LA SUISSE
Le premier document qui établit la Confédération fédérale date de 1291. C'est le 1'' mai de cette même année qu'a été conclue la première alliance perpétuelle entre les
y^ LA FEDERATION IBEIUQLE
citoyens d'Uri, de Schwytz et d'Unterwald, alliance dont le but était de se protéger contre leurs ennemis extérieurs, d'augmenter leur liberté et leur indépendance, de maintenir le droit et le bon ordre.
En 1332, Lucerne a adhéré à celte alliance. D'autres cantons suivirent le chemin tracé : Zurich en 1351, Glaris et Zug en 1352, Berne en 1353.
Huit cantons formaient la confédération suisse en 1481 et à cette époque furent promulgués trois documents importants :
1° La décision des pères (Pfciffcuhrief) en 1370; 2° la convention de Sempach (SempacJierhrief) en 1373; 3" le pacte de Starz en 1481.
Les cantons de Fribourg et Soleure adhèrent à la confédération en 1481; Bàle et SchafTouse en 1501; Appenzell en 1513.
La Confédération primitive se composait donc de treize cantons en 1798. A cette époque la Suisse suivit l'enlraînement de la République française et à la date du 12 avril une constitution unitaire fut promulguée. Mais cette constitution occasionna des guerres civiles et des troubles dans ce pays jusqu'alors si uni. Bonaparte imposa violemment au peuple suisse, par un Acte de médiation en 1803, une loi unique pour la constitution fédérale et les constitutions cantonales. Sur ces entrefaites, les cantons de Sainl-Gall, Grisons, Argovie, Turgovie, Tessin et Vaud adhérèrent à la confédération.
Après la chute de Bonaparte, la Diète de Zurich élabora un pacte fédéral qui fut ratifié par les souverains réunis au Congrès de Vienne. Ce pacte porte la date du 7 août 1815. Trois cantons adhérèrent encore à la confédération : ceux du Valais, de- iVeuchâtel et de Genève. Les partisans de l'unitarisme et de la centralisation obtinrent
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au 17 juin 1832 un décret promettant la révision du pacte fédéral de 1815; mais ce projet de révision iiil repoussé par le peuple.
De graves dissensions intestines suigirent alors et la guerre religieuse du Sonderbund désola le pays (1).
Comme conséquence de la révolution de Paris du 24 février 1848, Neuchàtel proclame la République le 29 février. Un gouvernement provisoire, avec Piaget pour président, fut installé. Le roi de Piusse, acceptant le fait accompli, délia ses sujets de leur serment de fidélité. La première chose que firent les cantons victorieux fut de remplacer le pacte par la constitution fédérale proclamée le 12 septembre 1848; elle était acceptée par quinze cantons et demi, représentant une population de 1,897,887 âmes, c'est-à-dire la grande majorité de la population suisse.
Cette constitution a procuré à la Suisse vingt-six années de bonheur.
En 1869, rassemblée fédérale a discuté un projet rédigé par les conservateurs. Ce projet fut discuté dans les sessions de 1871 et 1872; enfin la nouvelle constitution fut votée par l'Assemblée fédérale le 5 mai 1872.
En 1873, le projet (pii concédait aux cantons le maintien des contingents militaires et de leur législation spéciale fut discuté et approuvé le 31 mars 1874.
Mais, venons à la Suisse moderne.
M. Frédéric Pass}', membre de Flnstitut, dans la préface d'un livre important dont nous publions plus loin des extraits (2) dit que : « Les États-Unis et la Suisse moiihciit qu'on i)eiil avoir une unité nationale réelle, un
(1) A Propaganda democratica, dirigida por Z. Consiglieri Pedroso.
(2) L. Marsauche : La Confédération helvétique d'après sa constitution. Etude d'économie sociale et politique. Précédé d'une lettre de F. Passy et d'une introduction de E. Ducommun.
patriolisme sincère et énergique, sans faire disparaître toutes les dillereiTces inhérentes aux régions, aux traditions, au langage môme, et sans absorber toute la vie d'un vaste pavs dans celle d'un centre qui, par cela même qu'il uniformise et qu'il entasse les unes sur les autres les facultés diverses destinées à porter partout la lumière et le mouvement, en émousse, en éteint, en stérilise et souvent en pervertit une grande partie. »
Voici l'opinion de M. Elle Ducommun, un journaliste de Berne, qui jouit d'une notoriété importante en Suisse et à l'étranger :
« La Constitution fédérale suisse et les lois qui en dépendent porlent, malgré tout, l'empreinte des institutions cantonales qu'elles n'ont pu reléguer à l'arrière plan sans tenir compte des besoins, des habitudes locales, dont ces institutions furent un jour rexi)ression exacte. )>
« Pour en apprécier sainement la portée il faut nécessairement savoir quels éléments ont engendré les diverses parties dont elles se composent et comment ces parties ont été réunies pour former un tout.
« Dans son évolution politique la Suisse a procédé d'après les lois de l'esprit humain, c'est-à-dire, en allant du composé au simple ; elle ne s'est pas créée d'un seul jet, ce qu'elle est aujourd'hui, ni ce qu'elle était il y a deux ou trois cents ans. »
Nous avons dit plus haut que l'alliance entre les trois petits cantons forestiers d'Uri, de Schwytz, d'Unterwald, en 1291, fut le berceau de la Confédération suisse.
De nos jours, nous voyons cependant des Confédérations d'Etat placées sous la garde de la monarchie, telles l'Allemagne, l'Autriche-Hongrie, la Suède et la Nomvège. Mais aussi, vovons-nous ces états marcher invinciblement vers l'unilarisme absolu ou vers la rupture de leur union.
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Seuls, les Etats confédérés de rAmérique <'t de la Suisse sont dans une situation logique et naturelle.
De toutes les Confédérations, la Suisse est la j)lus ancienne.
Le peuple suisse se compose de trois races : germaine, française, italienne; chacune d'elles parle sa langue et possède ses mœurs propres, phénomène qui déroule toutes les théories de la fondation des nationalités sur Tunité de races.
L'influence du système fédéral a mis la Suisse au premier rang des nations européennes pour la sagesse et le développement de ses institutions politiques, pour Finstruction populaire, pour l'activité du commerce et de l'industrie et pour ses institutions philanthropiques.
L'article 75 de la Constitution fédérale dit que : « Est éligible, comme membre du Conseil national, toiît citoyen suisse laïque et ayant droit de vote. »
En eftet, tout électeur laïque est éligible. L'exclusion atteint surtout les ecclésiastiques catholi<|ues, qui attribuent au sacerdoce un caractère indélébile. Le pasteur, réformé en est quitte pour renoncer au ministère pastoral pendant qu'il est chargé d'un mandat législatif,
La qualité de député en Suisse est un honneur, un devoir civique, non une profession. Les Chambres ont deux sessions ordinaires par an, en juin et en décembre, d'une durée chacune de six semaines environ. Après chaque session, messieurs les députés se hàte-nt de retourner à leurs affaires privées.
Excellent mode législatif, qui oblige les honorables à ne pas perdre leur temps en irritantes et inutiles interpellations, et qui, ne permettant pas aux passions politiques de s'échauffer trop longtemps ni outre mesure, rend les discussions calmes et sages. Ces représentants
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de la Palïit'. ([ui abandonnent durant qiiel(|iies semaines leur famille et leurs airaires, pour venir à Berne, ont l'esprit plus imbu de pratique que de belles théories; toutefois, légistes et ihéoriciens éminents, ne manquent pas au sein de l'Assemblée.
La France n'aurait-elle pas quelques leçons à recueillir de cet exemple ?
Le chef d'une honorable famille française domiciliét^ sur la frontière suisse, possédant de nombreux amis dans ce pays, demandait un jour à l'un d'eux, vrai Suisse de cœur et d'àme : Mon cher X... quel est le nom du j)résident de votre République? L'ami, interloqué, réfléchit un peu et finit par répondre : Excusez mon ignorance, mais je n'en sais rien. Tandis que les autres membres de la société, tous français, paraissaient étonnés, l'un d'eux, vieux républicain, jadis banni par l'empire, pris à cette réponse d'un saint enthousiasme s'écria : Heureux pays, où les citoyens ignorent le nom même du chef de l'Etat!
L'étonnement de cette société eût été moins grand si ses membres eussent su que le président de la Confédération suisse n'est autre que le président du Conseil fédéral, que celui-ci est nommé tous les ans par l'Assemblée fédérale, parmi les membres du Haut-Conseil, que le président sortant de charge ne peut être élu ni président ni vice-président pour l'année (jui suit, et que 1(! même mem])re ne peut revêtir la charge de vice-président pendant deux ans de suite.
Le président de la Confédération suisse ne ressemble guère à celui de la République française. Le président français représente l'unité de l'Etat. Il est au-dessus des variations des ministères; il n'est à la tête d'aucun d'eux.
Le président de la Coufétlération n'a ni escorte, ni mai-
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son militaire, ni palais de l'Etat. Chaque conseiller fédéral choisit, comme tout citoyen, sa résidence où bon lui semble. Le palais fédéral n'est affecté qu'aux besoins des services administratifs.
Tout citoyen qui s'estime lésé par un fonctionnaire fédéral, peut citer celui-ci devant le juge civil.
Il en était ainsi déjà au temps de l'ancienne Rome. De ce droit naissait ce sentiment de fierté exprimé par le Jiomaims civis siim.
D'autre part, le fonctionnaire est avant tout le serviteur de l'Etat et doit agir dans l'intérêt de ce dernier. Il ne doit donc pas dépendre du bon plaisir du peuple. C'est pourquoi la loi lui accorde des moyens particuliers de défense ; par exemple, l'Assemblée fédérale seule décide^ s'il y a lieu, de poursuivre Tun de ses membres accusé de crimes ou de délits commis dans l'exercice de ses fonctions. Il en est de même à l'égard des hauts fonctionnaires fédéraux. En cas de mise en accusation par l'Assemblée fétlérale, Taccusation est porté devant le Tribunal fédéral.
Dans son Manuel iV Instruction civique^ M. Numa Droz. donne les renseignements suivants sur l'armée :
« L'armée suisse est organisée par la loi du 13 novembre 1874. Tout Suisse est tenu au service militaire dèsle commencement de Tannée où il atteint sa vingtième année, jusqu'à quarante-quatre ans. Chaque année, les jeunes citoyens qui arrivent à l'âge de servir, doivent se présenter devant un conseil de réforme, composé de militaires et de médecins qui examinent s'ils sont aptes au service.
Dans ce cas, ils sont attribués à l'une des armes principales (infanterie, cavalerie, artillerie ou génie), et ont à faire une école de recrues, qui est de 45 jours pour
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les faulassiiis, 55 jours pour les artilleurs, 60 jours pour les cavaliers (guides ou dragons), et de 50 jours pour les troupes du génie (sapeurs, pontonniers et pionniers). Elle se compose actuellement de :
Élite 113.884 hommes
LaiulAvehf 88.136
Total 202.020 hommes
« En résumé, dit le même auteur, l'organisation militaire suisse est un véritable modèle d'organisation démocratique : c'est, dans toute la force du terme, la « nation armée ». Quoiqu'il en soit, en attendant le jour heureux où la « Ligue de la paix » aura substitué l'arbitrage au principe sauvage de la force des armes, la Suisse peut être satisfaite de son organisation militaire, se reposer sur elle et la donner en exemple à ses voisins. »
Chaque canton, sous réserve de l'article 27 de la Constitution, est souverain dans le domaine de l'instruction primaire.
M. Grob, directeur de l'éducation dans le canton de Zurich, a publié sur cette matière les précieux renseignements qui suivent :
« Le programme des branches d'enseignement varie d'un canton à l'autre. Schwytz et Genève, par exemple, ont combiné l'enseignement des sciences naturelles avec celui de la langue maternelle. Genève a introduit l'allemand à raison de trois heures par semaine, dès l'âge de 11 ans. A Sclnvytz, il n'y a pas d'enseignement géométrique ; les notions de toise rentrent dans l'arithmétique. A Bàle-Campagne, en fait de dessin, on se borne au dessin géométrique. A Genève, le programme prévoit trois heures de travaux manuels par semaine. Plusieurs cantons délivrent gratuitement aux élèves le matériel scolaire.
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« Les appoiiiteincnts des instituteurs et institutrices en Suisse varient suivant les cantons ; à Hàle, il est de 2,600 à 4,000 francs par an ; dans le canton de Neuchàtel, les appointements sont de 2,200 à 2,600 francs ; en cas de décès, les héritiers reçoivent une indemnité de 3,000 francs. »
L'article 4 de la Constitution fédéiale, que nous avons déjà cité plus haut, dit que tous les Suisses sont égaux devant la loi ; toutefois, l'application de cet article ne revêt pas en Suisse le caractère de simplicité dont jouit un article semblable dans un État unitaire, en France, par exemple. C'est qu'en effet, l'étendue des droits de la Confédération est limitée par les souverainetés cantonales.
Tout citoyen suisse a des droits dans la commune où il est né et est citoyen du canton auquel cette commune appartient. Ces droits se transmettent de père en fils ou s'acquièrent par l'accomplissement de certaines prescriptions communales, cantonales et fédérales. La commune originaire d'une famille suisse reste toujours la même, en quelque lieu que ses membres se transportent. Ceuxci conservent toujours le droit pour eux et pour leurs enfants, en cas d'indigence, de venir réclamer les secours de leur commune. Celle-ci est obligée de leur donner un abri et de pourvoir à l'entretien et à l'éducation des enfants, si les parents sont notoirement incapables de remplir ces obligations.
La commune doit rester l'alvéole protectrice du citoyen. Elle est la famille élargie, le foyer du patriotisme et l'éducation des citoyens.
Sans elle la Suisse marcherait à grands pas vers la complète centralisation, c'est-à-dire vers la dissolution de l'ancienne Confédération.
Cette question des communes protectrices de leurs
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ressortissants se rattache au grand problème actuel de la question sociale. Nous voyons dans cette institution l'un des éléments de sa solution. C'est grâce à Texistenee des cantons souverains, des communes municipales autonomes, que la Suisse réalise sans efforts, et en suivant une marche naturelle, toutes les réformes sociales que «le nouveaux temps ou de nouvelles circonstances réclament.
Que la France entre dans la voie de la décentralisalion administrative, de Tautonomie des communes, des départements ou des provinces, et l'on verra reverdir sa jeunesse, sa force et sa grandeur. Alors toutes les réformes sociales s'accompliront naturellement, selon les besoins des temps ou des lieux, et la nation marchera vers l'avenir d'un pas sur et paisible.
La Suisse regfarde le droit d'asile comme l'un de ses plus beaux privilèges, et elle le tient pour sacré. Elle reçoit et protège les victimes de toutes les persécutions politiques et religieuses. Elle a donné asile aux grands et aux petits, aux princes détrônés, persécuteurs la veille, et à leurs rivaux, triomphants aujourd'hui et persécutés le lendemain.
C'est tantôt un Bourbon et tantôt un Bonaparte qui, fuyant devant la proscription, sont venus chercher la paix et la liberté sur les bords riants des lacs et dans les fraîches vallées du sol hospitalier de la Suisse. Ce droit d'asile dont la sauvegarde intéresse tous les peuples voisins, maîtres ou sujets, la Suisse l'a toujours défendu et quelquefois, en dépit des menaces de puissants souverains. Ainsi fit-elle en 1838 en refusant au roi de France, Louis- Philippe, l'expulsion de son compétiteur le prince Louis Napoléon. Ce droit, elle l'a défendu éloquemment, résolue aux derniers sacrifices, en 1889, contre Bismarck, l'homme
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lo plus puissant de l'Europe, à celte époque. Ce qu'elle a «■té, «^e (pTelle a lait clans le passé, la Suisse» le sera et le fera dans l'avenir.
Un peuple ne vit [)as seulement de eoniinerce et d'induslrie. La vie religieuse occupait dans le |)assé et tient dans le présent une grande place dans la vie sociale du peuple suisse. l)e[)uis l'époque de la II<'ioiine jusqu'en 1798, les treize cantons primitifs établirent chacun sur leur territoire l'unité de leur foi respective. On comprend que cette sélection ne put s'accomplir sans violences. La confiscation, la prison, l'exil, quelquefois la mort, ne tirent que trop de victimes. Au xvi" et xvii^ siècles, à l'intérieur des cantons, n'existaient ni la liberté de «M'oyances, ni la liberté des cultes.
A partir de la quatrième paix nationale, de 1712 à 1798, la liberté de croyance fut respectée, mais la liberté des cultes n'existait pas encore.
La séparation forcée qui fut établie aux xvi'' et xvii^siècles entre catholiques et réformés, explique l'existence des cantons appartenant exclusivement à l'une ou à l'autre de ces deux confessions. La même remarque s'applique à certaines comnuines voisines, dont l'une est entièrement protestante et l'autre catholique, parce qu'elles dépendaient au xvi" siècle de deux ])Ouvoirs contiaires en matière religieuse.
Pendant que l'exclusivisme religieux à l'intérieur des cantons se donnait libre carrière, l'esprit de tolérance, cependant, ne perdait pas tous ses droits.
La Suisse compte à peu près les deux tiei'sd<' protestants et le tiers de catholiques.
La Confédération ne rétribue aucune Eglise.
Les cultes sont affaire de cantons, aussi les conflits sont-ils circonscrits. La patrie plane au-dessus.
LA FEDKRÂTION IBERIOIE
L'intolérance el le fanatisme sont le propre de la théocratie ou (le Tabsolutisme, soit religieux, soit politique. Jusqu'en 1789, l'Europe a soufrert de cette double plaie, et de nos jours encore, quelques États civilisés n'en sont pas entièrement guéris.
Les peiijdes ne se sont élevés que lentement à l'intelligence et à la possession de ce droit de la liberté de conscience. Le souvenir du tribunal de l'Inquisition, dont les lois, du reste, conservent encore toute leur valeur aux yeux du pouvoir religieux qui les appliquait autrefois, ce souvenir soulève les protestations de toutes les consciences droites et éclairées.
La puissance civile, qui aujourd'hui proclame ce droit de la liberté de conscience, n'a pas et ne se reconnaît pas la mission de veiller sur les actes intimes du cœur et de la pensée, cependant elle a le droit et le devoir d'assurer leur libre etlégitimc manifestation; c'est pourquoi elle proclame la liberté d'association, la liberté de réunion, appliquée aux intérêts religieux. Cette liberté s'appelle : liberté des cultes.
Ce sont les puritains anglais, chassés de leur patrie par les persécutions religieuses, qui, en fondant la république américaine, les premiers érigèrent ce grand principe de liberté de conscience, en maxime d'Etat, jjrincipe repris par la Révolution française de 1789.
Voici un article de la Confédération suisse qui mérite d'êtie signalé :
Art. 55. - — La liberté de la presse est garantie.
Toutefois les lois cantonales statuent les mesures nécessaires à la répression des abus, ces lois sont soumises à l'approbation du Conseil fédéral.
La Confédération peut aussi statuer des peines pour réprimer les abus dirigés contre elle ou ses autorités.
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La presse est partout en Suisse sous la législation (\i\ droit commun.
La liberté de la |)resse est la j)lus ferme garantie des libertés constilulionnelles. Le premier acte de tous les chefs d'État qui veulent enchaîner les droits et les libeités du peuple consiste à muselei* la presse.
Au point de vue politi(|ue nous n'avons jamais vu en Suisse ce déchaînement d'invectives conti'e les pouvoiis établis, dont trop de journaux d'autres nations donnent h* triste exemple.
La libellé de la parole et le droit dt^ léunion sont le corollaire obligé de la liberté de la presse.
Une institution que nous admirons et (pie nous voudrions voir appliquer en Europe, c'est le refei-enduni . En dehors des questions constitutionnelles, soit à l'égard des questions législatives, soit à l'égard dés arrêtés importants, le référendum, en Suisse, peut être demandé par 30,000 voix ou par 8 cantons.
La majorité du j)euple suisse est appelée à rejeter ou à accepter les lois soumises au référendum. Dans ce cas, les cantons ne particij)ent j)as à la votation comme états souverains. L'initiative populaire peut aussi réclamer l'abrogation ou la modification d'articles déterminés de la Constitution fédérale, ainsi que l'adoption de nouvelles dispositions bien précises.
Le droit d'initiative est l'apanage de la démocratie. Dans le canton de Claris, les citoyens sont invités chaque année au mois de janvier, par la feuille oflicielle, à présenter leurs propositions au Landrath, sorte de conseil d'arrondissement. Celles-ci, dit-on, arrivent en grand nombre. Le Landrath décide de l'importance de chacune d'elles et les juge dignes ou non d'être présentées aux discussions de la Landsgemeinde ou assemblée
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|)opulairo. Les pioposilions non jngécs dignes de cet honneur sont aussi présentées an peuple qui peut les rejeter en bloc ou i-envoyer la discussion à lannéc suivante.
Quel iinposani spectacle que (^dui d'un peuple assemblé sous la libre voûte des cieux, en face des montagnes, boulevard de sa liberté, dis(Mitant sur la maiche et les destinées de sa patjie! I^à, rnèics, tommes et enfants, assislent à ces assises populaires où leurs intérêts sont ilébatlus par les citoyens actifs. Là, mères, épouses et <!nfants, peuvent enlendie éj)oux. paients et amis défendre leurs droits et les aftirmer par un vole public.
M. Dubs, fédéraliste convairuii et juriste ^minent, Irace en ces termes la différence ([ui existe entie l'unitarisme en général el le fédéralisme suisse :
« Toutes les associations humaines et les associations politiques elles-mêmes tendent, <mi définitive, à un seul •<»t même but, qui est d'accpierir par Funion une force plus grande, et de s'assiiier la possibilité d'atteindre des buts supérieurs, (^'est là le point de mire de la Confédération d'Etats libres »<jmme celui de l'Etat unitaire. Mais ils se séparent tians les voies qu'ils suivent pour atteindre leur but, et la nature l'a ainsi sagement ordonné, car elle ne veut pas que nous suivicuis tous la même voie. Aussi n'est-il pas un despote qui n'ait ado])te le régime unitaire. En revanche, la route la plus longue est plutôt la voie "des Jionnues libres. Elle laisse plus de place à la réflexion, à la formation d'une conviction propre; elle développe à un plus haut degré et dans une plus large mesure, pendant leur marche commune, l'individnalilt^ de ceux qui cheminent ensend)le. »
Déjà Montesquieu avait écrit : « 11 y a grande apparence <|ue les hommes auraient été à la fois obligés de vivre
toujours sous le gouvcinement d'un seul, s'ils uavaieut imaginé une manière de Constitution qui a tous l(>s avantages intérieurs du gouvernement républicain et la l'orée extérieure des monarchies. Je parle de la République fédérative (1). »
Au mo3'en-àge, plusieurs Etats de l'Eurojx^ constituaient des Confédérations républicaines. Seule, la Suisse a su conserver (^elte forme politique, tout <^n bii iuiprimant un développement progressif, continu, |)en(bint six siècles. Ce principe du fédéralisme s'est développe' au sein des difficultés les pbis graves, qui, quelquefois même, semblaient devoir rompre les liens entre les divers Etats •confédérés.
Après chaque épreiive. la Confédération suisse est de- Venue plus forte, plus puissante. Nulle pari, comme eu Suisse, nous ne voyons les citoyens unir dans un même 'amour, et avec autant «le force, IVsprit canloualiste el fédéraliste.
Ce fait n'est-il pas Tirrélulable démonstration que les peuples, malgré les diversités de races, peuvent s'unir pour formel' la vaste Confédération des Etats-l'uis d'Europe ? La Suisse ne pourrait-elle pas devenir le gei-me de cette future Confédération, destinée' à assurer- la paix au continent européen?
Poui- nous, qui croyons à la mission des divers peuples, nous croyons aussi (pie telle est la mission de la Suisse : servir d'exemple comme Etat fédératif, et peut-être, fournir le germe des futurs Etats-Unis d'Europe. En tout cas, elle prépare et réunit, pour l'étude de ces questions, les éléments de droit public les plus riches par jeui- aboudance et leur variété.
(1) Montesquieu. Esprit des lois. liv. IX.
Cet attachement de la Suisse à son principe fédératif se fonde et repose lui-même sur l'esprit de la liberté.
Nous ne croyons pas pouvoir mieux finir cet exposé sur la Suisse qu'en citant l'opinion de M. Numa Droz, ancien ouvrier graveur, publiciste, magistrat, et maintenant ministre des Affaires étrangères de la Confédération helvétique :
« A tous ces points de vue, la forme de gouvernement « qui nous paraît la meilleure pour un peuple éclairé et « patriote, c'est celle de la République démocratique et (( fédérative. »
O noble peuple espagnol I C'est là pour vous, la deuxième délivrance. Vous vous êtes délivré du despote; maintenant délivrez-vous de l'esclave.
Victor Hugo.
L'Espagne. — Ses tendances et ses mœurs. — Les chefs républicains et leurs idées. — D. Francisco Pi y Margall. — D. Nicolas Salmeron et D. Manoel Zorilla. — Les journalistes. — Professeurs et hommes de lettres. — D. Rafaël Labra. — L'alliance morale. — Les vieux préjugés devant l'avenir. — Unitaires et fédéralistes.
« Un peuple a été pendant mille ans, du vi° au xvi'' siècle, le premier peuple de l'Europe, égal à la Grèce par l'épopée, à l'Italie par l'art, à la France par la philosophie; ce peuple a eu Léonidas sous le nom de Pelage et Achille sous le nom de Cid; ce peuple a commencé par Viriate et a fini par Riego; il a eu Lépante, comme les Grecs ont eu Salamine; sans lui Corneille n'aurait pas créé la tragédie et Christophe Colomb n'aurait pas découvert l'Amérique; ce peuple est le peuple indomptable de Fuero-Zuzgo; presque aussi défendu que la Suisse par son relief géologique, car le Mulhacen est au Mont-Blanc comme 18 est à 24. Il a eu son assemblée de la Forêt, contemporaine du Forum de Rome, meeting des bois où le peuple régnait deux fois par mois, à la nouvelle et à la pleine lune; il a eu les Cortès à Léon, soixante-dix-sept
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ans avant «(ue les Anglais eussent le Parlementa Londres; il a eu son serment du Jeu-de-Paume à Médina del Gampo^ sous Don Santhez; dès 1133. aux Gortès de Borja, il a eu le Tiers-Etat prépondérant, et Ton a vu dans l'Assemblée de cette nation une seule ville, comme Saragosse, envoyer quinze députés. Dès 1307. sous Alphonse III, il a proclamé le droit et le devoir d'insurrection ; en Aragon il a institué l'homme appelé Justice, supérieur à 1 homme appelé Roi; il a dressé en face du trône le redoutable sino, no; il a refusé l'impôt à Charles-Quint. Naissant, ce peuple a tenu en échec Gharlemagne, et mourant. Napoléon. Ce peuple a eu des maladies et subi des vermines, mais en somme, n'a pas été plus déshonoré par les moines que les lions par les poux. Il n'a manqué à ce peuple que deux choses, savoir se passer du pape, et savoir se passer du roi. Pai la navigation, par Taventuie. par l'industrie, par le commerce, pai' l'invention appliquée au globe, par la création des itinéraires inconnus, jjar l initiative, par la colonisation universelle, il a été une Angleterre, avec l'isolement de moins et le soleil de plus. Il a eu des capitaines, des docteurs, des [)rétres, des {)rophètes, des héros, des sages. Ce peuple a l'Alhambra, comme Athènes a le Parthénon, et a Cervantes comme nous avons Voltaire. L'àn\ç immense de ce peuple a jeté sur la terre tant de lumières que pour l'étoufl'er il a fallu Torquemada; sur ce flambeau les papes ont posé la 'tiare, éteignoir énorme. Le papisme et l'absolutisme se sont ligués pour venir à bout de cette nation. Puis, toute sa lumière, ils la lui ont rendue en flamme et l'on a vu l'Espagne liée au bùchei:. Ce qiiemaclero démesui'é a couvert le monsde; sa fumée a été pendant trois siècles le nuage hideux de la civilisation, et, le supplice (ini, le brùlement achevé, on a p\j dire : Cette cendre c'est c<> peu])le.
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(( Aiijouid liiii de cette cendre cette nation lenait. Ce^ qui est faux du phénix est vrai du peuple.
« Ce peuple renaît. Renaitra-t-il petit? Renaîtra-t-il grand? Telle est la cpiestion.
« Reprendre son rang, l'Espagne le j>eut. Redevenir i'éû'ale de la France et de FAn^fieleir-e. ( JllVe innnens<* de la Providenc(>. L'occasion est uni«[ue. li Es[)aguc la laissera-t-elle échapper?
« Une monarchie de plus sur le continent, à quoi bon? L'Espagne sujette d'un roi, sujet des puissances, quel amoindiissement ! D'ailleurs établir à cette heure unfv monarchie, c'est prendre de la jieine poui- peu de lem|)s. Le décor va chanii'er.
(( Une république en Espagne, ce serait le holà! en Europe; et le holà! dit aux rois, c'est !a paix; ce serait la Franc(î et la Prusse neutralisées, la guerre entre les monarchies militaires impossible par le seul fait de la l'évolution présente, la muselière mise à Sadowa comme à Austerlitz. la perspective des tueries remplacée par 1» perspective du travail et de la fécondité. Chassepot destitué au profit de Jacquart; ce serait l'équilibre du continent brusquement fait aux dépens des fictions par ce poids dans la balance, la vérité; ce serait cette vieille puissance, l'Esj)agne, régénérée par cettc^ jeune force, le peuple; ce serait au point de viu; de la marine et dw commerce, la vie rendue à ce double littoral (|ui a régné sur la Méditerranée avant Venise et sur l'Océan avant l'Angleterre ; ce serait l'industrie fourmillant la où croupit la misère; ce serait Cadix égale à Southamj)ton, Barcelone égale à Liverpool, Madrid égaleà Paris. Ce serait le Portugal, à un moment donné, faisant retour à l'Espagne, parla seule attraction de la lumière et de la prospérité; la liberté est raimaul des annexions. Une république en
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Espagne, ce serait la coustalation pure et simple de la souveraineté de l'homme sur lui-même, souveraineté indiscutable, souveraineté qui ne se met pas aux voix; ce serait la production sans tarif, la consommation sans douanes, la circulation sans ligature, l'atelier sans prolétariat, la richesse sans parasitisme, la conscience sans préjugés, la parole sans bâillon, la loi sans mensonge, la l'orce sans armée, la fraternité sans Gain; ce serait le travail pour tous, l'instruction pour tous, la justice pour tous, Téchafaud pour personne, ce serait l'idéal devenu palpable, et, de même qu'il y a l'hirondelle-guide, il y aurait la nation-exemple. De péril point. L'Espagne citoyenne, c'est l'Espagne forte; l'Espagne démocratie, c'est l'Espagne citadelle. La république en Espagne, ce serait la probité administrant, la vérité gouvernant, la liberté régnant; ce serait la souveraine réalité inexpugnable; la liberté est tranquille parce qu'elle est invincible, et invincible parce qu'elle est contagieuse. Oui l'attaque la gagne. L'armée envovée contre elle ricoche sur le despote. C'est pourquoi on la laisse en paix. La république en Espagne, ce serait, a l'horizon, l'irradiation du vrai, promesse pour tous, menace pour le mal seulement; ce serait ce géant, le droit, debout, en Europe, derrière cette barricade, les Pyrénées.
(( Si l'Espagne renaît monarchie, elle est petite.
« Si elle renaît république, elle est grande.
« Qu'elle choisisse. »
Ainsi parlait le Maître en 1868. Vingt-quatre ans se sont écoulés, et ces belles et généreuses paroles sont toujours dune actualité palpitante.
La République a été proclamée, en effet. Ne demandons ])as })ourquoi elle a échoué, cela exigerait un long volume d'histoire et de critique. Demandons seulement pourquoi
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on ne l'a pas faite, pourquoi on ne l'a pas proclamée de nouveau.
A notre avis, la République en Espagne ne pourra jamais être suffisamment garantie que par une fédération, nonseulement une fédération à l'intérieur, constituée par les anciens Etats, mais une fédération à l'extérieur, avec le Portugal. Il ne faut pas nous faire d'illusions là-dessus. Une République espagnole ou une République portugaise tout simplement, cela n'est pas assez. Il faut aux deux peuples un idéal et un intérêt supérieur, nous le répétons. Que la Répidjlique se prépare et se fasse dans l'un et dans l'autre pays, c'est évident; simple question de temps. Mais c'est au nom de la fédération que les deux républiques pourront se faire. Cette idée précipiterait la révolution, car elle aurait en sa faveur non-seulement l'unanimité des républicains de la péninsule, mais encore la majorité des libéraux.
D'abord, il faut l'avouer, l'Espagne ne pourra jamais être autre chose qu'une république fédérale. Comment voulez-vous centraliser et unifier des provinces et des communes, des pays et des contrées qui ont des langues, des mœurs, des tendances et des tempéraments si différents?
C'est aussi ce qu'observaient en 1873, au moment du projet de Constitution fédérale, les cantonalistes de ce pays. Aux arpenteurs du fédéralisme, qui découpaient le territoire national en un certain nombre de régions, lesquelles seraient libres de se subdiviser, à leur gré, ils opposaient, avec raison, qu'on ne peut parquer le Fédéralisme dans des cadres abstraits et construits à l'avance; que le régime fédéral repose nécessairement sur un contrat; qu'on ne peut faire un traité que lorsqu'on est plusieurs; que pour former une Espagne fédérale il fallait,
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en coiiséqueiirc, commencer par émanciper les provinces, l'aire en un mot, comme ils le disaient, la Fédération de bas en haut. Gela était incontestable ; mais, en même temps, troj) nouveau pour être compris. Il est certain que, pour obtenir l'organisation fédérale, il n'y a pas d'autre moyen.
Pour nous en convaincre, nous n'avons (|u'à parcourir le pays, à étudier son histoire et à voir ce (jue pensent et ce que veulent ses habitants.
« Ce ne fut pas h; sceptre des rois qui divisa rEsj)agne, mais les montagnes des Pyrénées; celles qui s'étendent du nord à l'ouest, divisent la Catalogne, l'Aragon, les Asturies, la Cfailice et la Vasconie en quatre ramifications; et celles qui vont du nord au sud, dans la partie orientale, en limitant Valence, Murcie et Grenade. Dans la partie occidentale ou Atlantique, nous trouvons la Vieille- Gastille, Léon, la Nouvelle-Gastille, l'Estremadure et l'Andalousie.
« Ges ramifications conservent d'une manière suivie, la reproduction des différents types anthropologiques des races qui ont peuplé jadis l'Espagne et qui ont aussi caractérisé les formes des groupements sociaux et rudimentaires des États autonomes. En examinant les différences ethniques de leurs dialectes encore en usage, de la forme de leur activité, de la législation civile qui les régit, et même de leurs danses et de leurs chansons populaires, on trouve l'expression d'une indépendance que, seule, une politique absurde peut méconnaître (1). »
(1) Theophilo Braga. jU modcrnas ideias da litt«:yatura portuguesa.
Ce sera encore le savant professeur Theopliilo Rrao-a, qui nous renseignera sur ce sujet en développant ses idées avec une clarté merveilleuse.