‹ La Fayette dans la révolutionChapitre 6 sur 14 · A M. Archcnholz. 27 mars · texte numérisé non relu

A M. Archcnholz. 27 mars

choses, a vu et dit cela, un des seuls , avec une vérité pleine de félonie, car ce fut contre lui, en correspondant secrètement avec Louis XVI. La Fayette se souvenait de ce jugement et en visait Fauteur, penserait-on, quand il écrivait dans ses Souvenirs de prison : « Je ne suis pourtant ni « homme d'État ni orateur, c'est-à-dire « propre à toutes les combinaisons et à « toutes les causes. » Il avait mieux que cet esprit-là. Si l'on préfère, il en avait un autre, l'esprit que donne l'impression profonde, raisonnée et agissante, autrement dit la conviction. Il avait celui-là à un degré rarement dépassé, et ce n'était point celui du puissant orateur poussé par l'ambition de conduire, après ses déportements, jusqu'à mettre à prix maintenant sa parole et ses facultés. Toutefois, l'esprit dont

s'animait La Fayette émeut, remue à son moment, fait prendre la tête entre les hommes, mais ne résout qu'aux heures où son souffle agite l'air ambiant tout entier.

Ainsi lors de la fête de la Fédération en 1790. C'est pourquoi quelqu'un pouvait prophétiquement s'écrier ce jour-là : « Il galope dans les siècles à venir. »

Dans des feuillets adressés en octobre 1799 à Maubourg, La Fayette dit à propos de lui-même : « Les hommes à sentiments « ne sont pas toujours aussi bêtes que le « pensent les spéculateurs en fortune ».

Les écrits qui restent de lui, correspondances ou morceaux, prouvent amplement cela à son sujet. Le 22 juin 1793, dans sa seconde lettre secrète à la princesse d'Hénin, qui fut le plus actif de ses amis pendant ses années de cachot, il fait voir en quoi il est un homme à sentiments : «... Cette

« liberté, qui eut mes premiers vœux, qui a a tant ballotté ma vie, est ici le perpétuel « objet de mes méditations solitaires.

« C'est ce qu'une de nos amies appelait « ma sainte folie, et soit qu'un miracle me « tire d'ici, soit que je représente sur un « échafaud, liberté, égalité seront mes pre- « miers et mes derniers mots. »

Os « méditations » ont duré tout le temps qu'il a été séquestré. Aussi, tout ce qu'il lui fut possible alors de confier à un chiffon de papier est tantôt une pièce intéressante pour l'historique de la Révolution, tantôt essentielle pour la connaissance de ses mobiles propres, ou pour expliquer ses idées sur la constitution du pouvoir en France et se rendre compte de la conduite par lui tenue. Sous le dramatique des événements à leur date, des détails s'v trouvent.

aujourd'hui recouverts, oubliés, qui retracent et qui enseignent : le personnage de Dumouriez, les manœuvres du duc d'Orléans, le double jeu entre la reine et ce dernier, celui qu'elle mena d'elle-même ; les concerts des coalisés pour avoir raison de la France, à la fois la dépecer sous l'apparence de rétablir le roi, en attendant pour supprimer en La Fayette le moteur pernicieux des principes d'où sont provenus les faits et qui menacent l'existence des monarchies ; à ce dernier égard, il y a dans une lettre secrète à la princesse d'Hénin, des indications précises et authentiques, entendues dans son cachot même * ; on voit de plus les éléments jacobins en qui réside la force du personnel gouvernant, et dont il pressentait l'action funeste quand il lutta

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