QUATRIÈME ESCOUADE
Peu après le développement de la fermentation butyrique dans les matières grasses, s’en développe une autre dans les malères albuminoïdes, qui est une véritable fermentation caséique, car elle appelle les mêmes travailleurs que le fromage dont le degré atteint est celui où se développe cette fermentation. Nous voulons parler de la mouche qui donne les vers du fromage, la Pyophila casei, et d’une mouche voisine la Pyophila petasionis Duf.
Dans le cadavre d’un individu mort d'apoplexie ou d’anévrisme dans son fauteuil et trouvé dans cetle situation, dans sa chambre, au bout de dix mois, les larves de cette dernière mouche s’en échappaient par myriades et élaient facilement reconnaissables aux sauts caractéristiques qu’elles exécutaient ; du reste, l'examen de la mouche obtenue à la suite des métamorphoses de ces larves, nous a prouvé que c’est bien à un Diptère du genre Pyophila que nous avions affaire.
En compagnie des larves de cette mouche, nous avons trouvé aussi des larves d’autres mouches du genre AnrHomviA et de nombreux exemplaires de jolis coléoptères des trois espèces de CoryniTes, occupés à humer les liquides acides qui suintaient du corps en question.
En même temps que ces insectes se trouvaient sur ce corps et dans les cavités splanchniques vides de nombreuses (races, sous forme de coques de nymphes, des travailleurs des troisième, deuxième et première Escouades.
Nous avons donc, comme constituant la quatrième Escouade des travailleurs de la mort, la Pyophila petasionis Duf. et les trois espèces du genre CORYNÈTES.
Genre Pyopuiza. — Les caractères de ce genre, d'après Macquart, sont: corps luisant ; tète pelite, trompe épaisse ; palpes en massue. Face un peu inclinée en arrière ; épistome non saillant à deux soies allongées ; front un peu moins large dans les mäles. Antennes couchées et courtes, troisième article ovale, style nu. Écusson triangulaire. Abdomen oblong, déprimé ; organe sexuel du mäle saillant, épais, muni de deux crochets latéraux. Pieds nus. Nervure médiastine des ailes double, s'étendant jusqu’à l'extrémité; transversales distantes.
Larve ovalo-conique, allongée, anguleuseaiguë antérieurement, saus tète marquée, rétrécie, obtuse postérieurement, à petits stigmates postérieurs s’ouvrant chacun sur un petit mamelon charnu, affaissé et nu. Organes ambulatoires épineux sur chaque article. Métamorphoses complètes en vingt-cinq ou trente jours. Ces larves sont remarquables par les sauts de carpes auxquels elles se livrent, comme le montre le ver du fromage.
Pyophila petasionis Duf. (fig. 9). — Quatre millimètres de long, tête et thorax noir de suie ; abdomen zébré transversalement, chaque anneau ayant le milieu brun foncé ét ses bords jaunä-
48 FAUNE DES CADAVRES A L'AIR LIBRE tres pâles ; pattes brunes. Larves longues de sept millimètres.
Cette espèce est plus grande que toutes celles,
Fig. 9. — a, Pyophila petasionis Duf,; b, une antenne; €, une aile; d, sa larve; e, sa nymphe.
au nombre de neuf, décrites par Macquart. Dufour l'avait trouvée en nombre considérable dans un jambon, en 1843.
Genre ANTHOMYIA. — Les Anthomyies font pare de la tribu des Anthomyzides qui comprend des mouches plus allongées, moins épaisses que les Muscides. Elles ont les antennes couchées, à troisième article allongé et à style de deux articles distincts. Yeux ordinairement contigus chez le mâle. Pelottes des tarses allongées chez le même. Cuillerons médiocres ou pelits. Ailes à première cellule postérieure ouverte.
Les larves de ces mouches différent de celles
des Muscides par des prolongements styliformes, simples ou rameux, que porte chaque anneau sur les bords du corps, et qui sont plus allongés aux anneaux postérieurs ; ces productions persislent chez les nymphes et deviennent coriaces comme le reste de l'enveloppe.
L'évolution des larves et des nymphes est aussi rapide que chez les Calliphores et on peut observer aussi plusieurs générations dans la même année.
Le genre AnraomyiA est caractérisé par des antennes n'atteignant pas l’épistome, à style ordinairement tomenteux, quelquefois nu. Abdomen étroit, atténué à l'extrémité. Cuillerons petits, valve inférieure ne dépassant pas ordinairement la supérieure. Ailes sans pointe au bord externe.
Les Anthomyies sont répandues partout sur toutes Les fleurs et particulièrement sur ies Ombellifères et les Cynanthérées. Les métamorphoses de la plupart sont encore inconnues. On en connaît qui déposent leurs œufs dans la terre, dans les champignons en décomposition ; avant nos études, on ne connaissait pas celles qui recherchent les cadavres; on en avait signalé très exceptionnellement sur l’homme vivant : Ainsi le D' Danthon, de Moulins, a extrait
Mécnis — La Faune des cadavres 4
chez un malade, à la suite d’une forte inflammation de l'oreille, plusieurs larves à pupes, d’où sont sortis quelques diptères appartenant au genre Anthomyia, et très voisin de l’A. pluvialis; ces larves avaient entamé le fond de l'oreille et faisaient affreusement souffrir le patient : la mouche, attirée sans doute par l'odeur d’une accumulation de cerumen fermenté, était venue y pondre (!).
M. le Professeur Laboulbène a eu des larves de mouche provenant d’une femme qui souffrait depuis quelque temps de douleurs d’estomac qui lui avaient fait perdre l'appétit. Le 12 octobre 1855, elle prit de l'huile de ricin, et, après des efforts violents, elle vomissait au milieu de mucosités, une cinquantaine de petits vers sur lesquels elle appela lattention de son médecin le D' Jules Dubois ; les vers, remis à M. le Professeur Laboulbène, il les éleva, les fit éclore et obtint des mouches du mème genre, très voisines de l’Anthomyia vesicularis (loco cilato).
Le D' Judd rapporte un cas où cinquante larves de lAnthomyia scalaris (Meig.) furent évacuées du gros intestin d’un enfant dans le
(1) Thèse de M, le Dr Pruvôr. — Contribution à l'étude des larves de mouches trouvées dans le corps humain. Paris 1882.
Kentucky ; il les suivit jusqu'à l’état d'insecte parfait (/oco citato).
Il est plus que probable que, dans ces derniers cas, ces larves avaient été introduites jeunes dans l’organisme avec des aliments, de la charcuterie par exemple, qui avaient subi un commencement d’altération et sur lesquels une femelle d'Anthomyie avait pondu.
Nous avons trouvé très fréquemment, dans les cadavres humains d'individus adultes ou d’en-
Fig, 10, — Larves et nymphes d'Anthomyies.
fants morts depuis plus de six mois, des larves d’Anthomyies ou leurs pupes. Nous en avons trouvé aussi sur du fromage de Coulommiers mou très avancé.
Dans des cadavres d'enfants nous avons {rouvé des nymphes de deux espèces d’'Anthomyies, l’une à prolongements latéraux simples, l'autre à prolongements ramifiés (fg. 10). Des indi-
si
vidus adultes, trouvés morts dans des pupes de la seconde forme, nous ont permis de reconnaitre des Anthomyies très voisines de l’espèce 4nthomyia vicina, sans êlre cependant certain que ce soit la même. Elle constitue probablement une espèce nouvelle. Quant à la première forme de nymphe, nous ne possédons aucun élément pour pouvoir déterminer l'espèce à laquelle elle appartient.
L'Anthomyia. que nous nommons dubitativement vicina a anq millimètres de long ; elle est entièrement d’un noir brillant et a l’abdomen conique. Nous avons trouvé ses débris et les coques de sa nymphe en abondance dans les mêmes cadavres où nous avions trouvé des pupes vides de la Curtonevra stabulans. Les Anthomyies sont aussi des mouches rurales, et non des citadines. Ce fait donne des renseignements très utiles, au point de vue de la détermination de la localité où la mort du sujet a pu
survenir.
Genre Corynères, ou NécroBiA. — Ce genre comprend de petits Coléoptères de la famille des Clérides, ou Térédiles, dont les larves sont carnassières et vivent aux dépens d’autres insectes, ou de malières animales. Les types de cette fa-
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mille, les C/erus ou Clairons, font de grands ravages dans les ruches d’abeilles, dont elles dévorent le couvain.
Le genre CorYNères a pour caractère : cinq segments à l’abdomen au lieu de six ; corselet très rélréci à la base, présentant sur les côtés une ligne longitudinale saillante, et le quatrième article de tarses à peine distinct; antennes courtes terminées par une petite massue de trois articles ; larses assez courts, premier article recouvert en-dessus par le deuxième, crochets munis d’une large dent basilaire.
Les insectes composant ce genre, d’un bleu d'acier, se trouvent dans les pelleteries, dans les matières animales desséchées, où ils font probablement, dit Fairmaire, la chasse aux larves d’Anthrènes et de Dermestes. Nous les avons trouvés, nous le répétons, dans des cadavres humains à l’air libre, une dizaine de mois après la mort, occupés à humer les liquides acides suintant, en compagnie de myriades de larves de Pyophiles. Nous les avons trouvés aussi sur des pièces anatomiques osseuses et en particulier sur des squeleltes de baleines, au laboratoire d'anatomie comparée du Muséum, squeleltes laissant suinter des liquides gras à forte
odeur de rance.
Ce genre comprend quatre espèces, que l’on trouve ordinairement ensemble, surtout les deux premières, que nous allons brièvement décrire, les autres ne constituant probablement que des variélés. Ces espèces sont : €. cœruleus, C. ruficollis, C. violaceus, C. rufipes. Leurs noms indiquent leurs caractères distinctifs.
Corynètes cœruleus (fig. 11 b). — Cinq millimètres, enlièrement d’un beau bleu d'acier, très
Fig. 11, — a. Corynèles ruficollis; b, corynètes cœruleus.
brillant, couvert de poils noirs ; élytres à lignes de points assez régulières.
Corynètes ruficollis (fig. 11 a) même taille; corselet rouge ainsi que la base des élytres et les pattes.
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