‹ La fédération et l'unité en ItalieChapitre 4 sur 12 · I. — LA PKESSE LIBÉRALE BELGE · texte numérisé non relu

I. — LA PKESSE LIBÉRALE BELGE

Avec Mazzini et Garibaldi, le grand conspirateur et le héros patriote, j'avais fait une ascension -, elle s'est convertie en chute. J étais en haut avec les aigles : serais-je tombé parmi les grenouilles.

Les journalistes soi-disant libéraux de Bruxelles et des neuf provinces belges, M. Defré, autrement dit Joseph Boniface (2), en tète, m'ont dénoncé à leurs concitoyens comme provoquant, à propos de l'unité italienne, l'annexion de la Belgique à la France. Ne vous hâtez pas de rire : c'est plus sérieux qu'ils ne le pensent eux-mêmes.

Savcz-vous, honorable Boniface, et vous, Messieurs de la presse libérale, qui vous croyez libres parce que votre sac est vide, qui vous posez en publicisles et qui n'êtes que des maraudeurs politiques, savez-vous ce que vous venez de faire? Vous avez, autant qu il élait en vous, couvert votre nation de ridicule énorme; de ce non contents, comme si vous aviez à cœur de provoquer la réalisation d'un fait dont je n'ai voulu que vous montrer l'éventualité, vous poussez, par vos manifestations folles, la nation belge et son gouvernement dans une voie où ils ne peuvent trouver que la ruine (3). Je vous le prouverai tout à l'heure.

(1) Voir à la fin, note (C). — (2) Voir note (D), à la fin. (3) Voir à la fin, note (E).

Partout où mon article du 7 septembre, sur Garibaldi et l'Unité italienne, a pu parvenir, un rire homériq le s'empare de ceux qui le lisent et de ceux qui Técoutent ; I« s sarcasmes pleuvent comme grêlons sur le peuple belge, qui ne sait de ma personne et de mes paroles que ce que vous lui en avez dit, et qui ne peut mais de votre machiavélisme. C'est à tel point que je serai tout à l'heure obligé de prendre sa défense, moi qu'il voulait lapider, et de venger le bon sens flamand et la raison wallonne de la stupidité de leurs organes.

Je vous ai prié, Boniface, ainsi que vos acolytes, en termes pacifiques et sans ministère d'huissier, de me dire si c'était tout de bon que vous me signaliez à la population de la Belgique comme l'ennemi de sa nationalité. Je vous ai fait entendre, assez clairement ce me seaible, que, jusqu'à nouvel avis, je voulais croire à une méprise de votre part; — dédaignant vos injures à ma personne, celles bien plus sensibles que vous prodiguez à mes compatriotes, à la France, je vous ai laissé huit jours, l'Office de publicité ne paraissant qu'une fois par semaine, pour revenir à une plus juste opinion. Au lieu de retirer vos paroles, vous avez répondu, VÊcho du Parlement a répondu pour vous, que mes e#p/ications étaient vagues et embarrassées, indice, selon vous, d'une conscience coupable surprise en flagrant délit ; puis, continuant vos citations frauduleuses, vous avez redoublé l'outrage, semé l'agitation, provoqué les colères, poussé le peuple à, l'émeute, et, en dernier lieu, forcé par vos cris Y Office de publicité à me fermer ses colonnes. Aujourd'hui que la population s'est calmée, vous mettez le comble à vos violences en criant, comme un furieux, qu'il ne s'agit pas de discuter avec moi, qu'il s'agit de me démolir.

Moi, embarrassé, Boniface! Mais que voulez-vous donc qui m'embarrasse, pamphlétaire maladroit, qui dans votre ardeur de dénonciation, ne prenez garde ni à ce que vous dit votre adversaire, ni à ce qu'il est? Ne vous ai-je pas dit, à votre grand scandale, daps cette même mise en demeure

que je vous ai adressée, que je maintenais tous les termes de ma lettre -, que je n'en retranchais pas une syllabe, ce qui vous a fait récrier que je jetais le défi à la presse belge? Quelle raison pouvais-je donc avoir de dissimuler et de tergiverser avec vous? Habitant volontaire de la Belgique, aucune nécessité ne me retient sur votre territoire. Suis-je à vos gages ou à votre charge? À défaut de la France, qui depuis deux ans m'est rouverle, n'ai-je pas, si je me méfie du sol natal, l'Angleterre, la Hollande, l'Allemagne, la Suisse, qui certes en m'eussent pas été moins hospitalières que la Belgique? Quoi! vous n'avez pas même eu l'esprit de comprendre que si je ne relevais pas sur l'heure, comme elles le méritaient, vos provocations, c'est que je me sentais aussi sûr de ma parole que de mon intention ; c'est que, prétendant avoir bien mérité de la nationalité belge, je ne pouvais pas, de prime-abord, me montrer sévère envers des gens qui, représentants du peuple ou journalistes, pouvaient après tout n'avoir d'autre tort à mon égard que d'être destitués de sens commun!

Oh! j'ai parfaitement saisi votre tactique. Attaqué indirectement, avec tous vos amis de la presse soi-disant libérale, dans vos inclinations anti-françaises et votre politique d'aventure, vous n'avez trouvé rien de mieux que de me faire passer, au moyen d'une équivoque, pour annexionniste. Sommé ensuite de répondre catégoriquement, par oui ou par

non, à mon interpellation catégorique, vous vous êtes dit : «Prenons le large; continuons nos citations à double entente, et, au lieu de répondre à la question de notre adversaire, renvoyons-le lui-même au jugement de l'opinion. Qu'il se justifie, s'il veut; nous entendrons sa défense, et nous verrons ensuite à dire si elle est ou non satisfaisante. De cette manière et quoi qu'il advienne, nous conserverons le bénéfice de notre accusation j et, par la susceptibilité de notre patriotisme, nous aurons acquis un litre de plus à la reconnaissance de nos concitoyens. »

Certes, Boniface, ce n'est pas trop mal raisonné pour un ancien élève de l'Université catholique de Louvain, devenu plus tard libéral, déiste, fouriéristemcme, et dont le mandat législatif devra être renouvelé aux prochaines élections. Priez seulement le nouveau Dieu que vous adorez, ce Dieu doctrinaire qui ne diffère de celui des- cléricaux que parce qu'il n'y a en lui ni Esprit ni Verbe, priez-le, dis-je, qu'il frappe d'aveuglement et Y Association libérale et la ville de Bruxelles tout entière : car, je vous le jure, pour peu qu'il reste de bon sens en Belgique, on y rougira en plus d'un lieu de voir le plus positif des peuples représenté par un écervelé comme Boniface (1).

J'espère que mes anciens lecteurs de Belgique, adhérents ou adversaires, n'ont jamais attendu de moi que je répondisse aux tirades envenimées de M. Dcfré et aux insultes de la presse soi-disant libérale. On m'a demandé pourquoi je n'envoyais pas ma protestation à Y Écho du Parlement, à Y Étoile, et tutti quanti, de qui j'avais droit

(1) Pour la parfaite intelligence de ce passage, voir à la fin la note (C) sur la presse belge, et la note (D) sur M. Defré.

d'exiger, en vertu de la loi, cette insertion. Mais c'est justement ce qui ne me convenait pas. Je ne veux pas du rôle d'accusé -, c'est moi qui entends rester accusateur. Et puis, sans compter qu'une simple dénégation, même sur papier timbré, ne pouvait remplir mon objet, que m'importe, encore une fois, l'opinion de ces hommes et de la multitude qui les suit? Que me fait que les badauds de Bruxelles, aussi forts dans leur genre que ceux de Paris, me croient ou ne me croient pas annexionniste? Les honnêtes gens de la Belgique m'ont compris; ceux dont j'ambitionnais le suffrage m'ont approuvé; ils sont venus me serrer la main, m'offrir leur maison pour asile : qu'ai je à faire du reste?

Mais je n'ai pas dit encore tout ce que je pense de l'unité italienne, considérée dans ses rapports avec la politique in- * ternationale, et notamment avec l'indépendance du peuple belge. Pour les amis dont je viens de parier, pour le public studieux qui, depuis quatre ans et demi que j'habite la Belgique, m'a fait l'honneur de me suivre, et je puis ajouter maintenant, pour mes compatriotes, je tenais à compléter mon exposition. Quant aux soi-disant libéraux de Belgique, ils peuvent faire, si cela leur convient, leur profit de mes idées : je ne leur demande pas de remerciement. Je suis peut-être le seul Français que de sérieuses réflexions aient conduit à ne pas vouloir de l'incorporation de leur patrie dans la mienne. Pour cette opinion, qiû certes n'avait

rien, d'hostile, je quitterai la Belgique un peu plus tôt que

police? non; par la persécution du parti clérical? non-, par la clameur des libéraux.

IL — RÉSUMÉ DE MON OPINION SUR GARIBALDI Et L' UNIT g

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