Î20 LA FAUSSE M E R É
langes ,’"en lui donnant un de ces poisons subtiles dont je connois si bien la composition.
ADOLPHE
Pourc£uoi ne les avoir pas employés ?
ANDRÉ
Je vouloîs vous offrir le plaisir de le posséder vivant , votre vengeance eut été mieux satisfaite.
ADOLPHE
Ma vengeance? Oui sans doute... Mais ces poisons que tu sais composer avec tant d’art, ne pourrois-tu pas les tourjuer contre moi-même?
ANDRÉ
Mon prince !
ADOLPHE
Qui me répondra de toi ? (
ANDRÉ, d'un air patelin»
■ X’attacliement que...
ADOLPHE
Je n’y crois pas.
ANDRÉ, effrontément»
Mon intérêt...
^ ADOLPHE
J’y crois... néanmoins un intérêt plus grand... au reste, il faut se faire une raison là-dessus. Voilà le sort des princes... Ecoute , si tu osois me trahir , si tu osois en concevoir l’idée 5 loi, Isaure ta femme, que j’ai mise auprès de Caroline, vous péririez tous deux dans les plus aflfreux tourmens , et vous serviriez d’exemple à tous les traîtres futurs. ^
ANDRÉ
Votre altesse n’aura jamais cette peine-là.
ADOLPHE
Je m’en flatte... André, en vain j’ai voyagé, en vain J'ai povté mâ dissipation dans des cours -étrangères. Je reviens plus amoureux de Caroline que jamais J’auroispu employer mon pouvoir, mais ce ne seroit point une jouissance relativement à Caroline; je voudrois cpi’elle cédât elle-même. Une femme dont on triomphe par force est' déshonorée, maisçlle est toujours vertueuse.
ANDRÉ
Je crains bien.... ^
ADOLPHE, donnant des ordres aux nègres.
Entrez dans ce château, amenez-moi Caroline.
, ANDRÉ
Qu’espérez-vous ?
ADOLPHE
X’eramener à mon palais. ^
ANDRÉ
Elle n’y consentira point.
drame. ^
ADOLPHE
çVai un moyen sur. Ce fils dont tu viens de nie parler, ooit la déterminer ; elle est mère , la nature servira ma vengeance. Toi, vole au palais, fais tout^iréparer pour la recevoir. ( Aux noirs. ) Vous , accompagnez ses pas.
ANDRÉ
Mais , seigneur, si elle résiste ?
e la menacerai de la mort de son fils. Je la ferai conduire aans un chateau où tout a si bien servi mes passions, qu’il est impossible à la lemme la plus intrépide de ne pas succom- , tJer aux horreurs dont elle est mille fois frappée.
‘ ANDRÉ
■ gardon mais le bonheur de votre altesse , m’inspire une renexion. Le hls, s’il venoit lui-même reclamer Caroline ? -.p ADOLPHE.
-Lui . avec quelle joie je le percerois sur le sein de sa mère : avec quelle volupté mes mains sanglantes arracheroient sou cœur palpitant!.. Ah ! que le sort me soit ainsi propice, et i» me charge d'en profiter. ^ r r > >
Voici Caroline , et mon épouse.
ADOLPHE
Laisse-nous.
avec les nègres- Il fait des signes à Isaure i a obéir atf prince. Caroline paraît à la suite des nègres et soutenue par Isaure. ) °
SCENEIIL
ADOLPHE, CAROLINE, ISAURE, quelques Gardes.
. Venez, aimable Caroline; Adolphe, vous lesavez, n*a debonil VOUS voit ; ]e desire que vous veniez prendre paît aux plaisirs que je puis vous procurer dans mon palais 'm’averr^f^^^^^ fait cette offre obligeante, et toujours voue
rniP époux et de mon fils, puis-je goûter quel-
que plaisii. (^eyete/i^ a ses genoux.) Rendez-moi libre',^seigneur. Voila la seule satisfaction que mon cœur peut goûter
^ Relevez-vous, madame. Je ne peux vous rendre votre épouxmais je puis vous remettre dans les bras d'un fils. ^ '
^ J. ^ CAROLINE
Que dites-vous ?
Dans la dernière cour que j’ai visitée, j’ai trouvé un jeun» t R 3
- LA FAUSSE MEEE,
66i‘^n6ur criii marcboit vers nies États. En apprenant i^on ïioSi, il s’est"précipitéà mes pieds. Il m'a demandé sa mère, et je n^ai point eu de peine a reconnoitre votre nialiieureuxfiis.
CAROLINE
Mon fils ! il vivroit^ il est dans vos Etats ?
ADOLPHE
Oui 5 madame. ^ ^
CAROLINE, avec r éclat delà joie. ^
Ciel ! mon fils! je vais le revoir... le pojtrait de riiiFortnné Solanges , l’objet du plus tendre amour, mon fils b., sëigneur, îe vous 'pardonne tous les maux que vous m’avez fait endurer. •ADOLPHE.
E’amoiir m’avoit égaré , mais la raison reprend son empire ; venez, belle Caroline , que la nature me reconcilie avec vous.
i " . CAROLINE.
Oli! oui... Et toi, ma chère Isaure , toi , si sensible âmes peines, tu ne partages pas mon bonheur; mais que dis-je ; le cœur d’une mère ne peut se suppléer. Partons , seigneur.
Ees mêmes, les I h dépendais.
^Adolphe donne la main à Caroline qni peint sa joie. Isaure suit les moiivemens > mais par un ai'r contraint , en rencon^ trant les jeux d" Adolphe ^ (pd s'applaudit avec hjpo cri sic de sa ruse. Ils s'avancent vers le pont ; mais touL-à-coup un des chefs des Indépendans paroit sur la cime du rocher , et tire un coup de pistolet ; Adolphe ordonne à un officier de conduire Caroline dans le château fort , ensuite il range sa troupe en bataille : mêlée générale^ La troupe du prince est mise en fuite ^ Adolphe combat successivement contre trois chefs , il en désarme un j et est poursuivi par les deux autres sur le pont ^ là il se défend , mais enfin U succombe ^ et s'écrie • A moi , sauvez Adolphe.