Tomes IH et IV
par la Révolution dans- l'état social et dans la condition humaine.
Ce dernier sujet surtout l'attire, ravivant devant lui les jours de 1789. Nous avons, depuis, attendu un demi-siècle avant d'en demander l'étude et l'exposé auxérudits. A qui l'opportunité se serait-elle mieux offerte qu'à quelqu'un comme lui, engagé à fond dans les faits à leur heure et amplement mis à même par les faits d'ensuite de s'interroger sur eux, d'expliquer à la génération nouvelle ce que c'était que l'on avait détruit et les motifs qu'on avait eu de le détruire? Il sent, dirait-on, que c'est un devoir pour lui. Il mande l'idée à M me La Fayette, qui est à Paris; il la prie, comme d' « une commission qui lui tient fort à « cœur, » de susciter à leur ami Dupont de Nemours la pensée d'entreprendre l'œuvre.
Il en donne ces raisons, tout de leur moment et qui nous y reportent :
Les aristocrates et les royalistes assourdissent l'univers des délices de l'ancien régime. Il semblerait h les entendre que le peuple français fût le plus heureux du monde ; ils profitent de quelques rapports à l'Assemblée constituante où vraiment on a un peu confondu les vexations tombée^ en désuétude avec celles qui ont subsisté jusqu'à la iin,pourassurerimpudemmentqueleslysn'étaient que des roses. Tant de malheurs et de crimes ont souillé la Révolution, qu'on les objecte toujours à ceux qui parlent de l'ancien régime, et il semble qu'on ne puisse haïr celui-ci sans faire l'apologie de Robespierre. Je crois donc que pour l'édification publique il faudrait qu'un homme instruit, bon écrivain et bon patriote, fit un petit relevé de ce qu'on appelle modestement les vieux abus.
Avec une rare possession de cet objet il trace après cela, du détail, des rapports qu'a ce détail avec l'état civil, économique, social, le programme de dix chapitres à
récapituler en un dernier, lequel « montrece rait ce qu'était la France avant la Révo- « lution ». Il voudrait qu' « en déplorant « avec énergie les crimes de l'anarchie et « de la tyrannie », on fît connaître néanmoins « les avantages qu'ils n'ont pas pu « empêcher notre patrie de retirer du « nouvel ordre de choses, et tout ce qu'as- « sure à un pays tel que la France la puisce sance de la liberté et de l'égalité ». Qui plus est, l'œuvre exécutée, il faudrait l'étendre à l'Angleterre, à l'Italie, à l'Allemagne; à l'Angleterre afin « de faire un « relevé de toutes les lois absurdes ou « atroces des trois royaumes qui ne sont « pas abrogées et dont quelques-unes « sont en vigueur.... de toutes les dila- « pidations et privilèges que leur régime « entraîne, et que tout cela n'est pas si
« admirable qu'on le dit ». Il ajoute :
« Ainsi successivement on ferait paraître « un cours de droit public sur toutes les « sottises de la vieille Europe \ »
Cette lettre est une de celles qui à cette heure -ci sont nouvelles. La biographie intellectuelle de La Fayette en reçoit la bonne fortune de voir cet homme en qui, nombre de fois, on a dit n'exister qu'un esprit léger, en son personnage qu'un acteur intempestif, manifester sa pénétration quant à ce côté juridique de la Révolution. Le programme et le plan d'exécution qu'il en conçoit révèlent combien cette pénétration était, en lui, réfléchie et solide. C'est le pendant du tableau si expressément exact qu'à l'époque des Notables il faisait à Washington, quant aux conséquences