‹ La faune des cadavresChapitre 23 sur 55 · QUATRIÈME APPLICATION · texte numérisé non relu

QUATRIÈME APPLICATION

Le 26 janvier 1883, une ordonnance de M. Guillot, juge d'instruction, chärgeait M. le D' Descoust et nous, de rechercher, s’il était possible, les causes, ou tout au moins l’époque à laquelle remontait la mort d'un enfant nouveau-né qu'on venait de trouver desséché au fond d'un placard, dans une maison du faubourg du Temple.

Nous transcrivons ici la partie du rapport dont nous fùmes spécialement chargé et qui résume notre étude :

« Le cadavre de l'enfant nouveau-né, en queslion, se présente avec les téguments et les organes sous-jacents à peu près intacts quoique complètement desséchés, mais encore très odorants ; les téguments portent l'impression des linges dans lesquels le cadavre a été enveloppé et comme ficelé, lesquels linges sont empesés par un hiquide gélatineux qui a suinté du cadavre el dont ils ont été imprégnés ; ils présentent dans leurs plis quelques coques de nymphes de #rouches Sarcophages, mais un bien plus grand nombre de coques de nymphes d'un tout petit

diptère, dont on a retrouvé quelques cadavres d'insectes parfaits, ce qui permet de déterminer son espèce : c’est la Phora alerrima, pelit moucheron noir qui a, au plus, 3 millimètres de long.

« Le cadavre présente au cou, à gauche, une anfractuosilé déchirée, bordée de petits pertuis en trous d'écumoire communiquant avec l’intérieur du corps et exhalant une forte odeur de vieille cire rance. Cette anfractuosité parait être 12 résultat du travail des larves de mouches et correspond à un point où l'enveloppe en tissu laissait un hiatus par où les insectes sarcophagiens ont pénétré. Dans le voisinage de cette anfractuosité, nous trouvons une coque de nymphe d'un grand sarcophagien, probablement la Calliphora vomiloria et des myriades de coques de la Phora aterrima. Ces coques existent aussi en grand nombre dans les cheveux de l'enfant qui sont très développés comme ceux de beaucoup d'enfants nouveau-nés.

« Nos recherches, sur toute la surface de celte momie, nous font reconnaitre la présence de très rares acariens détriticoles des espèces Tyroglyphus longior et Glyciphagus spinipes qui se promènent sur les téguments mais n'ont pas encore établi de véritables colonies, car nous

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ne trouvons aucune trace de leurs cadavres n1 de leurs déjections accumulées sous forme de pulvérin jaunètre ; nous trouvons aussi dans les cheveux un spécimen vivant, mais unique, d’un petit coléoptère des cadavres, du groupe des Histérides et de l'espèce Saprinus rotondatus.

« Nos recherches répétées et persistantes ne nous font découvrir aucune espèce d'insectes ou de leurs dépouilles, les Dermestes etles Anthrènes en particulier, brillent par leur absence.

« Les renseignements à tirer de nos recherches sont les suivants :

« L’extrème rareté de diptères du groupe des Sarcophagiens indiquée par l’extrème rareté de leurs dépouilles, montre que l’époque de la mort remonte à une saison où ces insectes sont très rares comme l’entrée ou la fin de l'hiver. L’abondance des Phoïras qui n’envahissent les malières en décomposition que quand elles sont à moilié desséchées, indiquent que quand la belle saison où ils pullulent est arrivée, la dessication du cadavre de l'enfant était assez avancée et a continué pendant le reste de la saison sous l’influence de ces diptères.

« Enfin, la rareté des Acariens, l'absence de Dermestes et d’Anthrènes qui sont, ces derniers surtout, des travailleurs de la seconde année,

montrent que cette deuxième année n'élait pas commencée encore.

« En conséquence, nous eslimons que la mort de l’enfant remonte à environ un an et qu'elle a eu lieu avant le printemps de l’année 1882 ».

La mère de cet enfant, qui était une servante, arrôtée depuis la rédaction de ce rapport, a avoué qu'il était effectivement mort, au mois de février de la susdite année, et voici ce que M. Descoust nous écrivait au mois de mars 1883 :

« Je vous annonce, en même temps, que l’appréciation que vous avez faite de la date de la mort de l’enfant est tout à fait exacte.

« La mère de l’enfant a été arrêtée depuis votre lettre et elle a avoué étre accouchée le 3 fé-

vrier 1882 ».

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