‹ La faune des cadavresChapitre 6 sur 55 · DEUXIÈME ESCOUADE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME ESCOUADE

Aussitôt que l’odeur cadavérique d'un corps, mort à l'air libre, se fait sentir, arrive un nou-

veau groupe de {ravailleurs, composé de mou-

ches d’un beau vert métallique brillant, d'une taille comprise entre celle de la mouche ordinare el celle de la mouche à viande, et d’autres mouches plus grandes d’un gris noirâtre rayées et tachées, beaucoup moins jolies.

Les premières appartiennent au genre Lucia.

Les secondes au genre SARCOPHAGA.

Genre LuciziA. — Ce genre a pour caracteres : d’avoir la tête déprimée ; l'épistome sans saillie ; les antennes atteignant l'épistome, le troisième article quadruple du deuxième, et le style très plumeux ; labdomen ordinairement court et arrondi ; les ailes fortement écartées, à première cellule postérieure atteignant le bord peu avant l'extrémité, et à nervure externo-médiaire peu arquée après le coude, quelquefois droite. Couleurs métalliques éclatantes, généralement vertémeraude.

Le genre Lucilie renferme une trentaine d’espèces ayant toutes des mœurs semblables ; comme nous l’avons déjà dit plus haut, elles recherchent des cadavres chez lesquels la putréfaction a commencé, pour y déposer leurs œufs; de ces œufs sortent des larves qui ressemblent beaucoup à celles des Calliphores, bien que légèrement plus petites : elles sont blanches, coni-

MéGxis — La Faune des cadavres 3

ques, ont la têle munie de deux cornes charnues et la bouche armée de deux crochets cornés ; la partie postérieure du corps est comme tronquée obliquement et présente deux sligmales sous

Fig. 4, — a, Lucilia Cœæsar Rob. D; b, son aile; €, une antenne d, sa larve; e, extrémité antérieure de cette larve; /, extrémité postérienre de la mème; g, nymphe.

forme de trois fentes rayonnantes percées sur

uné pelle plaque chilineuse arrondie.

Quand elles sont arrivées au terme de leur

développement, c’est-à-dire au bout de quinze à

vingt jours, ces larves cherchent un abri sous terre et se {transforment en nymphe, renfermées dans une coque coriace cylindrique, à extrémutés arrondies, de couleur roux foncé, formée par le durcissement de leur peau. L’'Insecte parfait en sort au bout de quinze à vingt jours suivant l'élévation de la température.

Le genre Lucilie renferme une trentaine d’espèces ; nous nous contenlerons d’en décrire une qui en est le type, et à laquelle toutes les autres ressemblent, sauf de légères différences de détails de coloration et de taille.

Lucilia Cæœsar (fig. 4). Rob. D. — Longueur sept à neuf millimètres, d’un vert doré brillant, palpes ferrugineux ; face et côtés du front blancs à reflets noirâtres. Epistome d’un rougeàtre pâle ; bande frontale noiràtre, antennes brunes ; pieds

DOirs.

Genre SarcOPHAGA. — Ce genre fait partie du groupe des Sarcophagiens, composé de grosses mouches à corps allongé, à épistome saillant et front proéminent, à face carénée, ayant le style des antennes long, velu vers la base et à extrémité nue; l'abdomen est ovale, allongé, déprimé, avec deux soies au bord postérieur des segments. Premiere cellulé postérieure des ailes

ordinairement entr'ouverte, nervure externo-médiaire arquée après le coude et ensuite droite.

Dans le genre Sarcophage, les femelles sont vivipares, phénomène que Réaumur et Degeer ont observé et décrit avec le plus grand soin ; ils ont fait connaître leur matrice merveilleuse formée d’une membrane très délicate, contournée ordinairement en spirale et dans laquelle sont logées les jeunes larves quelquefois au nombre de vingt mille, chacune dans un fin fourreau particulier.

C'est sur les cadavres en putréfaction que ces larves sont successivement déposées ; elles ont la même forme et la même structure que celles des Calliphores et se développent aussi rapidement surtout quand la température est élevée. La chrysalide est aussi semblable et se forme de la même façon, l’insecte parfait en sort au bout de quinze jours et se livre presqu'aussilôt à la reproduction, en sorte que, dans le courant d’une belle saison, trois générations au moins de ces mouches peuvent se succéder sur un cadavre, dont elles ne s’éloignent pas généralement pour se mettreen chrysalide, car c'est dans les plis des vêtements ou des tissus qui l’enveloppent qu’on trouve par myriades les coques vides des nymphes.

ESCOUADES DES TRAVAILLEURS Es #

Les Sarcophages sont très nombreuses en espèces ; les entomologistes en décrivent vingteinq; beaucoup de genres voisins renferment des mouches qui ont les mêmes mœurs et han-

LÉ

Fig. 5. — a, Sarcophoge carnaria Meig; b, son aile; €, une antenne ; d, sa larve ; e, extrémité antérieure de celle-ci; f, extrémité postérieure de la mème; g, nymphe,

tent aussi les cadavres, lelles que les cyxouves qui affectionnent particulièrement les cadavres de chiens, et les onésies. Toutes, soit les unes, soit les autres, peuvent être rencontrées sur les cadavres humains exposés à l'air libre, surtout

dans les campagnes ; nous signalerons particuliérement les trois espèces suivantes que nous y avons trouvées le plus fréquemment :

Sarcophaga carnaria (Meig) (fig. 5). — Longue de quatorze à seize millimètres, noire, tèle jaunâtre, thorax rayé de gris jaunûtre ; abdomen marqueté régulièrement de cendré ; jambes postérieures velues. Ailes à bases grisâtres chez le mâle.

Sarcophaga arvensis. — Longue de huit à dix millimètres ; se distingue de la précédente, non seulement par sa plus petite taille, mais aussi par son Style antennaire seulement tomenteux, et par sa face d’un blanc sale.

Elle est un peu moins prolifique que la précédente, mais elle a les mêmes mœurs.

Sarcophaga laticrus. — Longueur six millimètres, semblable à la carnaria dont elle se distingue non seulement par sa plus petite taille, mais par ses cuisses antérieures un peu dilatées, et par sa face blanche dans les deux sexes.

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