PAULIN, EMILIE
EMILIE
Vous êtes ici, monsieur Paulin ! je croyais trouver madame Robert seule.
PAULIN
Ma mère est sortie, mademoiselle.
EMILIE
En ce cas, je me sauve.
PAULIN
Elle ne tardera pas à rentrer.
ÉMILIjf,.
N'importe j je reviendrai.
PAULIJV.
Adieu, mademoiselle Emilie.
EMILIE, s arrêtant.
Adieu ! comme vous me dites cela ! Quand nous ne devrions nous revoir de bien long-temps, vous ne le diriez pas avec plus de tristesse.
PAULIN, à part.
De bien long-temps !
EMILIE, à elle-uiéme.
Cet adieu m'a fait mal. ( à Paulin ) Vous croyez donc que je devrais attendre le retour de madame Robert?... Eh ! bien, je reste ; mais c'est à une condition.
PAULIN
Ordonnez... Que faut-il ?...
EMILIE
Me promettre de quitter cet air triste , boudeur... D'abord, je vous avertis que cela ne vous va pas du tout.
PAULIN
Mademoiselle...
EMILIE
En vérité, M. Paulin, on ne vous reconnaît plus depuis quelque temps, on dirait que vous êtes toujoius facile.
Fâché! moi! Ne le croyez pas, mademoiselle.
EMILIE
Autrefois, vous étiez gai, aimable, toujours de bonne humeur j au moins on pouvait rire, plaisanter avec vous...
PAULIN
Ces familiarités ne me sont plus permises.
EMILIE
Pourquoi cela? Soyez toujours le mémo, ]M. Paulin ; mon père le perfhet ; il vous aime comme son fils, et moi, je ne fais pas de différence entre mon frère et vous.
PAULIN
Aimable candeur!
EMILIE j avec sensibilité.
Crovez que je ne changerai jamais î
PAULIN, tristement et a\H:c la plus grajide sensibilùé. Jamais! ( à part ) Et demain !...
EMILIE
Montrez-vous tel que vous étiez autrefois; ne craignez pas que mon père s'en oifeuse ; vous savez bien qu'il n'est pas lier : et pourquoi le serait-il? parce qu'il est riclie et que voiis ne l'êtes pas? Mais avec vos taleiis et votre goût poiu' le travail, vous poiivez le cicvfiiir... Lui-même, lorsqu'il a commencé, ne l'était pas plus que vous, et cependant... Tenez, M. Paulin, il ne faut jamais flésespérer île rien... Mais changeons de conversation , celle-ci est trop sérieuse, et vous finiriez 2>ar mé rendre aussi triste que vous. \ ous rappelez-vous les jolis couplets que vous m'ave/, faits poiu' le; jour de ma fête ? vous ne me les avez pas encore donnés , et je tiens beaucoup aies avoir. Prenez ce souvenir, et quand vous aurez un moment, ayez la complaisance de me les copier.
PAULIN
Vous les aurez, mademoiselle. Tropbeureux de pouvoir faire quelque chose qui vous soit agréable.
EMILIE
A la bonne heure; voilà de la galanterie !... Mais comme TOUS regardez ce souvenir! 11 vous plaît?
PAULIN
N'est- il pas à vous ?
EMILIE
Non , puisqu'il vous fait tant de plaisir.
PAULIN
Quoi, vous permettez?...
EMILIE
Sans doute.
PAULIN
Ah ! mademoiselle, il ne me q^uittera jamais !