‹ La fausse clef, ou Les deux filsChapitre 27 sur 59 · PAULIN, EMILIE · texte numérisé non relu

PAULIN, EMILIE

EMILIE

Vous êtes ici, monsieur Paulin ! je croyais trouver madame Robert seule.

PAULIN

Ma mère est sortie, mademoiselle.

EMILIE

En ce cas, je me sauve.

PAULIN

Elle ne tardera pas à rentrer.

ÉMILIjf,.

N'importe j je reviendrai.

PAULIJV.

Adieu, mademoiselle Emilie.

EMILIE, s arrêtant.

Adieu ! comme vous me dites cela ! Quand nous ne devrions nous revoir de bien long-temps, vous ne le diriez pas avec plus de tristesse.

PAULIN, à part.

De bien long-temps !

EMILIE, à elle-uiéme.

Cet adieu m'a fait mal. ( à Paulin ) Vous croyez donc que je devrais attendre le retour de madame Robert?... Eh ! bien, je reste ; mais c'est à une condition.

PAULIN

Ordonnez... Que faut-il ?...

EMILIE

Me promettre de quitter cet air triste , boudeur... D'abord, je vous avertis que cela ne vous va pas du tout.

PAULIN

Mademoiselle...

EMILIE

En vérité, M. Paulin, on ne vous reconnaît plus depuis quelque temps, on dirait que vous êtes toujoius facile.

Fâché! moi! Ne le croyez pas, mademoiselle.

EMILIE

Autrefois, vous étiez gai, aimable, toujours de bonne humeur j au moins on pouvait rire, plaisanter avec vous...

PAULIN

Ces familiarités ne me sont plus permises.

EMILIE

Pourquoi cela? Soyez toujours le mémo, ]M. Paulin ; mon père le perfhet ; il vous aime comme son fils, et moi, je ne fais pas de différence entre mon frère et vous.

PAULIN

Aimable candeur!

EMILIE j avec sensibilité.

Crovez que je ne changerai jamais î

PAULIN, tristement et a\H:c la plus grajide sensibilùé. Jamais! ( à part ) Et demain !...

EMILIE

Montrez-vous tel que vous étiez autrefois; ne craignez pas que mon père s'en oifeuse ; vous savez bien qu'il n'est pas lier : et pourquoi le serait-il? parce qu'il est riclie et que voiis ne l'êtes pas? Mais avec vos taleiis et votre goût poiu' le travail, vous poiivez le cicvfiiir... Lui-même, lorsqu'il a commencé, ne l'était pas plus que vous, et cependant... Tenez, M. Paulin, il ne faut jamais flésespérer île rien... Mais changeons de conversation , celle-ci est trop sérieuse, et vous finiriez 2>ar mé rendre aussi triste que vous. \ ous rappelez-vous les jolis couplets que vous m'ave/, faits poiu' le; jour de ma fête ? vous ne me les avez pas encore donnés , et je tiens beaucoup aies avoir. Prenez ce souvenir, et quand vous aurez un moment, ayez la complaisance de me les copier.

PAULIN

Vous les aurez, mademoiselle. Tropbeureux de pouvoir faire quelque chose qui vous soit agréable.

EMILIE

A la bonne heure; voilà de la galanterie !... Mais comme TOUS regardez ce souvenir! 11 vous plaît?

PAULIN

N'est- il pas à vous ?

EMILIE

Non , puisqu'il vous fait tant de plaisir.

PAULIN

Quoi, vous permettez?...

EMILIE

Sans doute.

PAULIN

Ah ! mademoiselle, il ne me q^uittera jamais !

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