FAUSSETÉ DU PROTESTANTISME COMME INSTITUTION
Au point de vue philosophique comme au point de vue chrétien, la religion a toujours été considérée comme une institution plutôt que comme une doctrine.
En tout temps, on a compris que la religion est un ensemble de lois, de pratiques, d’œuvres, qui relie la créature raisonnable à la divinité, et qui règle les rapports moraux des hommes avec l’auteur de leur être.
Dans le peuple de Dieu, 'on a de tout temps considéré la religion comme une alliance conclue
entre le créateur et la créature, entre Dieu, le souverain maître du monde, et les hommes qu’il avait choisis pour ses serviteurs ou pour ses enfants.
Cette idée était basée sur les faits.
Dès l’origine, Dieu enseigna à nos premiers parents les rites du culte public, le sacrifice, les moyens d’expiation, l’ensemble des devoirs religieux et moraux qui obligent l’homme sur la terre. 11 manifesta bientôt à leurs enfants par des signes sensibles son approbation et son déplaisir. Les sacrifices d’Abel furent agréés par lui ; ceux de Caïn furent dédaignés.
Abraham fut élu ensuite pour constituer le peuple de Dieu. Les promesses faites à notre premier père lui furent renouvelées. Sa race fut choisie pour donner le jour au Messie.
Moïse, à son tour, reçut de la main de Dieu les tables de la loi, et, mu par une inspiration céleste, il fonda le corps d’institutions qui a régi le peuple fidèle jusqu’à la venue du Sauveur.
Jésus-Christ, avant de quitter la terre, a bâti son Église sur une pierre contre laquelle les portes de l’enfer ne prévaudront jamais. La veille
de sa mort, il a institué le sacrifice de la nouvelle alliance. Après sa résurrection, il a confirmé, dans les mains de ses apôtres, ces colonnes de
son Eglise, le pouvoir des clefs qui ouvrent et qui ferment les portes du Ciel ; il fonda le royaume de Dieu sur la terre; il n’est monté aux cieux qu’après avoir promis aux chefs du peuple nouveau la descente du Saint-Esprit et son assistance personnelle jusqu’à la consommation des siècles !
La notion naturelle, philosophique, essentielle de la religion, a donc été vérifiée dans le peuple de Dieu, depuis la création du monde jusqu’à l’origine de la Réforme , où les protestants ont rejeté les institutions divines, nié leur existence, imaginé une église invisible, et bouleversé toutes les idées que l’on avait depuis l’origine du monde sur les bases essentielles de toute religion
Cette innovation inouïe dont le protestantisme est l’auteur, et dont il a été bientôt la victime , lui imprime le sceau ineffaçable de la fausseté, le caractère le plus incontestable de l'erreur, et le signale, par conséquent, à l’aversion de toutes les âmes qui craignent Dieu.
Nous allons prouver cette assertion d’une manière tout à fait convaincante.
Article I er .
Ixi fausseté du protestantisme , prouvée par l'absence de toute institution divine dans sou sein.
Pour ne point remonter au delà de la fondation
du christianisme, je constate d’abord que le divin
Sauveur a fondé son Eglise comme une famille,
comme une société, comme un royaume. Dans /
l’Evangile, l’Esprit Saint donne tous ces noms au peuple de la nouvelle alliance.
L’Eglise est une famille dont Dieu est le père, dont tous les membres sont frères, dont les chefs visibles sont la mère. C’est moi, dit saint Paul aux premiers fidèles, qui vous ai engendrés par l’Evangile.
Celui qui n’a pas l’Eglise pour mère, dit saint Cyprien, ne saurait avoir Dieu pour père.
L’Eglise est un royaume dont Dieu est le souverain, dont les premiers pasteurs sont les
Digitiî
magistrats, dont les fidèles sont les sujets, dont les sacrements sont le trésor, dont la fin est le royaume céleste.
Dès son origine, le christianisme a été fondé comme une institution positive, comme une société visible, ayant scs supérieurs légitimes, ses lois déterminées, son culte public, son sacrifice -solennel, ses moyens d’expiation, sa discipline connue, sa direction régulière, captivant les esprits et les cœurs par la beauté de son enseignement, par la sainteté de ses disciples, par l’efficacité de ses préceptes.
Aucun des caractères de la vraie religion ne lui a fait défaut.
Société extérieure et visible, l’Eglise a pu recevoir le dépôt de la révélation et le garder aux générations futures. Régie par une hiérarchie sainte, elle a pu expliquer les devoirs que la parole de Dieu impose aux hommes. Elle a fixé les rapports qui existent entre Dieu et ses créatures. Elle a rendu à Dieu un culte noble, digne de lui. Elle a indiqué aux pécheurs les lois du pardon. En un mot, elle s’est montrée nantie de tous les moyens nécessaires pour atteindre la
fin pour laquelle la religion existe sur la terre.
Dans l’Église catholique, les fidèles sont mis en possession d’institutions positives, dont Jésus- Christ même est l’auteur. Us ne sont pas d’une condition inférieure à celle des premiers hommes à qui Dieu enseigna lui-même sa loi. Plus heureux que les Israélites, que Dieu instruisait par ses prophètes, ils sont conduits, dans les voies , du salut, par le Fils de Dieu même, par l’aimable Sauveur.
Ces notions sont élémentaires ; elles sont inhérentes aux bases de toute religion. De là vient qu’on les rencontre, quoique altérées, jusqu’au sein des religions idolâtriques. Les païens, malgré leurs égarements, prétendent avoir reçu de la divinité même le symbole de leurs croyances et les institutions fondamentales de leur religion. Le sacerdoce, le sacrifice, les rites religieux, les pratiques pieuses, ont toujours eu dans leur pensée une origine céleste : leur enlever ces institutions, ce serait abolir pour eux la religion tout entière.
Par une méprise inconcevable, par un égarement inouï, le protestantisme a été le premier de
tous les cultes qui ait été constitué en dehors de ces notions élémentaires.
Dès son origine, ses fondateurs l’ont dépouillé de tous les caractères, je ne dis point seulement de l’Eglise de Dieu, mais de tous les caractères propres à la vraie religion.
Pour les protestants, il n’y eut plus ni alliance extérieure avec Dieu, ni testament proprement dit, ni sacerdoce d’institution divine, ni chefs délégués de la part de Dieu pour gouverner son peuple, ni culte suprême, ni sacrifice, ni moyen certain d’expiation, ni source visible de grâce, ni lien sensible qui attachât le troupeau fidèle à ses pasteurs, ni relation officielle, si je puis parler ainsi, avec la divinité : tout l’appareil extérieur de la religion fut détruit. On alla jusqu’à nier les traditions apostoliques, jusqu’à répudier toute relation du peuple chrétien actuel avec l’Eglise primitive, jusqu’à se réfugier dans les ténèbres d’une Eglise invisible !
Ainsi, tout vestige d’autorité spirituelle disparut ; tout lien de subordination fut brisé ; les sources de la grâce furent taries ; les sacrements abandonnés, les antiques institutions abolies.
L’orgueil, qui avait précipité Satan du ciel et chassé Adam du paradis terrestre, fut substitué à l’humilité et à la soumission chrétiennes.
Le libre examen et la raison individuelle prirent la place de la hiérarchie sacrée et des institutions divines.
L’infaillibilité, que les protestants refusaient au corps des pasteurs, fut attribuée à chaque individu, quelque ignorant, quelque borné qu’il pût être. La maison du père de famille devint une tour de Babel, un peuple dont Dieu semblait avoir confondu le langage. L’Église n’était plus la grande cité placée au sommet d’une montagne, afin qu’on l’aperçût de toutes parts, et qu’on y accourût pour y trouver la paix et le repos. Au dire des protestants, l’Église de Dieu était devenue uncBabylone, elle était la prostituée de l’Apocalypse; personne ne pouvait plus la distinguer des synagogues de Satan !
Tel fut l’excès dans lequel le protestantisme tomba dès son berceau, par un juste châtiment de Dieu. Non-seulement il répudia toutes les institutions chrétiennes qui sont de l’essence de la religion, mais il les calomnia d’une manière
horrible, faisant remonter jusqu’à Dieu des désordres imaginaires, dont aucun législateur humain ne pourrait accepter la solidarité dans la société civile.
Pour mettre le comble à la honte du protestantisme naissant, Dieu permit que les communions réformées sentissent bientôt le vide extrême que cet abatis sacrilège avait fait autour d’elles, et que, pour le combler, elles substituassent des institutions humaines aux institutions divines qu’elles avaient répudiées. A l’autorité divine de la hiérarchie légitime, elles substituèrent la vo- ' lonté arbitraire de pasteurs sans mission ; aux décrets dogmatiques dictés par l’Esprit Saint, elles firent succéder des symboles librement admis. La liturgie antique fut remplacée par des rites froids et insignifiants, fabriqués à plaisir. Après avoir attaqué vivement la prétendue tyrannie de l’Église, les protestants prononcèrent des excommunications et des anathèmes, et établirent des lois pénales dans l’ordre spirituel, telles que jamais l’Église catholique n’en a eues et n’en aura.
La spoliation, l’exil, la peine capitale furent
appliquées par les communions protestantes avec une rigueur dont on ne trouve d’exemple que dans l’histoire des vieilles sectes hérétiques. Dieu voulait accumuler sur leurs têtes tous les signes de la fausseté, toutes les contradictions possibles. La douceur évangélique fut oubliée par elles comme les principes mêmes de la religion, afin qu’aucun excès, aucun écart ne leur fût étranger.
Malgré ces moyens extrêmes, les communions protestantes éprouvèrent bientôt le sort de toutes les institutions humaines. Les lieiis de leur discipline factice se relâchèrent; leurs symboles furent abandonnés ou méprisés; toute cohésion cessa. Aujourd’hui les protestants zélés, qui résistent autant qu’ils le peuvent au courant qui les entraîne, sont à la recherche d’une organisation ecclésiastique qui les préserve d’une dissolution imminente ! Débordés de toutes parts, entraînés par le libre examen et la raison individuelle, ils voudraient remplacer par de nouvelles institutions humaines l’échaufaudage des institutions tombées... Mais le terrain cède sous leurs pieds, et dans leur impuissance à contenir
OÉMONTRÉE. 8j
le torrent qui les déborde, les nouveaux ministres de l’Évangile se créent des notions inouïes, ridicules de l’Église de Dieu, afin de dissimuler leur désastre et de conserver à des assemblées éphémères et fortuites le nom d’Église, qu’évidemment elles ne méritent pas.
La notion de famille, de société, de royaume de Dieu est complètement abandonnée. Les Églises chrétiennes évangéliques sont aujourd’hui de simples agrégations de chrétiens, qui se réunissent pour lire la Bible et poui chanter des cantiques. Elles vivent au jour le jour, sans loi, sans discipline, sans culte, sans pasteurs, sans tradition, sans liens avec d autres agrégations semblables. Ce sont des assemblées honnêtes qui s’occupent de religion par goût ou par fantaisie. Elles se choisissent des prédicateurs et les renvoient à volonté. Dans ces réunions, on n’a pas d’autre règle que la convenance personnelle et le bon plaisir. Le caprice qui les forme, à un moment donné les disperse et les dissout.
11 n’y a dans ces Églises aucune trace d’institution positive, ni d’institution divine; tout y est humain, tout y est éphémère. On peut dire
qu’elles n’ont pas même le caractère d’une institution humaine sagement organisée.
Voilà où le protestantisme en est venu dans nos contrées ! Voilà le spectacle qu’il offre aux yeux des catholiques, que des ministres protestants invitent à quitter l’Eglise leur mère, et à renoncer à l’héritage que Dieu leur a préparé dans le ciel !
Non-seulement le protestantisme, tel qu’il se présente à nous, n’a pas les caractères de la véritable Eglise, mais il ne possède pas même les éléments essentiels de la vraie religion.
Quelle preuve frappante de sa fausseté!
Article II.
Faute d’institutions divines positives, les protestants ne sont jamais certains d’appartenir au peuple de Dieu et de marcher dans les voies du salut.
Ce n’est pas sans motifs que Dieu a fondé la vraie religion et son Eglise sainte sur des institutions positives.
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Comme il était impossible qu’il entrât en relation personnelle et immédiate avec chaque homme en particulier pour lui enseigner sa loi, dicter ses préceptes, faire ses promesses, il a dû révéler une seule fois sa doctrine sainte, expliquer ses volontés, et promulguer les conditions du salut, afin que tous les hommes, en arrivant à l’âge de raison, pussent apprendre facilement l’étendue de leurs devoirs et l’objet de leurs espérances.
Connaissant l’argile dont l’homme est fait, mesurant sa faiblesse, prévoyant ses besoins, il se choisit parmi son peuple des ministres et des interprètes pour lui servir d’intermédiaires auprès de la multitude, et il confia au sacerdoce établi par lui, la garde de la révélation et des institutions qu’il avait fondées.
Çes institutions sont nécessaires, d’abord afin que tout le monde puisse connaître sans peine et sans efforts les conditions du salut, et s’assurer qu’il marche dans les voies qui conduisent au bonheur.
La religion est au fond un pacte, une alliance que Dieu a conclue avec les hommes. Il leur a
imposé des devoirs et fait des promesses. Il leur a dit:« Voici ce que j’exige de vous, si vous voulez me plaire; voici ce que je vous donnerai, si vous m’êtes fidèles. » Les hommes à qui Dieu parla ainsi lui répondirent en leur nom et au nom de leurs enfants : « Gloire à vous, Seigneur, le créateur de la terre et le bienfaiteur des hommes! Nous acceptons voire loi, nous mar-' cherons dans la voie de vos commandements, nous compterons sur vos promesses: vous servir, c’est régner! »
Comme les anciens rois en faisant une alliance, la consacraient par des sacrifices et se donnaient des gages mutuels de leur fidélité réciproque, ainsi Dieu exigea de son peuple fohservalion de sa loi comme gage de fidélité, et il laissa à ce peuple, pour gage de la sienne , la nuée miraculeuse, l’arche d’alliance, l’inspiration des prophètes, ses apparitions périodiques et d’autres miracles qui attestaient sa présence et manifestaient son action.
Les institutions positives sont nécessaires aussi pour l’instruction des hommes.
En élevant ses enfants à l’ordre surnaturel,
Dieu s'engageait à les initier aux vérités de cet ordre de choses. Ne voulant ni les instruire tous par lui-même, ni envoyer à chaque homme un ministre particulier, un interprète spécial de ses volontés, il établit le sacerdoce, auquel il conféra une autorité céleste et promit une assistance divine, pour instruire tous les hommes et pour les diriger tous dans les sentiers de la vérité et de la vertu.
Quoique Dieu ait gravé la loi naturelle au fond des cœurs, afin que l’homme trouvât en luimême une règle de ses actions, néanmoins l’esprit humain est trop borné pour embrasser d’un coup d’œil tous les devoirs de la vie : et pûtil se tracer une règle complète et parfaite, celleci manquerait encore de sanction. 11 faut donc que Dieu lui-même dicte aux hommes la règle de leurs devoirs, et leur présente des motifs puissants de vaincre les passions et de repousser les exemples qui trop souvent, hélas ! les aveuglent et étouffent en eux la voix de la conscience.
Enfin, les institutions positives sont nécessaires pour fournir aux hommes des conseils, un appui, de la sécurité.
La Réforme inspire à ses adeptes une confiance illimitée en eux-mêmes, une témérité qui va jusqu’à l’absurde. Mais ces sentiments ne sont pas naturels à l’homme, et par conséquent ils ne peuvent point être habituels. Aux moments d’audace et de présomption, succèdent nécessairement les heures de faiblesse et de découragement ; les hésitations et les défaillances ont leur tour. L’homme sent trop profondément sa misère et son néant pour ne pas aspirer, au moins de temps en temps, au secours de Dieu.
Lorsqu’il a eu le malheur de pécher, d’offenser son père, son souverain maître; lorsque le remords agite son cœur et trouble ses sens, il cherche autour de lui un signe de miséricorde; il invoque une promesse de pardon. Si, dans ces angoisses, Dieu ne vient le rassurer lui-même, ses inquiétudes ne cessent point, elles ne finissent qu’avec la vie.
Grâce à ces institutions positives qui répondent si bien aux besoins moraux de l’homme déchu, Dieu a pu ordonner à tous les peuples, à tous les hommes de la terre, de s’attacher à son Eglise pour connaître sa loi, pour pratiquer
ses préceptes et pour mériter les récompenses qu’il réserve à ses serviteurs fidèles.
11 est si évident que Dieu a donné cet ordre à tous les hommes, que les communions protestantes n’ont jamais élevé, que je sache, de doute à cet égard. Toutes ont admis ce principe, que pour appartenir au royaume de Dieu dans le ciel, il faut aussi lui appartenir sur la terre. Elles ont nié, et elles nient encore qu’on ne puisse obtenir le salut que dans l’Église catholique, apostolique et romaine : elles prétendent qu’on peut se sauver en professant le protestantisme ; mais cette doctrine est basée sur une hypothèse qui confirme notre assertion. Elles supposent que l’Église catholique n’est pas la véritable Église de Dieu, ou du moins que le protestantisme est tout aussi bien cette Eglise que la communion romaine , comme ils l’appellent.
Les protestants sont donc d’accord avec nous sur ce point que, pour jouir des promesses de Jésus-Christ dans ce monde et dans l’autre, il faut appartenir à l’Eglise qu’il a fondée sur la terre. Cette persuasion est si manifeste, que les théologiens protestants ont imaginé vingt théo-
ries ditïérentes pour concilier la notion de
l’Eglise avec la situation des communions dissidentes qui, en réalité, sont séparées de l’Église. S’ils n’avaient compris que l’union à l’Eglise de Jésus-Christ est une condition essentielle du salut, jamais ils ne se seraient torturé l’esprit pour prouver que leurs communions possèdent les caractères de la véritable Eglise : ils auraient déclaré ouvertement que l’on peut se sauver hors de toute Eglise ; que chacun peut, comme disait le fameux Frédéric, roi de Prusse, faire son salut à sa façon. Ils se seraient ralliés aux latitudinaires et aux rationalistes qui ouvrent le paradisà tout venant, quelle que soit sa croyance et quelles qu’aient été ses œuvres.
Les communions protestantes qui reconnaissent avec nous la nécessité de vivre dans l’Eglise de Dieu, doivent attacher comme nous la plus grande importance à distinguer cette Eglise des sectes qui ne lui appartiennent pas. Puisque le salut éternel dépend de l’union que l’on contracte avec cette Eglise, il est tout aussi nécessaire de savoir si l’on en est membre, qu’il est nécessaire d’opérer son salut.
Voyons maintenant si les catholiques peuvent s’assurer facilement qu’ils appartiennent à l’Église de Dieu, et examinons ensuite si les protestants peuvent acquérir la même assurance.
Pour les catholiques il n’y a aucune difficulté. Leur Église est basée sur des institutions positives, divines, qui frappent tous les yeux. Elle possède tous les avantages que nous venons d’énumérer. Elle a d’abord le signe de l’alliance divine dans la Sainte Eucharistie que le Sauveur appela lui-même son Testament, le sang de la nouvelle alliance.
L’arche d’alliance de l’Ancien Testament attestait la présence de Dieu par le secours qu’il prêtait à son peuple ; l’arche d’alliance du Nouveau Testament renferme Dieu lui-même en personne. Elle est donc bien supérieure à la première. Il est vrai de dire que l’une fut la figure de la présence de Dieu, et que l’autre en est la réalité.
L’Église catholique possède aussi, dans sa hiérarchie, un gardien fidèle du dépôt de la révélation et un interprète légitime des volontés du Seigneur. Saint Paul appelle les membres de
cette hiérarchie les ministres du Nouveau Testament, les dispensateurs des mystères de Dieu (II Cor. ni. 6. — i. Cor. iv. 10). Le Sauveur leur a dit lui-même -.Allez et enseignez, toutes les nations; qui vous écoule, m’écoule (Matth. xxviu. 19. — Luc. x. 16). Celui qui n’écoule pas l’Église, qu’il soit pour vous comme unpdien et un publicain (Matth. xvu. 17).
Outre le Magistère, ou la mission d’enseigner, l’Eglise catholique possède l’autorité de. commander et de diriger les fidèles, en vertu de l’institution divine (Matth. xxviii 20). Elle possède le pouvoir des clefs, qui la constitue juge de toutes les choses relatives au salut. Elle peut remettre et retenir les péchés. La sentence quelle prononce sur la terre est ratifiée immédiatement au ciel : Tout ce que vous délierez sur la terre, dit le divin Sauveur, sera délié dans les deux (Matth. xvi. 19). Dans ses inquiétudes et ses terreurs, le pécheur le plus criminel rencontre le signe de la miséricorde, la promesse infaillible du pardon; il obtient en peu d’instants la plus parfaite sécurité.
' Par cet ensemble d’institutions sensibles,
l’Eglise catholique est manifeste à tous ceux qui désirent la voir et entrer dans son sein. Elle est si éclatante, dit saint Jean-Chrysostôme, qu’il est plus facile d’éteindre le soleil que de voiler son éclat. Il est donc bien facile à quiconque la cherche de bonne foi, de la reconnaître et de lui appartenir.
Les communions protestantes ont-elles le même avantage? Hélas! non. Un protestant, obligé en vertu des croyances de sa religion à vivre dans le sein de l’Église de Dieu, n’a aucun moyen certain de s’assurer qu'il en soit membre.
J’en appelle ici aux doctrines du protestantisme et à la bonne foi des protestants.
Nous venons de voir que l’on ne peut reconnaître la véritable Église de Dieu qu’aux institutions divines positives qui existent dans son sein. Or, il est constant que le protestantisme ne reconnaît aucune institution divine positive dans son sein. 11 enseigne que l’Eglise de Dieu est invisible sur la terre, et que Dieu seul en connaît les membres réels. Pour que l’on puisse s’assurer que l’on appartient à la véritable Église, il fau-
(Irait que cette Eglise fût sensible, quelle eût certains caractères visibles qui servissent à la distinguer des églises fausses et des réunions purement humaines. Or, d’après les principes de la Réforme, l’Eglise véritable est invisible : aucun protestant n’est donc en état de s’assurer qu’il lui appartienne.
Pour échapper à cette difficulté, le ministre Jurieu inventa autrefois le système des points fondamentaux. 11 prétendit que toutes les communions chrétiennes, tous les fidèles qui croient et professent les dogmes essentiels de la religion, quelle que soit leur croyance touchant les autres vérités de la foi, font partie de l’Eglise de Dieu et marchent dans les voies du salut.
C’était le dernier effort du protestantisme pour échapper aux étreintes des théologiens catholiques : cet effort fut vain.
On pourrait peut-être reconnaître la véritable Eglise à la profession des points fondamentaux de la foi, si ces points étaient définis et certains. Mais si le doute plane parmi les protestants sur le nombre et sur la nature de ces points fondamentaux, il est évident que le moyen de
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reconnaître la véritable Église leur échappe de nouveau.
Or, cela est incontestable : les théologiens protestants n’ont jamais pu définir de commun accord le nombre des points fondamentaux. Jamais ils n’ont pu indiquer avec certitude la ligne de démarcation qui sépare les doctrines fondamentales de la foi des doctrines non fondamentales. Il est donc impossible aux protestants de s’assurer, à l’aide des points fondamentaux, s’ils se trouvent ou non dans la véritable Eglise de Dieu.
Cette règle brisée, les protestants modernes ont essayé un autre système. Ils ont prétendu que l’Église de Dieu, invisible, se manifeste dans les communions visibles, qui en sont l’expression. Ainsi, on appartient à l’Eglise de Dieu dès qu’on professe le christianisme, n’importe comment.
Par cette invention, les ministres protestants ont reculé la difficulté, mais ils ne l’ont pas résolue.
Et d’abord, de quel droit affirment-ils qu’il y
a deux Eglises véritables, l’une visible, l’autre invisible? La sainte Bible n’en parle nulle part.
Ensuite, de quel droit enseignent-ils que les communions protestantes visibles sont l’expression fidèle de l’Eglise invisible? Ce principe ne se trouve point dans les Ecritures.
Mais admettons gratuitement leur principe.
Qu’en résulte-t-il? Que leurs disciples, pour peu qu’ils réfléchissent, retombent dans l’incerlitude et la perplexité dont on a voulu les tirer.
Si toutes les communions protestantes sont l’expression vraie et légitime de l’Église de Dieu, il faut admettre que cette Église se compose de fidèles qui professent des doctrines contradictoires ; dont les uns affirment ce que les autres nient. Il faut avouer que Dieu, qui est descendu sur la terre pour rendre témoignage à la vérité, et qui est lui-même la vérité, car il a dit : Ego sum veritas ; il faut admettre que Dieu est indifférent à la vérité et au mensonge, qu’il se trouve tout aussi honoré de la profession de l’erreur que de celle de la vérité. On tombe ainsi dans le latitudinarisme le plus effréné ; on confond, on renverse tout l’enseignement de la foi ; on supprime l’hérésie, mais avec elle on aholit le dogme. Voilà où conduit rigoureusement la théo-
rie de la multiplicité des églises visibles, formant, malgré leur diversité, malgré leur opposition, l’expression nécessaire et légitime de l’Église invisible.
Mais quand un protestant en est arrivé là, je le demande , peut-il croire qu’il marche dans les voies de Dieu? Peut-il se persuader que le Seigneur ait organisé son Église dans les conditions où s’éleva la tour de Babel? Peut-il penser sérieusement que Dieu ait voulu que les fidèles parlassent un langage tel qu’ils ne se comprissent plus les uns les autres? En un mot, n’est-il pas évident que si toutes les croyances sont légitimes par cela seul qu’elles sont proposées, il devient fort inutile de supposer une Église, une loi positive de Dieu, et l’obligation de s’astreindre à certaines croyances et à certains devoirs? Dans cette hypothèse, chacun est libre dans sa croyance comme dans sa conduite, chacun fait son salut à sa façon. Il n’est donc plus question pour les protestants, qui sont si éloignés des vraies idées chrétiennes,
de chercher la véritable Eglise; il ne reste qu’un parti à prendre, c’est de s’unir aux rationalistes
et aux incrédules pour soutenir qu’il n’y a pas d’Église.
Les voilà donc obligés, par la force des choses, à reconnaître qu’il leur est impossible de distinguer la véritable Eglise de celles qui en sont séparées! Les voilà forcés de nier l’existence même de l’Eglise, pour dissimuler l’impuissance où ils se trouvent de montrer qu’ils appartiennent à cette Eglise !
Nous avions donc bien raison de dire quil est impossible aux protestants conséquents dans leur croyance, de s’assurer jamais qu’ils appartiennent à l’Eglise de Dieu, et qu’ils marchent dans les voies du salut.
Nous ne refusons pas aux protestants, qu’on le remarque bien, tout espoir de se trouver dans l’Eglise. Au contraire, nous admettons qu’un protestant de bonne foi, s’il fait tout ce qui est en son pouvoir pour plaire à Dieu, peut, dans certaines circonstances, appartenir à l’âme de l’Eglise, bien qu’il soit séparé de son corps ; qu’il peut avec une certaine vraisemblance espérer de plaire à Dieu. Mais nous soutenons que le protestant, même pieux, même de bonne foi, ne pos-
sède aucune certitude de salut fondée sur des preuves sensibles ; qu’il n’en a aucune garantie appuyée sur des promesses divines; qu’il ne jouit d’aucune sécurité basée sur les faits. Au cont raire, quelque intime que soit sa conviction d’appartenir à l’Église de Dieu, il a toujours mille motifs extérieurs de douter, mille sujets de craindre une méprise. Au sein des communions protestantes, toutes les conditions de salut se trouvent à l’état de problème; les dogmes que le protestant croit révélés, sont traités d’erreurs par des hommes plus savants que lui. A ces doutes, il ne saurait opposer aucune vérité. L’incertitude est chez lui incurable. La perplexité sur les conditions du salut est pour lui un cercle fatal qu’il ne peut franchir.
Vivre dans le doute, mourir dans le doute sur les choses qui déterminent ses destinées sur la terre, et qui décident de son bonheur et de son malheur éternel , voilà le sort, voilà le partage du protestant!
Conçoit-on, dans l’ordre spirituel, une position plus désolante pour l’homme, plus indigne de la bonté de Dieu ?
Voilà néanmoins la position que le protestantisme fait aux fidèles! voilà donc un signe certain de sa fausseté!
Article III.
Le protestantisme n'a aucun des caractères de la véritable Église de Dieu ; et d'abord /'unité lui manque.
L’Eglise de Dieu ayant été constituée dépositaire de tous les trésors spirituels que Dieu a départis aux hommes, et la dispensatrice obligée de ses mystères , il a fallu que Dieu la marquât de son sceau, qu’il lui imprimât des caractères divins auxquels tous les hommes pussent la reconnaître.
En effet, l’Eglise a été reconnue, dès les temps apostoliques, à certaines marques spéciales qui la distinguaient, non- seulement des religions païennes, mais encore des églises dissidentes, des communions qui se séparaient d’elle, qui dressaient autel contre autel. L’Eglise catholique ou universelle a toujours été reconnue et distinguée des églises particulières, à des caractères di-
vins ineffaçables, que tout le monde pouvait voir, qui révélaient le sceau d’une céleste origine.
Nous savons d’avance que le protestantisme ne peut revendiquer aucun de ces caractères sacrés. Puisqu’il ne possède dans son sein aucune institution divine positive, il est évident qu’il se trouve dépouillé des notes, des signes inhérents à ces institutions.
Cependant, il est utile de prouver en détail que le protestantisme est privé de ces signes de vérité, afin de constater de plusieurs manières sa fausseté intrinsèque. Plus nous montrerons en lui d’incompatibilités avec les principes chrétiens de tous les temps, plus nous ferons ressortir la vérité de notre thèse. C’est ce qui nous engage à faire voir en peu de mots que toutes les notes de la véritable Église lui manquent, et qu’il ne possède pas même toutes les institutions qui sont de l’essence même de la religion.
Depuis des siècles , on reconnaît la véritable Église de Dieu à quatre signes ou caractères principaux : l’unité, la catholicité, l’apostolicité et la sainteté.
Le concile oecuménique de Constantinople,
tenu l’an 58 i, énumère distinctement ces
quatre notes de l’Eglise.
Dans le symbole des apôtres, on trouve marquées la note de la sainteté et celle de la catholicité, qui comprennent implicitement les deux autres; car l’Eglise est nécessairement une et apostolique , lorsqu’elle est vraiment catholique, comme nous le ferons voir à l’instant.
Afin qu’on n’en doutât jamais, le divin Sauveur lui-même semble avoir pris à tâche d’enseigner Xunilè parfaite de son Eglise.
O mon père, dit le Sauveur, gardez en mon nom ceux que vous m’avez donnés , afin qu’ils soient un, comme nous le sommes (Joan. xvn.
1 1). Je vous prie , ô mon Père, pour tous ceux qui croiront en moi, afin qu’ils soient tous un, comme vous tètes en moi, et moi en vous (Joan. xvni. 20). Le divin Maître prie son Père céleste, afin que tous ceux qui croiront soient un, sans aucun doute, par la même foi, par la même croyance.
L’Eglise est comparée, dans nos livres saints, à un seul bercail, auquel un seul pasteur préside (Joan. x. 16); à la cité unique, placée au sommet
d’une montagne (Matth., v. 14); au royaume du ciel qui est un (Matth., xm. passim) ; au royaume de Dieu (Luc, xm. 18); au royaume de Jésus- Christ (Joan., xvm. 56), qui forment une société parfaitement unie et vraiment unique.
L’apôtre dit que tous les fidèles sont appelés à faire partie d’un seul corps, qui est l’Église (Col. ni. 15); que tous ne font qu’une seule chose en Jésus-Christ (Galat. m. 28); qu’ils sont tous unis dans un seul esprit, selon la foi de l’Évangile (Phil. i. 27); qu’ils ont été baptisés pour former un seul coi'ps tous ensemble (I, Cor.,x. 17 ; xn. 15); qu’il n’y a qu 'un seul Seigneur et une seule foi, un seul baptême, un seul Dieu (Ephes. iv. 5); que les fidèles sont le corps de Jésus-Christ, et que tous ensemble ils ne forment qu’un seul corps en Jésus-Christ (Rom. xn. 15).
Je le demande aux ministres protestants, y a-t-il dans les Saintes Ecritures beaucoup de vérités établies, enseignées, répétées, inculquées d’autant de manières et autant de fois que l’unité de
l’Eglise? Après avoir lu ces textes formels, est-il permis à des chrétiens de nier cette unité, ou bien
de se contenter d’une unité de nom, d’une unité trompeuse, imaginaire? Evidemment, l’Esprit Saint ne permet point de douter que l’Eglise de Dieu ne soit une dans ses bases, dans ses principes, dans sa vie, dans son gouvernement, dans ses chefs et dans ses membres.
On distingue trois liens principaux de l’unité de l’Église, liens que saint Augustin appelle les liens bien chers du nom chrétien , nominis christiani carissima vincula ( Contra Epist. Fundam.) : le lien de la foi, una fides, le lien des sacrements, unum baptisma, et le lien du gouvernement, unum ovile.
Ces liens sacrés unissent les fidèles à Dieu , à leurs pasteurs et à leurs frères.
La foi unit leurs esprits à Dieu; les divins sacrements embrasent leurs cœurs du feu sacré de la charité; la participation à ces trésors communs unit les fidèles entre eux, lorsqu’ils sont assis au même banquet, lorsqu’ils pratiquent les mêmes vertus ; leur soumission à l’autorité légitime maintient l’unité et l’harmonie dans toute leur conduite.
Les catholiques sont donc vraiment unis à
Dieu par l’esprit , par le cœur, par les actions; ils sont unis entre eux par la profession de la même croyance, par la participation aux mêmes sacrements, par la soumission aux mêmes pasteurs légitimes.
Les schismatiques, qui brisent les liens de la sainte obéissance envers leurs pasteurs et les liens de la charité, ou de la communion envers leurs frères; les hérétiques, qui brisent, en outre, les liens de la foi, sortent de l’Eglise de Dieu, dissipent leur patrimoine, renoncent à l’héritage céleste, et sont, comme le dit Jésus-Christ, pires que les pharisiens et les païens.
Voilà ce que les chrétiens de tous les siècles ont cru et professé touchant l’unité de l’Église.
Le protestantisme, dès son origine, a rompu avec ces croyances, a répudié ces institutions. D’un seul coup, il a brisé tous les liens de l’unité ecclésiastique : ceux de la foi, ceux de la participation aux mêmes sacrements, ceux de la subordination ecclésiastique. Les chefs de la Réforme ont attaqué de front l’enseignement dogmatique de l’Église, et professé les erreurs grossières, les horribles blasphèmes dont nous
avons parlé dans le chapitre précédent. Ils ont abrogé la plupart des sacrements, ne conservant que le Baptême, la Cène, et dans quelques églises l’Ordre. Mais ces sacrements ont été abandonnés plus tard. Quant à la hiérarchie et à l’obéissance chrétienne, il n’y a point d’institution, point de devoir contre lesquels ils se soient jamais élevés avec plus de force et d’animosité.
Lorsque les effets immédiats de cette révolution en firent trembler les auteurs pour le sort de leur œuvre, les premiers réformateurs tâchèrent de renouer par des artifices humains les fils rompus de l’unité religieuse. Afin de donner un peu de consistance à leurs Eglises qui s’écroulaient, et d’arrêter pour un temps l’action dissolvante de leurs doctrines, ils composèrent, comme nous l’avons fait remarquer ailleurs, des symboles nouveaux qui tinrent lieu, pour un temps, des symboles catholiques. Mais ces formules de foi suivirent naturellement la marche des esprits dans les voies de l’erreur, et se multiplièrent bientôt à l’infini. L’unité de la foi disparut de nouveau par la force des choses, et la confusion native reprit ses droits. Aujourd’hui, la plupart
des communions protestantes se moquent des symboles de foi et les abandonnent comme des formules surannées et sans valeur.
Le lien de la charité qui résulte pour les fidèles delà participation aux mêmes sacrements, a complètement disparu dans la plupart des communions protestantes; car celles-ci ont abandonné presque toutes l’usage des sacrements, et perdu jusqu’à la foi de leur existence. Les Eglises qui ont résisté d’abord au torrent destructeur, sont descendues aujourd’hui au niveau des communions les plus hardies et les plus destructives. L’Eglise anglicane elle-même a déclaré récemment, par ses organes légitimes, que le baptême n’est pas nécessaire au salut, que l’ordination ne confère aucun pouvoir, que la présence réelle de Jésus-Christ dans la sainte Eucharistie est imaginaire.
L’unité qui résulte de la participation aux mêmes sacrements est donc généralement abolie dans les communions protestantes, aussi bien que l’unité de la foi.
A l’origine, les chefs de la Réforme ont remplacé l’unité du gouvernement spirituel de
to
l’Eglise par les synodes, par le proteciorat civil et par les lois disciplinaires. Depuis longtemps ces mesures artificielles ont perdu toute valeur. En Angleterre, les évêques anglicans s’opposent la plupart à la convocation d’un synode, de crainte qu’il ne fasse éclater les profondes discordes qui les divisent. En Allemagne et en France, lorsque les protestants se sont réunis, ils ont évité de traiter aucune question fondamentale, convaincus qu’une pareille discussion eût infailliblement abouti à des désastres. Quelques Églises particulières ont osé cependant rechercher quel est au fond le principe de l’unité de l’Eglise chrétienne, comme si un pareil principe pouvait être découvert après coup, et n’appartenait pas à l’essence de l’Eglise ! Aussi ces recherches ontelles abouti à des résultats ridicules. Les uns ont fixé le principe dans l’unité de la liturgie, les autres dans l’imité de la prédication, choses vagues et variables, qui appartiennent à l’action de l’Eglise et non pas à sa nature. Aussi, tout en avouant par le fait même de ces discussions la nécessité de l’unité, ces communions n’ont-elles acquis aucune consistance, aucune fixité. Le jugement
particulier et la raison individuelle ont continué leur influence délétère sur ces corps mal constitués, et ces Églises sont réduites aujourd’hui, comme toutes les autres communions protestantes, ou à implorer le bras de fer de l’autorité civile, ou à se disperser comme un troupeau sans pasteur.
L’unité de foi, de charité, de gouvernement fait donc défaut aux communions protestantes, et ce vice intrinsèque fournit une preuve irréfutable de leur fausseté.
Article IV.
Le protestantisme n’est point catholique. Autre signe indubitable de sa fausseté.
Le Symbole des Apôtres appelle l’Eglise catholique comme d’un nom qui lui est propre.
Saint Ignace, successeur de saint Pierre sur le siège patriarcal d’Antioche, parle aussi de l’Eglise catholique dans sa lettre aux fidèles de Smyrne (num. 8).
L’Eglise était connue sous ce nom, même des
païens. Les Actes des premiers martyrs attestent que ces généreux athlètes de la foi, interrogés par les tyrans sur leur noms et qualités, répondaient sans hésiter qu’ils étaient membres de YÉglise catholique, ou simplement de la Catholique, nom propre de l’Eglise dans ces premiers temps.
L’empereur Constantin l’appela ainsi dans ses lois (in Cod. Tlieod. 1. xvi), et les conciles d’Afrique dans leurs canons (Cod. can. eccl. Afr. c. 149, etc.). Saint Cyrille de Jérusalem dans ses Catéchèses, dit que le nom de catholique est le nom propre de notre sainte Mère F Église ( Ca tech. xvni. n. 2(i).
SaintPacien, quiflorissait à la fin du iv c siècle, déclare que son premier nom est chrétien et son second catholique. « Le premier, dit-il, me désigne, le second me distingue : Cliristianus mihi nomen, catholicus vero cognomen. lllud me nuncupat, istud me ostendit. »
« S’il faut rendre compte, dit-il, du nom de catholique, je dirai qu’il signifie : Partout un, ubique unum. »
« Ce nom, dit-il encore, a été donné au peuple
apostolique pour marquer sou unité et pour le distinguer des communions hérétiques. Par ce nom, notre Eglise est séparée des hérétiques... La raison ou signification de ce nom est donc un-en-tout, un-sur-tout. » ( Epist . 1. ad Sempronianum, p. 66, éd. Valent. 1780).
« Ce qui me retient dans l’Eglise , dit saint Augustin, c’est aussi son nom de catholique, que seule elle obtient au milieu des communions hérétiques, de telle sorte que malgré les prétentions des hérétiques, qui tous veulent porter ce nom, lorsqu’un étranger demande où les catholiques se réunissent, aucun hérétique n’ose lui désigner sa basilique ou sa maison. » ( Cont . epist. Fttndam). « Il nous faut, dit le même saint, professer la religion chrétienne et demeurer dans
l’Eglise, qui est catholique et qui est appelée catholique non-seulement par ses enfants, mais aussi par ses ennemis. Qu’ils le veulent ou qu’ils ne le veulent pas, les hérétiques et les schismatiques, quand ils ne parlent point entre eux, mais avec des étrangers, ne donnent point d’autre nom à l’Eglise catholique que celui de catholique. S’ils ne lui donnaient pas ce nom, connu
dans tout l’univers, ils ne seraient pas compris. » (De verâ relig. n. 12).
Nous pourrions étendre cette démonstration; mais les preuves que nous venons de rappeler suffisent pour convaincre tout homme de bonne loi, que le nom et la qualité de catholique sont des propriétés essentielles et exclusives de la véritable Eglise.
L’Église qui porte aujourd’hui ce nom, le porte depuis le temps de saint Augustin, depuis le temps de saint Ignace d’Antioche, disciple des Apôtres. Elle est catholique de nom , elle l’est aussi de droit, parce quelle enseigne toute vérité et proscrit toute erreur; parce quelle est assez riche en dons spirituels pour subvenir à tous les besoins des âmes, à toutes les nécessités religieuses du genre humain. Elle est aussi catholique de fait; d’abord par sa durée, puisqu’elle remonte, sans interruption, jusqu’à Jésus-Christ, à Moïse, à Abraham, à Dieu. Elle l’est par son étendue, puisqu’elle est répandue par tout l’univers, et compte plus d’adhérents qu’aucun autre culte positif, régulier et constitué. Elle est donc catholique dans tous les sens possibles du mot.
Le protestantisme, au contraire , n’est catholique dans aucun sens.
Nous venons de voir qu’il ne possède avec certitude aucune vérité, loin de les posséder toutes; qu’il est sujet à toutes les erreurs, loin d’en exclure une seule. Il n’embrasse pas tous les temps, puisqu’il est né au xvi c siècle, et qu’il suppose une défaillance de plus de mille ans dans le christianisme. Il ne s’étend pas à tous les lieux, puisque chaque communion protestante compte un petit nombre d’adhérents et n’occupe le plus souvent qu’une seule contrée dans le monde. D’ailleurs, le protestantisme n’a aucune relation avec les lieux, si, comme il le prétend, l’Église de Dieu est invisibble sur la terre.
Malgré ces faits, dont les conséquences sont palpables, plusieurs communions protestantes ont aspiré de nos jours, comme les sectes hérétiques du temps de saint Augustin, au nom de catholiques. Mais le peuple a toujours fait justice de leur usurpation, en les appelant catholiques allemands, catholiques anglais, etc., dénominations nouvelles qui altèrent la significatioa pri-
mitive de ce beau nom, et réservent à l’Église de Dieu seule l’appellation simple, invariable de catholique.
Il est bon de rappeler ici que les prophètes ont prédit au Messie un royaume spirituel, qui s’étendrait jusqu’aux extrémités de la terre, et qui embrasserait toutes les nations. Ce royaume est l’Église de Dieu. Évidemment, dans les limites restreintes et dans l’état précaire où il existe, le protestantisme ne constitue pas ce royaume; il n’est point l’héritage du Messie; il n’est point l’Église de Dieu.
Article V.
Le protestantisme n’est pas apostolique ; autre caractère de fausseté.
L’apostolicité de l’Eglise de Dieu suppose en elle deux choses fondamentales : une origine apostolique, et la succession fidèle, non interrompue de la doctrine et du ministère sacerdotal.
Saint Paul appelle ouvertement les apôtres le
fondement de tout édifice spirituel de l’Église (Ephes. ii. 20); et saint Jean, décrivant l’Église du Nouveau-Testament, dit que le mur de cette cité a douze fondements sur lesquels sont écrits les noms des douze apôtres (Apoc. xxi. 4).
Comme l’Église est appelée Chrétienne, parce que Jésus-Christ en est la pierre fondamentale, la pierre angulaire (Isaï. xxvin. 16. 1 Pet. u. 6. Ps. cxvu. 22), de même elle est appelée Apostolique, parce qu’elle' a été fondée sur la vraie doctrine et sur le ministère des apôtres.
« Toutes les Églises particulières du monde sont apostoliques, dit Tertullien, en tant qu’elles sont cette Église unique, fondée la première par les apôtres, et dont toutes les autres dérivent ( De prœscript . n. 4). Ces Églises, dit-il, sont réputées apostoliques à cause de la consanguinité de leur doctrine avec celle de l’Eglise apostolique (ibid. n. 52). »
Mais cette doctrine et ce ministère ne persévèrent dans les Églises, que par la succession des évêques et des prêtres qui conservent la tradition des apôtres. Dès que cette double tradition de la foi et de l’autorité est brisée, inter-
rompue, l’apostolicité cesse, et les églises sont censées bâties sur un fondement humain.
Saint Irénée déclare que la tradition apostolique, conservée par la succession des prêtres, se manifeste dans tout l’univers, et indique à tous ceux qui veulent la voir, l’Église de Dieu et la véritable doctrine (lib. iv. c. 26. n. 2). Dans les controverses il en appelle «à la tradition des Églises apostoliques, et provoque les communions séparées à l’examen des titres de leur origine. Il montre que dans l’Eglise romaine, la première de toutes, la principale en autorité, on connaît la succession des pontifes qui ont conservé l’enseignement des apôtres, et que l’on ne peut douter de la vérité de sa croyance.
Les apôtres, dit Tertullien, ont transmis aux Églises fondées par eux, et surtout à l’Église romaine, la vraie doctrine avec l’effusion de leur sang. Ecclesia romana cui totam doctrinam aposlolicam cum sanguine suo profuderunt (De prœscript. n. 21).
Saint Irénée propose aux Églises le même moyen de vérifier les titres de leur existence et d’éprouver la vérité de leur enseignement
(lib. iu. cap. 26. n. o et c. 2). Saint Cyprien dit que Jésus-Christ a construit son Eglise de telle manière, qu’elle fût fondée sur les apôtres et conservât ses propriétés par la succession non interrompue des évêques (Epist. 27. p. 57).
Saint Augustin indique cette succession de l’épiscopat comme un des signes de l’Église de Dieu et un motif de rester toujours uni à l’Église catholique. « Ce qui me retient aussi dans l’Église catholique, dit-il. c’est la succession non interrompue des évêques depuis les apôtres jusqu’à nos jours ( Contra ep. Fund). »
En récitant le symbole des apôtres les communions protestantes reconnaissent qu’une propriété essentielle de la véritable Eglise est l’apostolicité.
Or ces communions ne sont pas apostoliques.
Toutes, sans exception, nient l’existence de la tradition reçue des apôtres.
Toutes répudient la succession apostolique des évêques, canal nécessaire des institutions apostoliques, selon la doctrine des Pères.
Toutes ont une origine récente, postérieure au temps des apôtres.
Toutes portent le cachet de fausseté que saint Cyprien indiquait de son temps; Quiconque, dit-il, ne succède à personne ; quiconque commence par soi-même est étranger à l’Église de Dieu. Les communions protestantes, ne succèdent réellement à personne. Elles ont été fondées par des hommes sans mission ; elles sont donc étrangères à l’Église apostolique. La succession des apôtres est comme la chaîne à laquelle Dieu a voulu attacher tous les fidèles, pour les conduire par elle au salut. Cette chaîne rompue, on n’appartient plus au peuple de Dieu; on passe à la synagogue de Satan. Ce signe de Fausseté est sensible, et il a été appliqué aux communions séparées dès le second siècle de l’Église.
Le défaut d’apostolicité est manifeste dans les communions protestantes par les noms qu’elles portent. On ne les appelle jamais l’Église apostolique, mais l’Église luthérienne, ou l’Église calviniste, ou l’Eglise anglicane, ou l’Église puritaine, ou l’Église méthodiste, ou l’Église mormonne, etc., ou bien encore l’Église protestante, l’Église réformée, noms particuliers qui font contraste
avec le nom d’apostolique; noms négatifs qui rappellent la fondation récente et l’origine purement humaine de ces communions.
Les ministres protestants qui s’agitent en Belgique, ont donné à leurs assemblées le nom <Y Eglises évangéliques ; nom vraiment magnifique en lui-même, mais sans valeur et sans signification, dès qu’on remonte à son origine et qu’on discute son emploi.
Ce fut le roi de Prusse qui mit ce nom en honneur, lorsqu’en 1817 il s’efforça d’amalgamer les Églises luthériennes et calvinistes de son royaume, afin d’en former une seule Église nouvelle dont il assumait le souverain pontificat. L’emploi de cette dénomination n’est donc pas d’origine chrétienne, mais d’origine royale et politique. Ce nom n’est point distinctif, car dès le principe on le donna à des communions religieuses qui professaient, en matière de foi, des doctrines contradictoires. Ce nom ne fut pas même accepté par tous ceux à qui on entendait l’appliquer. Beaucoup de luthériens et de calvinistes refusèrent de s’associer à l’Église nouvelle et de prendre part aux tripotages qui présidé -
relit à son berceau. L’Église évangélique, quoique d’institution royale , devint au milieu des protestants un sujet de discorde.
Les agents des sociétés bibliques ont usurpé ce nom de leur autorité privée, quoiqu’ils annoncent le plus souvent leur évangile personnel , /
au lieu de l’Evangile de Jésus-Christ. C’est chez eux une affaire de fantaisie et sans conséquence. Si demain ils s’appelaient Célestes, ou Divins, cela ne prouverait rien en faveur de leurs doctrines, ni pour la vérité de leurs Églises. Au fond ils s’appellent Évangéliques au même titre que d’autres sectes se sont appelées autrefois 6 'nostiques ou intelligents, Cathares ou purs. Saint Épiphane parle même d’une secte qui s’appelait les Apostoliques. Ces noms particuliers empruntés au langage chrétien n’ont jamais servi qu’à distinguer ces Églises séparées de la véritable Église de Dieu, et par conséquent, malgré leur belle étymologie, ils ont paru méprisables, et ont été odieux aux fidèles parce qu’ils ne servaient qu’à couvrir l’erreur et à masquer le' mensonge.
Ces dénominations récentes, arbitraires, arti-
ficielles n’ont jamais pu tenir lieu du nom d’apostolique et moins encore de l’apostolicité.
Les communions protestantes qui s’en sont affublées, portent donc, jusque dans ces noms postiches, un signe certain de leur fausseté.
Akticle VI.
Le protestantisme nest pas saint. Autre caractère de fausseté.
La première marque distinctive de l’Eglise de Dieu, dont le symbole des apôtres fasse mention, est la sainteté. Je crois, disons-nous en récitant le symbole, la sainte Eglise catholique.
L’Eglise de Dieu est sainte par son fondateur Jésus-Christ, par ses propagateurs les apôtres, par les doctrines saintes dont elle est dépositaire, par la vocation à laquelle ses enfants sont appelés, par les grâces quelle procure.
Toute Église particulière que l’on peut convaincre de n’être point sainte sous un de ces rapports, est convaincue par là même de ne pas appartenir à l’Église véritable.
LA FAUSSETÉ DU PhOTESTANTlSME
La sainteté de l’Eglise de Dieu se manifeste aussi par les miracles que l’Espril-Saint opère dans son sein, par les dons particuliers qu’il accorde; par la pratique constante des conseils évangéliques, et l’exercice héroïque des vertus chrétiennes; par la fécondité de la prédication évangélique dont l’Esprit-Saint fait tout le succès.
Il est très-facile de prouver que les communions protestantes n’ont à la rigueur aucun de ces signes de sainteté.
Elles sc glorifient d’avoir Jésus-Christ pour fondateur; mais celle prétention est elle soutenable en présence de leurs doctrines fondamentales? Elles n’ont, de leur propre aveu, aucune relation, aucun rapport avec l’Église primitive que Jésus-Christ a fondée! Elles soutiennent qu’il n’y a point de tradition apostolique; que l’Eglise a été corrompue à son origine; que l’exercice du vrai christianisme a été interrompu pendant des siècles sur la terre! Elles portent le nom des hommes qui les ont fondées.
Ces communions protestantes ont conservé une partie des doctrines saintes que le divin Maître nous a enseignées; mais elles y ont
DÉM0NT1SÉE
mêlé des erreurs manifestes , d’horribles blasphèmes, comme nous l’avons prouvé ailleurs.
Elles ne possèdent pas ces doctrines avec certitude; elles n’ont aucune règle de foi sûre pour les conserver intactes.
Les sacrements, sources des grâces célestes, sont abolis la plupart, sinon tous, dans leur sein.
Comme première règle morale Luther, et Calvin ont établi que l’homme est privé de son libre arbitre par le péché originel, et que les bonnes œuvres sont inutiles pour le salut, que la foi seule suffit ! Que l’on s’imagine quel effet de pareils principes ont dû produire sur les chrétiens qui la plupart se séparaient de l’Église afin de satisfaire leurs passions! Le désordre moral arriva au point que les premiers adeptes de Luther désespèrent un jour du sort de la Réforme.
Cette doctrine immorale, honteuse fit rougir les chefs de la nouvelle Église, lis finirent par déclarer que les bonnes œuvres sont nécessaires comme un signe de la justification obtenue, mais point comme un moyen de l’obtenir.
Voilà comment les premiers réformateurs entendaient la pratique de la vertu, et l’exercice de la sainteté chrétienne.
L’exercice de la perfection évangélique rencontrait aussi en eux des adversaires décidés.
Le divin Maître a dit aux fidèles : Si vous voulez être parfaits, allez , vendez ce que vous avez, donnez-le aux pauvres cl suivez-moi. Renoncez à vous-mêmes... Portez votre croix (Matt. xix. 21 ; Luc ix. 25). Ces paroles ont enfanté des prodiges de vertu dans l’Eglise. Pratiquant à la lettre l’obéissance, la pauvreté et la chasteté parfaites, des milliers de fidèles ont tout quitté pour marcher sur les traces du Sauveur, et sont parvenus par l’observation des conseils évangéliques au plus haut degré de la perfection chrétienne.
Une des premières pratiques religieuses que Luther attaqua fut l’observation des vœux monastiques, qu’il avait lui-même violés. Les premiers réformateurs ont voué une haine implacable à la vie religieuse et à ceux qui la professent. Leurs disciples ont malheureusement hérité de ces sentiments.
A-t-on bien réfléchi à ce fait remarquable que l’absence de la vie religieuse dans une Église est un signe manifeste de fausseté?
Notre-Seigneur attribue l’observation des conseils évangéliques à une vocation céleste, à l’appel que Dieu fait retentir au fond des âmes.
Comme il le dit lui-même, tous les fidèles qui entendent cette voix ne la comprennent pas; mais il faut que quelqu’un la comprenne dans l’Eglise; il est impossible que le Père céleste parle au milieu de son peuple sans qu’il soit compris de personne. Si personne, dans une Église n’entend cette voix, si personne ne la suit, c’est que Dieu n’est pas au milieu de cette Église, c’est que cette Église n’appartient pas à Dieu. Le père de famille ne peut point parler en vain; sa parole doit avoir un écho au moins dans quelques cœurs.
Dans l’Église catholique, à tous les âges, on à compris cette voix divine, et une foule d’enfants de Dieu se sont engagés avec ardeur dans les voies de la croix
Dans le protestantisme, personne n’a entendu, personne n’a compris l’invitation du père de
LA FAUSSETÉ UIJ PUOTESTANTISMF,
famille : que dis-je? cette invitation est honnie, repoussée, niée!
Parlerai-je de la pratique du jeûne, que le Sauveur recommande à ses disciples comme un moyen très-efficace de sanctification? 11 est certain que Notre-Seigneur a dit qu’à cette pratique on reconnaîtrait ses disciples après qu’il serait monté au ciel (Malt. îx. 1 5). Eh bien, la pratique du jeûne, de l’abstinence et de la mortification a cessé, ou à peu près, parmi les communions protestantes. Certaines lois existent peut-être encore qui la prescrivent ; certaines Églises l’exercent deux ou trois fois dans le courant de l’année, par coutume ou par routine; quelques personnes pieuses s’y livrent peut-être par l’effet d’une piété peu commune; mais le jeûne, comme institution ecclésiastique publique, est complètement aboli.
Comme je le faisais remarquer à l’instant, les divins sacrements institués par le Sauveur pour donner, réparer, nourrir, fortifier, consommer la vie spirituelle de l’âme, n’existent plus dans le protestantisme, ou du moins n’y produisent plus aucun fruit de salut.
On peut dire sans exagération que dans le protestantisme toutes les sources de sanctification ont été taries, tous les principes de salut reniés, et que ces Églises, depuis leur séparation, ne méritent absolument pas le nom de saintes, nom qui est l’apanage incontestable de la véritable Église de Dieu.
Le protestantisme est donc faux parce qu’il n’est pas saint.
Article VU,
Le protestantisme est faux parce qu'il na plus de sacrifice , l'acte essentiel et le plus sublime de la vraie religion.
On donne le nom de religion non seulement à l’ensemble des institutions qui règlent les rapports de l’homme avec Dieu, mais aussi à cette vertu morale par laquelle l’homme pieux, autant qu’il est en lui, rend à Dieu les hommages, le culte qui lui sont dus.
De tous les actes de religion le plus sublime et le plus parfait est sans contredit l’oblation du
sacrifice, ccttc prière en action, cette proclamation pratique des droits souverains de Dieu sur ses créatures, et de la soumission parfaite des créatures envers lui.
L’immolation des victimes a toujours eu ce sens que Dieu est le maître de la vie et de la mort; que tous les êtres créés lui appartiennent; qu’il conserve à ses créatures raisonnables les biens dont elles jouissent et qu’il pourrait leur enlever; que les hommes sont obligés de consacrer leur personne et leur existence à Celui dont ils tiennent tout ce qu’ils ont et tout ce qu'ils sont.
Le sacritice est le seul acte de religion, la seule institution religieuse qui ail cette sublime signification. Un culte sans sacrifice est un culte imparfait, tronqué, indigne de Dieu.
Les païens ne l’ignoraient pas. Après avoir abandonné le vrai Dieu, ils prostituèrent leur encens et leurs victimes aux fausses divinités; mais enfin l’acte fondamental du culte, l’adoration suprême, quoique mal appliqué, leur resta.
L’Église de Dieu n’a jamais été privée du sacrifice. Le Seigneur eri indiqua le rite à Adam et
à ses enfants. Abel immolait à Dieu les- prémices de ses troupeaux; Caïn lui offrait les fruits de la terre. Moïse, mû par l’inspiration divine, organisa les sacrifices de l’ancienne loi. Le sacrifice de la croix remplaça, dans le peuple de la nouvelle alliance, tous les sacrifices du Vieux Testament. La veille de sa mort, le divin Sauveur institua le sacrifice non sanglant de son corps et de son sang, sous les espèces eucharistiques, afin de perpétuer d’une manière réelle, mais mystique le sacrifice du Calvaire. Son corps et son sang sacrés, placés à l’état de victime sous les apparences sacramentelles, sont offerts aujourd hui comme un sacrifice d’agréable odeur à Dieu le Père par les prêtres du Nouveau Testament agissant au nom de Jésus-Christ. C’est ainsi que l’acte essentiel de la vraie religion, l’acte d’adoration parfaite, l’acte religieux le plus digne de la majesté divine, a été conservé dans l’Eglise, et fait aujourd’hui partie du culte catholique.
Les protestants ont soutenu dès l’origine que le christianisme n’a plus de sacrifice; que le sacrifice du Calvaire a abrogé tous les autres et n’a pas été lui-même perpétué dans l’Eglise. La
plupart des communions protestantes ont nié la présence réelle de Jésus-Christ dans l’Eucharistie, erreur qui enlève sa victime au sacrifice de la nouvelle alliance. Elles ne soutiraient point que l’on adorât Jésus-Christ dans l’Eucharistie ; elles ne conservaient le saint sacrement qu’à titre de commémoraison mimique de la dernière cène, de cérémonie vide, d’une espèce de drame spirituel. L’égarement des sectes est arrivé au point de punir de la prison et de la confiscation les catholiques qui entendaient la sainte messe, et de frapper de mort le prêtre qui la célébrait.
Le protestantisme n’a donc plus dans son sein ni l’oblation ni le rite du sacrifice, cet acte de suprême adoration, et il est réduit, par un effet de ses erreurs, à ne rendre à Dieu qu’un culte tronqué et incomplet.
Ce fait conduit à une autre conséquence non moins remarquable.
Lorsque les prophètes parlaient à Israël au nom de Dieu irrité, ils lui prédisaient un temps où le Seigneur, fatigué des infidélités de son peuple, l’abandonnerait à ses malheureux écarts
1ÔÔ
et n’accepterait plus ses oblations et ses sacrifices. Ces hommes de Dieu, pour peindre d’un seul trait cet état d’abandon et de malédiction, disaient qu’ïsraël se trouverait alors sans prê très et sans autels.
Sans vouloir assimiler nos frères séparés aux Juifs infidèles, nous devons reconnaître qu’ils se trouvent aujourd’hui dans une situation tout à fait semblable à celle que les prophètes annonçaient aux juifs maudits. Eux aussi se trouvent par leur faute sans prêtres et sans autels; eux aussi n’offrent plus au Seigneur ni oblation ni sacrifice.
Que signifie ce rapprochement frappant?
sinon que les protestants ont un motif bien pressant de craindre qu’ils n’aient encouru la disgrâce du Seigneur; et que les catholiques ont raison de croire que des communions chrétiennes, marquées du cachet de la colère du Seigneur, ne sont pas vraies.
Article VIII.
Le protestantisme est faux parce qu'il ne possède aucun moyen certain d’expiation.
L’ensemble des institutions religieuses que Dieu donna à son peuple, ont compris de tout temps un rite sensible d’expiation et certaines conditions de pénitence extérieure auxquelles se trouve attachée la certitude du pardon.
Dieu dont la puissance se manifeste surtout par l’indulgence et le pardon, comme le proclame l’Église, connaissait trop bien la faiblesse du coeur humain, pour abandonner les pécheurs repentants aux tourments du doute et à la torture du remords.
Si d’une part le repentir sincère fait espérer légitimement l’indulgence d’un père offensé, d’autre part l’offense de Dieu, qui est non-seuseulement père, mais maître suprême et juge rigoureux, paraît si grande aux yeux de la raison, que son souvenir suffit pour faire trembler le coupable, jusqu’à ce qu’il ait acquis la certitude d’une parfaite expiation.
La distance qui sépare l’homme pécheur de la divinité offensée est si grande, que nulle pénitence, nulle expiation ne semble suffisante pour rapprocher ces deux termes, si Dieu n’accepte et n’agrée la réparation qu’on lui offre. Le cri du remords ne cède dans l’âme du coupable qu’à la prouesse divine du pardon. Aussi longtemps que Dieu ne pardonne pas d’une manière formelle, la perplexité du pécheur, loin de s’éteindre avec le temps, s’accroît dans le cours des années.
Pour rendre la paix aux âmes, pour encourager les pécheurs à fuir le péché, pour les consoler dans leurs combats contre le mal, il faut un rite d’expiation agréé de Dieu, une promesse formelle de pardon attachée à certains actes déterminés.
La chose est si vraie, que les peuples païens, après avoir oublié les institutions primitives et perdu le souvenir des promesses du Seigneur, s’adonnèrent aux expiations les plus barbares et les plus inhumaines, afin d’apaiser les remords qui les tourmentaient . Le culte des dieux infernaux, les sacrifices de victimes humaines, les suicides
religieux, et d’autres horreurs des cultes idolatriques n’eurent guère d’autre origine que la terreur incurable des criminels repentants. Privés de tout signe certain de miséricorde et de toute promesse positive du pardon, ils multipliaient leurs horribles sacrifices et centuplaient leurs affreuses expiations, afin de parvenir à un état de sécurité auquel ils ne pouvaient atteindre. Leurs sacrifices et leurs pénitences ne les tranquillisaient jamais. Je ne crois pas que l’on puisse citer une preuve plus frappante de la nécessité absolue d’une institution expiatoire infaillible au sein du peuple de Dieu.
Cette institution se trouva sans doute dans la religion primitive dont les rites sont peu connus. Elle est manifeste dans la loi Mosaïque, qui entre au sujet des expiations dans des détails infinis. Dans l’église de Jésus-Christ le saint tribunal de la pénitence, que les Pères appellent une seconde planche après le baptême, est placé au milieu du peuple fidèle, comme une fontaine salutaire qui purifie l’ame de sa souillure ; comme un remède qui guérit ses plaies; comme un préservatif contre de nouvelles chutes; comme un signe
de miséricorde; comme une promesse de pardon.
Quel est sous ce rapport la situation du protestantisme? Il ne possède aucun signe sensible de la miséricorde divine, aucun moyen certain d’expiation.
L’Evangile nous oblige à croire que le Sauveur a confié à ses disciples les clefs du royaume céleste, le pouvoir redoutable de remettre et de retenir les péchés. Parmi les communions protestantes, à peu d’exceptions près, ce pouvoir n’existe pas; personne n’a la prétention de l’avoir reçu, personne ne songe à l’exercer.
Lorsque David eut péché, Dieu lui envoya le prophète Nathan pour lui dire : Voici que le Seigneur a transféré , pardonné votre péché!
Rien de semblable n’arrive, rien de semblable ne peut arriver parmi les protestants. Ceux-ci n’ont pour toute ressource que l’acte de contrition, la demande du pardon, dispositions bonnes, nécessaires , essentielles sans doute, pour obtenir la rémission des péchés, mais insuffisantes, au moins dans une foule de cas, pour obtenir le pardon , et plus insuffisantes encore pour se procurer la certitude du pardon.
Les fondateurs de la Réforme ont attaché la sécurité des pécheurs à l’aveugle présomption, à la ridicule témérité qui fait croire fermement, mais sans preuve ni garantie, que les péchés sont remis. Ce remède pouvait guérir peut-être des hommes simples qui ne comprenaient pas la folie de cette confiance aveugle et gratuite; mais de quelle efficacité peut-il être pour des hommes réfléchis et sensés qui ne consentent pas à remplacer un acte nécessaire de la miséricorde divine, par un simple acte d’imagination personnelle?
Le protestantisme a peut-être des moyens d’expiation qu’il a inventés et qu’il croit efficaces ; mais il est bien certain qu’il n’en possède aucun que Dieu ait institué ou agréé. En fait d’expiation des péchés , la plupart des communions protestantes sont descendues, dès leur origine, à la situation des peuples païens qui se trouvaient privés de toute promesse positive , divine de pardon. Elles sont tombées, sous ce rapport , dans une position bien inférieure à celles des Juifs.
Article IX.
Le protestantisme, comme institution, heur te et blesse les inclinations les plus naturelles et les plus légitime du cœur humain.
Le protestantisme s’est signalé à son origine par les doctrines les plus révoltantes.
Au lieu de parler de Dieu comme d’un père, d’un bienfaiteur, d’un ami, il l’a représenté comme un odieux tyran qui prédestinait ses créatures à l’enfer, qui les créait pour les perdre!
Tandis que les créatures matérielles sont douées de toutes les qualités nécessaires pour atteindre leur fin, les chefs de la Réforme ont prétendu que, depuis la chute d’Adam, l’homme naît manchot, estropié dans l’ordre moral et religieux ; qu’il n’a point de libre arbitre ; qu’il n’est point intéressé à faire de bonnes œuvres.
Le divin Sauveur «a prêché l’humilité à ses disciples, et les premiers réformateurs l’orgueil. La folle témérité, l’absurde présomption dont
ils firent une loi à leurs adhérents, est la chose la plus absurde et la plus révoltante que l’on puisse imaginer. Ils contestaient à la hiérarchie ecclésiastique, à l’Église l’infaillibilité que Jésus- Christ lui a promise en termes formels; et ils attribuaient cette infaillibilité à l’ignorant, à la pauvre femme, à l’enfant! C’était une véritable dérision
La justification, la rémission des péchés, d’après leur théorie, est assurée à quiconque croit fermement l’avoir obtenue, sans rien faire à celte fin ! C’est au fond une moquerie.
Luther autorisa la polygamie en dépit de l’Evangile.
Mais laissons les doctrines à l’écart, et considérons le protestantisme comme institution.
Quelle position le protestantisme fait-il au peuple, à la multitude, aux pauvres, aux enfants dans l’étude de la foi?
L’Église catholique donne le lait de la doctrine avant de partager la nourriture forte; elle place son enseignement oral à la portée des fidèles. Pour s'instruire des vérités delà foi dans son sein, il suffit de prêter l’oreille, d’écouter les pasteurs,
Uf
chose que tout le monde peut faire.
Le protestantisme présente à tout le monde indistinctement le volume de la Bible; il oblige tous les fidèles, sous peine de damnation, comme s’expriment les ministres, à étudier ce livre pour y découvrir les vérités révélées, les préceptes de Dieu et toutes les règles de la vie chrétienne.
Cette méthode d’enseignement dogmatique suppose :
1° Le précepte divin de posséder l’art d’écrire;
2° Celui de lire;
5" Celui d’examiner et de comparer toutes les parties du corps de la doctrine chrétienne;
4 U Celui d’en extraire une règle des devoirs de la vie, un système complet de morale et de vertu ;
5° Celui de prononcer en dernier ressort sur les questions religieuses controversées;
6 U Celui de préférer son jugement individuel à celui des pasteurs, etc.
Voilà les devoirs auxquels le protestantisme astreint tous les fidèles, les ignorants comme les savants, les simples comme les érudits, les enfants comme les vieillards, les femmes comme les hommes faits, tout le monde en un mot.
Je le demande à toute personne sensée, une pareille obligation ne dépasse-t-elle pas les forces physiques, intellectuelles et morales de la plupart des hommes? N’impose-t-elle pas à la multitude un joug insupportable? Ne blesse-l-elle pas les inclinations les plus légitimes et les plus naturelles du cœur humain? Quoi de plus nécessaire à la foule des hommes, quoi de plus désiré et de plus recherché que le conseil , la direction des
personnes éclairées , des chefs de l’Eglise , des ministres de Dieu? La plupart des fidèles, lorsqu’ils comparent ce que Dieu a fait pour eux, et ce qu’il attend d’eux, avec ce* qu’ils ont fait et ce que leur faiblesse naturelle leur permet de faire, appellent de tous leurs vœux un aide et un secours. Ils se sentent incapables de satisfaire par eux-mêmes à des devoirs aussi sublimes et aussi nombreux que ceux dont les droits de Dieu et les principes de la religion leur imposent l’obligation. Us cherchent une direclion, un appui dans les lumières et dans les forces d’autrui ; ils sont convaincus que Dieu ne les a pas abandonnés à eux-mêmes, mais qu’il leur a donné pour mère, pour nourrice, pour guide, pour
appui, son Eglise, ses ministres, les pasteurs de son peuple! Voilà ce que le bon sens suggère; voilà ce que la raison exige; voilà ce que le cœur humain réclame.
L’Eglise catholique répond sans peine à ce cri de la nature; mais le protestantisme le condamne et le repousse ; il est incapable de le satisfaire. La multitude des fidèles, au sein du protestantisme, est placée dans un état violent; elle n’a pour direction, pour appui, pour conseil que son ignorance et sa faiblesse. Le secours dont elle sent le plus impérieux besoin, lui fait défaut, lui est absolument refusé.
Ce n’est pas tout. Après avoir isolé le fidèle de ses pasteurs, de ses frères, après l’avoir condamné à une témérité et à une présomption qui répugne à ses idées et à ses sentiments, le protestantisme l’isole encore de ses amis et de ses protecteurs qui sont au ciel.
Les catholiques ne connaissent qu’une seule Église divisée en trois membres. L’un de ces membres milite sur la terre; un autre souffre dans le Purgatoire ; un troisième triomphe dans le Ciel. Ces trois membres, quoique séparés par
les lieux, restent unis par les liens de la charité. Les chrétiens, qui sont unis sur la terre, s’intéressent à leurs frères et implorent en leur faveur l’intercession des Saints qui sont au Ciel. Ceuxci invoquent la miséricorde divine en faveur de leurs frères militants et souffrants. Le corps mystique de Jésus-Christ est donc constitué de manière que ses membres divers s’entr’aident et se procurent de puissants secours, de douces consolations.
Le protestantisme n’entend pas les choses ainsi : il brise tous les rapports de l’Église militante avec l’Église triomphante ; il répudie la communion des Saints que, de tout temps, l’Église chrétienne a professée dans son symbole; il prétend que nos martyrs, nos confesseurs, nos vierges qui régnent dans le Ciel, ignorent ce qui se passe sur la terre, et ne prennent aucun intérêt à nos destinées; il défend même aux chrétiens de les vénérer et de les invoquer comme de puissants amis de Dieu.
Quelle contraste avec notre foi, quelle blessure pour les cœurs sensibles! Nous avons l’espoir, nous autres catholiques , d’arriver un jour
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au Ciel, d’y rejoindre les bienheureux, d’y jouir avec eux de la vue de Dieu. La perspective si douce d’y rencontrer nos parents, nos amis, nos bienfaiteurs, toutes les personnes qui nous sont chères et qui nous ont précédés dans les voies de la vie, nous remplit de courage, de force et d’allégresse. Nous aimons à prévoir ce triomphe, à y faire coopérer les bienheureux qui nous appellent et nous attendent. Et vous venez, ministres protestants, élever un mur d’airain entre le Ciel et nous! Vous nous défendez d’implorer le secours des amis de Dieu, qui nous ont aimés sur la terre, et que nous aimons encore dans le Ciel ! Ah! n’en doutez pas, vous blessez les inclinations les plus naturelles, les sentiments les plus légitimes de nos cœurs !
Après avoir brisé dans l’Église les liens qui existent dans toute société bien organisée entre ses membres et ses chefs, entre ces jnembres et leurs protecteurs, le protestantisme altère aussi les rapports qui existent naturellement entre Dieu et son peuple fidèle.
Personne n’oserait contester, je pense, que l’homme composé d’une âme et d’un corps, ne
LA FAUSSETÉ DU PKOTESTA.YflSSIt
soit obligé de se dévouer tout entier à Dieu dont il a reçu tout ce qu’il est et tout ce qu’il possède. Pour adorer Dieu en esprit et en vérité, il doit non-seulement soumettre son esprit au joug salutaire de la foi, ouvrir son cœur à la grâce, mais il doit aussi incliner son corps devant Dieu, lui soumettre ses sens, afin qu’ils rendent à la Majesté divine tous les hommages dont ils sont capables.
Ce devoir est d’autant plus rigoureux, qu’en l’accomplissant le fidèle mérite et obtient de nouveaux secours pour se livrer aux actes du culte intérieur qui est l’âme de la religion. Lorsque, les sens invités par l’esprit et secondés par des rites inspirés, se sont inclinés devant Dieu, ils invitent à leur tour l’homme intérieur, à adorer Dieu, et contribuent ainsi à la perfection du culte sacré. 11 est bien naturel que les créatures sensibles et les actes extérieurs aident l’homme à rendre au Seigneur le culte qui lui est dû, puisque nous ne pouvons jamais l’adorer assez, ni lui rendre tous les hommages auxquels il a droit.
Eh bien, le protestantisme s’oppose à l’exer-
cice de ce culte complet. Il refuse aux fidèles les secours que lui prêtent naturellement des actes extérieurs; il s’élève avec une certaine animosité contre les cérémonies ecclésiastiques ; il se moque des rites les plus anciens et les plus vénérables; il interdit l’emploi des images, des lumières, de l’encens, des ornements sacrés; il ne veut ni signes de croix, ni pèlerinages, ni processions, rien de ce qui associe le corps et les sens de l’homme aux actes d’adoration intérieure qu’il rend à Dieu. Le protestantisme divise l’homme; il le violente, il le force à n’offrir à Dieu qu’un culte tronqué, incomplet.
Mais c’est là évidemment blesser les inclinations naturelles et légitimes du cœur humain ; c’est le priver d’un secours moralement nécessaire; c’est lui rendre impossible une partie de ses devoirs. Dans le protestantisme, rien ne remplace pour les hommes simples les avertissements qui, dans le culte catholique, éveillent les sens, éclairent l’esprit, touchent le cœur. Tous ces excitatifs extérieurs font défaut, et l’âme abandonnée à elle-même, au lieu de trouver dans les sens un secours pour s’élever vers
Dieu, n’y rencontre souvent qu’un poids qui l’entraîne vers la terre.
Je m’arrête ici. J’en ai dit assez pour convaincre tout homme sensé que le protestantisme, comme institution, blesse les inclinations naturelles et légitimes du cœur humain, et que par conséquent il n’est pas l’œuvre de Dieu qui a toujours su perfectionner la nature par la grâce, et faciliter l’opération de la grâce par le concours de la nature.
Article X.
Résumé. Il n’existe pas aujourtl' hui un seul motif raisonnable pour embrasser le protestantisme, il y en a cent pour le quitter.
Nous venons de voir que le protestantisme a tous les caractères, tous les défauts d’une institution humaine, et qu’il n’a aucun des caractères, aucun des avantages d’une institution divine.
11 se glorifie de fonder le salut des hommes sur la Bible seule; et il est contraint d’avouer
qu'il ne possède pas la Bible comme un livre divin, mais comme un livre profane; il la possède au même titre et de même manière que le Coran, que les œuvres d’Homère et de Platon.
Le protestantisme se vante de poser la foi comme fondement de toute la vie chrétienne; et il est dans l’impossibilité absolue de faire un acte de foi sur la divinité de la Bible, base du salut.
Jésus-Christ est venu sur la terre pour rendre témoignage à la vérité; il a promis, avant de quitter le monde, d’envoyer à ses apôtres et à leurs successeurs l’Esprit consolateur qui leur enseignerait toute vérité; et nous venons de prouver que le protestantisme ne peut enseigner avec certitude aucune vérité.
L’institution de l’Église a été nécessaire pour préserver la multitude des fidèles de toute erreur et de toute séduction, et pour offrir à tous les chrétiens une règle de foi qui les mît à l’abri de toute déception en matière de foi et de mœurs : or, il est prouvé que le protestantisme est incapable de condamner définitivement aucune erreur, de repousser aucune hérésie. 11 n’y
a chez lui aucune ligne de démarcation tracée entre l’enseignement divin et l’égarement humain; entre la vérité et le mensonge.
Les prophètes ont promis au Messie une série indéfinie de victoires qui lui soumettraient successivement toutes les nations. L’Église catholique réalise ces prophéties par une suite non interrompue de triomphes sur l’incrédulité et sur l’infidélité ; mais le protestantisme est frappé d’une stérilité complète. Depuis son établissement, loin de s’étendre, il s’est constamment resserré et divisé, au point que l’on peut fixer • aujourd’hui avec une grande probabilité le terme de son existence.
Non-seulement le protestantisme n’enseigne pas la vérité et ne peut pas condamner l’erreur, ce qui porte déjà à la dernière évidence sa fausseté intrinsèque, mais il est de plus fondé sur des erreurs nombreuses. Pour justifier son existence, il a soutenu que Jésus-Christ a abandonné son Église, peu de temps après sa mort; que l’Église a induit les fidèles en erreur, quoiqu’elle parlât au nom de Dieu, que l’Église est la prostituée de l’Apocalypse, et d’autres choses
tout aussi abominables; ses fondateurs ont attaqué la sainteté de Dieu en lui attribuant immédiatement le péché , sa bonté et sa justice, en lui attribuant la damnation des hommes. Ils ont renversé la base de la morale chrétienne en niant le libre arbitre, en soutenant l’inutilité des bonnes œuvres, et en proscrivant l’exercice des conseils évangéliques.
Pendant qu’ils se vantaient de suivre les doctrines de la sainte Bible et de ne suivre quelles, ils ont rejeté des principes et des vérités que la Bible impose ou enseigne en termes formels; et ils ont imposé aux fidèles, en matière de salut, des doctrines et des préceptes dont la Bible ne parle point ou quelle condamne. Jamais l’inconséquence n’a été poussée plus loin.
Le protestantisme, sous prétexte de briser le joug de l’Eglise et de faciliter l’affaire du salut, a proscrit les œuvres de la pénitence et les obligations pénibles à la nature, tels que le jeune et la confession des péchés. Mais d’autre part, il a rétréci les voies du salut en liant sur les épaules des fidèles, à l’exemple des Pharisiens, des fardeaux insupportables. Tel est entre autres le
précepte absolu de lire la Bible sous peine de damnation ; précepte absurde, précepte inutile, précepte dont l’accomplissement est impossible aux neuf dixièmes des hommes.
De progrès en progrès dans les voies de la négation et de l’erreur, le protestantisme est arrivé aujourd’hui à une confusion de doctrines qui rappelle la tour de Babel. Tout le monde dans son sein à la prétention d’être docteur, tout le monde veut être apôtre; et il y a aujourd’hui à peu près autant d’églises protestantes que d’individus protestants. Les choses en sont venues au point que le protestantisme s’est pour ainsi abjuré lui -même. 11 désavoue ses fondateurs; il répudie leurs doctrines ; il ne prétend en avoir reçu que le droit de rejeter les premiers symboles de la Réforme avec autant d’assurance que la doctrine catholique. En un mot il périt par suicide.
Dès son origine il portait en lui-même le germe de la dissolution que nous voyons s’opérer sous nos yeux. Les communions protestantes qui n’y sont pas encore arrivées, y arriveront infailliblement.
Nous faisons celte remarque afin de prévenir le reproche d’injustice qu’on pourrait nous faire, pareeque nous appliquons à toutes les communions protestantes les défauts et les vices que plusieurs d’enlre-elles ont su éviter jusqu’ici. 11 en est qui pourraiènt nous répondre :
Nous conservons le symbole que les pères de la Réforme ont composé; nous confessons la divinité de Jésus-Christ; nous admettons une église visible; nous reconnaissons la nécessité du baptême ; nous croyons le corps et le sang de Jésus-Christ réellement présent dans la sainte Eucharistie, etc., etc., etc.
Nous ne contestons ni la vérité, ni la sincérité de cette réponse; mais nous prétendons que dans la controverse qui nous occupe, elle ne résout pas les difficultés que nous avons soulevées, et n’affaiblit aucun de nos raisonnements.
Les communions protestantes étant fondées toutes sur le principe du libre examen et de la raison individuelle, sont toutes solidaires des effets que ce principe enfante spontanément. Celles qui conservent encore les débris des anciennes croyances n’ont pas le droit de séparer
154 la fausseté du piiotestaktisue
leur cause de celles qui ont nié tous les dogmes de la foi et qui sont aujourd’hui en pleine dissolution. Les premières comme les dernières professent une doctrine qui renferme virtuellement la négation de toutes les vérités révélées, l’abolition légitime de toutes les institutions apostoliques.
Jamaisnous n’avons prétendu quel’application de cette doctrine dissolvante fût instantanée dans toutes les communions protestantes. Au contraire, nous avons montré que cette application a été successive et progressive à différents degrés. Mais l’application, soit qu’elle se fasse plus tôt ou plus tard, est inévitable. Les églises protestantes qui professent aujourd’hui l’incrédulité, ont été autrefois orthodoxes : celles qui sont orthodoxes aujourd’hui arriveront infailliblement un jour à l’incrédulité ou à l’infidélité. Entre cet abime et leur principe, il n’existe aucune barrière qui puisse les retenir sur le terrain de la vérité Elles feront nécessairement, un jour ou l’autre, le pas fatal.
Voilà pourquoi nous avons parlé en général de toutes les communions protestantes, lorsque
DÉMONTKÉÈ.
nous avons indiqué les molifs de les quitter ou de ne point y entrer; voilà pourquoi l’excuse dont nous venons de parler n’est pas recevable.
Le protestantisme, faux comme doctrine, est faux aussi comme institut ion.
En dernière analyse, il n’est pas une institution. Si toute la religion est renfermée dans le volume de la Bible où chacun emprunte les doctrines et les règles de sa conduite qui lui plaisent: l’enseignement de la foi, les préceptes divins, les principes de la morale, le culte, en un mot, tout ce qui fait le chrétien et l’enfant de Dieu, se trouve à l’état de problème, et pour ainsi dire à l’état d’abandon. Là ou chacun prononce à sa guise et à sa fantaisie, il n’y a rien de fixe, rien d’établi. Il n’y a aucune apparence d’institution positive. Or tel est le protestantisme, de son propre aveu. Il ne peut donc aspirer à passer pour une institution proprement dite.
Je dis qu’il est réduit à cette situation, de son propre aveu, parce que la conclusion que nous venons de tirer découle de ses principes.
N’est-ce pas lui qui croit à une église invisible, à un christianisme corrompu dès son origine,
interrompu pendant des siècles, par la malice des hommes, malgré la puissance de Dieu? Par quel genre d’institution sensible peut être fondée une église invisible? Qui a été chargé de Dieu de rétablir les institutions corrompues? De son aveu, le protestantisme ne possède aucune institution divine, aucune institution positive, il n’a pas même les caractères essentiels à la vraie religion !
Si nous considérons le protestantisme tel qu’il se présente à nous, non-seulement nous n’y découvrons pas les notes distinctives que les anciens ont toujours attribuées à l’Église de Dieu, mais nous y remarquons des défauts qui les excluent.
La véritable Église est marquée du sceau de l’unité.
Le protestantisme est marqué au coin de la variété indéfinie, et d’une confusion de doctri nes incurable.
L’Église de Dieu est catholique de nom, de droit et de fait.
Le protestantisme est essentiellement particulier, local, individuel.
PÊUOiNTnÉE.
L’Église catholique est apostolique.
Le protestantisme n’est que luthérien, calviniste, anglican, méthodiste, unitaire, mormon, etc., etc., etc.
L’Église véritable est sainte.
Le protestantisme a commencé par des blasphèmes, par l’abandon des bonnes œuvres; par l’aversion de la vie parfaite et des conseils évangéliques.
11 finit par le rationalisme et l’incrédulité.
Le sacrifice, l’acte essentiel de la vertu de religion, l’acte d’adoration parfaite, n’existe pas dans son sein.
Il porte ainsi le caractère de la malédiction divine que Dieu a prononcée contre les Juifs.
Le protestantisme ne possède aucun signe de la miséricorde de Dieu; aucun moyen certain d’expiation, aucune assurance du pardon. Les Juifs avaient leurs sacrifices expiatoires ; les protestants n’ont rien.
Les inclinations les plus naturelles et les plus légitimes du cœur humain ne trouvent dans le protestantisme aucune satisfaction. La famille spirituelle n’y existe point; tout appui, toute