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ONZIÈME APPLICATION

M. le D' Bouton, de Besançon, ayant envoyé une communication sur deux cas d’infanbicide, à la Société de Médecine légale, avec des pièces à

l'appui, M. le D' Socquet fut chargé d'en faire un Rapport. C'est ce rapport que nous franscrivons ci-dessous :

« Une fille Régnier était arrêtée à Besançon le 20 août 1881 sous l’inculpation d’infanticide.

« Le 27 septembre de la même année, Île D' Bouton fut commis par M. le juge d'instruction de Besancon :

1° À l'effet de rechercher si les ossements renfermés dans un panier, saisi au domicile de l’inculpé, étaient ceux d’un enfant ; de déterminer l'époque de la naissance.

2° De faire connaître le nom des plantes se trouvant dans le même panier en indiquant les propriétés vénéneuses ou abortives qu’elles peuvent avoir.

3° D'examiner le jupon noir à doublure bleue dans lequel l’inculpée aurait mis l'enfant, dont les ossements sont dans le panier, enfin de dire si ce Jupon présente des traces de méconium, et, dans lPaffirmation, préciser les conséquences qu'il v a lieu d'en tirer.

4° Enfin, nous expliquer sur l’allégation de l'inculpée, qui prétend qu'après être accouchée dans la nuit du 27 au 28 août, elle s'est endormie avec l'enfant entre les jambes jusqu'au lendemain malin six heures moins le quart, alors

qu'elle avait déjà eu deux enfants et qu’elle accouchait, par conséquent, pour la troisième fois.

Les conclusions du rapport de M. le D' Bouton, ont été les suivantes :

«€ 1° Nous avons, sous les yeux, les ossements de deux enfants. Un de ces deux enfants était à terme, il est né au printemps de 1880, ainsi que l'indique la présence de coques vides de mouches carnassières. Le méconium, rencontré sur le jupon, indique qu'il a vécu, car nous pensons qu'il arendu son méconium hors du sein maternel. Il est possible que le deuxième produit n'ait que huit mois ou huit mois et demi , aucun indice ne nous permet d'établir exactement l’époque de sa naissance.

« 2° Les plantes contenues dans le panier ne sont ni vénéneuses ni abortives.

3° Le jupon est taché de méconium, indice à peu près cerlain que l'enfant est né vivant et qu'il a succombé à une mort violente.

« 4° La rouille ne permet plus de reconnaître s'il y a eu des taches de sang.

€ 5° Enfin, il ne nous est point possible d’admettre que l’inculpée, accouchant, pour la troisième fois, dans la nuit du 27 au 28 août, ait pu dormir jusqu'à six heures du matin, sans avoir

été réveillée par des douleurs de coliques utérines. »

Nos conclusions élant conformes à celles de M. Bouton, pour toutes les questions, à l’exception de la première, nous ne nous occuperons que de celle-là en indiquant les recherches auxquelles nous nous sommes livré.

Le D' Bouton s'exprime ainsi dans son rapport :

« Eæamen des os, des tissus et des insectes.

«Les os de l’un des produits sont en partie recouverts de tissus desséchés, momifiés, c’est-àdire, qu’au lieu de se trouver en état de putréfaction ordinaire, placés dans un lieu sec, peu aéré, ces tissus se sont parcheminés et transformés en gras de cadavres. On y trouve des trous et de nombreux sillons, effets des larves qui ont rongé la matière. Ces larves nous ont laissé, non seulement les traces de leur passage, mais encore des chrysalides, des petits vers blancs de six à huit millimètres de long. Quelques-uns se sont transformés en nymphes. Nous retrouvons quelques Coléoptères d’une extrême petitesse.

« Les coques de nymphes sont toutes ouvertes par une extrémité ; elles ont six millimètres de long sur trois millimètres d'épaisseur ; leur as-

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pect est brun-rouge, couleur acajou, Ces coques ont renfermé la mouche carnassière. C'est dans l'été de 1881, que la mouche est sortie de sa métamorphose, L'histoire naturelle nous apprend que la femelle pond ses œufs pendant l'été; ces œufs, devenus larves, conservent celte forme en se nourrissant de chairs pendant l'automne et l'hiver pour se transformer en nymphes au printemps, et en insectes parfaits au commencement de l'été. La chaleur hâte leur éclosion. Ainsi, il faut un an pour que la métamorphose s’opère et quand, le 27 septembre nous avons à examiner ces pièces, elles élaient ce qu'elles sont aujourd'hui, des coques ouvertes dont les mouches étaient sorties au commencement de l'été.

« 2° Les vers blancs et leurs chrysalides sont les produits de la mite ou petit papillon dont les larves attaquent les tissus animaux desséchés, La femelle fécondée pond des œufs en automne, d’où sortent des larves qui se transforment au printemps en donnant des chrysalides qui conservent la forme des vers en brunissant. Cette chrysalide mesure neuf millimètres de long sur deux d'épaisseur ; elle présente deux cornes à sa petite extrémité.

« Au printemps, le papillon sortira de sa

coque. La femelle a déposé ses œufs en automne 1880. C'est au printemps de 1882 que l’insecte se montrera sous sa forme de papillon.

«Nous avons soumis à M. Gaston Moquin- Tandon, professeur d'histoire naturelle à la faculté des Sciences de Besançon, un des petits coléoptères trouvés dans les débris d'insectes, pour le déterminer, et ce savant nous a appris que c'est le Drilus flavescens.

« Conclusion de ce qui précède: d’après les transformations subies par les Insectes que nous avons rencontrés, nous pouvons affirmer que l'un des fœtus soumis à notre examen, venait de naître à la fin du printemps et au commencement de l'été de 1880 ».

M. Socquet fait remarquer que la détermination de l’époque de la mort d’un enfant par l'examen de son cadavre plus ou moins desséché, s’est présentée assez rarement à l'attention des médecins légistes, qu'il n'existe pas encore de règles fixes en celte matière et que la solution d'un tel problème devient fort délicate. Il y a lieu, en effet, de tenir compte des circonstances propres à chaque cas, suivant que le cadavre à été exposé dans un lieu sec ou humide, au con= tact ou à l'abri de l'air, enfin posséder des connaissances entomologiques approfondies. M. Soc-

quet, pour vérilier ce dernier point, a appelé à son aide M. Mégnin, un spécialiste en la maüère, lequel ne croit pas pouvoir accepter les conclusions de M. le D° Bouton, pour les raisons suivantes :

« 1° Après avoir reconnu que cerlaines coques brunes de six millimètres de long sur trois millimètres de diamètre, sont bien des chrysalides vides de mouches carnassières, l’auteur dit :

« L'histoire naturelle nous apprend que la « femelle pond ses œufs pendant l'élé, que ces « œufs donnent des larves qui se nourrissent des « chairs où elles sont déposées, pendant l'au- « tomne et l'hiver pour se transformer au prin- «temps suivant en chrysalide et dans l'été en « Insectes parfaits ». Ce n’est pas cela que nous apprend Phistoire naturelle, mais ceci : la mouche carnassière ne met qu’un à deux mois pour parcourir toutes ses phases, de l'état d'œuf à celui d'Insecte parfait, et non un an comme dit l'auteur. C’est vrai, en général, pourles papillons, mais nullement pour les mouches, lesquels du reste ne travaillent jamais ensemble comme paraît le croire le D'Bouton. Et puis les chrysalides à pelite extrémité munie de deux cornes qu’il croit devoir appartenir à des teignes, et

dont il joint des exemplaires à son rapport, sont au contraire des chrysalides d'un petit coléoptère mangeur de gras de cadavre, le Dermestes lardarius. C'est bien un travailleur de la deuxième année, qui met quatre mois à parcourir ses différentes phases, mais tout le passage consacré à cette prétendue mite est complètement erroné.

« 3° Les petits coléoptères qui, sur la détermination de M. Moquin-Tandon, sont des Drilus flavescens et se trouvaient dans les résidus des poumons des cadavres, constituent par leur présence dans ce milieu un fait nouveau et très intéressant, car jusqu'à présent on ne les avait rencontrés que dans les coquilles d’escargots morts. Cette espèce sera donc à ajouter à la longue série des Insectes des cadavres déjà classés.

« L'examen microscopique de la poussière des petits cadavres n’a pas été fait par l’auteur. Nous l'avons fait de celle qui accompagnait les chrysalides envoyées, et nous y avons trouvé des cadavres d’Acariens et de leurs larves hypopiales, ce qui prouve que leur période d'activité était passée, et ce qui porte à plus de deux ans, très probablement à trois, l’âge du cadavre en question.

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