‹ La faune des cadavresChapitre 34 sur 55 · QUINZIÈME APPLICATION · texte numérisé non relu

QUINZIÈME APPLICATION

Le 15 juin 1890, nous élions prévenu que nous étions commis, M. le Professeur Brouardel, M. le D' Socquet et nous, par M. Atthalin, juge d'instruclion au tribunal de première instance de Paris, pour examiner un cadavre d’enfant trouvé le 7 juin précédent à la gare de Lyon et transporté à la Morgue, à l'effet notamment de délerminer l’époque à laquelle remonterait la mort.

Voici la partie du rapport général qui nous incombait, et que nous avons fournie le 3 juillet suivant.

« Ce cadavre est entièrement desséché, réduit à l’état de momie et sans odeur; les téguments ont l'aspect et la consistance de vieux parchemin jauni et les issus sous-jacents des membres sont fibreux et secs comme de la filasse agglutinée. Les cavités splanchniques et cérébrales sont entièrement vides, à parois noirâtres et sèches, et contiennent une grande quantité de débris d'insectes presqu'entièrement constitués par des coques vides d’un petit diptère de l'espèce Phora aterrima,et par quelques cadavres

d'Acariens du genre Zyroglyphus. Ces mêmes débris d'insectes existent aussi en grande quanüilé à la surface du corps où ils sont accumulés dans les dépressions et les plis, comme au creux de l'estomac, aux aisselles et aux aînes. Sur le front, dans les mèches de cheveux, existent des coques de nymphes de mouches carnassières (Callifora vomitaria, Lucilia Cœsar). |

« Dans les linges qui enveloppaient le petit cadavre et qui sont empesés par des liquides qui se sont épanchés après la mort, existe dans les plis une certaine quantité de coques vides des mêmes mouches sarcophages.

« Les recherches les plus minutieuses n'ont fait constater la présence de restes d’aucune autre espèce d'insectes des cadavres ; les Dermestes et les Aglosses entre autres brillaient par leur absence, aussi bien que les Anthrènes et les Tineides.

« De cette analyse nous tirons les déductions suivantes :

« La quantité de débris de mouches sarcophages est relativement peu considérable et indique que leur apparilion, qui suit immédiatement la mort, a eu lieu à une fin de saison chaude, c’està-dire en automne (si la saison avait été moins avancée, leurs larves auraient réduit le petit ca-

davre à l’état de squelette). Ce qui indique, du reste, que l'hiver a suivi d'assez près la mort, c’est l’absence de Dermestes et d'Aglosses qui auraient été atürés par la fermentation butyrique pendant laquelle se forment les acides gras, si cette phase avait eu lieu dans une saison chaude pendant laquelle existent les insectes.

« L'abondance de débris de Phoras aterrima, qui sont attirés par les odeurs qui se dégagent pendant la troisième phase de la fermentation putride, phase pendant laquelle tous les organes mous déjà putréfiés sont réduits en un déliquium noiràtre, indique que ces insectes se sont repus pendant toute une belle saison, et ont fait disparaître le contenu des cavités splanchniques aussi bien que tous les liquides, ce qui a amené la momification.

« L'absence de touteodeur et de tout travailleur de la mort vivant, indique que la momification était complète à l'entrée du second hiver et que, depuis aucun de ces travailleurs n’a fonetionné.

«€ Nous avons donc la preuve que deux hivers se sont écoulés depuis la mort de l’enfant en question et que celte mort remonte au moins à l’automne de 1888.

« Elle ne peut guère être antérieure, car si un

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élé chaud avait suivi le second hiver, les anthrènes et les petites teignes, qui se nourrissent de matières animales desséchées, auraient apparu et auraient laissé des traces, ce qui n’est pas. «P. M.»

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