‹ La Fayette dans la révolutionChapitre 7 sur 14 · Lettre XI récemment publiée · texte numérisé non relu

Lettre XI récemment publiée

contre la formation de leur club. L'amertume du sort légitimait en lui l'accent qu'il met à le dire, mais la part faite à cette raison d'être ému, c'est dit dans des termes de dignité qui reportent l'esprit avec attrait à ces jours de conviction ardente et de secousse profonde. Sa lettre de tout à l'heure à Archenholz fait lire ces trois lignes : « Dans la sincérité de mon cœur « je vous lègue ici cette consolante vérité, « qu'il y a plus de jouissance dans un seul « service rendu à la cause de l'humanité, « que la réunion de tous ses ennemis, que « l'ingratitude même des peuples ne peuce vent jamais causer de tourments » ; il

est là tout entier.

t Le voici sous un autre aspect, plus tard.

Par la privation d'air et d'exercice à Mag-

debourg, sa santé s'est altérée au point de

lui faire croire que ses geôliers visent à se défaire de lui en l'empoisonnant. Il le pense tellement qu'en apprenant l'ordre d'être transféré au fort de Neisse, le séparant de ses compagnons de fers, il a fait à tous les siens et à ses amis ces adieux émouvants, dans une autre lettre secrète à la princesse d'Hénin :

C'est au moment où la mort de M. du C... me livre aux plus violents mouvements de la tendresse et de la terreur; où de nouvelles anxiétés pour ma femme et mes enfants, pour ma tante, déchirent mon âme ; où les fureurs des jacobins excitent plus que jamais une douleur et des craintes sans bornes comme leur scélératesse, qu'éloigné encore plus des lieux, des nouvelles, des communications qui m'intéressent, arraché à l'ami qui partage et adoucit toutes mes peines, je vais voir le complément de ma solitude et l'entière fermeture de mon tombeau. Je me suis juré à moimême de ne pas compromettre mes amis de France par une ligne de ma main ; mais que

celles-ci puissent un jour assurer les personnes que vous savez m'être si chères, que dans ce moment mon cœur leur adressait l'hommage le plus tendre de tout ce qu'il sent pour eux. Adieu donc, ma chère femme, mes enfants, ma tante, vous aussi, mon excellente amie, plus excellente que jamais dans le malheur, que je chérirai jusqu'à mon dernier soupir 1 .

Dans ce billet la princesse pouvait voir et vit en effet « une espèce de testament de a mort » qu'elle et ses amis devaient certifier et conserver comme un témoignage ultérieur. Toutefois, La Fayette avait écrit, Tannée d'auparavant : « Je m'obstine à vivre » ; il y revint et ne pensa plus qu'à en appeler en France du traitement qu'il subissait. L'heure était loin de sonner, pourtant, à laquelle, acclamé comme il l'avait été, on se souviendrait de lui. En 1795, on échan-

Page 1