LA BELGIQUE ET LA HOLLANDE
La Belgique a aujourcriiiii une population de six millions d'habitants; on peut diviser son territoire en deux parties, parfaitement diverses, avec des mœurs et des tendances fort accentuées. Sa population est aussi composée de deux races différentes : trois millions de Flamands et trois millions de Wallons. Le Flamand possède, en général, les qualités de TAllemand; il est froid, calculateur, réfléchi, sans enthousiasme et sans passions; le Wallon, au contraire, se rapproche du Français; il est passionné, enthousiaste et épris d'idéal. La scission qui s'est produite en 1887, dans le parti ouvrier belge, n'a été que le résultat de ces deux courants contraires. Tandis que les Wallons préconisaient l'emploi des procédés révolutionnaires et la grève générale, les Flamands préféraient la lutte dans la légalité.
Bruxelles est, pour ainsi dire, le confluent des deux races. Comment peut-on faire de ce paj^s un noyau unitaire et centralisé, si les tendances de la population sont pour la décentralisation et pour la fédération ?
La Belgique n'est pas en république aujourd'hui, parce qu'elle craint une intervention de l'Allemagne. Q'une fédération naisse entre ces deux pays : Belgique, Hollande, et les craintes disparaîtront. Ce n'est que par la fédération républicaine qu'on arrivera à faire de ces deux nations une vraie puissance en Europe. Qu'ont-ils à gagner avec une royauté étrangère?
Nous pouvons dire de la Belgique et de la Hollande ce que Proudhon disait de l'Italie (1) : « Pour gouverner
(1) La Fédéi'otiovi et l' unité en Italie.
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vingt-six millions criioinincs à qui Ton a ravi la possession d'eux-nicmes, pour l'aire marcher celte immense machine, il faut une bureaucratie prodigieuse, des légions de fonctionnaires, pour la défendre contre le dedans et le dehors. Pour la lendre respectable à ses sujets et à ses adversaires, il faut une armée permanente. Des employés, des soldats, des contribuables, voilà ce qui remplace maintenant la nation. On évaluait en France, il y a quinze ans, le nombre des fonctionnaires, à six cent mille. Le nombre n'a certainement pas diminué depuis le coup d'Etat. Le chiflVe de l'armée et de la marine est à l'avenant. Tout cela est essentiel à l'unité : ce sont les frais généraux de l'Etat, frais qui augmentent en raison directe de la centralisation et au détriment de la liberté des provinces.
« A cette unité grandiose, enfin il faut de la gloire, du prestige, du luxe; de là une liste civile imposante, des traitements magnifiques, des encouragements aux lettres et aux arts, des missions, des pensions, des sinécures. Les ambitieux, les intrigants, les gens déclassés, la bohème, tous partisans de l'unité, pullulent autour du gouvernement. Naturellement on ne peut pas donner tout aux uns et rien aux autres. Sous un régime d'unité, tout le inonde tend la main; les villes comme les individus sollicitent. Un pouvoir intelligent s'attache les communes, les paroisses, les confréries, par des cadeaux, des subventions, des commandes ; on entreprend des travaux d'embellissement ou d'utilité publique; on fait des constructions et des démolitions; on multiplie les chemins de fer et les voies stratégiques; on érige des monuments aux gloires locales; on encourage le commerce, l'agriculture, l'industrie par des concours agricoles et industriels: on décerne des médailles, on organise des expositions, on fait des remises de taxe et des prestations de capitaux. Mines,
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canaux, voies ferrées, colonies, agences de change, offices niinislériels, adjudications, concessions de toutes sortes, fournitures, etc. Voilà la monnaie courante avec laquelle les gouvernements paient leurs majorités, tiennent le public en haleine, font espérer à tous la fortune. Tout se prend sur la masse; c'est à qui obtiendra le ])lus gros morceau. Qui dit nation unitaire, dit nation vendue à son gouvernement, urhem veualem.
« On achète une ville pour une église, un village pour un bureau de tabac. J'ai vu punir un chef-lieu de canton par le rappel d'une compagnie d'infanterie qu'on y avait envoyée en garnison; j'en ai vu un autre abjurer son opposition pour une place de commissaire de police,
« Et qui profite de ce régime d'unité? Le peuple? IVon : les classes supérieures. »
Une fédération entre la Belgique et la Hollande, aurait les mêmes avantages et les mêmes résultats au point de vue international, commercial, industriel et politique, qu'une fédération entre le Portugal et l'Espagne. Nous y reviendrons. Le but des rois, c'est l'unitarisme ; l'émancipation des peuples réside dans la fédération. L'avenir est là, malgré le caprice des chancelleries européennes. Audessus de toutes ces mesquineries, il y a le grand nombre de ceux qui travaillent et dont se composent les nations. Mais, réjouissons-nous, si l'idée est lente à pénétrer... elle marche : il moudo va da se.