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signer ce que leurs subordonnés leur apportent sans regarder. Pourtant dans une bonne organisation la responsabilité remonte et ne descend pas. Ne disaiton pas au Sénat (M. Chautemps, 19 janvier 1934) : « Les fonctionnaires n’ont pas assez conscience de leur responsabilité personnelle, ils pensent trop souvent à s’abriter derrière les règles administratives et la paperasserie. Trop souvent ils se bornent à signaler à d’autres les actes délictueux ou répréhensibles venus à leur connaissance ». L’amour des responsabilités n’est-ce pas ce qui distingue les hommes entre eux, ce qui fait les vrais chefs, les hommes d’Etat énergiques, les militaires conquérants, les industriels audacieux ? Mais d’un autre côté, il y a ceux qui, comme Ponce-Pilate, ont toujours peur. Il a peur de commettre une injustice en condamnant Jésus-Christ, de mécontenter sa femme qui lui a fait dire « qu’il n’y ait rien entre toi et ce juste », il craint de donner satisfaction aux ennemis de Jésus. Mais en même temps, ce fonctionnaire romain n’ose pas faire délivrer son prisonnier, il n’ose pas le faire mettre en sécurité. Il n’ose pas trancher le débat par un oui ou un non. Il a beau se laver les mains aux yeux de tous, « elles sont rougies pour l’éternité » (°). Plus près de nous, un empereur allemand, vieilli dans les brumes de Doorn, devant le cataclysme de la Grande Guerre, s’écrie, renouvelant le geste de Ponce-Pilate : « Je ne l’ai pas voulu ».
Le problème de la responsabilité « tend à occuper
(8) Giovanni Papini: Histoire du Christ, passim.
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le centre du droit civil, donc du droit tout entier ; en chaque matière dans toutes les directions, c’est à lui que l’on aboutit, dans le droit publie comme dans le droit privé, dans le domaine des personnes ou de la famille comme dans celui des biens, il est de tous les instants et de toutes les situations, il devient le point névralgique commun à toutes nos institutions » (°). Le même auteur dit encore : « L’histoire de la responsabilité est une création constante, depuis plus de vingt siècles, elle se poursuit dans un sens unique, celui de la croissance et de la complexité » (”).
« On peut dire sans exagération que les questions de responsabilité sont parmi les plus importantes du droit, sinon même les plus importantes » (”).
M. Lévy, dans son ouvrage « La vision socialiste du droit », fait remarquer que les problèmes de responsabilité, malgré tout le chemin parcouru, n’occupent pas encore dans les préoccupations des juristes la place que devrait leur donner leur importance pratique et qu’elles ont effectivement dans la vie juridique.
L'opinion publique se passionne pour la responsabilité : un accident de chemin de fer se produit-il (*), vite on demande des sanctions soit contre les employés de la Compagnie, soit contre la Compagnie elle-même.
(9) Josserand: Préface à l'ouvrage de M. André Brun: Rapports et domaines des responsabilités contractuelle et délictuelle, page V. (10) Josserand: Revue générale belge des assurances, année 1930, : (11) Gardenat et Ricci: La responsabilité civile, page V. (12) Catastrophe de Lagny (Seine-et-Marne), 214 morts, fin décembre 1933.
Des affiches s’étalent sur les murs pour dénoncer à l’opinion publique l’incurie des grandes Compagnies, du reste les intentions sont mauvaises, on cherche moins à venger des victimes qu’à lutter contre des adversaires politiques. Mais cette émotion n’est qu’un feu de paille, elle se calme vite, l’opinion oublie, on dirait que le Léthé coule sur tout le pays.