‹ La faune des cadavresChapitre 24 sur 55 · CINQUIÈME APPLICATION · texte numérisé non relu

CINQUIÈME APPLICATION

Il s’agit de (rois momies de fœtus d’enfants dont deux étaient à terme et le troisième bien avant terme, trouvées enveloppées ensemble, dans un jardin où elles avaient été jetées pendant la nuit, au printemps de l’année 1884.

Nommé expert, avec M. le D' Descoust, pour

Mécxin — La Faune des cadavres 10

examiner ces fœlus, nous transerivons ci-dessous la partie de notre rapport rédigé le 14 mai 1883,

« Trois fœtus, dont deux à terme (n°° 166 A et 167 M) et un plus jeune {n° 168 P), entièrement momiliés et desséchés, trouvés enveloppés dans un mème linge et dans un jardin où leur présence n'avait pas été constatée la veille, ayant élé soumis à notre examen, voici le résultat de nos recherches :

€ (N° 166 A) — Ce grand fœtus, largement à terme, comme l'indique le développement de ses follicules dentaires et ses longs cheveux noirs, est du sexe féminin. Il est desséché, momifié, et ne dégage aucune mauvaise odeur, seulement une odeur de vieux livre, de bouquin, ou de rance assez faible ; il est enveloppé en grande partie d'un linge fin empesé par des liquides albumineux cadavériques depuis longtemps desséchés ; il est parsemé de taches pulvérulentes jaunes de soufre produites par un cryptogame microscopique ({saria cilrina Robin), Dans les plis du linge existent un grand nombre de coques de nymphes de Diptères, la plupart vides, mais dont quelques-unes contiennent encore des nymphes à un état de développement plus où moins avancé. Le corps du fœtus débarrassé des linges qui l’enveloppent, se montre couvert inlus et

exlra d'une poussière roussâtre dans laquelle nous retrouvons des coques de nymphes semblables à celles des plis du linge et des myriades d’autres nymphes beaucoup plus pelites et toutes vides, sauf quelques rares exemplaires qui con- Hiennent encore de petits diptères morts au moment où ils allaient s'envoler et dans lesquels on reconnaît la Phora aterrima. Dans la même poussière existe aussi, soit Libres, soit encore renfermées dans des coques, soit à l’état de débris d’ailes ou de corps, de nombreux cadavres d’un diptère dont on ne connaissait pas encore les mœurs à l’état larvaire, la Curtonevra pabulorum Rob. D. Nous trouvons encore dans la poussière rousse des coques de nymphes remarquables par leurs prolongements rameux laléraux qui caractérisent des nymphes d'Anthomytes ; on trouve même des débris de ces diptères et surlout des ailes. Enfin, la poussière elle-même est entièrement composée de déjections et de cadavres d’Acariens des espèces Zyroglyphus siro et Tyroglyphus longior et de leurs larves hypopiales. Les cavités splanchniques ne conservent plus aucun organe ; elles sont remplies par une poussière analogue à celle de la surface du corps et de même composition.

€ (N° 165 M). — Le second fœtus, un peu moins

grand que le premier mais paraissant aussi être à terme, est enveloppé d’un linge fin de même qualité que celui du précédent; il est aussi au mème degré de dessication et a la même odeur cadavérique. Nous trouvons aussi à sa surface quelques coques de diptères et des débris d’insectes parfaits des mêmes espèces que chez le précédent (Curtonevra pabulorum, Anthomyia, Phora aterrima) mais en petit nombre et quelques-unes écrasées par les linges, ce qui paraît dû à ce que, après l’invasion des diplères et de leurs larves, c’est-à-dire après les premières phases de la fermentation putride, une enveloppe de linge plus complète a été appliquée sur le fœtus et a enfermé des larves qui ont été arrêtées dans leur développement et écrasées. Néanmoins il existe aussi de la poussière sur certaines parties du corps, non en contact avec le linge d'enveloppe, et, dans cette poussière, plus grossière, on trouve quelques Tyroglyphes avec leurs larves hypopiales, mais partout et en grand nombre, un acarien très différent, de la famille des Gamasidés, du genre Trachynotus, el d’une espèce non encore décrite par les Aptérologistes el que nous avons nommé Trachynotus cadaverinus.

(N° 168 P). — Le plus petit des trois fœtus est

le moins âgé, car il est tout au plus né à terme,

est dans le même état de dessication que les précédents, il ne dégage pas plus d’odeur; mais il est si bien enveloppé de plusieurs doubles du même linge, que l'absorption des liquides cadavériques par ce linge a été assez active pour que la dessication ait pu s’ensuivre très rapidement en raison surtout de sa pelitesse, — sans que les Insectes, non plus que les Acariens, y aient participé, ce qu'ils ne pouvaient, du reste, puisqu'il leur était impossible de pénétrer jusqu'au cadavre. Néanmoins, en raison de l’analogie de l’état de dessication, nous estimons que la mort de ce fœætus doit remonter à la même époque et à la même année que celle des précédents.

« Quelle est cette époque ?

« Nous estimons que l’action des grands Diptères (Curlonevra, Anthomyia) s’est exercée pendant toute une belle saison ; que l’année suivante les Phoras qui ne recherchent que les cadavres à moitié desséchés, ont continué, et que les Acariens ont terminé cette seconde année en brochant sur le tout; mais ceux-ci sont tous morts, et paraissent l'être depuis longtemps, ce qui nous autorise à porter à un minimum de {rois ans le temps qui s’est écoulé depuis la mort des fœtus les plus grands ».

. La connaissance des mœurs et des habitudes

des Insectes et des Acariens dont nous venons de parler nous permet de tirer d’autres inductions. Les Diptères de l'espèce Curtonevra pabulorum et ceux du genre Anthomyia sont entièrement rurales ; c’est donc dans une localité rurale ou voisine des champs que les petits cadavres des fœætus ont été exposés à l’action des insectes. De plus, si le fœtus n° 166 a pu être conservé dans un grenier, comme l’indiquent les espèces acariennes qui ont achevé l’œuvre de dessicalion, le fœtus n° 167, après avoir séjourné un certain temps dans le voisinage du grenier, a élé réenveloppé de nouveau et transporté au voisinage d'un fumier ou d’un jardin, comme l'indique la présence de l’Acarien Gamaside,le Trachynotus, qui s’en est emparé et qui n'habite jamais l’intérieur des habitations, mais toujours les fumiers ou amas de détritus organiques.

Quant au plus petit des fœtus, il a pu rester sans inconvénient dans le voisinage du premier, inais nous n’avons aucun indice pour nous renseigner sur le lieu où 1l a étéenfermé. En somme, l'identité du linge fin qui a enveloppé chacun des trois fœtus à l’origine, indique qu’ils l'ont été sans doute par la même main et qu'ils se sont desséchés dans différents endroits d’une habitaion rurale, bien qu’i's aient été trouvés à Paris.

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