PAULIN, EDOUARD
KDOUAnc, ejitr ouvrant doucement laportequi donn& sur le jardin ; il est couvert d'un manteau. Paulin, êtes-vousseul?
PAULIN
Oui, jfi vous attendais... entrez. {Edouard entre d'un air honteux et porte la main sur ses yeux Paulin fermant la porte aufc nrécau/ionYNe cvHvrncz rien de moi, M. Edouard!... (i) "
EDOUARD, tirant un petit coffre de dessous son manteau. Paulin ! fu ne connais pas toute l'horreur de ma situation !
PAULIN
Que vois-je ?... malheureux! vous avez pu...
EDOUARD
Ce n'est point hier... Non, l'effroi qui m'a saisi m'a pre'servé de ce dernier crime... mais avant... ( /Zy^o^e le coffre sur le secrétaire).
PAULIN
Ah! fuyez, fuyez, n'attendez pas qu'un reste d'araklé qîîC je conserve encore ponr vous, s'évanouisse j je ne serais plus le maître de mon indignation !
EDOUARD
Accal>le-moi de ;?-proches, je les mérite; mais je t'en conjure, Paulin, ne me refuse pas ton secours.
PAULIN
Et que puis-je pour vous ? votre père n'a point trouvé ses comptes exacts le mois dernier, il a pris les plus grandes précautions pour en connaître la cause; aujour-' d'hui même il doit vérifier l'état de sa caisse; ses craintes seront justiliées... Qi.elle sera sa colère ! sur qui tomberont ses soupçons? Ah! sans doute, il pourra soupçonner tout le monde, moi-même, tous!... excepté son fils coupable.
EDOUARD
Se pourrait-il?
PAULIN
Voila les suites de vos désordres!... M. Dubreuil vient d'éprouver une faillite considérable; il aura besoin de tous ses fonds pour les paiemens qui s'ouvrent aujourd'hui... forcé peut-être de recourir h cette cassette...
Non, elle contenait une somme trop modique pour qu'il (i) Edouard j Paulin.
songe à s'en servir; c'était une re'serve... nne... tel'avouerai-je, Paulin, cette somme devait t'appartenir.
PAULIJV.
A moi?
EDOUARD
Un papier que j'ai trouvé dans ce coffre, m'a instruit de l'usage auquel mon père le déclinait.
PAULIK.
îïomme généreux !... mais qui donc vous a procuré cette fausse clef?
ÉDOUAUD.
C'est l'infâme Volmy.
P.AULIN.
Le scélérat.
EDOUARD
Ah! du moins, j'aurai cessé d'exister avant d'entendre la malédiction paternelle!... oui, la mort seule peut me dérober à l'opprobre, à Tinfamie!.. mais l'exécrable auteur de ma perle ne survivra pas à mon désiionneur; je vais le joindre, et le même coup nous frappera tous deux.
PAULIN
Arrêtez !.. rejetez cette horrible pensée; laissez à la justice divine le soin depunir ce misérable, puisque vousne pouvez le démasquer sans vous couvrir de honte ! ( av^ec sensibilité) Edouard, songez à votre père... voulez-vous, pour prix de sa tendresse, le conduire au tombeau? il en mourrait! je connais son cœur, et dussé-je tout sacrifier à son repos, sachez que je n'hésiterais pas... M. Edouard, il faut vivre pour réparer vos torts, pour consacrer désormais le reste de votre existence à mériter Testime de ce bon père que vous avez si indignement outragé !... il faut surtout lui caclier votre faute.
EDOUARD
Comment le pourrai-je?
PAULIX.
Peut-être en trouverons-nous encoi'e le moven. P.époudez-moi, et ne me déguisez rien.
EDOUARD
Je vous le promets.
-. PATJLIIV,
La somme que contenait cette cassette ?...
ÉDOUAPcD.
N'était point suffisante pour solder rimpîtoyableVoImv; l'espoir (le Fau^mienter m'a conduit au jeu..!^ mais je nèu ai risqué qu'une partie... trente louis
PAULIN
Trente louis ! ainsi donc... Ah .'j'entrevois la possibilité !.
ÉDOUAUXJ.
Que dis-tu?...
PAULIN, à lui-même.
Le capitaine ne veut rien accepter pour mon passage... Cetre ijûufse que je tiens d'une main généreuse... j'espérais roffrir h mon pore: mais il faut sauver l'iionneur d'une famille qui m'a comblé de bienfaits ; je ne balance plus... {lui moiïtrajit la bourse) (i). Cet argent est à moi, je puis en disposer; plaçons-le dans cette cassette; il complettera la somme qu'elle contenait... ce soir, pourla dernière fois, A'ous pénétrerez dans la caisse de votre père; vous restituerez tout, et vous me rapporterez cette clef, afin que je la brise à vos veux.
ÉnorAnn.
Tu me rends la vie I
PAULIN
Vous écrirez ensuite à ISL Dubreuil ; vous lui avouerez votre liaison avec Volmv , vos pertes, les dettes que vous avez contractées; puis, il fiudra vous éloignerpoin- quelque temps... votre père s'aflligera, mais il pourra du moins ne voir dans votre conduite qu'une folie de jeunesse, et bientôt il vous rappellera près de lui. Volmy connaît seul votre secret ; il a intérêt h le garder , ne craigue?. point sou itffliscrétion. Que les menaces de ce misérai')le ne vous causent donc aucun effroi; il les cessera dès qu'il n'aura plutî l'espoir de tirer parti de vos fautes. Quant à moi , je dois tout aux bontés de M. Dubreuil; je sais que la counaissance de votre égarement lui donnerait la mort, et je vousle jure par tout ce que les hommes ont de plus sacré, jamais im mot de c?ne mallieureusiî affaire ne soilira de
(i) Pawlin, Edouard.
ma bouche... et peut-être serai- je assez heureux pourcon* tlibuer ainsi au honlieur de votre père eu lui rendant un lils digne de son amour.
ÉDOUAUD.
Ah! Paulin, tant de vertu, de délicatesse, me touche , m'attendrit jusqu'aux larmes ! Oui, je te le promets, tout sera réparé, tout !... hors la honte d'un crime que mon père ignorera toujours, grâce à ton généreux dévouement, mais qui n'en léra pas moins le tourment du reste de ma vie.
PAULIN
On vient! éloignez-vous. Il ne faut pas qu'on nous voie ensemble. Ne quittez pas la maison de votre père ; cachez bien votre trouble , et préparez tout pour votre dépai't.
EDOUARD
Cher Paulin ! mon sauveur ! ( il fait un mouvement pour se jeter clans les bras de Paulin ^ et s'arrête en s^ écriant) : Ah! je ne suis plus digne de tes embrassemens !
PAULIN
Hàtez-vous, hâtez-vous ! ( Il forme vivement le secrétaire. Edouard sort par la porte ce droite , et aussitôt Emilie paraît à celle du fond ).
• PAULIN
Dieu ! c'est Emilie !