‹ La faune des cadavresChapitre 31 sur 55 · DOUZIÈME APPLICATION · texte numérisé non relu

DOUZIÈME APPLICATION

A propos d'une communication, à l'Académie de médecine, par M. le Professeur Audouard, de Nantes, d’un cas de momification de cadavre adulte, à l'air libre et à la température ordinaire, M. le Professur Brouardel, chargé d'un rapport sur celte communicalion, nous ayant demandé notre concours pour l’examen d'une jambe du dit cadavre, qui avait été envoyée de Nantes, nous transcrivons ci-dessous le compterendu de cet examen (Voyez Bulletin de l'Acad. de Médecine, 15 juin 1886).

IL s'agissait du cadavre d'une bonne d'une vingtaine d’années assassinée et abandonnée dans une cave sous un lit de paille pendant plus d’une année. Le cadavre s'était momilfié en conservant ses formes, et M. Audouard attribuait ce phénomène à des actions physico-chimiques du milieu et des parois de la cave. Nous verrons que la cause est entièrement d'ordre biologique.

« La jambe de la momie à une peau parcheminée, jaunc-brunâtre, rigide, sonore; mais quand on la presse elle cède en donnant la sen-

sation d’un rembourage de colon interposé entre elle et les os.

« L’incision de celte peau fait voir qu’en dessous il n’y a plus ni tissu musculaire, ni vaisseaux ; à la place existe une substance fibrillaire très ténue, sorte de bourre constituant un üssu analogue au tissu de l’amadou, et fortement imprégné d'une poussière très fine et extrêmement abondante.

« Ce tissu, lavé et dégagé autant que possible de la poussière qui l’imprègne, examiné au microscope, se montre conslitué presqu’exclusivement par les fibrilles desséchées du tissu conjoncüif, dans lequel on distingue très bien les filets nerveux, aussi desséchés, et quelques rares débris de fibres musculaires qui ont échappé aux mandibules des rongeurs microscopiques.

« La poussière, qui est interposée en abondance entre les fibrilles du tissu dont nous venons de parler, est constituée entièrement par des cadavres de myriades d’Acariens à tous les âges, les coques vides de leurs œufs et leurs déjections. L'étude des cadavres de ces Acariens nous à permis d'en reconnaître cinq espèces bien disuinctes : le Tyroglyphus siro, le Tyroglyphus {ongior, le Cæœpophagus echinopus, un Uro-

pode d’espèce nouvelle qui était particulièrement abondant et que nous proposous de nommer Uropoda nummularia à cause de sa forme ronde et plate et enfin le Cheyletus eruditus. Les quatre premières espèces sont des travailleurs actifs, des dévorants des matières mortes et ils ont été les agents exclusifs de la disparition des tissus musculaires, vasculaires et parenchymateux humides du cadavre; mais le dernier, le Cheylète n’y a pas contribué : c’est un chasseur d’Acariens, attiré par la présence des Tyroglyphes dont il fait sa pâture habituelle ainsi que je l’ai démontré ailleurs.

« Les premiers Acariens qui ont élé la souche des générations incalculables qui se sont succédé dans la momie, ont dù être apportés par la paille dont elle était recouverte, car nous avons constalé, il y a longtemps déjà, que ces infiniment petits pullulent dans les fourrages el autres végétaux desséchés. Ce sont les agents de la transformation en terreau des substances organiques.

« Le travail des Acariens rongeurs de cadavres élait en pleine activité quand on a découvert la momie, et ils auraient fini après un temps plus ou moins long, par laisser les os presqu'à nu. La preuve qu'ils étaient loin d'avoir terminé

leur œuvre, c'est que la curieuse métamorphose hypopiale qu'ils présentent et qui ne survient que quand ils sont en proie à la disetle, n'avait pas encore eu lieu : nous n'avons trouvé aucune trace des nymphes hypopiales.

« L’abondance des Acariens, qui étaient en nombre immense, incalculable, dans la jambe de momie que nous avons eu à examiner, prouve qu'ils ont été les principaux agents de cette momilication, sans nier toutefois qu'ils aient été aidés par des circonstances atmosphériques spéciales. Cette momification a aussi été favorisée par la constitution sèche de la victime, constitution indiquée par l'absence de dépouilles de Dermestes et d’Aglosses qui sont les agents de la consommation des acides gras et des savons des ca-

davres.

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