‹ La faune des cadavresChapitre 35 sur 55 · SEIZIÈME APPLICATION · texte numérisé non relu

SEIZIÈME APPLICATION

Afjaire de restes humains expédiés de la gare d'Ixry (Seine), à Bordeaux (Fille Bucarr).

Experts, MM. Socquer et MÉGnis, commis par

ordonnance de M. le Juge ATrHALIN, du 23 oc-

lobre 1890.

Voici la partie du rapport rédigée par nous :

« Enveloppé dans un couvre-pied piqué, d’étoffe peinte en imitation de châle, se présentent les os d’un fœtus humain, dissociés, dénudés, épars dans une poignée de terreau noiràtre, gras, et répandant une forte odeur ammoniacale.

« Ce terreau, de constitution finement fibrillatre, est entièrement constitué par les déjections des insectes sarcophages qui ont fait disparaître toutes les parties molles membraneuses et lendi-

neuses du petit cadavre, à l’exception d'un petit lambeau de peau parchéminée et de quelques fins et courts cheveux que l’on trouve mélés à ce terreau, ainsi que les restes des insectes en question, Ces restes sont représentés par des coques vides de nymphes de Curtonevra stabulans, de Sarcophaga arvensis et de Dermestes lardarius. L’examen microscopique qui a permis d'établir la nature et la constitution du terreau, a fait reconnaître en même temps la présence de cadavres d’Acariens de l’espèce Z'yroglyphus echinopus (ou Cæœpophagus echinopus). Enfin nous avons trouvé, mêlés à ce terreau, quelques débris de feuilles d'orme desséchées, un débris d’écorce d'arbre et trois fruits ailés, ou samares, de frêne commun.

« La présence des débris de Curtonèvres, de Sarcophages et de Dermestes, avec la succession régulière des trois premières escouades des travailleurs de la mort, pendant toute une belle saison (Curtonèvres ou Sarcophages deux mois ; Dermestes quatre mois). La présence des Acariens qui ont achevé le nettoyage des os, indique qu'il s’est écoulé au moins deux autres belles saisons. C’est donc au moins au commencement de l’été 1888 que remonterait la mort du fœtus.

€ Un indice spécial confirme du reste cette ap-

préciation : c'est la présence de graînes aïlées de frêne commun que le vent fait voltiger dans toutes les directions au commencement de juin ; la floraison de cet arbre a lieu en avril et en mal.

« Enfin, la présence de ces fruits, celle des débris de feuilles d’orme, d’un morceau d’écorce d'arbre, indiqueraient que c’est dans un jardin ou un verger, que s’est effectuée la confection du funèbre colis.

« Vincennes, le 3 novembre 1890 ».

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