une autre carrière. Ainsi, de carrière en degré et de degré en carrière, le rameur s'élève à des hauteurs où les meilleures limettes ne peuvent le suivre (fig. 54).
^ii>*8*^il|<^pU'ÎJaM,,'ili^n?N '«jM gyff» j^m -'"i^
Fig. 34. ^ A B Carrière. — B C Degré. — CD Carrière. — DE Degré. — E F Carrière. F G Degré. — G H Carrière.
On a déjà dit que le rameur pourrait, en faisait mi effort considérable, monter ayant le vent arrière, mais que, ne pouvant soutenir longtemps un tel effort, il n'essaye de déroger à la règle que lorsqu'il s'agit d'une surprise à bout touchant; à part cette espèce de saut, il rentre dans la règle et s'en écarte d'autant moins que l'entreprise est de plus longue haleine. 11 est des rameurs qui font toute l'expédition d'une seule carrière; ceux-là sont les plus avisés, par les raisons qu'on exposera phis tard.
Vol des Toiliers. — Quand un voilier doit atteindre un point fixe au-dessus du vent, le vent lui est contraire, parce qu'il n'a pas les moyens du rameur pour le parer de droit fil en montant* Aussi, au lieu de parcourir en ligne droite, comme le fait le ra-^
meur (fig. 34), l'espace qui le sépare du but, il y arrive par bordées. (Fig. 35.) Sa légèreté spécifique et relative le rend inhabile à forcer le vent. Ses voiles déployées, le vent le pousse en
Fig. 53. — B Point fixe. — A C Roule par borilves.
arrière tout en le haussant et l'éloigneiait toujoui*s plus du but s'il ne fermait les ailes pour donner tête baissée dans le vent,
Fi<». 53. — C Dtîgré de hauteur auquel se porte le voilier avec aisance et sans trop dériver si le temps est calme. — C B Plongée au point donné.
dans lequel ce qu'il a de poids spécifique suffit pour le faire pénétrer en plongeant. En alternant ainsi Texpansion et lé resser-
rement de ses voiles, il parvient au but, mais plus lentement que n'a fait le rameur, qui a suivi la route la plus courte. Le voilier a un autre parti à prendre et qui revient à peu près au même : c'est de se laisser aller au vent, qui, en le faisant dériver, le hausse à tel point qu'il n'ait plus qu'à plonger pour atteindre en droiture le point donné (fig. 36). On est parvenu par artifice à faire entreprendre certains oiseaux de proie voiliers par des oiseaux de proie rameurs, et c'est ainsi qu'on a pu comparer les facultés des uns et des autres.
PREMIÈRES DISPOSITIONS d'uNE ENTREPRISE d'uN OISEAU DE PROIE RAMEUR SOR UN OISEAU DE PROIE VOILIER.
Pendant que l'oiseau de proie voilier, aidé par le vent, se hausse avec aisance, le rameur parcourt avec effort et de droit fil des carrières dans le vent. Ces carrières haussent l'oiseau beaucoup plus qu'en sens oblique, et ce n'est que lorsqu'il n'a
Fig. 37. — E Premier temps du voilier. — F Second temps. — A B Carrière mesurée sur le premier temps. — CD Carrière mesurée sur le second temps.
pas le choix qu'un rameur fait sa carrière à mi-vent, quart de
vent, etc., etc., et s'éloigne du voilier, qui, de son coté, détale à vau le vent. Le temps que le rameur paraît perdre en s*éloignant ainsi de son objet est racheté avec usure par la vitesse avec laquelle il parcourt l'espace dès qu'il n'a plus à faire qu'à se lâcher au vent. Cependant, si le voilier s'avise de se hausser à mesure qu'il voit le rameur monter au-dessous de lui, les forces et rhaleine du rameur pourraient ne pas suffire à mettre l'entreprise à bonne fin (fig. 37). Si l'on pouvait s'étendre ici sur le moral comme sur le physique, op. donnerait des^ exemples de tous les expédients qu'emploient les rameurs en pareilles occasions. On se contentera de faire voir comment un rameur, devenu routé par l'expérience, sait prévenir ces sortes d'incidents. En attendant, on expliquera ce que c'est que l'avantage nécessaire dans toute entreprise d'un oiseau de proie sur quel genre d'oiseaux que ce soit. Il consiste : 1** à gagner le dessus du vent; 2° la hauteur.
Dans le cas d'une entreprise d'un rameur sur un voilier, la première condition est aisément remplie, puisque le voilier, en détalant comme il le fait à vau le vent, donne le dessus du vent à son ennemi. Mais la seconde condition, la hauteur, fait la grande difficulté. Car le voilier n'est obligé à aucun travail pour se hausser, tandis que le rameur fait les plus grands frais eh haleine et en forces. Le rameur peut être mis à bout de forces par le voilier qui le voit venir, si ce dernier, en se haussant, oblige le rameur à monter par carrières multipliées. Le rameur, mieux routé par expérience, au lieu de monter par carrières successives au-dessous du voilier, va d'une seule carrière chercher au plus haut des airs une telle surabondance de hauteur, qu'il commande, pour ainsi dire, toute la sphère des incidents possibles, et, dans ce cas, le voilier, i^ssuré par la feinte retraite du rameur, continue sa route sans trop se hausser; mais la distance prodigieuse à laquelle il peut se trouver de son adversaire ne le garantit pas de ses at-
teintes, parce que l'excessive hauteur d'où part alors le rameur rend sa descente rapide au point de largement compenser cette distance {ûg. 58).
'isèuiutmta
Fig. 58. — C Esquivadé du voilier. — A Point de départ de la descente. — B Point où l'oiseau est descendu à faux, et d'où il tenterait peut-être vainement de reprendre avantage.
De» n^ssources. — A cette première atteinte, l'entreprise peut être teiminée, et c'est ce qui arrive quand le voilier est sans défense; le rameur le lie, puis l'amène en culbutant avec lui jus^ qu'à terre, où il achève de le mettre hors de combat. Mais le plus souvent le voilier, voyant porter sur lui avec furie, esquive
Fig. û9. — A Point d'où part la descente. — A B Ressource. — C Esquivade. — L'oiseau est reporléen B sans effort, et si promplement, qu'en récidivani, il trouvera sa proie à peu prè3 au point où il l'a laissée.
par un léger mouvement de côté, et le rameur, emporté par sa propre vitesse, irait toucher terre et s'y fracasser, s'il n'usait de
certaine faculté qu'il a de s'arrêter au plus fort de sa Titesse et de se porter droit en haut, au degré nécessaire pour être à portée de faire une seconde descente. C'est ce qu'il exécute en rouvrant tout à coup ses ailes, qu'il tenait serrées pendant sa descente. Ce mouvement suffit, non-seulement pour arrêter sa descente, mais encore pour le porter, sans qu'il fasse aucun effort, aussi haut que le niveau d'où il est parti. On appelle cette montée passive une ressource^ du latin resurgef^e. Le tout ensemble, c'est-à-dire la descente et la ressource, s'appelle une passade; ce qui fait à l'œil à peu près l'effet du balancement de l'escarpolette (fig, 39). II faut quelquefois plusieurs passades, et souvent même plus d'une centaine de passades, avant d'obtenir le succès. Dans ce cas, il n'est pas si étonnant qu'on pourrait le croire que le rameur soutienne un travail aussi long. Car, fùt-il prêt à être hors d'haleine avant de faire la première passade, il est remis en haleine par ce mouvement, au point de pouvoir le répéter sans cesse une heure durant, sans se fatiguer autant qu'en faisant une carrière de médiocre étendue. Le voilier, d'un autre côté, cherche à prendre son temps pour gagner un nouveau degré de hauteur au-dessus de la portée des ressources, et il on vient à bout, si le rameur ne presse les passades coup sur coup. Alors il faut que le rameur entreprenne de nouvelles carrières, ce qui, quelquefois, le rebute, en sorte qu'il quitte la partie pour n'y plus revenir, et le voiUer détale à son aise, libéré de toute poursuite, au moins pour cette fois. Une autre ruse du voilier, consiste à faire durer le combat jusqu'à l'approche de lieux propres à lui servir d'asile; dans ce cas, il prend son temps et s'y jette soudain, ce qui déconcerte sans retour les mesures du rameur. On est étonné de la promptitude avec laquelle un voilier dont le vol ordinaire est lâche, comparé à celui du rameur, esquive les passades. C'est précisément la mollesse de son vol qui In rçnd maître de ses mouvements. On verra qu'il y a des ra-
meurs, non de proie^ que leur vitesse extrême rend incapables
d'esquiver les passades.
ENTREPRISES d'dM RAMEDR OISEAU DE PROIE SUR RAMEURS NON DE PROIE.
On a vu que, dans les entreprises d'un rameur sur un voilier, l'avantage du dessus du vent se trouve acquis en grande partie parce que le voilier le cède tout naturellement. Ici, c'est tout le contraire; et, pour peu que le rameur, non de proie, ait d'avance au-dessus du vent, il ne tient qu'à lui de conserver l'avantage et de se libérer de la poursuite actuelle. Huber prend le Pigeon pour exemple du rameur non de proie, et le Faucon comme type du rameur oiseau de proie. Le Pigeon, dit-il, pour peu qu'il ait d'avantage au-dessus du vent, n'a donc qu'à suivre constamment sa route dans le vent, sans avoir même besoin de se hausser davantage, pour échapper à tous les efforts du Faucon parti du
Fig. 40. —Le Pigeon se trouvera enD, son second lemps, alors que le Faucon, parli de A sera à peine pai*venu en B e( perdra du temps s'il veut gagner le dessus au point favorable, par une carrière pénible, pendant que le Pigeon détalera de nouveau.
point A {fig. 40). Les Pigeons sont excellents rameurs, et ils volent même en plusieurs sens mieux que nul autre oiseau. Ils seraient imprenables, s'ils n'étaient sujets à perdre courage. Les oiseaux de proie sont avertis par leur instinct de cette disposi-
tion naturelle des Pigeons; aussi le Faucon, au départ/ apercevant quelque asile sur la route que prend le Pigeon, s'attend à le voir s'y réfugier; et voici une manœuvre dont on a eu de fréquents exemples : Il renonce à l'impossible, qui serait de gagner le vent au Pigeon; il ne cherche pas même à atteindre le niveau de sa route; mais il s'élève autant qu'il le faut pour n'avoir plus
Fig. 41. — Le Faucon, parvenu en B, ménage sa descente pour couper en C le Pigeon, qui parti de D, cherche à atteindre l*arbre E.
qu'à suivre une route inclinée, ce qui double au moins sa vitesse, et lui fait devancer le Pigeon, qui s'efforce en sens horizontal .
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Fig. 48. — Le Pigeon parvenu en X, son second temps, ne filant pas encore. —Le Faucon feint de fondre sur un autre objet Sa descente produit la ressource en E, d'où il se retourna pour descendre soudain et couper le Pigeon en C.
Maître de le devancer en volant ainsi à la descente, il se retient un peu en arrière pour voir filer le Pigeon sur l'asile et le couper
à rentrée (fig. 4'i). Il arrive quelquefois qu'un Pigeon, plus futé que d'autres, ne file sur l'asile qu'après s'être vu dépassé par l'oiseau de proie. Mais le Faucon, futé aussi, feint, en dépassant l'asile, de descendre sur quelque autre proie. Le Pigeon, trompé par celte feinte, file en assurance, pendant que le Faucon achève sa passade, et, du sommet E de sa ressource, coupe le Pigeon en C par un coup de revers (fig. 42).
Il est d'autres cas où le Faucon se trouve posté avec un avantage considérable; par exemple, à soixante ou cent toises au-dessus de la traversée "des Pigeons. Il peut alors faire avec succès une belle descente; mais, s'il porte à faux, il est rare qu'il soit à même de récidiver. 11 n'en est pas de même si des Canards sauvages, rameurs par excellence, mais si vites qu'ils ne peuvent esquiver, viennent à passer à cinquante ou soixante toises audessous du Faucon; car alors une descente, pour peu qu'elle touche, met le Canard hors d'état de continuer sa route. 11 suffit même qu'il veuille esquiver pour déranger ou rompre son mouvement.
OISEAUX DE PROIE VOILIERS, MAIS DISTINGUES SOUS LE TITRE DE VOILIERS SAILLANTS.
On a choisi ce nom de voiliers saillants pour l'appliquer à certains oiseaux (Autours, Éperviers), distingués des autres voiliers par la faculté que leur donne une conformation particulière, de faire, dans un court espace, une diligence extraordinaire, par une espèce de saut, dont les voiliers communs sont absolument incapables. Les ailes de ces oiseaux, quoique parfeitement voilières par leur coupe, sont cependant beaucoup plus fortes que les voilières communes, et cette force est due aux muscles des individus et à la consistance des pennes, qui sont bigarrées, con^
tre Tordinaire des pennes voilières. Toute Thabitude du corps de ces oiseaux annonce la promptitude dont ils sont capables. Ils sont très-élancés, et cependant membres très-fortement. Ils ont la tête petite et le col effilé, les épaules et les reins larges, quoique ramassés. Leurs ailes sont très-courtes, leur queue passablement longue; leurs cuisses longues et charnues, ainsi que leurs jambes hautes et nerveuses; leurs serres sont ouvertes, fortes et déliées. Chez eux tout annonce l'aptitude au saut. Leur corps a plus de consistance au toucher que celui des voiliei-s communs, quoiqu'il en ait moins que celui des rameurs. Leurs mouvements sont brusques, vigoureux et lestes; ils se remettent adroitement, étant attachés sur le poing ou sur la perche, au lieu que les voiliers communs pendent à la perche et se débatlent avec la mollesse des oiseaux mouillés. Aussi leur départ au saut est-il aussi prompt que Téclair. Le saut paraît composé d'un élancement qui part de la plante des pieds, et d'une forte et brusque contraction des ailes; son effet paraît dépendre, pour l'ordinaire, de la position. Il s'effectue de plusieurs manières, de bas en haut, de niveau et de haut en bas. Le saut montant exige le plus d'effort, et ne porte qu'à six ou sept toises. Le saut de niveau, en avant, n'exige guère moins d'efforts et ne porte guère plus loin. Le saut plongeant, qui est le plus ordinaire, exige moins d'efforts que les précédents, parce que l'oiseau s'abandonne en partie à son poids et au ressort qui le relève, comme on l'a vu aux passades des rameurs. La diflérence qu'il y a cependant du saut à la passade est très-grande par son intention, ainsi que par son résultat. On a vu que la passade reporte à sa hauteur le rameur qui vient de manquer son coup en effleurant sa proie. Le saut porte l'oiseau, en remontant, droit à sa proie, qu'il prend alors par-dessous, et c'est ce qui s'appelle trousseï*. Le saut montant a lieu quand la proie vient passer par-dessus l'oiseau, à la portée de son ressort. Il en est de même du saut en avant.
Mais le saut plongeant est le plus ordinaire, et il porte plus ou moins loin, selon la hauteur d'où il part. La courbe qu'il décrit a presque toujours la même figure, et ne diffère que par retendue. Ainsi la courbe qui part du haut d'un arbre est semblable, sans être égale, à celle qui part du poing d'un homme à pied.
Fig. 43. — 1 Saut montant si prompt, qu'il échappe à la vue. — s Saut horizontal de même. — S Saut plongeant d'une station peu élevée, le poing d'un homme à cheval. Ce saut porte plus loin que les deux premiers; il est aussi plus assuré. Sa vitesse est due à la descente 3 0, d'où naît la ressource 0 X, qui, si elle fût partie du point M supposé le milieu d une courbe régulière, eût été moins vive, attendu qu'il n'y eût pas eu de 3 en M autant de force accumulée qu'il y en a de 5 en 0. Ainsi, du saut 3 0 X,' qui, partant de plus haut, par exemple d'un petit arbre, porte plus loin que le précédent. Le saut plongeant peut porter plus haut que le point d'où il part, et cela dépend de In somme de forces accumulées dans la partie de li courbe qui plonge.
Du haut d'une montagne escarpée, le saut peut porter à un demimille. Ce serait trop charger la mémoire des lecteurs que de parler à présent de toutes les variantes que la pratique fait apercevoir, et qui ne sont sensibles, chez les oiseaux asservis, que lorsque les sujets ont des qualités extraordinaires. Le saut, fait ou sans succès, l'aile rendue à son état de voilière, n'est plus capable d'aucune vitesse, et ne sert qu'à planer.
11 est encore un moyen que les voiliers saillants n'emploient que dans certains cas, c'est le vol à tire-d'aile en droite ligne. Ces oiseaux entreprennent à tire-d'aile le gibier qu'ils jugent assez faible pour ne pouvoir leur échapper de cette manière. Us entreprennent aussi à tire-d'aile, de haut en bas, et sont alors
d'une vitesse extrême tant que dure la descente en Jigne droite; mais, pour peu que la proie s'élève en tournoyant, ils renoncent à Tentreprise. Dans le cas où ni le saut, ni lé vol à tire-d'aile ne peuvent avoir lieu, ces oiseaux s'élèvent, comme les Voiliers communs, pour revoir la proie qui est partie hors de leur portée. De certaine hauteur ils la revoient au loin, marquent sa remise, et s'y portent à leur aise, se plaçant alors à portée d'employer leur grand moyen, le saut. Les meilleurs postes sont les arbres les plus voisins de la remise; à leur défaut, ce sont les pointes des buissons, et enfin le sol; mais ce doit être de si près du corps de la proie, qu'il puisse la saisir au moindre mouvement et avant qu'elle ouvre les ailes.