CHAPITRE PREMIER
Orfila, dans ses Recherches sur la putréfaclion des cadavres (‘), a signalé la présence des mêmes espèces de mouches que Redi avait déjà vues dans ses célèbres expériences; nous les avons aussi observées, avec un grand nombre d'autres espèces d’Insectes ; mais, ce que n1 Redi, ni Orfila, ni personne n’avait soupçonné, c’est le fait de leur apparition successive et régulière ct la détermination de la loi qui y préside. Orfila ne s'était attaché qu’à la détermination du rôle des mouches des cadavres dans la décomposillon cadavérique.
(1) OrFiza; —= Traité des erhumations juridiques: Paris, 1931.
« I est avéré, dit-il, que, dans les premiers temps après la mort, les mouches ne s’arrètent pas autour des cadavres ('), que, plus lard, elles ne font que volliger auprès d’eux, et qu'enlin lorsque la décomposition est plus avancée, elles s’abattent sur eux et y déposent leurs œufs; bientôt on voit des larves plus ou moins nombreuses ramper sur plusieurs de leurs parties. Que si l'on enterre maintenant deux cadavres dont l’un offre à sa surface des milliers d'œufs, tandis que l’autre n’en a pas encore, il est évident que le premier se pourrira beaucoup plus vite, toutes les autres circonstances étant les mêmes, parce que le propre des larves est de détruire nos tissus pour se nourrir; on ne saurait donc nier l'influence des insectes à la surface du corps sur le processus de la putréfaction ».
Si les conclusions de ce passage sont vraies, les premières lignes contiennent néanmoins une erreur. En effet, l'approche de la mort d’un être humain, ou d’un animal, dans une saison où les insectes sont en pleine activité, est précisément
ns
(1) Ceci est une erreur, car certaines petites mouches, les Curlonévres, qu'Orfila ne soupconnait pas être cadavériques, hantent le cadavre dès les premiers moments de la mort et même déjà quelques instants auparavant.
signalée par la ténacité de certaines mouches à se poser sur sa peau et particulièrement au voisinage des ouvertures naturelles, et surtout des narines. C'est que, certaines émanations leur indiquent déjà l’'imminence d’un évènement qui va leur procurer en abondance des aliments pour leur progéniture, et ces mouches s'acharnent déjà à vouloir pondre dans les narines, dans la bouche, ou même dans les yeux.
Aussitôt après la mort et avant même que les premières phases de la putréfaction aient produit des gaz dont l'odeur füt perceptible à nos sens, d’autres mouches, différentes des premières, se montrent. Enfin, aussitôt que l'odeur putride devient sensible, une troisième escouade de travailleurs arrive et succède aux premières. En sorte que, quand on procède à l’ensevelissement d’un mort, pendant l'été, on enferme de nombreux loups dans la bergerie.
La preuve que cela se passe ainsi, c’est que dans l’'exhumation des cadavres enterrés pendant la saison chaude, on trouve à foison des coques de chrysalides de Diptères sarcophages, montrant que des myriades de larves de ces insectes ont travaillé comme sur des cadavres exposés à l'air libre. Orfila, lui-même, se contredit, du reste, dans un passage précédant
à pe FAUNE DES CADAVRES A L'AIR LIBRE
celui que nous avons cité : « Nous savons qu’en élé, dans l’espace de temps pendant lequel les cadavres sont exposés à l'air, avant l'inhumation, quelques mouches pondent à la surface de la peau, des œufs qui, éclos plus tard dans le cercueil, peuvent donner naissance à d’autres mouches ; celles-ci, après s'être fécondées, peuvént encore produire sept à huit fois des générations qui vont se mulüpliant à l'infini ».
Et il cite, comme preuve, l'expérience suivante :
« Cadavre inhumé le 15 mars et exhumé quinze jours après, à midi ; température moyenne de l'expérience dix et quatorze degrés centigrades.
« La coloration générale de la partie du cadavre débarrassé de la terre est d’un blanc jaunàtre tirant légèrement sur le rose, dans certains points ; toutefois l’abdomen, est d’un vert clair ; en arrière la couleur est verte. On y trouve quelques vers sur le ventre, mais particulièrement sur le dos ».
Pour que des vers parfaitement développés fussent visibles sur un cadavre exhumé à une époque aussi rapprochée de la mort, à une saison peu avancée, et par une tempéralure aussi basse, il a nécessairement fallu que la
ponte de la mouche eût lieu immédiatement après la mort, sinon même quelques instants auparavant.
Nous allons faire l'histoire naturelle de ces mouches dans l'ordre de leur apparition, puis nous continuerons par celle des Insectes qui sont appelés par les émanalions de la fermentation butyrique qui donne lieu au gras de cadavre; puis par ceux qui sont appelés par la fermentalion que nous appellerons caséeuse, parce qu’elle est tout à fait l’'analogue de celle qui produit l’état du fromage dit avance; enfin nous terminerons par la description des Insectes et Acariens qui se repaissent des derniers restes d'humidité cadavérique, et enfin par les rongeurs qui font disparaître les restes des tissus desséchés qui adhèrent encore aux os, tels que les ligaments, les tendons, les aponévroses et les lambeaux de téguments momifiés.
Nous les grouperons par Æscouade de lravailleurs, c'est-à-dire que nous réunirons dans un même paragraphe ceux qui apparaissent dans la même période, qui travaillent ensemble, ou qui se suppléent, car tous les Insectes dont nous allons parler ne se rencontrent pas à la fois sur le même cadavre, les espèces peuvent varier suivant les localités, le pays, la saison, mais
elles n’en sont pas moins toujours caractéristiques d’une seule et même période.
Ces Insectes sont des Diptères, des Coléoptères, des Micro-lépidoptères et des Acariens, et on trouve souvent des Insectes de deux et même de trois de ces classes zoologiques travaillant ensemble, surtout vers la fin de la décomposition cadavérique.