‹ La fausse clef, ou Les deux filsChapitre 25 sur 59 · SCÈNE III · texte numérisé non relu

SCÈNE III

Mad. ROBERT , PAULIN.

MAD. ROBERT

L'excellent cœur !... tu parais bien triste, mon ami^ bien abattu.

PAULIN

Comment ne le serais-je pas, quand je songe au malheur de mon père?

MAD. ROBERT

Paulin , n'aurais-je plus ta confiance ?

Ah ! toujours !

MAD. ROBERT

Autrefois , tu n^avais point de secrets pour ta mère -, et maintenant tu me caches toutes tes actions , toutes tes pensées. Hier encore , je n'ai pu savoir la cause de toi) absence.

(i) Mad. Robert , Philippe , Paulin.

PAULIN

Soyoz persuadée, ma mîre, que je n'ai rien a me reprocher.

MAD. ROBERT

C est parce que j'en ai la certitiule que je ne t'ai fait aucune question. Aiais tout de ta part doit-il m'inspirer la même sécurité !

PAULIN

Que voulez-vous dire ?

MAD. ROBERT

Tu as d'autres chagrins , et j'en connais la source... Oui, l'œil d'une mère ne se trompe pas aisément. PAULIN, à part.

Soupçonnerait-elle mon départ ?

MAD. ROBERT

J'ai su lire dans ton cœur ; mon ami, tu aimes.

PAULIN, à part.

Elle ne sait rien.

Tu aimes !... songes-tu, mon fils, aux suites que peut avoir une passion coupable ?

PAULIN

Coupable !

MAD. ROBERT

J'aime à croire qu'elle ne l'est point encore ; mais elle le deviendrait à l'instant où mademoiselle Emihe connaîtrait tes sentimens.

PAULIN

Rassurez -vous; elle ne les connaîtra jamais.

MAD. ROBERT

Je te plains , mon ami ; mais son état, sa fortune , \o% bienfaits de son père, tout, o mon fils, te commande la plus grande réserve.

PAULIN

Je vous obéirai ; j'éviterai la présence de mademoiselle Dubreuil! Tout entier h mes devoirs, à l'espérance de délivrer mon père, je n'existerai plus que pour ma famille.

MAD. ROBEUT.

Cher Paulin , puisses-lu triompher de cet amour malheureux 1 je te laisse, mon ami; je vais profiter d'un instant où mademoiselle Emilie peut se passer de moi, pour reporter cet ouvrage. Je ne tarderai pas à rentrer; le capitaine Brice doit venir, et je suis bi^n aise d'être ici pour le recevoir. Sans adieu , mon cher Paulin.

Ma bonne mère! {Il lui baise la main avec la plus vive tendresse ).

SCÈ^E IV.

PAULIN , seul.

Ma mère a raison, il faut renoncer à Emilie! je le dois; tout m'ordonne de partir; c'est peu de délivrer mon père ; en quittant cette maison , j'évite peut-être de porterie trouble dans une famille qui m'a comblé de bienfaits!... Emilie!... que de charmes!... que d'attraits!... comment n'être pas séduit?... j'ai été entraîné avant de m'en apercevoir !... Ail! du moins, qu'elle ignore à jamais mon amour!... Mettons ici la lettre que je viens d'écrire à ma mère. (// ouvre le secrétaire , et considère la lettre qu'il a tirée de sa poche) C'est peut-être le dernier témoignage de tendresse qu'il me sera permis de lui donner... demain elle la trouvera, et déjà je serai loin d'elle! ( il place la lettre dans le secrétaire) Cruel départ !... que ne puis-je le retarder de quelques jours! d'un seul!... ce malheureux Edouard! il n'est pas venu comme il me l'avait promis... j'aurais eu le temps peut-être... comment l'arrêter maintenant?... ( «7 tire la fausse clef) Cette clef m'a tout appris... son père ne le soupçonne pas... mais si jamaisil s'apercevait... Dieu! quel horrible avenir il se prépare!... (/Z est près du secrétaire ^ et pendant la phrase précédente , ilj pose la clef).

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