‹ La fausseté du protestantisme demontréeChapitre 2 sur 10 · CHAPITRE I er · texte numérisé non relu

CHAPITRE I er

DELA FAUSSETÉ DU PROTESTANTISME , CONSIDÉRÉ AU POINT DE VUE DE L’ENSEIGNEMENT DE LA FOI.

Le protestantisme est dépourvu de tous les moyens d’exercer le divin ministère que le Sauveur a confié à ses apôtres et à leurs successeurs.

La base unique de son enseignement est la sainte Bible. Or, il ne possède pas ce livre comme un livre divin, mais comme un livre profane. Il est constitué de telle sorte, d’après ses propres aveux, que les protestants ne peuvent faire un

acte de foi chrétienne sur la divinité de la sainte Bible. H est incapable d’enseigner avec une certitude infaillible les vérités révélées, et de condamner définitivement les erreurs contraires à la foi. 11 est dépourvu de toute fécondité spirituelle dans l’enseignement des doctrines chrétiennes : on peut dire qu’il est frappé d’une stérilité complète. Les doctrines qui ont servi de prétexte au schisme et à l’apostasie des premiers réformateurs, des fondateurs du protestantisme , sont en partie manifestement erronées en partie blasphématoires. En dépit de leur principe : Toute la Bible , rien que la Bible, les protestants admettent, en matière de foi et de salut, plusieurs croyances qui ne se trouvent point dans la Bible ou bien qui y sont condamnées. 11 est avéré qu’ils ont imposé aux fidèles, de la manière la plus arbitraire et la plus déraisonnable, un joug inconnu à leurs pères, et qu’ils ont restreint ainsi les voies du salut. Les erreurs et les contradictions de l’enseignement protestant ont réduit la Réforme à la confusion la plus complète, et à l’abjuration de ses propres principes. Elle périt aujourd’hui par le suicide. Au

fond, les doctrines du protestantisme ne sont que de vieilles hérésies condamnées autrefois, et plus insoutenables aujourd’hui que jamais.

Article I.

Le protestantisme ne possède pas la sainte Bible comme un livre divin , mais comme un livre profane.

Un des grands écrivains de la Réforme a dit que la Bible est loti te la religion des protestants.

Toutes les communions protestantes se font gloire de n’être fondées que sur la Bible. Leur croyance n’a pas d’autre base, leur salut n’a pas d’autre fondement.

S’ils possèdent la Bible comme un livre divin, leur foi et leur salut sont fondés sur une base divine ; mais s’ils la possèdent comme un livre profane , comme un livre humain, leur foi et leur salut sont basés sur une doctrine humaine: toute leur religion se réduit à un simple système de philosophie.

Pour posséder la Bible comme un livre divin, que faut-il?

Il faut qu’on l’ait reçue de Dieu et que Dieu ait déclaré qu’elle renferme sa parole. On doit pouvoir s’assurer, par des moyens chrétiens, infaillibles, que Dieu l’a dictée tout entière, et qu’il n’a point permis qu’elle fût altérée plus tard par la négligence ou par la malice des hommes.

Or, les protestants n’ont pas reçu la Bible de Dieu ; ils n’ont aucun moyen chrétien de s’assurer qu’elle vient de lui, et quelle est entière aujourd’hui, comme elle l’était lorsqu’elle sortit de ses mains.

Il est certain d’abord que Dieu ne donne pas immédiatement la Bible à tous ceux qui la lisent.

Ceux qui en prennent connaissance aujourd’hui, ne peuvent la recevoir de Dieu qu’à l’aide d’intermédiaires sûrs et fidèles, qui l’ont reçue de lui à l’origine, et qui, d’après ses ordres, la remettent aux générations suivantes.

Pour que les générations actuelles puissent se glorifier d’avoir reçu la Bible des mains de Dieu, il faut que Dieu même ait établi entre ces générations et lui des intermédiaires officiels, si

je puis parler ainsi, qui aient reçu de lui la mission de conserver ce dépôt sacré et de le transmettre en son nom à tous les fidèles. Pourquoi les mahométans, par exemple, pensent-ils recevoir le coran de la main de leur faux prophète? Évidemment parce que Mahomet a institué un corps sacerdotal , chargé de veiller à la conservation et à l’interprétation légitime de ce livre. Pourquoi, nous autres chrétiens, ne recevonsnous pas le coran comme un livre sacré? Parce que nous refusons à Mahomet le nom de prophète, et le droit d’instituer un corps hiérarchique chargé de transmettre ce livre aux générations futures comme livre inspiré; enfin parce que nous ne reconnaissons aucun caractère sacré dans ce corps hiérarchique fondé par Mahomet pour conserver la bible mahométane , et que, par conséquent , nous ne considérons pas ce corps sacerdotal comme un intermédiaire légitime entre Dieu et nous, entre Mahomet et nous.

Or, les protestants ne reconnaissent aucun intermédiaire entre eux et Dieu ; ils repoussent jusqu’à l’idée d’une tradition divine, apostolique ou ecclésiastique ; ils prétendent que l’Église de

Jésus-Christ a été corrompue peu de temps après la mort du Sauveur, et que dès lors elle a disparu de la face de la terre. Dans leur système, les apôtres n’ont pas eu de successeurs; ni les doctrines, ni les institutions ne sont transmises de main en main ; aucun lien ne lie les générations des hommes les unes aux autres; tous les chrétiens sont isolés dans le monde; chacun constitue une église à part; toute relation de l’âme fidèle avec Dieu, par l’intermédiaire des hommes, est contraire à l’Evangile.

En vertu de cette théorie , chaque protestant trouve la Bible dans le monde, ou par hasard, ou lorsqu on la lui remet, absolument comme il y trouve le coran ou les lois de Manou. Personne n’est chargé, de la part de Dieu, de lui confier la parole sainte ni de la lui expliquer. Les protestants possèdent la Bible comme ils possèdent Homère et Virgile, Thucidyde et Tite-Live,Pindare et Horace : Ils la rencontrent dans les bibliothèques ; ils ont pour garantie de son intégrité les manuscrits!!! Quant aux moyens spéciaux et d’institution divine, ils n’en ont, ils n’en reconnaissent aucun!

L’Église catholique, au contraire, se glorifie d’avoir reçu la sainte Bible de la main de Dieu, et chaque fidèle la reçoit de Dieu par l’intermédiaire de l’Église, que Dieu même a chargée d’en consei'ver le dépôt, et de la transmettre aux générations futures.

L’Eglise catholique vit toujours semblable à elle-même : elle ne meurt pas, elle ne vieillit pas. Ce qu’elle a reçu à son origine de la main de son divin fondateur, elle le garde dans tous les siècles : sa tradition est continue, perpétuelle. La succession non interrompue de ses pasteurs légitimes en est la garantie. Les dépositaires de l’enseignement de la foi, les gardiens des institutions divines n’inventent rien, ne changent rien au dépôt qui leur a été confié; ils remettent fidèlement à leurs successeurs ce qu’ils ont reçu de leurs devanciers.

Ainsi, chaque fidèle reçoit la sainte Bible de Dieu par l’intermédiaire de l’Eglise, et il la possède comme un livre divin. Mais les protestants ne la possèdent que comme un livre profane.

Le protestantisme est privé aussi de tout

moyen chrétien de s’assurer de l’étendue réelle et de l’intégrité de la sainte Bible.

Dans un livre aussi volumineux, reproduit tant de fois dans plusieurs langues pendant des siècles, combien d’erreurs et de méprises à craindre?

Le nombre de livres dont la Bible se compose, présente pour les protestants un problème insoluble. Il ont tranché, il est vrai, ce problème, mais avec la dernière témérité, mais d’une manière injustifiable, au point de vue protestant comme au point de vue catholique.

Parmi les protestants, personne n’est revêtu de l’autorité nécessaire pour trancher cette question : la question se trouve évidemment à l’étal de problème. L’Église catholique admet au nombre de ses livres sacrés, tous ceux qui ont toujours été en usage dans son sein ; la société biblique d’Angleterre en admet un autre nombre ; les anciens conciles ont composé des listes encore différentes. Des protestants renommés par leur savoir ont contesté l’authenticité de plusieurs livres admis par toutes les Églises. Il n’est pas un seul livre, pas un seul chapitre, pas un seul verset, que le libre examen n’ait

attaqué au nom de la critique, de la philologie et de la science. De quel droit une simple société biblique, sans autorité, sans mission, a-t-elle osé trancher une question dont dépend l’enseignement de la foi, au risque de priver les fidèles d’une partie de f héritage que Jésus-Christ leur a légué? Qui lui a indiqué les livres non canoniques? Le Saint-Esprit? Mais pendant quinze siècles il a dicté le contraire à l’Eglise?... Les protestants sont incapables, d’après les principes de leur communion, de fixer le nombre des livres saints d’une manière certaine; c’est-à-dire de déterminer le véritable canon des Écritures.

Ils sont incapables aussi de s’assurer par des moyens chrétiens de l’intégrité des livres saints qu’ils ont conservés dans leurs Bibles. Comment savent-ils que personne, soit par négligence, soit par imposture, n’y a rien ajouté, n’en a rien ôté? Ils n’ont pas d’autre garantie que l’autorité des manuscrits, absolument comme ils l’ont pour s’assurer de l’authenticité et de l’intégrité d’un livre profane. Si les manuscrits varient, si les citations ne s’accordent pas, les protestants sont condamnés à un doute incurable. Ils ne trou-

vent en dehors des raisons philologiques et de la critique littéraire, que l’on applique à la conservation des livres profanes, aucun moyen quelconque de s’assurer de l’authenticité et de l’intégrité des livres saints.

Les catholiques sont dans une position bien différente.

Leur Église, toujours vivante, rend témoignage par la tradition apostolique dont elle est dépositaire, de l’origine et de l’intégrité des Écritures quelle a reçues de la main des apôtres, qu’elle a constamment conservées et gardées comme son plus précieux trésor, jamais elle n’a permis qu’on les altérât ou qu’on les tronquât. La sainte Bible est son code et sa loi, sans cesse appliquée au gouvernement du peuple de Dieu.

Cette loi divine a été confiée à des interprètes légitimes, elle a été appliquée par un tribunal que le Sauveur a institué lui-même; elle a été observée dans tous les siècles, et a opéré partout un grand bien. L’autorité spirituelle que Dieu a établie et constamment éclairée de sa lumière céleste, dès qu’un doute s’élève, consulte sa tradition, son enseignement, sa conscience, et

déclare que tel livre, tel verset appartient ou n’appartient pas au corps des Écritures. La décision est légitime, chrétienne, d’abord parce que Dieu a promis à l’Église le secours de l’Esprit saint qui ne la quitte jamais, ensuite parce que Dieu lui a garanti, en faveur de son peuple, une infaillibilité que lui seul pouvait promettre, que lui seul peut donner. Grâce à l’institution divine de l’autorité spirituelle de l’Église, lorsque les premiers pasteurs prononcent comme tels, en matière de foi, de mœurs ou de discipline, c’est Dieu môme qui prononce par leur bouche et qui enseigne la vérité; dès lors, pour un catholique, le doute n’est plus possible.

Le protestantisme, au contraire, admet celte hypothèse absurde que Dieu a jeté les livres sacrés dans le monde, sans les cou fier à personne en particulier, sans en constituer d’interprète légitime, sans créer un peuple dévoué qui les acceptât comme sa loi et sa constitution. Il s’imagine que Dieu, en donnant la loi aux hommes, a été moins sage, moins prudent que les législateurs humains. Ceux-ci savent fort

bien que leurs lois ne peuvent produire aucun bien, ni aboutir à aucun résultat, si elles ne sont appliquées à une société régulièrement constituée et prête à suivre leurs principes, leurs commandements. D’après le protestantisme, Dieu a jeté sa loi sainte dans le monde, comme un livre spéculatif, qu’il abandonne à tous, qu’il ne donne à personne ! On ne conçoit pas de système plus contraire à toutes les notions de l’expérience et du bon sens, et par conséquent plus indigne de la sagesse et de la bonté de Dieu.

Des réflexions qui précèdent, il résulte que la foi catholique est basée sur la sainte Bible comme sur un livredivin, dicté par le saint Esprit, reçu de Dieu, conservé et garanti par des institutions divines ; tandis que le protestantisme est fondé sur la Bible comme sur un livre humain, rencontré par hasard dans le monde, livre qui reste au milieu des nations sans gardiens, sans garanties et sans interprètes.

Comme tout édifice est de même nature que sa base, il est vrai de dire que le protestantisme n’a rien de divin; qu’il est une religion tout à fait humaine, une institution complètement profane.

Article If.

Il est impossible aux protestants de faire un acte de foi chrétienne sur la divinité de la Bible.

Qu’est-ce qu’un acte de foi chrétienne? C’est un acte par lequel l’esprit humain adhère à une vérité révélée, à cause de l’autorité de Dieu qui l’enseigne.

Nous croyons, par exemple, l’incarnation du Fils de Dieu, parce que Dieu nous dit que son Fils s’est incarné.

Lorsque l’on croit une chose jmrce qu’on l’a vue, ou parce qu’on l’a apprise d’un autre homme, on ne fait pas un acte de foi chrétienne : on adhère alors au témoignage des sens ou à l’autorité d’un homme.

Pour faire un acte de foi chrétienne sur la divinité de la Bible, il faut donc que l’on sache par des moyeus chrétiens que Dieu en est l’auteur. 11 faut qu’en dehors de la Bible il y ait un moyen de connaître la révélation ; il faut que la parole de Dieu existe en dehors de la Bible, POUR NOUS ATTESTER QUE LA BlBLE EST UN LIVRE DIVIN

LA FAUSSETÉ DU l'ROTESTANTISME

Or, c’est là une condition diamétralement opposée aux principes fondamentaux du protestantisme. Celui-ci tient pour certain que la Bible seule contient la parole de Dieu, et qu’en dehors de la Bible il n’existe aucun vestige de la révélation. Il lui est donc matériellement impossible, d’après ses propres principes, de faire un acte de foi chrétienne sur la base même de la religion, sur la divinité des Livres saints. Cettedivinité peut lui être prouvée par des raisons historiques et philosophiques de l’ordre naturel, comme elle est prouvée aux incrédules et aux impies qui la rejettent; mais cette démonstration aboutit nécessairement à une conclusion naturelle, philosophique, profane. Elle appartient, selon l’expression de saint Thomas, aux préliminaires, aux préambules de la foi; elle ne fournit point par-elle-même les éléments d’un acte de foi chrétienne ; seulement elle y achemine, elle y conduit.

Je suppose maintenant, ce qui n’est pas, à savoir que la sainte Bible enseigne en termes formels qu'elle est inspirée, divine dans toutes ses parties; que le volume sacré, tel que les

sociétés bibliques l’ont façonné, contient toute la parole de Dieu et rien que la parole de Dieu; les protestants pourraient-ils, au moins dans cette hypothèse, faire un acte de foi chrétienne sur la divinité de la Bible ?

Évidemment ils ne le pourraient pas. La raison en est fort simple. Voyez :

Avant de croire au témoignage que la Bible se rend à elle-même, comme à un témoignage divin, comme à la parole de Dieu, il faut savoir, par un témoignage infaillible pris en dehors de la Bible, que celle-ci renferme la pure parole de Dieu. Or, d’après les principes protestants, cela est imposible : ce témoignage infaillible, pris en dehors de la Bible, n’existe pas pour le protestant ; il est donc impossible au protestant de faire un acte foi sur le témoignage que la Bible se rend à elle-même.

Alléguer l’autorité de la Bible afin de prouver la divinité de la Bible, avant que cette autorité ait été prouvée elle-même par des preuves puisées dans la parole de Dieu, c’est commettre une grave erreur de raisonnement : c’est supposer ce qui est en question; c’est tomber dans unvéritable

sophisme qu’en bonne philosophie on appelle cercle vicieux.

L’acte de foi que les protestants ne peuvent pas faire, les catholiques le font sans difficulté. Voici comment ils analysent leur croyance :

L’Église catholique, qui est le corps mystique de Jésus-Christ, corps vivant etanimé de l’Esprit saint, possède la parole de Dieu non écrite, en dehors de la Bible. La tradition apostolique lui garantit l’origine divine et la parfaite intégrité des Livres saints. L’Église est d’institution divine, et elle peut rendre témoignage non-seulement aux livres dont elle est dépositaire, mais aussi à elle-même. Comment cela? Parce que son autorité divine a été prouvée dès l’origine par des faits divins, par des miracles éclatants et nombreux, opérés dans le but d’établir et de faire admettre celte autorité. Les apôtres ont fait des miracles dans l’intention hautement déclarée de prouver leur mission et celle deleurssuccesseurs. Ces faits divins restent : leur témoignage démontre l’autorité de l’Église catholique dans tous les temps. ■'

Les catholiques possèdent donc, en dehors de

la Bible, un témoignage divin de la divinité de la Bible et ce témoignage divin, qui leur est transmis par l’Église, a sa garantie propre dans les miracles opérés pour établir l’Eglise même et pour en démontrer l’autorité. Les fidèles dans l’Église croient donc la divinité de la sainte Bible, parce que Dieu même la leur a révélée par la voix de l’Église, son épouse, le corps mystique de Jésus-Christ.

Jamais l’inspiration, la divinité des Livres saints, n’a été prouvée par des faits divins posés à cette fin, comme a été prouvée l’autorité divine de l’Église. Jamais on ne citera un miracle opéré dans le but de prouver que les quatre évangiles, les actes des apôtres, les treize épîtres de saint Paul, les sept épîtres catholiques et l’apocalypse, renferment la parole de Dieu et nerenfermentque cela. Pas un seul miracle n’a été opéré à cette fin.

H existe encore une autre différence essentielle entre les catholiques et les protestants, qu’il importe de signaler.

Au fond, un catholique n’est pas tenu, avant d’accepter la Bible comme la parole de Dieu, de se démontrer à lui-même la divinité de ce livre.

par des preuves prises en dehors de l’autorité de l’Église.

Il est par son baptême enfant de cette Église, qu’il appelle sa mère, comme il appelle Dieu son père. 11 trouve sa famille en possession du livre sacré : il en reçoit l’héritage sans inquiétude et sans contestation. Un fils ne réclame point de ses parents, avant de s’approprier leurs titres et leurs biens, des preuves authentiques de leur noblesse ou de leurs propriétés. Il les accepte sans défiance, il les conserve avec amour. Ce que tout le monde considère comme le bien de la maison à laquelle il appartient, il n’a garde de croire qu’il n’y ait aucun droit, ou que ses droits soient contestables. Pour jouir librement de ces biens, il n’a qu’ilne chose à faire, constater qu’il appartient à cette famille, qu’il est fils de la maison.

Un catholique, pour se trouver en possession de la sainte Bible comme de la parole de Dieu, n’a donc qu’à s’assurer qu’il est enfant de l’Église à qui Dieu a confié ses Écritures, et qui les possède comme un héritage légitime depuis le temps des apôtres.

L’Église catholique n’a besoin d’aucune démonstration, en dehors du témoignage quelle se rend à elle-même ; car, en sa qualité de corps mystique de Jésus-Christ, elle est la même dans tous les temps ; sa vie s’étend à tous les siècles; son individualité ne souffre aucune interruption. L’Église catholique de nos jours est bien celle qui a reçu les livres saints de la main du Sauveur et des apôtres. Lorsqu’elle nous assure quelle a reçu ces livres de la main de Dieu, elle ressemble à une personne qui raconte dans l’âge mûr les événements dont elle a été témoin dans sa jeunesse. Sa possession est un fait dont elle explique elle-même l’origine, un fait que sa mémoire atteste , que son autorité confirme. Quand l’Église, vivant toujours de la même vie, nous déclare ce qui lui est arrivé dans son jeune âge, qu’avons-nous encore besoin ou de témoins ou de preuves ?

Par une raison toute contraire, les protestants ne peuvent sous aucun prétexte se passer d’une démonstration régulière et rigoureuse de la divinité de la Bible: car ce livre n’est point pour eux un héritage de famille ; c’est un volume

2(5 La fausseté dü PhOTÉSTANtisMR

qu’ils rencontrent par hasard dans le monde; et dont l’autorité ne peut leur être connue qu’en vertu des preuves qu’ils en découvrent. Puisque l’Église, d’après eux, n’est ni dépositaire, ni fidéicommissaire des livres saints, les protestants en sont réduits, ou à se démontrer la divinité et l’intégrité de la sainte Bible, par des preuves théoriques convaincantes, décisives, ou bien à admettre aveuglément, sans motifs, au hasard, une vérité dont la vie chrétienne et le salut dépendent.

Quelle différence encore ici entre la position des catholiques et celle des protestants, dans la grande affaire du salut!

Les protestants sont donc, nous venons de le voir, dans l’impossibilité absolue d’admettre la divinité de la Bible, comme une vérité révélée, et de la professer par un acte de foi chrétienne. Leur foi , leur religion et leur salut reposent sur un fait humain.

Article III.

Le protestantisme est incapable d'enseigner avec certitude aucune vérité chrétienne.

Comme la foi est la base du salut, il importe à tout chrétien, je dirai même à tout homme de bon sens, d’avoir la plus grande certitude possible des vérités qu’il croit révélées de Dieu.

Le doute en cette matière est non-seulement périlleux, puisqu’il met en question l’espérance du salut , mais il est encore insupportable à tout âme qui craint Dieu. Quand il y va du bonheur ou du malheur éternel, l’esprit n’a de repos que dans une certitude inébranlable.

Quoique la lumière de la foi soit de sa nature un aide et un secours pour l’esprit humain, on ne peut nier qu’en dehors des vérités fondamentales, qui sont inculquées de mille manières et à tout propos, des doutes ne puissent naître facilement à l’égard des vérités secondaires que la révélation divine renferme. L’étendue de ce dépôt sacré, la trempe si différente des esprits,

la mobilité excessive des opinions, ont pour effet naturel de soulever des questions, de provoquer des querelles, d’alimenter les controverses, et de l’aire sentir le besoin d’une autorité souveraine qui juge en dernier ressort. Chez les protestants, ces doutes planent sur les vérités fondamentales de la révélation, sur les dogmes qui décident de l’ensemble des devoirs chrétiens et de la base du salut. Ainsi, par exemple, la question de savoir si Jésus-Christ a fondé une église visible ou non, et si cette église peut commander ou non dans les choses relatives au salut, se trouve chez beaucoup de protestants à l’état de problème.

Le doute peut naître chez les catholiques sur toutes les doctrines que l’autorité légitime n’a point décidées, à cause de la manière même dont la révélation divine leur a été communiquée.

Les dogmes n’ont pas été tous énoncés en propositions claires et distinctes, mais ils sont répandus dans l’histoire de la religion, et se présentent sous diverses faces. Les uns sont exprimés clairement et distinctement ; les autres d’une manière implicite ou obscure; ceux-ci sont expliqués par les faits, ceux-là sont enveloppés

dans d’autres dogmes. Pour démêler ces doctrines, pour les saisir dans leur ensemble et dans leurs détails, il faut une assez grande perspicacité, une force d’esprit peu ordinaire. Au milieu de ces recherches, ce qui frappe l’attention de l’un, échappe à l’œil de l’autre. La divergence d’opinion est donc naturelle, même chez les catholiques, aussi longtemps que l’Église n’a pas décidé les questions en litige.

Chez les protestants, le doute est l’état habituel des esprits; le doute est le premier pas dans la recherche de la vérité. Tout bon protestant doit aborder l’étude de la religion avec une certaine défiance de la doctrine qu’il examine, et avec une grande confiance dans ses lumières personnelles. Le principe du libre examen, qui force tous les fidèles à discuter les vérités de foi par eux-mêmes, et le principe du jugement individuel qui leur permet de prononcer en dernier ressort sur toutes les matières de foi, doivent nécessairement multiplier à l’infini les opinions et les croyances, et noyer les esprits ordinaires dans un déluge de doutes et d’hésitations. Les contradictions des hommes les plus

habiles et les plus savants, les controverses soulevées entre les diverses communions protestantes, mettent nécessairement le comble aux incertitudes des fidèles réformés.

Le protestant sincère a-t-il un moyen quelconque de sortir de ce dédale où il se trouve forcément engagé? Il n’en a aucun.

C’est un axiome de la Réforme, que Dieu na chargé personne en ce monde de discuter et de résoudre avec autorité les matières de religion. 1 1 n’a constitué aucun juge pour expliquer et appliquer sa loi. Les pasteurs n’ont pas qualité pour terminer les controverses. Leur opinion n’a pas plus de valeur que celle du dernier des fidèles. Quand une communion protestante a prononcé une sentence quelle considère comme définitive, non-seulement les autres communions réformées, mais chaque membre de la communion qui a prononcé, ont le droit rigoureux de soumettre cette sentence à leur libre examen, et de la rejeter avec tout autant d’assurance que leurs chefs en ont montré lorsqu’ils l’ont promulguée. Le doute domine toute décision protestante; aucune autorité, aucun fait, aucun droit ne s’é-

lèvent au-dessus de lui; le doute est souverain, il est maître : il est le dernier mot de tout enseignement protestant.

Lorsqu’un fidèle protestant renonce au doute et adopte la croyance de sa communion et de ses pasteurs, il ne jouit point pour cela de la certitude dont tout chrétien a besoin dans les matières de salut. Qu’il admette cette croyance, soit parce qu’il en est convaincu, grâce au jugement individuel qu’il a prononcé et en vertu des lumières bornées de son esprit, soit parce qu’il s’incline devant l’opinion de ses pasteurs, il n’a pour garantie de sa foi qu’un motif humain, une raison faillible. Pendant qu’il s’attache à cette croyance, d’autres protestants plus instruits que lui adhèrent à la croyance contraire, et ils y adhèrent avec autant de sincérité, de conviction et de légitime assurance que lui. Cependant il est impossible que les deux doctrines contradictoires soient vraies. Pour peu qu’il réfléchisse, le doute revient, et le doute lui reste comme le dernier mot de toutes ses croyances.

11 n’en est pas ainsi pour le fidèle catholique.

Grâce à l’autorité divine et vivante de l’Église,

tous les doutes qui s’élèvent parmi le peuple chrétien ont un remède infaillible. Le tribunal que Dieu a érigé lui-même au milieu de son peuple pour interpréter sa loi, est visible et permanent; il jouit du droit souverain de prononcer en dernier ressort sur toutes les questions qui intéressent le salut; son autorité actuelle et vivante s’étend à toutes les questions possibles, elle embrasse tous les besoins de l’âme chrétienne. Jésus-Christ a dit à son Église : Voici que je suis avec vous, jusqu’à la consommation des siècles (Matth. ult. ult.): lorsque celle-ci a prononcé, pour un catholique tout est dit ; l’autorité de l’Église se résout dans celle de Dieu ; lorsqu’elle déclare que telle doctrine est révélée, le doute n’est plus possible; lorsqu’elle déclare que telle doctrine n’est pas révélée, la chose n’est pas moins certaine. Le catholique peut donc, en obéissant à l’autorité infaillible de l’Église, se débarrasser de tous les doutes qui envahissent son esprit, et adhérer avec la plus grande certitude possible aux vérités révélées.

Le protestant au contraire est dans l’impossibilité matérielle de sortir des doutes qui s’élèvent

dans son esprit; il est condamné à vivre et à mourir avec eux. En dehors de l’Écriture, il ne trouve aucune autorité investie du pouvoir de prononcer en matière de religion.

L’Écriture sainte, loin de résoudre les doutes, est la source la plus féconde des contestations qui désolent la Réforme. Les pasteurs et les synodes, qui tranchent les questions dogmatiques ou morales, usurpent une autorité qu'ils n’ont pas; leur jugement ne dépasse jamais la valeur d’une opinion humaine, contestable cl toujours contestée. Le protestantisme est donc radicalement incapable d’enseigner la vérité avec certitude, et de résoudre légitimement un seul doute en matière de religion.

Je le demande à nos frères protestants, la vérité de Jésus-Christ peut-elle se trouver là oii aucune vérité n’est connue avec certitude, où le doute est une fatale nécessité?

Article IV.

Le protestantisme est incapable de condamner définitivement aucune hérésie, de proscrire avec autorité aucune erreur.

Il est évident que si la Réforme ne peut enseigner aucune vérité avec certitude, elle ne peut non plus condamner d’une manière absolue aucune erreur. La vérité et l’erreur, quoique opposées, sont cependant corrélatives.

De deux assertions contradictoires, l’une est nécessairement fausse, lorsque l’autre est vraie. Ainsi, lorsqu’on dit : Cet homme est bon; cet homme n’est pas bon On dit nécessairement une chose vraie et une chose fausse. Mais l’assertion contradictoire à une assertion douteuse, est ellemême douteuse ; elle nest ni cet'lainement vraie, ni certainement fausse. Prenons pour exemple ces assertions contradictoires: Il est probable que tel navire a péri; il est probable que ce navire n’a point péri. Personne ne peut déterminer la fausseté de cette seconde proposition, avant de connaître par des rapports certains que la première est vraie.

bÉMONTRliE.

Eh bien, dans le protestantisme, nous venons de le voir, toutes les vérités révélées sont douteuses et restent à l’état de problèmes: donc les erreurs contraires à ces vérités ne sont pas certainement des erreurs : elles aussi restent «à l’état de problèmes, et personne n’a droit de les taxer de fausseté.

Lorsque la vérité est bien déterminée et certaine, l’erreur contraire est certaine et déterminée ; mais lorsque le doute plane sur la vérité, il plane aussi sur l’erreur, avec cette différence que cette situation est tout entière au détriment de la vérité et à l’avantage de l’erreur, puisque la vérité est une, et l’erreur multiple. En ôtant à la vérité sa certitude, on lui enlève son existence, on la détruit; en jetant un doute sur l’erreur, on ne fait que changer sa forme, on ne la détruit pas.

L’impossibilité de condamner définitivement l’erreur résulte, pour le protestantisme, de deux raisons: la première, qu’il n’a aucune règle de foi; la seconde, qu’il n’a aucun juge des controverses.

Dans l’église catholique, on a l’un et l’autre. La règle de foi se trouve dans la tradition et dans

l’enseignement de l’Eglise qui a une grâce spéciale pour comprendre et pour interpréter les Écritures. L’Eglise elle-même a été constituée juge de toutes les controverses ; elle les décide en dernier ressort, en vertu d’une autorité à laquelle Dieu a promis l’infaillibilité.

Les protestants n’ont aucune règle de foi, si ce n’est leur jugement individuel ; or ce jugement individuel est précisément la source de toutes les erreurs auxquelles il faudrait porter remède; il n’est donc d’aucun usage dans le discernement et l’appréciation des erreurs dogmatiques.

Conséquents avec ce principe de la Réforme, les rationalistes ont soutenu que l’hérésie, que l’erreur n’existe pas, qu’elle n’est pas possible. Qu’est-ce que la vérité, disent-ils, si ce n’est ce que nous découvrons nous-mêmes dans la Bible, à l’aide de nos lumières personnelles? Dès que nous y découvrons une doctrine, ce n’est plus une hérésie, c’est un dogme. L’erreur n’est pas possible : l’hérésie est une chimère.

Malheureusement les protestant même instruits, ne s’entendent pas sur les doctrines que le jugement individuel découvre dans la Bible.

Ce que les uns affirment, les autres le nient. Or de deux assertions contradictoires l’une est nécesairement fausse : il y a donc évidemment parmi les protestants des erreurs contraires à la parole de Dieu et à la foi chrétienne.

Dans cet état de choses, nier l’existence de l’erreur, la possibilité de l’hérésie, qu’est-ce, sinon placer l’erreur et la vérité sur la même ligne, et confondre l’hérésie avec le dogme? Qu’estce, sinon supprimer toute ligne de démarcation entre la vérité et le mensonge, et introduire la confusion la plus déplorable dans l’enseignement chrétien?

Voilà cependant où les communions protestantes en sont arrivées, par une conséquence naturelle, nécessaire de leurs faux principes!

Elles sont obligées d’admettre comme vérités de foi des propositions contradictoires, dont l’une ou l’autre est nécessairement fausse ! C’est ainsi qu’elles rendent la sainte Bible solidaire de toutes les aberrations de l’esprit humain.

Le protestantisme ne fait point difficulté d’avouer qu’il ne reconnaît aucun juge de la foi, aucun juge des controverses chrétiennes, aucun juge

qui soit revêtu de l’autorité nécessaire pour les décider, aucun juge qui ait une promesse certaine de Dieu pour garant de la vérité de sa sentence.

Dans le système protestant, il n’y a que le jugement individuel qui soit réputé infaillible; lui seul n’est justiciable de personne.

Comme la raison individuelle est la source ordinaire des erreurs, il s’ensuit que tous les égarements de l’esprit humain sont légitimés d’avance et en principe, et que le protestantisme est complètement désarmé contre toutes les erreurs possibles. 11 est impuissant et incompétent pour en dénoncer, pour en réprimer une seule.

Ainsi les protestants, en vertu du principe du libre examen, ont le droit de nier et de rejeter, non-seulement les doctrines que les pasteurs leur enseignent de commun accord, mais aussi les principes fondamentaux de la Réforme. Rien n’est excepté de la juridiction souveraine de la raison individuelle; rien par conséquent ne peut échapper à son action destructrice. Il est donc vrai de dire que le protestantisme, en posant ses principes fondamentaux du libre examen et de l’infaillibilité de la raison individuelle, s’est livré

lui-même aux caprices du premier visionnaire venu, aux hallucinations de l'ignorance comme aux témérités du savoir, a commis un véritable suicide. Il est réellement, et par sa faute, à la merci de tous les novateurs: il n’a le droit ni de condamner ceux qui le condamnent, ni de proscrire ceux qui le proscrivent !

Voilà jusqu’à quelles conséquences déplorables ses faux principes ont entraîné le protestantisme! En faut-il davantage pour prouver qu’il n’est pas l’œuvre de Dieu?

àkticle V.

Le protestantisme est frappé d'une stérilité spirituelle absolue.

Un des signes les plus manifestes de la vérité de l’Eglise catholique, éclate dans sa vie spirituelle et dans sa fécondité toujours croissante.

' Si de temps en temps l’enfer fait éprouver à cette Eglise des pertes sensibles, par le schisme ou l’hérésie, le Ciel à son tour lui fait faire tous les jours des conquêtes par l’apostolat.

Depuis la défection des peuples qui ont ern-

brassé la prétendue Réforme, l’Église a donné une nouvelle impulsion aux missions catholiques parmi les nations infidèles, et secouant la poussière de ses sandales sur les pays rebelles, comme les apôtres le firent sur Samarie, elle a porté la bonne nouvelle aux peuples assis encore à l’ombre de la mort ; et ceux-ci ont salué la lumière admirable de l’Évangde, dès quelle a frappé leurs yeux.

Il est au moins probable, s’il n’est pas certain, que l’Eglise catholique compte aujourd’hui plus de fidèles dans son sein quelle n’en comptait avant la révolte de Luther.

Quoi qu’il en soit, les conquêtes continuent. G’ est par le ministère apostolique de l’Église que nous voyons s’accomplir les prophéties qui annoncent la vocation successive de tous les peuples à la foi.

Je pourrais m’étendre sur un autre sujet non ni oins fécond , je veux parler des œuvres de charité que l’Église conseille, anime, multiplie, des dévouements héroïques quelle inspire, des merveilles morales quelle opère. Les cris d’ admiration qu’elle arrache aux ennemis de sa foi,

me viendraient puissamment en aide. Mais comme je me propose de prouver ici la fausseté du protestantisme plutôt que la vérité de l’Église catholique, je me borne à constater l’avantage que cette thèse pourrait m’offrir.

Je ne puis omettre cependant une réflexion.

L’Église catholique se maintient et prospère, malgré les attaques réitérées des sectes protestantes, de l’incrédulité et de l’impiété coalisées. Au milieu des injures, des outrages et des persécutions, elle conservesa vie et étend son influence; comme son divin fondateur, elle triomphe par la croix et par les tribulations. Elle paraît douée d’une vie surnaturelle, d’une force plus qu’humaine;- pourquoi? parce que la main de Dieu même qui l’a créée, la soutient et la rend supérieure à toutes les atteintes, de l’enfer et du monde.

Le protestantisme, au contraire, malgré les richesses dont il dispose, en dépit de la protection et des faveurs dont il jouit, ne montre ni vie ni action. Il semble frappé d’une stérilité radicale.

Je ne parle point ici du bien que certains protestants pieux peuvent opérer par un effet de la

grâce qui les ramène à l’unité, ou qui se sert d’eux comme d’instruments de la miséricorde divine. Je ne nie point les sentiments religieux des individus : j’envisage les communions protestantes dans leur ensemble; je considère le protestantisme comme corps.

Depuis le xvi* siècle, où une série de défections déplorables lui procura l’existence, on ne pourrait pas citer une seule nation, une seule province, une seüle ville dont il ait fait la conquête. Le protestantisme est resté d’abord stationnaire; et bientôt après il commença à décliner. C’était une maladie : elle a emporté les membres malsains ou gangrenés; et elle cessa bientôt ses ravages, faute d’aliment.

A toutes les époques, on a vu un petit nombre de catholiques isolés apostasier pour embrasser le protestantisme, tandis qu’un grand nombre de protestants rentraient dans l’unité. Mais dans ce mouvement réciproque, un fait bien digne de remarque s'est constamment produit : tandis que les catholiques qui passaient à la Réforme étaient considérés comme le rebut du peuple chrétien , les protestants qui revenaient au Catholicisme

étaient considérés, par ceux mêmes qu’ils quittaient, comme les personnes les plus pieuses et les plus distinguées de leur communion. Les catholiques convertis au protestantisme ne cherchaient, dans leur démarche, qu’un moyen de couvrir leurs passions; les protestants convertis au catholicisme ne suivaient au contraire que les plus nobles inspirations du cœur humain. Par le caractère des personnes qu’elles captivent, par l’attrait qu’elles leur présentent, par la nature de l’empire qu’elles exercent, il est facile d’apprécier les deux religions contraires, et de comparer leur fécondité.

La stérilité du protestantisme dans l’œuvre de la conversion des infidèles est encore un effet de l’impuissance dont Dieu l’a frappé, et de l’abandon où l’Esprit saint le délaisse.

La prétendue Réforme existait depuis trois siècles environ, lorsqu’elle songea pour la première fois à exercer l’apostolat parmi les nations infidèles. L’exemple de l’Eglise catholique la fit rougir alors de son inaction, et l’engagea dans une foule d’entreprises dont le but est louable sans doute, mais dont les résultats sont aujour-

d’hui d’une nullité désespérante. Dans une œuvre où l’esprit de Dieu et l’amour du sacrifice font tout, le protestantisme ne compte que sur des moyens matériels. Il amasse et dépense force argent ; il imprime et distribue force Bibles : il ne fait rien. Comme tout arbre que le père de famille n’a point planté, il ne porte aucun fruit.

Depuis quelques années, au lieu de convertir les infidèles à la foi chrétienne, les sociétés bibliques ont organisé un prosélytisme pitoyable parmi les populations catholiques. De prétendus ministres de l’Évangile, largement payés, répandent l’argent à pleines mains parmi les catholiques pauvres à condition d’en obtenir une adhésion plus ou moins équivoque à leurs églises improvisées, et le droit d’en instruire les enfants dans les idées de la Réforme. On a organisé ainsi un véritable trafic des consciences, trafic contraire à toutes les notions chrétiennes, et inouï dans les fastes de l’Eglise. Faute d’autres moyens, ces apôtres d’un nouveau genre exercent une nouvelle simonie, une simonie véritable. Ils invitent les catholiques à leur livrer pour de l’argent leur foi, leur

conscience, les dons qu’ils ont reçus de Dieu. Ils disent aux fidèles : Que voulez-vous que je vous donne, pour que vous renonciez aux promesses de votre baptême, aux obligations de toute votre vie? Quelle somme d’argent désirez-vous, pour que vos enfants deviennent protestants?

On nous assure que, dans ce trafic des consciences, il existe des prix courants, des tarifs connus. L’apostasie d’une famille, selon le nombre des personnes qui la composent, vaut aux ministres protestants de cinq à quinze cents francs une fois payés! A-t-on jamais, je le demande, entendu parler d’un commerce aussi sacrilège! Les ministres qui ne veulent rien que la Bible, sont-ils capables de nous indiquer dans la Bible un seul passage qui autorise ces ventes et ces achats abominables? Les seuls exemples qu’ils puissent alléguer à l’appui de ce trafic des consciences, c’est l’exemple des pharisiens et des scribes qui payèrent trente deniers à Judas afin qu’il leur livrât son divin Maître ; c’est l’exemple de Simon le magicien, qui offrait de l’argent aux apôtres pour obtenir le don de conférer le Saint-Esprit! Les. fidèles n’ont donc qu’une seule réponse à

faire aux ministres protestants qui leur offrent de l’argent pour acheter leurs âmes, celle que saint Pierre faisait à Simon : Que ton argent périsse avec toi, jmrce que tu as cru qu’on pouvait acquérir le don de Dieu à prix d’argent (Act. viii. 20)!

L’Église catholique a toujours envisagé la conversion des âmes comme une œuvre divine, comme le fruit de la grâce et de la persuasion ; si elle a permis de sévir contre des aposlats , qui ayant goûté le don de Dieu, s’étaient rendus volontairement coupables de trahison et de parjure, jamais elle n’a autorisé ni approuvé la violence ou la contrainte comme moyens de conversion. Le protestantisme fait pis qu’employer la violence: il en appelle à la cupidité, il exploite l’indigence, il se fait une arme des passions et des besoins ! C’est là évidemment descendre au dernier degré de la dégradation religieuse.

Cet apostolat indigne, loin de prouver la vie et la fécondité de la Réforme, lui imprime une flétrissure dont elle ne se lavera jamais.

La stérilité du protestantisme, malgré l’agita-

tion fébrile que nous voyons dans son sein de puis un demi-siècle environ, est évidemment un signe de l’abandon de Dieu et une marque certaine de la fausseté de son enseignement.

Article VI.

La fausseté du protestantisme prouvée par lès doctrines de ses fondateurs.

On connaît l’arbre à ses fruits.

Si Luther et Calvin avaient été des hommes de Dieu, ils eussent enseigné la vérité pure sans mélange d’erreur; ils eussent professé, en fait de morale, des principes propres à édifier le peuple fidèle.

Hérésiarques, artisans d’erreurs, ils se sont signalés dès le principe de la Réforme, il faut bien le dire, par d’horribles blasphèmes et par des opinions erronées qui renversent toutes les bases de la morale chrétienne.

Luther et Calvin, divisés sur d’autres sujets, étaient d’accord sur ce point, que l’homme, par le péché d’Adam, a perdu son libre arbitre, et n’est plus responsable par conséquent du mal

qu’il fait. Ils ont été jusqu’à attribuer à Dieu le mal que fait l’homme, et à trouver équitable que Dieu inflige à l’homme un châtiment éternel pour les péchés qu’il a commis sans pouvoir les éviter!

Luther a écrit un traité pour prouver que le libre arbitre de l’homme est esclave! De servo arbitrio!

Calvin pose comme base de toute sa théologie que Dieii a prédestiné des hommes à l’enfer, et qu’il les a créés pour les damner!

Calvin admet le péché dans notre divin et adorable Sauveur, dans l’Agneau sans tâche, dans ce pontife innocent, sans souillure, séparé des pécheurs!

Ces horreurs, qui révoltent la conscience du chrétien et même du philosophe, servirent de prétexte au schisme, à la séparation d’avec l’Église romaine. Les premiers protestants prodiguèrent l’insulte, l’injure et la menace au Saint-Siège et au concile de Trente, parce qu’ils anathématisaient ces abominations! . <

Redire les principes et les conseils de Luther en fait de morale, ce serait souiller ces pages. Bornons-nous à dire que le patriarche

de la Réforme, dans une consultation raisonnée, a admis la légitimité de la polygamie, à la demande du landgrave de Hesse! c’est-à-dire qu’il a violé ouvertement la loi de Dieu, et foulé aux pieds les prescriptions les plus formelles de l’Évangile.

Les protestants ont abandonné la plupart de ces blasphèmes et de ces erreurs , après avoir écrit bien des volumes pour les soutenir ou les excuser. Il n’en est pas moins vrai que ces horribles doctrines ont servi de prétexte à la Réforme, et ont été considérées fort longtemps parmi les disciples de Luther et de Calvin comme des doctrines fondamentales.

Un corps de croyances souillé par d’aussi grossières erreurs, par d’aussi affreux blasphèmes, peut-il venir de Dieu ? Ceux qui, après avoir abandonné ces horreurs, conservent le corps de doctrinedontellesfaisaientpartiedèsleprincipe, peuvent-ils en justifier l’origine? peuvent-ils l’accepter comme l’expression de la vérité chrétienne?

Les protestants se moquent aujourd’hui de Luther et de Calvin. Ils nous répondent : Que nous importent ces hommes! nous vous les aban-

50 u fausseté du piaotestantisme

donnons; nous avons fait une Réforme nouvelle! A la bonne heure! mais il n'en est pas moins vrai que, si ces hommes n avaient point ouvert la voie, par leurs erreurs et leurs blasphèmes, à toutes les innovations possibles , vous ne seriez pas protestants , vous ne porteriez pas le nom de ministres de l’Évangile. Vous êtes les fils spirituels de ces erreurs et de ces blasphèmes ; prouvez-nous qu’en les abjurant et en adoptant des principes contraires à ceux de vos pères vous avez embrassé la vérité ! Si vous avez gardé leurs principes, si vous avez seulement changé d’erreur, n’avons-nous pas droit de vous tenir pour les enfants légitimes de ces affreux blasphémateurs?

Article VII.

La fausseté du protestantisme prouvée par ses inconséquences et ses contradictions.

L’iniquité est condamnée par l’Esprit saint à se mentir à elle-même. Ce signe de fausseté est sensible dans le protestantisme.

Le principe fondamental des ministres protestants est celui-ci : Toute la Bible, rien

que la Bible, et cependant les ministres admettent plusieurs croyances qui ne se trouvent pas dans la Bible, et d’autres qui sont manifestement contraires à la Bible.

Ainsi, par exemple, la Bible ordonne au peuple de Dieu de sanctifier le sabbat, le samedi, comme les juifs le célèbrent encore. La sainte Écriture lance les plus terribles menaces contre ceux qui violent le sabbat.

Cependant les protestants célèbrent le dimanche avec les catholiques; quoiqu’il leur soit impossible de citer un seul mot du Nouveau Testament qui abroge la loi de l’Ancien. Ils ont donc abrogé de leur autorité privée un précepte divin, très-clair, contenu dans les Livres saints ; ils ont substitué, d’après leur langage, une tradition humaine à la parole divine; ils ont abandonné l’Écriture pour suivre des institutions que les Livres saints ne prescrivent pas, qu’ils condamnent.

L’Eglise catholique célèbre le dimanche au lieu du sabbat, en vertu de la tradition apostolique dont elle trouve des vestiges jusque dans les lettres de saint Ignace d’Antioche, disciple des apôtres. Elle ne doute point que les apôtres.

n’aient substitué le dimanche au samedi , sur l’ordre et par l’inspiration du Saint- Esprit : elle est parfaitement conséquente. Mais les protestants qui n’admettent aucun précepte divin en dehors des Écritures, en célébrant le dimanche au lieu du samedi, sont parfaitement inconséquents; ils foulent aux pieds leur principe fondamental : Toute la Bible, rien que la Bible.

La sainte Bible défend aussi, de la manière la plus rigoureuse, au peuple de Dieu de manger la viande des animaux suffoqués et de manger du sang. Cette loi antique, qui remonte au berceau du monde, a été renouvelée par les apôtres, et elle est écrite en toutes lettres dans la relation du premier concile célébré à Jérusalem, insérée dans les Actes des Apôtres. Ce précepte divin est donc écrit jusques dans les livres saints du Nouveau Testament.

En vertu du principe de la Réforme, ce précepte oblige tous les chrétiens. Pourquoi les protestants le considèrent-ils comme non avenu? De quel droit abandonnent-ils le texte formel de l’Écriture?

Les catholiques savent que cette loi toute

cérémonielle sous l’Ancien Testament, et purement disciplinaire dans les premiers temps du christianisme, a été abrogée par l’autorité apostolique en Occident, pour des motifs tout aussi légitimes qu’étaient les raisons pour lesquelles les pasteurs l’avaient d’abord maintenue partout et la maintiennent encore dans plusieurs Eglises i

d’Orient. Ils concilient donc facilement l’abrogation de cette loi antique avec leurs principes.

Mais les protestants, qui trouvent ce précepte divin consigné en termes formels dans l’Ancien et dans le Nouveau Testament, de quel droit le violent-ils? \

Les protestants, en dépit de leur axiome fondamental, n’admettent donc pas toute la Bible !

Il est facile de prouver aussi qu’ils admettent autre chose que la Bible, et qu’il ne leur est pas permis de dire : Rien que la Bible.

La connaissance du nombre des livres inspirés qui forment la Bible, est une chose qui touche aux bases du salut, surtout pour les protestants, dont la Bible constitue toute la religion. Il y a plusieurs vérités révélées qui ne sont écrites que dans un seul livre sacré. La suppression ou

Si LA FAUSSETÉ UU PROTESTANTISME

l’admission d’un seul livre peut donc modifier le symbole de la foi chez les protestants. Le nombre des livres sacrés est une chose fondamentale pour eux.

Puisque le salut dépend de cette question, il est indubitable que Dieu en a donné la solution.

Cependant, les saintes Ecritures nerenferinent aucun renseignement quelconque à ce sujet. Ni l’Ancien ni le Nouveau Testament n’indiquent le nombre des livres saints. La Bible ne s’explique point sur cette question fondamentale.

Les ministres protestants s’abstiendront donc de la décider? ils adoreront les conseils de la sagesse divine qui leur a laissé ignorer le nombre des Livres sacrés, base de leur salut? Ils ne prononceront pas, de crainte d’admettre une vérité, un dogme en "dehors de la Bible ?

Tant s’en faut! Les ministres protestants, d’accord avec la Société biblique britannique et étrangère, prononcent ex cathedra sur le canon des Ecritures ; retranchent de la Bible plusieurs livres qui y sont contenus depuis les premiers siècles du christianisme, et dont toutes les Églises

du monde se servent tous les jours; et ils imposent ce jugement dogmatique à tous leurs adhérents!

Est-ce là, je le demande, appliquer l’axiome protestant: Rien que la Bible?

Pour décider que les livres deutéro-eanoniques que les protestanls appellent apocryphes, ne sont pas inspirés, il faut tout autant d’autorité que pour décider qu’ils le sont. Les protestants refusent au concile de Trente l’autorité nécessaire pour trancher la question : par quelle singulière aberration s’attribuent-ils, à eux qui ne reconnaissent aucune autorité spirituelle divine sur la terre, l’autorité qu’ils contestent à l’Eglise catholique? Ils n’ont pu tronquer la Bible sans tomber dans une grossière inconséquence , dans une véritable contradiction.

Us prétendent que tous les chrétiens, et même tous les hommes, sont obligés, sous peine de damnation, de lire la Bible.

Ce précepte qui oblige, d’après les ministres, sous peine de damnation, n’est pas contenu dans l’Écriture.

Un jour, Notre- Seigneur dit aux pharisiens:

Lisez les Écritures, ou, selon une autre leçon : Vous lisez les Écritures; et les ministres prétendent que cette invitation, ou cette simple affirmation, renferme un précepte divin qui oblige tous les hommes, sous peine de damnation! Ce qui est dit aux pharisiens , ils l’appliquent à tous les chrétiens et même à tous les humains. Ce qui est dit d’une question particulière, ils l’appliquent à tout l'enseignement de la foi ; ce qui est jugé utile pour résoudre une controverse, ils le prétendent nécessaire pour acquérir la connaissance de toutes les vérités révélées!

Us supposent donc que Notre Seigneur a dicté en passant et en parlant d’autre chose, une loi qui oblige sous peine de damnation , une loi sur laquelle repose l’enseignement de tout le christianisme, une loi inconnue pendant quinze siècles au peuple chrétien! Singulière méthode d’interprétation! Ces tours de force suffisent pour faire voir que l’Ecriture n’impose pas ce précepte aux fidèles, mais que le protestantisme l’a inventé.

Dans les livres de l’Ancien Testament, ce précepte universel de lire la Bible n’existe pas plus

que dans les livres du Nouveau. S’il y existait, nous demanderions aux ministres pourquoi ce précepte oblige les chrétiens, tandis que le 'précepte d’immoler des taureaux et des génisses, et celui de lancer le bouc émissaire ne les obligent plus? Les ministres ont sans doute des raisons fort spécieuses à faire valoir, des raisonnements fort subtils à nous opposer. Mais qu’ils nous permettent de les rappeler ici à leur axiome fondamental: Rien que la Bible! et qu’ils nous prouvent par la Bible, la différence de ces deux préceptes divins contenus dans la Bible! Ils en sont incapables. Ils reconnaissent donc des préceptes divins en dehors de la Bible.

Les ministres protestants ne sont pas plus conséquents en pratique qu’en théorie. Tout en répétant leur axiome fondamental: Rien que la Bible, ils inondent le pays de petits traités protestants, de brochures et de libelles, vrais commentaires de la Bible, dans lesquels ils tâchent de prouver leurs opinions et attaquent la foi catholique avec violence. Si la Bible suffit à l’enseignement du protestantisme, si la lecture de la Bible est le seul moyen chrétien de s’in-

struire des vérités de la foi, pourquoi ce déluge de traités et de libelles, pourquoi les prêches ?

Nous pourrions demander aux ministres de nous prouver que l’Église de Dieu est invisible sur la terre, tandis que les livres sacrés de l’Ancien et du Nouveau Testament la représentent comme une grande cité bâtie sur le sommet d’une montagne, vue de toutes parts, et vers laquelle toutes les nations accourent.

Nous pourrions les prier de nous dire en vertu de quel texte de l’Ecriture, en parlant de la sainte Eucharistie, ils disent : Ceci nest pas le corps de Jésus-Clirist , tandis que le Sauveur dit positivement dans l’Évangile : Ceci est mon corps.

Nous pourrions poser beaucoup d’autres questions semblables ; mais cette discussion n’est pas nécessaire. Les exemples que nous venons d’exposer suffisent abondamment pour prouver que l’axiome : Rien que la Bible, est pour les protestants un vain mot, une règle qu’ils ne suivent pas eux- mêmes.

Il en résulte ultérieurement que les ministres sont en contradiction manifeste avec l’Écriture

sainte et avec les principes fondamentaux delà Réforme. Dès lors, comment se persuader qu’ils enseignent la vérité?

Article VIII.

Le protestantisme a rétréci arbitrairement les voies du salut .

La foi chrétienne est une condition essentielle au salut. Le Sauveur a dit : Celui qui ne croit pas seru condamné (Marc. xvi. 16).

Plus l’obligation de s’instruire des vérités de la foi est rigoureuse, plus le divin Maître s’efforce d’en rendre l’accomplissement facile. Afin que les enfants et les ignorants pussent participer au pain de vie, il a ordonné à ses apôtres de prêcher l’Évangile, d’enseigner sa parole de vive voix ; et il a ordonné à tous ceux qui aspireraient au royaume de Dieu, d’écouter ses envoyés comme ils l’eussent écouté lui-même. Il a dit aux apôtres, dans ce sens : Qui vous écoule m’écoute (Luc. x. 16).

Le protestantisme a changé cette institution

divine en imposant, de son autorité privée, à tous les hommes, le précepte de lire la Bible, sous peine de damnation.

11 est évident que cette obligation, inouïe jusqu’au xvi® siècle, rétrécit la voie du salut pour une multitude de chrétiens, et quelle ferme cette voie à la plupart des hommes-

Écouler l’Évangile est une chose facile ; lire l'Écriture est une chose difficile pour les uns, impossible aux autres , et cette dernière catégorie forme la majorité du genre humain.

Le nombre des hommes qui ne savent pas lire est infiniment plus grand dans le monde, que le nombre de ceux qui savent lire. Même au milieu des chrétiens, outre les enfants, les vieillards et les infirmes, il y a une multitude de fidèles qui n’ont pas acquis l’art de lire, mais qui sont très-capables d’écouter et d’entendre un exposé oral de la doctrine chrétienne. En obligeant cette multitude à lire la Bible, on aggrave considérablement le joug de l’Evangile; on enlève à la plupart des hommes l’espérance d’être jamais instruits convenablement des vérités du salut.

Ceux qui ont inventé ce précepte de lire la Bible, ne ressemblent-ils point à ces pharisiens que Jésus-Christ accusait de lier sur les épaules des fidèles des fardeaux insupportables? Ne peut-on pas les accuser d’avoir inventé un huitième sacrement? d’avoir transformé l’art de lire en moyen essentiel du salut? d’avoir imposé aux fidèles un précepte dont l’accomplissement est impossible à la plupart d’entre eux?

Si tous les hommes savaient lire, le précepte de lire la Bible sous peine de damnation ne serait point encore d’un accomplissement facile ; que dis-je? l’observation en serait encore impossible à la plupart des hommes.

Pour que la Bible puisse être lue partout, il faut plusieurs milliers de versions en langue vulgaire. Or, ces versions n’existent pas ; et les hommes capables de les faire ne se trouvent pas. Il y a plus : la chose est matériellement impossible, quant à ce qui concerne les versions delà Bible dans les langues païennes. On ne peut songer à composer une version des livres saints à l’usage des païens, gu' après avoir formé parmi eux un langage chrétien.

Les sociétés bibliques ont créé mille obstacles à la propagation de l’Evangile, en se hâtant de multiplier les versions de la Bible en langue païenne. Elles ont provoqué un sentiment général de mépris pour nos dogmes, en les présentant aux païens dans un langage trivial et barbare qui leur faisait pitié.

Qu’on le sache donc bien : le langage européen traduit littéralement en chinois par exemple, est tout aussi ridicule aux yeux des Chinois, que le langage des mandarins nous paraît ridicule lorsqu’on nous traduit littéralement leurs lettres et leurs proclamations. Qu’on juge par là des dispositions que la lecture de la Bible crée chez les païens, lorsqu’on leur donne les versions publiées par les sociétés bibliques?

Malgré les efforts héroïques de ces sociétés, le nombre des versions de la Bible que l’on possède est encore infiniment petit, en comparaison des langues que l’on parle dans le monde.

Les missionnaires catholiques ne rencontrent pas ces obstacles dans la propagation de l’Evangile.

Avec la grâce de Jésus-Christ et le secours du

Saint-Esprit qui accorda le don des langues aux premiers apôtres , ces hommes de Dieu ont bientôt appris les langues des peuples infidèles, au point de pouvoir se faire comprendre, et de distribuer à ces âmes encore faibles le lait de la doctrine. Aussi réussissent-ils à former des chrétientés florissantes, tandis que l’apostolat biblique est frappé d’une stérilité complète.

Mais pour revenir aux chrétiens, de quel droit les ministres protestants leur imposent-ils l’obligation de lire la Bible pour s’instruire des vérités de la foi? Gomment se fait-il que ces chrétiens baptisés se trouvent tout à coup dans les voies de la perdition faute de savoir lire ? Par quelle révélation soudaine, /'art de lire estil devenu un sacrement aussi nécessaire que le baptême ?

Les ministres protestants n’ont rien à répondre à ces questions. Aussi, lorsqu’on leur fait toucher du doigt l’absurdité de leur doctrine, ilsn’hésitent pas à reculer, en faisant des distinctions tout aussi arbitraires, tout aussi peu admissibles que leur doctrine même. Ils avouent alors que le précepte divin de lire la Bible sous

peine de damnation, n’oblige que les personnes capables de lire !

La Bible ne fait nulle part celle distinction. L’axiome : Bien que la Bible, est donc de nouveau en défaut.

Si nous l’admettons gratuitement, les ministres protestants tombent dans de nouvelles dif ficultés : car, de cette concession, il résulte que la lecture, qui est un acte matériel, devient une espèce de sacrement conditionnel, une espèce d’amulette à l’usage des savants et de ceux qui savent lire, amulette inutile aux ignorants et à ceux qui ignorent l’art de lire.

De là nouvelles conséquences arbitraires et embarrassantes.

Si les ignorants peuvent connaître la foi et se sauver sans lire la Bible, pourquoi les savants ne le peuvent-ils pas? Quelle vertu secrète est donc attachée pour les savants, à l’acte matériel de lire, à l’art de lire?

Pourquoi un savant, s’il le préfère, ne peutil pas se laisser instruire oralement , plutôt que de recourir à la lecture de la Bible ? Écouter est plus facile, plus commode que lire. Les igno-

rants peuvent en sûreté de conscience se fier à l’enseignement oral qui leur est donné : par quelle singulière fatalité les savants, qui ont plus de discernement qu’eux, ne le peuvent-ils pas? Y a-t-il donc deux voies différentes pour arriver au salut ?

Disons-le en terminant, le précepte de lire la Bible sous peine de damnation, est une pure invention de la Réforme; c’est une misérable machine de guerre dressée contre l’autorité de l’Église, au bénéfice du jugement individuel.

Mais Dieu, qui confondit le langage des architectes de la tour de Babel, a confondu les pensées des ministres protestants. Chacun peut se convaincre, par les réflexions qui précèdent, des inconséquences et des impossibilités qu’entraîne pour la Réforme le prétendu précepte divin de lire la Bible sous peine de damnation ; chacun voit que, par ce précepte imaginaire, et d’un accomplissement impossible, les ministres protestants ont fermé les voies du salut aux uns, et les ont rétrécies pour les autres; en un mot, qu’ils ont posé une pierre de scandale

sous les pieds des fidèles, et marché à l’encontre des institutions du Sauveur.

La véritable Eglise de Dieu n’a pu s’engager dans d’aussi déplorables écarts.

âuticle IX.

De la confusion et de la décadence du protestantisme, signes certaines de sa fausseté.

L’Église de Dieu est indéfectible : elle reste toujours. Elle achèvera dans le ciel les triomphes qu’elle a commencés sur la terre.

Le protestantisme au contraire, s’en va, s’éteint, se meurt; les choses en sont venues au point que des esprits positifs et observateurs osent déjà fixer l’époqueoùil aura cessé d’exister.

Sa décadence rapide semble permettre de fixer, avec une certaine probabilité, ce terme fatal.

Que les ministres protestants ne se récrient point contre cette prédiction : la situation du protestantisme à notre époque l’autorise.

Pendant deux siècles environ, les communions protestantes, quoique divisées entre elles, conservaient encore quelques moyens de cohésion intérieure, mais aujourd’hui tous ces liens sont

brisés, et l’on compte, dans le protestantisme, à

peu près autant d’Eglises, de communions, que de têtes.

Les symboles de foi, œuvres humaines au fond, mais admis de commun accord, maintenaient une certaine unité dans les croyances. Les rituels nouveaux ou réformés dirigeaient le culte. Une jurisprudence empruntée en partie à l’Église catholique, en partie aux idées nouvelles, réglait la discipline et fixait le droit ecclésiastique. L’organisation factice du protestantisme était placée sous la protection des princes et des souverains qui la respectaient. Mais tout cet échafaudage d’institutions humaines, construit en dépit des principes de la Réforme, s’est écroulé, et les communions protestantes s’effraient des symptômes de dislocation et de dissolution qui les travaillent et les tourmentent. A Genève, un ministre protestant écrivait dernièrement que les théologiens catholiques ont

démoli l’édifice des premières doctrines protestantes et qu’il faut aujourd’hui se créer des voies nouvelles. Il y a presque partout un véritable sauve qui peut. Les uns décrivent Y Église de l'avenir , pour se consoler du désastre de YÊglise du présent ; les autres réclament ou proposent une nouvelle organisation pour leurs églises. Le roi de Prusse a créé dans la chapelle de son palais un paradis nouveau, où saint Boniface donne la main à Luther et saint Anschaire à Jean Hus; où la sainte Vierge et les apôtres sont associés aux personnages les plus coupables et les plus décriés de la Réforme. Cest une véritable Babel, dans laquelle les protestants se réfugient commedansleur dernière forteresse. Par leurs principes ils n’ont plus ni vie ni espérance.

Pendant que les protestants les plus zélés tâchent de sauver les débris du naufrage, le libre examen continue l’œuvre de la dissolution générale. Les sectes protestantes se multiplient à l’infini. 11 serait bien difficile d’en former aujourd’hui un catalogue complet. En Angleterre et en Amérique, où l’Église épiscopale a montré plus de consistance que les communions

CD

protestantes du continent européen , le nombre des dissidents dépasse, déjà depuis longtemps, le nombre des anglicans fidèles ; et, chose étrange pour tout homme réfléchi, toutes ces communions dissidentes restent unies au protestantisme et se déclarent protestantes? Quoique divisées sur des questions fondamentales, quoique séparées de communion et de gouvernement, elles se glorifient toutes de professer le protestantisme. C’est qu’en effet le protestantisme, dans sa généralité, est une espèce de tour de Babel, où la confusion est naturelle. On est protestant au fond, dès qu’on cesse d’être catholique. Ce mot a une signification négative qui s’applique aux systèmes disparates, aux croyances contradictoires. De là vient que les protestants, qui abjurent la religion chrétienne, qui tombent dans l'abîme du rationalisme et de l’incrédulité , ne cessent point d’être protestants; leurs frères qu’ils quittent ne protestent que contre l’Eglise catholique; eux, ils protestent contre la religion chrétienne, ils sont protestants beaucoup plus parfaits, et méritent leur nom à plus de titres que les protestants encore chrétiens.

Il n’y a donc au fond aucune incompatibilité entre le protestantisme, pris dans son sens générique, et l’incrédulité, comme il y a incompatibilité réelle entre le rationalisme et la foi catholique. Le protestantisme, de sa nature, conduit à l’incrédulité, et la confusion qui règne aujourd’hui dans les communions chrétiennes soumises à ses principes, n’est qu’un effet naturel de ses doctrines.

La décadence dont nous sommes témoins était facile à prévoir, et elle a été prédite. Comme on voit les mourants s’agiter sur leur couche funèbre avantd’expirer,ainsil’on voitles sociétésbibliques s’agiter, se remuer en tout sens, pour faire des prosélytes et pour dépenser honnêtement les millions qui leur sont donnés. Mais c’est là évidemment l’action d’un cadavre; ce n’est pas le mouvement, l’action d’un corps sain et vivant. Tout ce mouvement factice n’aboutit à aucun résultat sérieux. Il ne sert tout au plus qu’à dissimuler quelque peu la dissolution intérieure du protestantisme, et à couvrir d’une apparence de prospérité une vraie décadence que les protestants éclairés déplorent en termes amers, que

DÉHONÎRÉH.

les catholiques remarquent et signalent comme l’effet naturel des principes de la Réforme.

Article X.

Le principe fondamental du protestantisme est ta source et la justification de toutes les erreurs possibles.

Le principe fondamental de la Réforme est la négation de toute autorité en matière de religion : c’est l’autonomie, la souveraineté absolue de la raison individuelle.

Les hérésies qui ont affligé l'Église pendant les quinze premiers siècles de l’ère chrétienne, étaient toutes basées sur ce principe que la raison individuelle est juge de la foi, et qu’elle a droit de s’élever contre l’Eglise même; mais aucune secte n’avait érigé ce principe en règle de foi générale ;aucune ne l’avait admis comme base de l’enseignement chrétien. Les hérétiques le mettaient en pratique à l’égard d’un ou de plusieurs dogmes particuliers; mais ils ne l’élevaient point

à la hauteur d’une théorie, ils ne l’appliquaient point à toutes les vérités révélées.

Le protestantisme peut se vanter d'être tombé le premier dans cette erreur qui surpasse toutes les autres, parce qu’elle les renferme toutes.

En effet, comme toutes les erreurs avancées contre la foi n’ont point d’autre source que l’orgueil, que la confiance des hérétiques dans leurs lumières personnelles, que les prétentions de la raison individuelle, dès que celle-ci est constituée juge infaillible des doctrines de foi, toutes les erreurs qui naissent sont légitimes, toutes sont censées autant de vérités incontestables : et la confusion de l’erreur et de la vérité devientlaloi souverainede l’enseignementchrétien.

L’erreur est ainsi justifiée en elle-même; elle ne saurait, être ni signalée, ni corrigée, puisqu’il n’existe aucune autorité sur la terre qui ait le droit d’en connaître et de prononcer contre elle.

Le protestantisme autorise donc en principe, en théorie, toutes les hérésies des siècles antérieurs et toutes les hérésies qui naîtront dans les siècles futurs. Toutes les barrières sont bri-

Qh •- > ■

sées; la carrière est ouverte à l’esprit humain, et il n’est pas d’égarement que la raison individuelle ne puisse couvrir de son manteau, et justifier devant le protestantisme.

Le principe protestant autorise donc toutes les erreurs possibles, quelque horribles, quelque désastreuses qu’ elles puissent paraître. Conçoiton une doctrine plus erronée que celle qui autorise et qui renferme toutes les erreurs?

Les protestants réfléchis ont très-bien compris la portée de ce principe, et ils l’ont appliqué. 11 n’est pas une hérésie des temps passés qui n’ait été renouvelée depuis trois siècles par la raison individuelle. Le jugement particulier a même été plus loin: après avoir repoussé les dogmes de la foi chrétienne, il a attaqué et renversé les bases mêmes de la religion naturelle, et d’excès en excès il est arrivé au panthéisme, à l’autolâtrie, au plus hideux paganisme.

Les protestants rationalistes ont été conséquents en tirant du principe de la Réforme la négation de toute vérité, y compris celle de la nature et de la raison. Dans le protestantisme, ils ne pouvaient rencontrer aucune barrière au mi-

lieu de cette marche progressive de l’erreur: personne n’avait droit de les arrêter, personne ne le pouvait.

Comme un chancre incurable, le protestantisme s’est dévoré lui-même ; il a péri par un suicide. Le principe de ce suicide se trouvait dans les premières négations de Luther ; il a été consommé par les blasphèmes d’un Strauss, d’un Hegel, d’un Feuerbach.

Le protestantisme est donc au fond la négation de toute vérité et la justification de toute erreur. 11 porte en lui-même, comme système de doctrine, tous les caractères possibles de la fausseté et de la plus inextricable confusion.

Page 1