‹ La federation iberiqueChapitre 15 sur 19 · A PARIS · texte numérisé non relu

A PARIS

Nos lecteurs se rappelleront sans doute que dans un des derniers numéros de Las Dominicales^ nous avons proposé

aux chefs du parti républicain d'Espagne cl de Portugal de se réunir à Badajoz. Là ils devaient prendre un engagement solennel devant l'Europe entière et au nom de la démocratie de ces deux peuples : celui de jeter les bases d'une fédération réj)ublicaine entre l'Espagne et le Portugal.

A cette proposition, une voix qui résume et condense les aspirations du parti républicain portugais, est venue nous apporter une note d'ardent enthousiasme avec les lignes suivantes :

« Cher ami,

« Mes plus sincères félicitations. Votre article : C'est le moment, paru dans le numéro 5'±8 de votre journal, est magnifique. Il serait à souhaiter que tous les hommes politiques s'inspii-ent de vos paroles. J'ai envoyé votre article à l'aris pour y être traduit en français. Cela formera l'un des derniers chapitres de mon volume qui est sous presse en ce moment et qui traite de la Fédération ibérique. Je ne saurais mieux terminer mon travail ([ue par la reproduction de votre article où, dans une forme vive et imagée, vous démontrez la nécessité de la l-'édération qui doit unir nos deux pays. « Salutations à notre cher Ramon.

" Tout à vous do cœur,

« Magaluxes Lima.

« Lisbonne, 20 mars 1893. »

Ces lignes, écrites par un ardent ré[)u]jli<'ain qui est en communion d'idées avec l'élite des j)enseurs modernes, ont modifié notre première idée.

Nous avions d'abord proposé Badajoz, maintenant nous proposons que Paris soit le rendez-vous de la démocratie républicaine de l'Espagne et du Portugal. — Pourquoi Paris? Parce que Paris est le centre de gravité de l'esprit humain; cette ville est la métropole de la révolution et le cœur de l'univers. Paris est la capitale de la république européenne. A Paris, il y a le centre de l'émigration espa-

gnole et porlugaise. A Paris, il y a la colonie brésilienne qui doit embrasser la république portugaise avec l'Amérique. A Paris, il y a la colonie des républiques hispanoaméricaines.

Brisons les formules surannées de la politique européenne enserrée dans un vieux moule, et donnons un retentissement général à nos idées en allant à Paris. De là nous adresserons au monde entier un manifeste conçu à peu près ainsi :

« Les descendants de Christophe Colomb et de Vasco de Gama, en se serrant la main sur le Sinai de la révolution qui est Paris, déclarent au monde entier leur volonté. Les peuples portugais et espagnols veulent désormais vivre unis en une fédération sous la protection des Droits de l'Homme, ce Décalogue écrit avec le sang du peuple magnanime qui fit tomber la Bastille. »

Mais il y a encore d'autres motifs qui nous engagent à choisir Paris. Les Espagnols ont compris, depuis des siècles déjà, l'idée sublime d'une entente entre tous les membres de la grande famille humaine, el pour réaliser cette idée, ils ont entrepris la découverte et la conquête du Nouveaii-iNIoiide. Seulement, nos pères croyaient pouvoir maintenir ces découvertes et ces conquêtes avec le despotisme et l'oppression. Erreur profonde! C'est vous, Français, qui avez indiqué à l'humanité le vrai chemin, celui de la liberté et de la justice. Les Espagnols crurent, hélas! qu'avec l'union catholique ils pourraient dominer l'humanité. Erreur ! L'idée catholique, qui est l'humanité conduite comme un troupeau par un évéque, représente l'absurde; l'union rationnelle, c'est l'humanité organisée en groupements libres et autonomes, se donnant un mutuel appui. Là est la vérité!

A la théorie mensongère de Torquemada, vous avez

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opposé la philosophie Je Voltaire et nous nous sommes aperçus que la tradition est l'erreur et que le rationalisme est la vérité. C'est dans les écrits de ces hommes ([ui eurent toujours pour guide l'amour de l'humanité que nous cherchons la solution de tous les problèmes qui agitent le monde.

Au point de vue politique, que désirez-vous, Français? Réunir l'Alsace et la Lorraine à la France. Cela est bien, et nous le désirons aussi avec vous; nous voulons même l'union entre tous les j)euples du monde. Et cette idée n'est pas <le nous, elle nous vient de vos pèies qui, au siècle dernier, ont soutenu de rudes batailles, non |)our donner une province à leur patrie, mais pour le triomphe de la liberté. L'épée du césarisme a bouleversé vos fastes guerriers ; votre revanche ne doit pas être dans la force des armes, mais dans vos idées, nées de la Révolution qui les a inspirées au monde entier. Vos ennemis ont pour eux la force brulale, vous, vous avez l'idée, la pensée sublime et la liberté. Par la propagande de vos idées de liberté et de justice, vous verrez les trônes, même les plus solides, trembler et s'écrouler ensuite. C'est une erreur profonde, malheureusement proclamés encore par beaucoup de monde, de croire que l'honneur consiste à rendre à ses ennemis œil pour œil, dent pour dent.

Cessez d'être le peuple du pdlriotistne pour être le peuple de VhiiDiaiiité. Vos ennemis seront vite mis en lïiite, parce que les idées d'oppression et de guerre ne peuvent résister au rayonnement de la liberté dont Paris sera le foyer. De ce foyer partira une telle quantité de rayons lumineux que les palais des tyrans ennemis de la liberté seront détruits. L'Alsace et la Lorraine sentiront

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renaître en elles leur vie active et l'éconde, et vous verrez celui qui dit ne craindre que le Dieu que lui a fabriqué le moine Luther, forcé de reconnaître aussi qu'au-dessus de son Dieu il y a la Liberté et la Justice.

En donnant à votre revanche une nouvelle direction, vous obligeriez TEurope à s'occuper de la solution de ce problème capital qui est le désarmement général. Devant la liberté menaçante, tous les gouvernements seront forcés de désarmer.

Deux nations, l'Espagne et le Portugal, maintenant malheureuses, mais qui eurent jadis leur époque glorieuse, viennent solliciter votre appui pour Tœuvre qu'elles vont réaliser, qui constituera une république de travail, formant une confédération, premier pas vers la confédération uuiverselle. Nous ne vous demandons pas votre force matérielle, nous désirons seulement votre appui moral dans la bataille que nous nous préparons à livrer au pouvoir en visant surtout à la tète. Le triomphe récent de Madrid est la lidèle expression de la volonté de la nation. Dans le drapeau républicain cjue le peuple de Madrid a déployé en allant aux urnes il y avait écrit : Fédération Ibérique. L'Espagne et le Portugal ont marché ensemble au triomphe.

Ne croyez pas ((ue les intentions fermement républicaines manifestées par le peuple de Madrid soient en opposition avec celles de la province. Non, au contraire cela est comme un mandat impératif imposé par la province aux républicains madrilènes qui ont ainsi accompli l'union désirée depuis longtemps j)ar le pays. Il s'agit d'une vaste organisation républicaine étendue jusque dans les points les plus éloignés de l'Espagne. Cette organisation est le fruit de vingt années d'un travail infatigable et d'une active propagande. La nouvelle repu-

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bliqiie n'aura nranmoins aucune ressemblance avec celle de 1873 qui l'ut seulement une généreuse expansion du sentiment populaire. A Torganisation nouvelle se joignent l'intelligence, le travail, la fortune légitimement acquise et une volonté indomj)table puisée surtout à l'école de l'adversité. Notre nouvelle république ne sera pas comme l'ancienne, l'explosion des colères amassées par l'infâme despotisme dans les masses populaires, mais un édifice solide, construit pierre par pierre, par une génération de penseurs et de travailleurs, instruits par l'expérience de la défaite.

Que l'Europe et le monde aient confiance en notre prudence. Quelles sont les deux bases sur lesquelles s'appuiera le parti populaire pour former une seule |)atrie de tous les travailleurs ? la Solidarité et la Fédération. Nous nous proposons de mettre ces principes immortels sur un piédestal si haut que nulle passion humaine ne puisse les atteindre, et nous nous adressons surtout à vous Français. Beaucoup de vos concitoyens furent ruinés par la banqueroute de la monarchie portugaise. Aideznous à fonder la F'édération Ibérique et le. désastre sera réparé. L'Espagne et le Portugal verront ainsi leur crédit relevé, leur industrie devenir plus active, les ressources de ces deux pays augmenteront rapidement par l'échange des produits et des relations amicales resserreront davantage les liens (|ui unissent ces nations à la généreuse et ardente terre française.

Revanche, désarmement, question sociale, grands intérêts européens et américains, tout cela trouvera sa solution dans la proclamation de la Fédération Ibérique, sous les auspices de la République. L'exemple de la Fédération Ibérique sera certainement imité dans un bref délai par d'autres nations et \)on h peu se formeront alors les fédé-

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rations des peuples qu'un lien de races, de traditions et d'idées communes unit déjà, mais que les monarchies et les empires essayent de diviser pour mieux régner.

Voilà notre avis et nous ne doutons pas que la généreuse France, la patrie de Voltaire et de Victor Hugo, répondra à notre voix. Chaque province, chaque journal, chaque centre républicain, devra envoyer un représentant au rendez-vous qui aura lieu à Paris. Cette idée demande encore un détail complémentaire: c'est d'organiser un train spécial, pavoisé avec les drapeaux français, portugais et espagnols, et les différentes délégations feront ainsi leur entrée triomphale dans la ville grandiose qui est le siège de la révolution.

Ne trouvera-t-on pas parmi nous un républicain riche qui veuille prendre l'initiative d'une telle expédition et organiser ce voyage ? Quel meilleur emploi pourrait-il faire de sa fortune et quelle renommée n'acquièrerait-il pas ? la presse du monde entier célébrerait cette patriotique idée. Cette entreprise serait le couronnement grandiose de la politique républicaine espagnole et sur le faîte de cette politique nous planterons le drapeau de

Demofilo.

Comment pensent les provinces en Portugal

Braga est le centre catholique du pays. C'est la ville où les ultramontains comptent le plus de partisans. Eh bien! C'est au journal A Lucta de cette même ville que nous empruntons quelque considérations sur la Fédération Ibérique (i).

(1) L'auteur de cet article est M. Borges Grainha, professeur au lycée de Braga et un des plus ardents et intelligents clianipions de la cause repu-

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