MENUES DIABLERIES
, La scène se passe chez moi, dans mon petit salon, ouvert sur le grand afin d'éviter toute apparence de cachotterie devant les domestiques. J'ai fait la toilette qui convient : robe d'intérieur en mousseline de soie, quelque chose de mou et de collant à la fois, qui ne laisse ignorer presque aucun de mes avantages personnels. Çà et là, sur les meubles, un louis de liliums : j'envoyai les acheter, le matin même, aux Halles. (Soyons économes! Je veux me venger de mon mari, mais non pas dilapider les fonds de la communauté.) A portée de ma main, traîne sur un rognon Louis XVI un volume de Sully Prudhomme, un petit volume élégamment relié.
J'ai jugé piquant de lire (ou d'avoir Tair de lire) des vers d'homme, — à présent que les femmes, presque seules, s'amusent à écrire des vers.
Le rôle des fleurs est de dire à M. Duzart, quand il entrera dans mon salon : c Vous êtes ici chez une femme éprise des choses délicates, rares, voire singulières. » — Le livre signifie : c Cette même femme est douée d'une âme peu commune : les sentiments les plus compliqués, voire la philosophie, n'ont rien de mystérieux pour elle. » (Au fond, je suis une femme comme toutes les autres, qui n'est pas insensible à l'art, qui peut, à l'occasion, s'émouvoir, rêver. Mais les hommes n'aiment pas qu'on leur dise les choses si simplement.)
Arrivée du complice.
Il a toujours, lui aussi, la tenue qu'il faut. Il porte une jaquette du bon faiseur. Il évite la redingote, parce qu'il a l'intention de garder toute la liberté de ses mouvements. Qui sait? Il lui faudra peut-être, comme à la Comédie-Française, se mettre à genoux : la mise à genoux sert encore quelquefois dans les déclarations passionnées! Mais chez Molière seulement un homme s'agenouille en redingote.
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Il me baise la main, et le voilà assis à une distance convenable de moi, à une distance de visite, environ un mètre cinquante. Il a les deux mains libres, car, suivant l'usage du moment, il a laissé son chapeau dans l'antichambre. Il joue avec ses gants, qu'il a retirés devant moi, en faisant valoir ses mains belles et bien parées.
— Que lisiez-vous là?
Il prend le volume*
— Ahl Sully... Comme je comprends votre goût pour ce grand poète-là I II a vraiment, lui, mis de la pensée dans ses poèmes, et pas seulement des sonorités agréables... Je suis sûr que vous devez très bien dire les vers de Sully...
Je proteste, il insiste. Et, se levant, il m'offre
le volume ouvert sur la pièce intitulée : Idylle
muette :
Nais, vierge hhmde à Vont nok.
Au bord du fleuve agenouillée, Y mire sa bouche mouillée Par le mobile et frais miroir,
Hylas la voit, cueille une rose, La baise, la porte à son cœur, La pénètre de sa langueur. Et, sur Veau qui s^ enfuit, la pose..*
— Ohl lisez-moi celai
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Il s'assied à côté de moi, au point de me frôler. Je fais ma petite Rimini : je parcours des yeux la page avec lui. Je suis sur mes gardes, car je sais que mon visiteur se moque de la poésie encore plus que de la morale, et que le flirt d'Hylas avec Nais lui a seulement paru un moyen de s'approcher de moi. Il renonce d'ailleurs très vite à ce prétexte. Après avoir respiré mes cheveux comme s'ils exhalaient des parfums extraordinaires, il fait mine de chercher mes lèvres. Prestement, je me dérobe : le contact est circonscrit entre ses moustaches et les frisons de mon cou. Ce contact m'est franchement désagréable : le mécontentement de mes nerfs crispe un instant mon visage. Duzart s'en aperçoit; il attribue cette émotion, soit à la violence des sensations provoquées par son demibaiser, soit à mes remords. Il murmure :
— Ohl pardonnez-moi...
Et il se contenté dès lors de ma main droite, qu'il couvre de baisers, agrémentés de morsures légères... Soudain, il s'aperçoit que je souris.
— Pourquoi riez-vous?
Je reprends mon sérieux.
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— Mais je ne ris pas, cher ami. Je suis un peu nerveuse, voilà tout. Il ne faut pas m'en vouloir.
La vérité, c'est que j'ai entrevu la comique antinomie entre ces morsures, signe d'une passion farouche, exaspérée, — et la bonne petite aventure bourgeoise que Duzart est en train de se préparer. Le propos de Dona Sol me traverse la mémoire : e: Vous êtes mon lion superbe et généreux... » Et je pense que, malgré ses morsures, M. Duzart n'aura jamais l'air d'un lion amoureux.
Autre diablerie; même décor (sauf les liliums remplacés par des azalées).
C'est la fin d'une autre visite qui s'est achevée sans encombre, parce que j'ai tout de suite déclaré que j'étais très lasse; que je n'aurais jamais reçu un autre que lui; que je voulais une causerie amicale. Ce programme a été observé de point en point. Maintenant, je reconduis le visiteur jusqu'à la porte du grand salon, tout en bavardant. Quand il est sage, comme cela, il ne m'ennuie pas du tout, et je lui découvre un tas de qualités d'esprit et de manières. Mais, Dieul
lé
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que les hommes sont maladroits I Juste sur le seuil de la porte^ au moment où nous sommes face à face, debout, moi adossée à une table sur laquelle est un groupe de Saxe, sa figure change soudain, il cesse de parler. Je sens qu'il va tenter quelque chose... Ça y esti Me voilà enlacée par lui, debout, me défendant de mon mieux, et pensant : c Si je recule, la table tombe, et mon groupe est fichu! Pourtant, je ne peux pas le laisser faire... :» Ahl une idée de génie... J'étends mon bras gauche et je touche de la main un petit rond de porcelaine, sur le mur, à côté de la porte... Instantanément, Duzart me lâche :
— Ohl vous sonnez... c'est mail...
Et il remet en ordre, avec une prestesse comique, ses cheveux, sa cravaté, la fleur de sa boutonnière... Car c'est un homme correct, et le regard ironique d'un domestique l'exaspérerait.
J'ouvre moi-même la porte.
— Allez, lui dis-je. Je vous en veux très fort. Mes yeux démentent cette sévérité. Mes yeux
sont gais.
— J'ai eu bien tort de ne pas continuer, dit Duzart non sans amertume. Vous avez eu beau sonner, voyez, aucun domestique n'est venu...
Je ne puis m'empêcher de répondre,
— Je croîs bien! C'est le commutateur du lustre que j'ai touché. La sonnette est à côté de la cheminée.
Duzart est furieux; mais je ne crains plus rien, car mon valet de chambre a entendu s'ouvrir la porte du salon : il attend, le pardessus de Duzart à la main. Je sens qu'il faut panser la blessure d'amour-propre que j'ai faite :
— Soyez donc patient, dis-je à voix basse.^ Vous n'obtiendrez rien de moi par la violence.
Et je le regarde avec des yeux qui signifient : c Mais rien ne sera refusé à votre soumission. > Il part, triomphant malgré sa défaite. Moi, restée seule, je médite et je pense :
— Tout cela est fort bien. Mais tout cela ne peut pas durer. Il faut aboutir.
Et je prends la résoludon que le mois ne se terminera pas sans que j'aie € abouti... :», c'està-dire sans que j'aie tenu mon mari, un bon bout de temps, au-dessus de la chaudière infernale.
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J'ai consulté franchement ma vieille amie Dehesnin. Je lui ai demandé comment devait agir une femme qui n'ose pas se risquer à un rendez-vous décisif, — qui tout de même est obligée d'accorder quelque chose à ton courtisan, sous peine de le décourager.
— De mon temps, m'a-t-elle répondu, on s'arrangeait pour dîner avec lui en cabinet... Vous verrez cela dans toutes les pièces de Labiche. Mais c'est bien passé de mode, aujourd'hui. On ne fait plus tant de façons. On brûle les étapes. Au but, tout de suite.
(Qu'est-ce que cela me fait, à moi, que le restaurant ne soit plus à la mode dans l'amour moderne? Je relève cet usage pour mon compte.
Admirable! C'est un rendez-vous, et, tout de même, on ne risque à peu près rien.)
Mais quel restaurant?
— Il faut éviter ceux du centre, m'a dit en-
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core M"* Dehesnin. Il y en a d'excellents sur la rive gauche : la Tour d'Argent, Lapérouse.
Je n'irai pas à la Tour d'Argent : cela me rappellerait trop M"** Delaroche-Grangîer.
Mais pourquoi pas Lapérouse?
Trois jours plus tard.
Figurez-vous qu'hier, sur le coup de deux heures et demie, je sortis de chez moi, à pied, désirant profiter du joli temps sec pour faire un peu de marche. C'était jour d'exposition aux magasins du Louvre : je projetais l'emplette de coupons avantageux... Rue Greuze, place du Trocadéro, avenue Kléber, je m'en allais d'un pas léger, humant l'air qui déjà sent la verdure, la feuille de marronnier. Comme je m'engageais dans la rue Galilée, mes yeux se portèrent sur le trottoir d'en face, et je vis, marchant à peu près parallèlement à moi, un personnage maigre et d'aspect mal portant, chapeau melon noir,
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pantalon noir, gros souliers de marche, pardessus vert bouteille. Les bras ballants, frôlant les murs, il s'en allait devant lui, et quelque chose d'indéfinissable, d'hésitant, de contraint dans sa démarche, dans son attitude, révélaient au premier regaxd le citoyen qui, l'instant d'après, vous abordera et vous confiera que sa femme vient d'accoucher de deux jumeaux, — ou bien qu'il lui manque trois francs soixantecinq pour aller à Rambouillet assister aux derniers instants de son oncle. — Ce marcheur parallèle n'était donc pas un objet bien rare, et je n'y aurais peut-être pas prêté d'attention s'il ne m'avait semblé déjà vu. Mais où cela? Impossible de me le rappeler. Cependant je l'avais vu très récemment, je n'en pouvais pas douter.
Cette face maigre avec quelques brins de barbe triste au menton, ces bras inoccupés, ce pardessus d'un vert inoubliable, tout cela m'avait déjà impressionné la rétine. Et, tandis que dans la solitude de la rue Galilée nous continuions à cheminer, lui côté soleil, moi côté ombre, je tisonnais vainement ma mémoire pour en faire jaillir l'étincelle.
Sur les Champs-Elysées, je perdis de vue le
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pardessus vert bouteille. Ohl si j'avais voulu m'arrêter, me retourner, chercher des yeux, j'étais bien certaine que je l'aurais retrouvé! Il y avait un rapport mystérieux entre ce pardessus et moi, j*en étais sûre : et j'avoue que cette conviction commençait à me faire battre le cœur un peu plus vite.
€ Bah! qu'ai-je à craindre? pensai-je. Trois heures après-midi, les Champs-Elysées pleins de monde, et puis... pourquoi ce pauvre diable me voudrait-il du mal? S'il a jeté son dévolu sur moi pour obtenir les trois francs soixante-cinq du voyage à Rambouillet, je les lui donnerai! »
Je ne l'aperçus plus jusqu'au Louvre, où je fis tranquillement mes emplettes de coupons (nouveautés de printemps, occasions exceptionnelles). En donnant mon adresse à l'une des caisses du rez-de-chaussée, qu'aperçois-je me faisant vis-à-vis, de l'autre côté de la caisse? Mon melon et sa pauvre barbe. Mais cette fois, entre le melon et la barbe, deux yeux d'un brun jaunâtre me regardaient fixement avec insistance, avec le vouloir manifeste d'attirer mon attention. Dame, mon cœur recommença à battre la chamade! Je dis mon adresse tout de
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travers au caissier et je me sauvai vers la porte la plus proche, n'ayant plus qu'une idée : sortir du magasin, sauter dans un fiacre et rentrer chez moi...
Oui, mais je vous ai dit que c'était jour d'exposition, de coupons, d'occasions exceptionnelles. Je n'avais pas été la seule dans Paris, ce matin-là, à penser en me réveillant : « Ne pas manquer d'aller au Louvre aujourd'hui et pas trop tardi > A la porte la plus proche, — celle qui donne sur la place du Palais-Royal, — on s'écrasait. Tandis que je poussais sans pitié une grosse dame calée elle-même de toutes parts, j'entends une voix susurrer très bas, près de mes tempes, en m'envoyant un parfum d'alcool :
c Madame... permettez-moi de vous parler, dans votre intérêt... tout de suite... » Je cessai de pousser, à demi défaillante. La voix continuait : c Madame... vous pouvez avoir confiance... Je ne vous veux pas de mal, au contraire... » Nous avancions péniblement, de plus en plus coincés à mesure que la porte était plus proche. La voix disait : c Puisque vous n'avez pas confiance, je n'insisterai pas, mais vous avez tort. Tenez! pour vous convaincre que vous ne risquez rien,
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je ne vais plus vous suivre. Je vais aller vous attendre au premier étage, au salon des tableaux, où il n'y a jamais personne. J'y resterai un grand quart d'heure... Et si vous ne venez pas, ce sera tant pis pour vous... car vous ne me retrouverez plus... »
Ouf!... un dernier écrasement dans la porte... et c'est le grand air, le défripement, la liberté de respirer et de se mouvoir. D'instinct, je me retourne : pas le moindre pardessus vert. Enfin libre! enfin seule! Un fiacre s'approche, je vais le prendre. Un monsieur, plus leste et résolument discourtois, me le soufHe... Mais au fait? Vais- je prendre un fiacre? Vais-je rentrer chez moi sottement? Je serai bien avancée quand, dans ma chambre, je penserai sans relâche :
c Que me voulait cet individu? De quel intérêt parlait-il? Quelle menace suspendue sur moi voulait-il me révéler?... » Ma journée sera empoisonnée par cette incertitude. Et demain, après une nuit d'insomnie, je serai prête à don^ ner n'importe quoi pour le retrouver, pour lui parler, à ce pardessus vertl...
Tout en méditant ainsi, j'avais contourné le magasin par la rue Saint-Honoré. La porte latér
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raie n'était, par fortune, pas trop encombrée : je vis là un signe providentiel (car je suis très féticheuse); j'entrai...
Deux minutes après, je pénétrais dans la salle des tableaux. Une bruyante famille anglaise, père, mère, trois garçons et deux filles, jargonnait à grand firacas devant les toiles. Modestement, le pardessus vert attendait dans un coin. Il se leva à ma vue : le melon fut prestement ôté. Je vis un crâne pointu, pauvrement chevelu, surmontant une assez honnête figure : une de ces longues figures chétives, douloureuses, comme on en observe, à la suite des bandes de collégiens, les jours de promenade, sorte de ca^ ricature de la figure classique du Christ. Le nez, très petit, était écarlate dans le teint terreux. Des yeux jaunâtres sortait ce regard à la fois brouillé et brillant qui décèle TalcooL
— Madame... je suis votre serviteur... Je suis Ernest Bouloi, 15, rue Lepic... Vous voyez que vous pouvez avoir confiance.
Maintenant que j'étais en face de ce pauvre diable, je n'avais plus la moindre peur,, mais j'étais extrêmement gênée, intimidée. De quoi? Je ne le savais pas... De lui avoir obéi, peut-être,
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d'être venue à son appel, d'avoir pris au sérieux l'humble chose qu'il était.
Debout devant moi, son melon à la main, il continua, tandis que je comptais malgré moi les raies blanc sale du plastron bleu, tout fait, qui lui servait de cravate.
— Madame, je suis au service de l'agence Mertier, boulevard Barbes... C'est une agence pour les renseignements, les filatures. .. vous comprenez? On m'a chargé de vous suivre.
— Ah! m'écriai-je... Je me rappelle, maintenanti C'est vous que j'ai aperçu, avant-hier, devant la fenêtre de mon cabinet de toilette, rue Greuze...
— Oui, madame, c'était moi... Voilà six jours qu'on m'a attaché à vous... Et justement... c'est pour cela que je veux vous parler, car je sais bien à qui j'ai affaire... vous concevez... on a l'habitude. Je me rends très bien compte que, depuis six jours, je perds mon temps. Vous ne vous froisserez pas, madame, qu'un pauvre employé comme moi le dise à une dame comme vous? Eh bienl il n'y a pas plus honnête dame que vous sur le pavé de Paris. Voilà mon opinion. Et on ne me trompe pas, moil Alors je
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VOUS demande, qu'est-ce que je fais à vous filer, dix heures par jour? Pour rapporter tous les soirs à M. Mertier : c II n'y a rien de rien... > Je vais déposer aujourd'hui mon rapport définitif pour dire encore qu'il n'y a rien de rien. Mais, avant, j'ai pensé que vous me seriez peut-être reconnaissante de vous avertir qu'on vous a fait filer. J'ai confiance que vous ne me vendrez pas... et que vous me ferez une petite générosité.
J'eus l'intuition que cet homme était sincère, qu'il était tout à fait pour moi, tout à fait de mon parti. Pourquoi? Par intérêt, peut-être? Peut-être simplement parce que je lui plaisais? Je ne me sentis plus du tout intimidée.
— Qui m'a fait filer? demandai-je. Mon mari?
— Non, madame. Pas votre mari : une dame.
— Une dame?
— Une dame de la rue du Ranelagh... Une forte dame... ohl une belle femme... J'ai compris qu'elle ne connaît pas votre mari, mais qu'elle l'aurait averti si elle avait trouvé quelque chose.
Je pensai: c La Tour de Mamell... Exquis I Voilà qu'elle me fait filer, à présent? Ah! je comprends! On lui aura dit que Duzart... »
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— Une belle femme, reprit Bouloî... maïs pas des plus convenables. Elle m*a traité, hier, quand je lui ai dit que je ne voyais rien de mal dans votre cas, madame... ohl elle m'a traité comme un valet. Et je ne suis pas à son service, pas vrai? Je fais mon métier en conscience, et quand il n'y a rien, je ne peux pas dire qu'il y a quelque chose... Madame sait-elle de qui je veux parler?
— Oui. Je connais la personne. Est-ce tout ce que vous avez à me dire?
— C'est tout, madame.
— Bon. Je vous remercie.
J'ouvris mon porte-monnaie. Que donner à ce malheureux? Que valait son renseignement? Je pris vingt francs et je les lui mis dans la main. C'était sans doute plus qu'il n'attendait, car il s'écria :
— Oh! merci, madame, merci... Vous êtes bien généreuse. Si vous aviez besoin de moi, jamais...
Je fis un geste instinctif, comme pour protester. Mais je ne refusai pas tout de même, de peur de l'humilier, le carton qu'il me tendait. J'ai décidément plus de pitié pour les humbles que M""** Delaroche-Grangier.
Ce Carton n'était d'ailleurs pas trop sale.
Tandis que le paletot vert bouteille et le melon s'esquivaient prestement, après des salutations, je lus ces trois lignes dont l'une me fit sourire :
E%71ESJ "BOVLOl
FILATBUR
iS, ru* Lepic.
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