PREMIÈRE ESCOUADE
Ce sont des mouches qui ouvrent la marche dans la série des travailleurs de la mort et qui même occupent seules le chantier jusqu’à la formation des acides gras ; les deux premières Escouades sont même constituées exclusivement par des Diptères.
Les premières mouches qui apparaissent sur le cadavre, nous dirons même sur le mourant, appartiennent aux genres Musca et CurronevrA et sont promptement suivies par d’autres mouches des genres CaLLiPHoRA et ANromyiA.
Gexre Musca. — Le genre Musca, pour Linné, comprenait presque tout ce que le vulgaire appelle #7ouche; depuis, ce groupe est devenu
Tribu et même Famille, et le genre actuel Musca, tout en comprenant encore un très grand nombre d'espèces, ne renferme plas que celles qui réunissent les caractères suivants, d'après Macquart : |
Epistome peu saillant, antennes atteignant presque l’épistome, avec un troisième article triple du deuxième et un style plumeux. Premiere cellule postérieure des ailes atteignant le bord près de l'extrémité, nervure externo-médiaire un peu concave après le coude. |
Toutes les mouches du genre Musca sont grises et ressemblent à la mouche de fenêtre qui est le type de ce genre. Elles sont éminemment parasites et se jettent sur les hommes et sur les bestiaux pour humer les substances fluides répandues à la surface du corps, telles que la sueur, surtout celle des malades et des mourants, la sanie des plaies, ete.
Ces mouches pondent des œufs microscopiques, oblongs, s’ouvrant par le détachement d'une bande étroite, longitudinale qui se soulève comme la lame d’un couteau qu'on ouvre.
La larve qui sort de l'œuf se développe rapidement et atteint toute sa taille en une huitaine de jours en été. Elle est blanche, en forme de
cône allongé, un peu renflée au milieu, tronquée obliquement en arrière ; (fig. 1 d) la bouche est armée de deux crochets cornés et la tète porte deux cornes charnues antennales; deux autres tubercules existent en arrière sur le premier article. Les stigmates antérieurs se voient de chaque côté du deuxième article sous forme de einq petites digitations tuberculiformes groupées. Les stigmates postérieurs sont simples, symétriques et sous forme d’une petite ouverture ronde percée au milieu de petites plaques chitineuses un peu réniformes, symétriques, qui se voient au milieu de la face postérieure du dernier article.
La pupe, en laquelle se transforme la larve, est cylindrique avee ses deux extrémités arrondies, coriace, brune-rousse, et longue de cinq à six millimètres. Au bout de huit à quinze jours, suivant [a température, l’insecte parfait sort de celte pupe.
Les larves de mouches de ce genre, disent les entomologistes, se développent dans le fumier ; cela est vrai, sans doute, pour la plupart des espèces, mais nous en avons rencontré aussi presque constamment sur les cadavres à l’air libre ou inhumés pendant l'été, en compagnie d’autres larves appartenant au genre suivant ;
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elles font donc partie de la même Escouade qui est la première.
Le geure MuscA comprend un grand nombre d'espèces que l’on confond toutes sous le nom de mouches de fenêtres et qui varient peu entre elles; nous allons en décrire une, la plus commune :
Musca domestica (fig. 1). Longueur six à sept millimètres, cendrée, face noire à côlés jaunà-
Fig. 1, — a, Musca domestica; b, son aile; ec, une antenne, d, sa larve ; e, sa nymphe.
tres, front jaune à bande noire, antennes noires, thorax gris à lignes noires ; abdomen marqueté de noir en dessus, pâle en dessous, avec les côlés jaunâtres chez le mâle. Pieds noirs ; ailes assez claires à base jaunâtre.
Genre CurroxevrA. — Ce genre comprend des mouches qui ont le port et l'aspect des précé-
dentes et avec lesquelles il est facile de les confondre ; on ne les en distingue qu'aux caractères suivants :
Epistome saillant, antennes n'atteignant pas l’épistome, à troisième article au moins triple du deuxième et à style plumeux. Première cellule postérieure des ailes largement ouverte ; nervure externo-médiaire convexe après le coude qui est presqu’effacé.
Les larves des Curtonèvres ne se distinguent pas de celles des mouches du genre précédent, non plus que leurs pupes. D'après les auteurs, elles se développent, dans le terreau, le fumier et quelquefois les champignons ; nous avons trouvé abondamment celles de l’espèce suivante dans les cadavres se décomposant à l'air libre, ou inhumés pendant l'été, et nous les avons reconnues aux individus parfaits trouvés souvent morts dans les pupes.
Parmi les nombreuses espèces de Curtonèvres, souvent peu distinctes entre elles, nous ne décrirons que la suivante, que nous avons fréquemment trouvée à l’état de larve ou de pupe sur les cadavres.
Curtonevra stabulans (Meig.) (fig. 2). Longueur huit à neuf millimètres, cendrée, palpes ferrugineux. Face et côtés de la face argentés ;
bande frontale et antennes noires, base du troisième article ferrugineux. Thorax à lignes noires. Écusson à extrémité ferrugineuse. Abdomen marquelé de noir. Pieds noirs dans les deux sexes. |
Celle mouche a des mœurs rurales et se rencontre fréquemment dans les étables, les patu-
Fig. 2. — a, Curtonevra stabulans Meig.; b, son aile; c, une de ses antennes; d, sa larve; 2, sa nymphe,
rages, le voisinage des animaux domestiques.
Nous l'avons trouvée quelquefois, morte dans sa pupe, sur des cadavres d’enfants momifiés provenant de la campagne.
Genre CaLripmora. — Ce genre comprend de grosses mouches, épaisses, généralement de couleur bleue peu éclatante, dont la mouche bleue de la viande (Calliphora vomiloria) est le type. Les caractères zoologiques de ces mouches sont les suivants :
Face bordée de poils ; épistome un peu saillant; antennes atteignant à peu près l’épistome, troisième article quadruple du deuxième, style plumeux. Abdomen hémisphérique. Première cellule postérieure de l'aile atteignant le bord un peu avant l'extrémité ; nervure externo-médiaire fortement arquée après le coude.
Les larves de Calliphores sont blanches, tronquées obliquement à l'extrémité, cylindro-coniques, à bouche armée de deux crochets, plus d’une pointe entre les crochets. De chaque côté du deuxième segment se trouvent les stigmates antérieurs qui sont ici de forme ronde ; les stigmales postérieurs sont sous forme de trois fentes en éventail, percées sur une plaque chitineuse ronde ; la paire de ces plaques est au milieu de la face postérieure du dernier article, dont la circonférence est munie de douze pointes charnues disposées en rayon. Au milieu de l'été, ces larves arrivent à leur développement complet en huit Jours et une quinzaine de jours après être passés à l'état de pupes brunes, à extrémité arfondie, elles passent à l’état parfait.
Ces mouches recherchent la viande fraîche et les cadavres dont la mort est toute récente, pour y déposer leurs œufs ; ce n’est qu'à leur défaut qu’elles les déposeront dans la viande imparfar:
tement salée ou conservée, ou dans les cadavres dont la putréfaction a commencé.
Dans tous les cadavres que nous avons examinés et ayant été exposés à l'air, ou inhumés pendant l'été, c'est littéralement à foison que
nous avons trouvé les pupes de Calliphores,
Fig. 3.— a, Calliphora vomitoria Rob.; b, son aile; c, une antenne; d, sa larve; e, extrémité antérieure de cette larve; /f, son extrémité postérieure; g, la nymphe,
surtout de l’espèce type du genre qui est la suivante :
Calliphora vomiloria Rob. D. (fig. 3). — Lon-
gueur de sept à treize millimètres, palpes ferrugineux ; face noire au milieu, roussätre à l’épistome etsur les côtés; front à côtés blanchätres et bande noire ; antennes noirâlres à extrémité roussätre. Corselet bleu noiràtre à lignes peu distinctes. Abdomen bleu à reflets blancs. Pieds noirs.
Cuillerons noirs bordés de blancs.
Ici se termine l’histoire de la Première Kscouade des Travailleurs de la mort qui comprend exclusivement les insectes qui attaquent les cadavres frais, et les seuls dont on trouve les pupes vides en abondance dans les bières des cadavres inhumés pendant l'été. Ces pupes, eylindriques, brunes, assez volumineuses, sont faciles à distinguer d’autres toutes petites pupes, prismatiques jaunâtre pâle qui sont celles d’un moucheron appartenant à la troisième escouade, et que l’on trouve aussi par myriades sur certains cadavres inhumés, même l'hiver ; nous en parlerons plus loin.