‹ La Faune de la TranchéeChapitre 8 sur 11 · C. Huile camphrée · texte numérisé non relu

C. Huile camphrée

D. Liqueur de Van Swieten additionnée de 100 grammes de vinaigre par litre.

On laisse au contact pendant quelque temps et on termine par un lavage savonneux : ne pas oublier de brüler les cheveux coupés.

Nous nous servons presque toujours de la liqueur de Van

Swieten additionnée de vinaigre qui nous a donné d'excellents

résultats. Nous avons employé également avec succès le mélange

suivant :

SUB Er Éther sulfurique. $ parties égales.

Alcool 950...

Les cheveux sont lavés par touffes, séchés et la guérison est obtenue en trente minutes environ.

Poux de corps. — Le traitement de la phthiriase du corps apparaît théoriquement simple. L'homme contaminé se lave au savon et à l’eau chaude, puis fait une friction totale d'huile camphrée surtout aux parties velues. Stérilisation du linge de corps par ébullition puis lavage ordinaire. Désinfection des vêtements. Pour simples que soient ces données, la mise en pratique en est parfois malaisée dans un régiment : la stérilisa-

tion du linge et des vêtements ne peut se faire qu’au cantonnement, encore se heurte-t-on pour ces derniers à quelques difficultés. Pas d’étuve, et ie médecin de bataillon qui doit tout faire avec rien, se rabat sur les moyens de fortune. IL peut alors choisir entre la suifuration, le repassage et le brossage.

Sulfuration. — La sulfuration est une méthode assez pratique : du soufre, un local quelconque dont on bouchera les ouvertures. Quelques fils de fer pour suspendre les effets et voilà la chambre de sulfuration prête à fonctionner. À défaut de local, nous nous sommes servis de tonneaux divisés en deux par un grillage ; à la partie supérieure, on meltait les vêtements et l’on faisait brûler le soufre à la partie inférieure. Le procédé est excellent lorsque l’on n’a que quelques pouilleux à traiter; mais c’est souvent par cent ou deux cents qu'il faut les compter et comme chaque soldat ne possède qu'un jeu d'effets, que pour faire travail utile il faut désinfecter le tout à la fois, on ne sait que faire de ces hommes pendant les six heures d'exposition aux vapeurs soufrées, temps nécessaire pour oblenir une désinfection complète. Dans le dernier régiment où nous sommes passé, nous avions réussi à meltre de côté une vinglaine de pantalons et de capotes que nous faisions revêtir aux hommes dont nous sulfurions les vêtements. Une dizaine d’autres soldats attendaient dans le poste de secours, enveloppés dans des couvertures spécialement réservées à cet usage, et ainsi nous arrivions à épouiller une trentaine d'hommes par jour. En ayant soin d'envoyer ensuite ces hommes dans des abris non contaminés, nous arrivions ainsi à lutter efficacement contre la phthiriase.

Procédé du fer à repasser. — Les habits sont repassés à l'endroit, puis à l’envers. Il faut veiller au repassage répété et soigné des grosses coutures. C’est un bon moyen, mais que nous avons dû bientôt abandonner, car, d'une part, il est très long et ne permet d’épouiller qu'un nombre d'hommes très restreint, et, d'autre part, à moins d’être au cantonnement, on n’a guère les instruments nécessaires, si simples soient-ils, c’est-à-dire des fers à repasser et une table.

Brossage à sec. — Procédé simple, rudimentaire même, mais

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qui nous à donné de bons résultats. Les habits sont battus soigneusement, puis brossés énergiquement à l'endroit et à l’envers avec de grosses brosses en chiendent. Le sol sur lequel s'est effectuée l'opération est flambé à l’aide de tortillons de paille et les brosses sont rigoureusement désinfectées.

Formolisation. — Enfin, nous avons essayé un procédé qui se rapproche beaucoup de la sulfuration au tonneau, mais qui utilise le formol. Dans un de ces grands récipients en métal ayant contenu de l'alcool solidifié ou des conserves, et que l'on trouve facilement, on fait avec du fil de fer une séparation grillagée qui divise le récipient en deux. A la parlie supérieure, on empile les effets à désinfecter; la partie inférieure contient un mélange d'eau et de formol qu’on fait bouillir. Nous avons employé ce moyen lorsque nous avions quelques hommes seulement à épouiller, réalisant ainsi l'appareil stérilisateur individuel et lorsque nous ne pouvions employer les procédés de stérilisation en masse,

A ces mesures doivent s'en ajouter d’autres : rigoureuse propreté corporelle des hommes; elle est possible maintenant grâce aux appareils à douches dont sont dolés la majorité des régiments; lavage régulier du linge, cheveux constamment ras. Chez les hommes se présentant à la visite journalière ou aux visites sanilaires mensuelles, rechercher systématiquement les lésions de phthiriase pour dépister certains soldats qui, par fausse honte ou négligence, ne se plaignent jamais d’avoir des poux et contaminent leurs camarades. Du reste, nos combattants n'ont pas tous la sainte horreur du pou. Nous avons souvent vu des spahis marocains rechercher, avec des gestes nobles et mesurés, le parasite qui les gênait et le poser ensuite délicatement à terre à côté d'eux. Respect de la vie ou indifférence, nous ne savons. Quant à nos tirailleurs annamites, ils s’'épouillent consciencieusement et croquent chaque parasile capturé.

Il faut de plus veiller strictement à la propreté du cantonnement. Ces locaux doivent être arrosés et balayés chaque jour, désinfectés au moins une fois par mois; la paille doit être renouvelée tous les quinze jours et la vicille brûlée; nous nous

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sommes toujours efforcé de substituer à la paille de couchage, des couchettes en bois et en treillis métallique supprimant ainsi le plus gros élément de réinfection. Grâce à toutes ces précautions, le médecin peut et doit arriver à débarrasser ses hommes du Pediculus vestimenti, mais qu'il n'oublie pas que la réinfeclion est aussi rapide et facile que la désinfection est lente et difficile; que son bataillon remonte dans un secteur non désinfecté, qu'une troupe contaminée vienne partager son cantonnement, et voilà tout son travail compromis.

Poux du pubis. — Beaucoup moins fréquent que le précédent, il n’est pas pourtant une rareté. Les mesures de propreté générale et de stérilisation du linge sont les mêmes; les poils pubiens sont rasés, traitement radical qui, en campagne, n’a d'autre inconvénient que la sensation désagréable au moment de la repousse, sinon l'huile camphrée et mieux l’onguent mercuriel donnent d'excellents résultats.

En résumé, la destruction des poux, quels qu'ils soient, est tâche longue et minutieuse, la réinfection rapide ct fréquente. Mais eñ tenant énergiquement la main à l'application de toutes ces mesures, et en ne se laissant pas rebuter par les petits obstacles qu'il peut rencontrer, le médecin possède les moyens voulus pour la mener à bien.

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Les Rats.

Le rat maintenant retiendra notre attention. Hôte habituel de la tranchée, s’il est moins directement gênant que le pou, il n'en est pas moins un compagnon fort désagréable. En ces deux années, nous l'avons rencontré partout et en nombre considérable, et s’il en faut croire ses historiographes, c’est d’ailleurs l'animal des guerres par excellence. Le rat dit les invasions : telle horde, tel rat. C'est par migration que cet animal s’est introduit chez nous; prenons-en pour exemple le rat brun. Originaire de la presqu'île scandinave, il passe la Baltique sur les esquifs normands, s'établit aux bouches de l'Elbe et du Weser et de là se répand sur le continent et apparait en France sous le règne de Louis VII. Combatif et dominateur, il s'établit en maître, livrant une guerre sans merci aux espèces voisines, vivant cependant en bonne intelligence avec le rat d'eau ou de la Salpétrière. Mais chacun finit par trouver son maître et de même qu'il avait eu raison des espèces congénères, le rat brun ou rat normand fut exterminé par le surmulot encore appelé rat tartare ou moscovite.

Mais laissant de côté l’histoire lointaine de ces animaux, nous allons les étudier sommairement au point de vue zoologique.

Les rats sont des mammifères du genre des Rongeurs, famille des Muriens. Comme chez tous les rongeurs, les incisives sont très développées, les inférieures étant comprimées : pas de prémolaires, les molaires sont radiculées, décroissantes de la première à la dernière, au nombre de trois de chaque côté des

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mâchoires; tuberculeuses chez les rats omnivores, elles ont des replis anguleux chez les rats uniquement granivores. On trouve en Europe cinq espèces de rats :

1° Le surmulot.

2° Le rat noir.

3° La souris.

4 Le mulot.

5° Le rat nain.

Les deux premiers appartiennent au sous-genre Epimys; les deux suivants au sous-genre Mus et le dernier au sous-genre Micromys. ; |

À. Surmulot. — Le surmulot est un de ceux que l’on rencontre le plus fréquemment. Venu vraisemblablement des plateaux de l'Asie centrale, il fait son apparition en 1760 dans la ville de Jaïk (Sibérie), puis 1l se répand dans toute l'Europe, et, après une Jutle sans merci, supplante définitivement en France le rat normand.

D'un brun roussâtre, il a des poils longs et raides, cannelés et noirâtres sur le dos. Le ventre est gris ou blanchâtre, les pieds presque nus couleur de chair; la queue, plus courte que le corps, compte environ deux cents anneaux écailleux. Après une gestation de trente jours, la femelle met bas quatre ou huit petits qui naissent nus et faibles, mais croissent rapidement et peuvent déjà se reproduire au bout de trois mois. Chaque femelle donne deux ou trois portées par an.

B. Rat noir. — Le rat noir se distingue du précédent par la couleur plus foncée de sa robe : le ventre est cendré, les pattes nues et noirâtres, le museau est plus pointu que celui du surmulot, les oreilles sont grandes (moitié de la tête) et nues; la queue, plus longue que le corps, présente 250 à 260 anneaux écailleux. La femelle a deux ou quatre portées par an, chacune de quatre à dix petits qui naissent nus et d'un rouge sang.

Le rat noir semble être venu de l'Inde et être apparu «en Europe à la suite des croisades. Il ne se rencontre plus guère que dans les étages supérieurs des habitations, d'où son nom

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de rat des greniers, le surmulot l'ayant presque totalement détruit dans sa marche vers l'Ouest.

G. Souris. — La souris, qui appartient au sous-genre Mus, est beaucoup plus petite. La fourrure varie du gris au brun avec teinte plus claire sur le ventre, mais sans poils durs sur le dos. Les oreilles sont grandes et nues, la queue est aussi longue que le corps. Très féconde, la femelle donne par an trois ou quatre portées de quatre à huit petits chacune.

La souris paraît autochtone, elle trottinait déjà dans les habitations gauloises.

D. Rat nain. — Quant au rat nain, il est d’un roux vif avec les pieds et le ventre blancs; les oreilles sont courtes, arrondies et velues,; la queue est écailleuse et jaunâtre. Commun en France, c’est le rat des moissons, et, à l'encontre des espèces que nous venons de décrire, qui sont carnivores, il ne se nourrit que de graines.

Dans la tranchée, on rencontre à peu près exclusivement le surmulot et la souris, mais ils pullulent. Un abri est à peine construit que déjà ils l’occupent, même s’il n’y a point trace de terriers à plusieurs mètres à l’entour, comme si un secret instinct les avertissait qu'ils trouveront là bon gile et bonne table. D'une certaine discrétion pendant le jour, ils perdent toute retenue dès que le soir tombe : la tranchée semble alors leur appartenir, ils vont et viennent dans les boyaux, grimpent le long des rondins, galopent sur le toit des gourbis, sortent d’un trou pour rentrer dans l’autre, car, grands remueurs de terre, ils multiplient les issues. Parfois, à la suite d'une rivalité amoureuse ou d'une querelle pour quelque friand morceau, se livrent de terribles batailles, d’où le vaincu, s’il ne reste pas sur le carreau, sort en fort piteux élat. Car le rat est bien loin d’avoir les mœurs douces et patriarcales que lui a prêlées M. de Buffon. De tempérament balailleur et sanguinaire, il livre une lutte sans merci aux autres espèces ou à ceux de ses congénères qui lui disputent la place, se défendant courageusement, faisant lête au chien ou mordant le talon qui l'écrase. Quant à ses instincts familiaux, mieux vaudrait n'en point parler : il dévore sa progéniture et

immole ses parents affaiblis à son appétit; heureusement, d’ailleurs, car ce cannibalisme est un contrepoids nécessaire à son étonnante fécondité.

De tous temps, d'ailleurs, ils furent considérés comme des animaux malfaisants. Ne sont-ce point les rats qui, d'après la légende, annihilèrent l’armée de Sennachérib en dévorant les cordes des arcs et les cuirs des boucliers? Ne sont-ce point eux qui noyèrent cet archevêque de Mayence et firent disparaitre des tapisseries la figure et le nom de l’impie ? Pour être moins extraordinaires, les méfaits de leurs descendants n'en sont pas moins considérables. Tout ce qu'ils trouvent leur est bon : pain, viande, détritus de toutes sortes, livres, bretelles de fusils, souliers ; sur tout, ils portent une dent destructrice : ils trottinent sur le corps des dormeurs, n’hésitant pas à mordre la main qui essaye de les chasser, et ces plaies toujours infectées demandent à être surveillées : morts, leurs cadavres pourrissent entre les madriers ou derrière les planches et infectent nos étroits réduits ; aussi le soldat a-t-il voué une haine mortelle à ces hôtes désagréables et répugnants que, dans son langage imagé, il appelle des « lièvres ».

Mais le gros danger du rat, c’est qu'il est le propagateur de la peste. C'est Ià une notion connue depuis l'antiquité. Les Égyptiens symbolisaient la peste par un rat; à Thèbes, Ptah, dieu de la destruction, était représenté avec un rat dans la main ; dans la Bible, à la description de la peste des Philistins, se retrouve cette relation entre la terrible maladie et les rats. L'Apollon tueur de rats (opy8evs’ AxoAlwy), adoré en Asie Mineure, et la monnaie frappée à Pergame, et représentant Esculape avec un rat mort à ses pieds et près de lui un homme nu dans l'attitude du suppliant, sont encore des preuves de la connaissance de cette relation. Les Romains en font mention, la littérature du moyen âge également.

Aujourd'hui encore dans les pays d’origine de la peste, cette relation est fort bien connue. En Chine, les habitants appellent la peste « la maladie des rats », et dès qu'ils constatent une grande mortalité des rats, ils s'empressent de quitter leur

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demeure mettant en pratique ce qu’au moyen âge on appelait « l'Electuaire des trois adverbes », s’énonçant ainsi : « cito, longe, tarde », c’est-à-dire, tôt partir, bien loin fuir, tard revenir. Pendant l'épidémie de Canton, on ne trouva pas moins de 22.000 cadavres de rats, 40.000 pendant l'épidémie de Bombay. C'est Simond, médecin de la marine française, qui, le premier, montra le lien unissant les épidémies humaines aux épidémies animales, ayant remarqué que la phlyctène précoce débute généralement au point d’une piqüre de puce, il prit des puces sur des rats malades. Son examen lui montra l'intestin rempli de bacilles pesteux qui peuvent vivre là jusqu’à vingt jours et s'y multiplient : l'expérimentation lui montra également que des rats sains piqués par des puces de rats pestiférés contractaient la maladie. Or les puces du rat piquent parfaitement l'homme.

En résumé, c'est toujours par une épidémie sur les rats que commence la peste, ceux-ci s’infectent les uns les autres, puis transmettent la maladie à l'homme par l'intermédiaire des insectes piqueurs, mais surlout des puces qui abondent sur lui. La France n’a pas subi les atteintes de cette maladie, depuis l'épidémie de Marseille en 1720, mais l’infeclion est toujours possible, aussi la destruction du rat, facteur initial de l'épidémie, doit-elle être menée avec énergie.

Ce sont ces moyens de destruction que nous allons étudier maintenant. |

Le meilleur de tous est certainement la dératisalion par l'acide sulfureux à l’aide de l'appareil Clayton, ainsi que cela se pratique pour les bateaux : le procédé est inutilisable pour la tranchée.

Dans beaucoup de secteurs, des chats vivent en familiers : choyés par l’un et par l’autre, continuellement repus, ils ont perdu toute qualité destructive; à peine, pour satisfaire leur instinct de chasse, attrapent-ils quelques souris, mais prudents, ils se gardent bien d'entamer la lutte avec le surmulot qui a dents et ongles et sait s'en servir. Plus d’une fois, à la nuit tombée, dans un petit village de première ligne, nous les avons

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vus considérer d’un œil indifférent les rats qui trottinaient parmi les décombres.

De beaucoup préférable est le chien ; le fox-terrier en partieulier est un tueur de rats tout à fait remarquable, il attaque et tue tous les rongeurs qu'il rencontre, ou par sa mimique expressive indique le terrier où s’est refugié le rat : quelques coups de pelle et l'animal découvert est achevé. Il n’est guère de régiment qui ne possède au moins un de ces précieux auxiliaires.

Dans un des régiments où nous avons passé, nous avions organisé une équipe par compagnie chargée de la destruction des rats dans le secteur de leur unité. Après leur avoir montré l'utilité de leur rôle et pour donner plus de poids à nos paroles, nous avions alloué 5 centimes par cadavre de rat. Dès le début, les résultats dépassaient nos espérances, seulement nous nous aperçümes vite que le mêxre cadavre de rat était plusieurs fois présenté et plusieurs fois rapportait la prime et, dès lors, tous les cadavres présentés étaient brülés séance tenante. Malgré tout, avec ce procédé, chaque compagnie arrivait à détruire trente à quarante rats par jour.

Mais le rendement obtenu par ces moyens est relativement faible, étant donnée la prodigieuse fécondité du rat : ce qu'il faut obtenir, c'est sa destruclion en masse, et c'est là que sa gloutonnerie vient en aide. Nombreux sont les ingrédients mis en vente à cet effet : à base d’arsenic ou de seillitine, ils donnent d'assez bons résullals, mais le meilleur de tous est certainement le virus de Demysz délivré à l’armée par l’Institut Pasteur. Ce virus absorbé par le rat lui donne une gastro-entérite dont il meurt : comme ces animaux n'hésitent jamais à dévorer les cadavres de leur semblable, ils contractent à leur tour cette gastro-entérite qui va ainsi se propageant. En pratique, on ajoute au virus livré son volume de lait ou d’eau, et dans ce liquide on met tremper des boulettes de mie de pain qui sont ensuite placées à l'entrée des terriers ou sur le chemin habituellement suivi par les rongeurs, Nous avons personnellement obtenu de bons résultats par ce procédé : la première tentative surtout fut couronnée de succès ; le pain ayant été placé à la fin

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de la soirée, on rencontrait le lendemain dans les boyaux de très nombreux rats morts ou se tordant dans des coliques auxquelles un coup de bêche mettait rapidement fin. Les jours suivants, les résultats furent moins encourageants, puis finirent par être négatifs. C’est que le rat résiste assez souvent au virus ingéré de celte façon ; mais en agissant de la manière suivante les résultats sont vraiment merveilleux. Il faut prendre au piège dans la région à déraliser quelques rats vivants : à ceux-là on injecte directement le virus dont un essai préalable aura montré la dose nécessaire pour amener la mort; ces rats, une fois remis en liberté, propageront rapidement la maladie dans le secteur.

On a institué, à un moment, dans les groupes de brancardiers divisionnaires, des équipes spéciales de dératisation : elles comprenaient des hommes dressés spécialement à la préparation et à l'emploi du virus et des chiens ratiers: les médecins chargés de leur direction étaient allés faire un court stage à l'Institut Pasteur. L'idée était bonne, l’applicalion le fut moins. Nous avons vu une seule fois une de ces équipes monter à nos tranchées; elle déposa dans quelques coins du pain empoisonné, puis sans avoir vu la moitié du secteur, pressée par le temps, partit et ne revint plus; il en fut de même un peu partout, c'était d’ailleurs inévitable.

Le mieux est que dans chaque corps de troupe la lutte soit poursuivie énergiquement par les différents moyens que nous venons d'énumérer, mais la destruction complète est très difficile à obtenir.

Il faut signaler la destruction des rats par les gaz asphyxiants. Dans les tranchées qui ont été envahies par ces gaz, les rats disparaissent complètement pendant un certain temps. Puis un beau jour ils reparaissent et pullulent bien vite.

Les Mouches.

Avec les mouches, nous voilà revenu aux insectes que nous avons quittés pour les rats. Peut-être eût-il été plus scientifique de diviser les parasites de la tranchée selon l’ordre auquel ils appartiennent, mais nous avons jugé qu'il était mieux d'étudier leur fréquence et l'importance des dangers que présente leur vie aux côtés de l’homme, |

Les mouches appartiennent à l’ordre des Diptères, sous-ordre ‘ des Brachycères; les espèces, très nombreuses, rendent la classification très complexe; nous ne nous en inquiéterons pas, cette étude ne trouvant pas place dans ce travail. Qu'il nous suffise de savoir que ces insectes sont, suivant l'espèce, vivipares ou ovipares. Les larves portent des crochets buccaux et présentent un corps annelé muni de stigmates antérieurs ou postérieurs ou bien les deux, suivant le stade : les unes sont céphalées, les autres acéphalées; les premières donnent des nymphes à la suite d’une mue, les autres se durcissent sans muer, et sous cette enveloppe épaisse appelée pupe, se développe la véritable nymphe. Les larves ont, en parasitologie et aussi en médecine légale, une importance de premier ordre, mais leur étude n’est malheureusement qu'ébauchée.

Les mouches sont très intéressantes à étudier pour le médecin par les maladies qu’elles transmettent : une des plus intéressantes est certainement la glossine qui véhicule le Trypanosoma Gambiense, mais la majorité des mouches qui transmettent des maladies spécifiques sont exotiques. Nous ne nous occuperons

dans ce chapitre que de celles qui vivent en France : elles appartiennent à la sous-famille des Muscinées, à celle des Sarcophaginés et à la famille des Tabanidés.

A. La sous-famille des Muscinés renferme une grande partie des mouches que nous rencontrons journellement. Les larves sontacéphalées, métapneustiques au premier stade, amphipneustiques au deuxième. Chez les adultes, le style est plumeux, le corps ramassé, les ailes larges, la trompe essentiellement formée par la lèvre inférieure. Ces insectes vivent aux dépens des sucs végétaux et animaux et sont créophiles, c'est-à-dire pondent leurs œufs sur les cadavres ou les substances animales. Les plus connues sont la Musea Domeslica et les Calliphora encore appelées mouches bleues de la viande. Ces dernières pondent leurs larves sur les cadavres et sur la viande; on en peut compter plusieurs sortes, se distinguant par quelques détails seulement. Les mouches dorées appartiennent à la même sous-famille. La Stomoxys calcitrans qui ressemble énormément à la mouche domestique mérite d’être cilée : cette mouche, en effet, possède une {rompe cornée et piquante formée par la soudure de la lèvre supérieure et de l’hypopharynx avec laquelle elle peut percer la peau de l’homme. La station de repos est la tête en haut, au contraire de la mouche domestique qui prend toujours la station inverse.

B. Les Sarcophaginés sont des mouches modérément velues à tête jaunâtre, à thorax allongé rayé de gris jaune, à l'abdomen marqueté de noir; la trompe est molle. La Sarcophaga carnaria qui nous intéresse est extrêmement commune; vivipare elle dépose ses larves dans les matières animales en décomposition ; au cantonnement et à la tranchée, on la voit pulluler autour des cuisines et des feuillées.

GC. Quant aux Tabanidés, ce sont des diptères relativement volumineux, à la tête large munie de gros yeux et dont les pièces buccales très puissantes transpercent facilement la peau. Les femelles seules piquent. Ces insectes se rencontrent très fréquemment dans les pâturages et surtout aux lisières de bois.

Ge court exposé terminé, voyons le rôle pathogène que peu-

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