PORTUGAL ET ESPAGNE
« Lorsqiron examine, dans la carte géographique de FEurope, le point où se trouvent l'Espagne et le Portugal, on voit de suite que ces deux pays sont enfermés dans une péninsule complètement détachée du reste du continent par la chaîne des Pyrénées d'un côté et la mer de l'autre. Les conditions géographiques de ces deux pays sont homogènes. Les grands lleuvcs du Portugal prennent leur source en Espagne ; les montagnes du Portugal sont la continuation des montagnes de l'Espagne. Les bassins hydrographiques portugais reçoivent leurs eaux du territoire espagnol. 11 n'y a donc presque pas de limites naturelles séparant ces deux pays. On peut, suivant l'expression consacrée, avoir facilement un pied en Portugal et l'autre en Espagne. Géographiquement, ces deux pays n'ont donc aucune raison de rester divisés et séparés l'un de l'autre.
Entrons maintenant à l'intérieur de cette péninsule et examinons au point de vue ethnique et philosophique les peuples qui l'habitent.
Lorsqu'on traverse en chemin de fer les différentes provinces dont se compose l'Espagne ou encore mieux, lorsqu'on vit quelque temps parmi les habitants de ces provinces, on est frappé par un phénomène bien différent de celui que nous avons analysé géographiquement.
Si devant la carte géographique nous n'avons remarqué aucune distinction saillante entre les diverses parties de la péninsule, en séjournant quelque temps au milieu des divers groupements de population du même pf^ys, on dé-
blicaine au Portugal. Il a publié dernièrement deux ouvrages très remarquables contre le Jésuitisme, et qui lui ont attiré de grandes sympathies.
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couvre, au contraire, entre eux des dilVércnces saisissantes.
En Espagne il y a l'Andalousie, TAragon, la Catalogne, la Navarre, la Biscaye, les Asturies, la Galice et les deux Castilles. Or, les peuples de ces diverses j)rovinces ont chacun un caractère qui leur est propre.
L'Andalou est gai et ami du plaisir ; l'Aragonnais est grave, rigide, et essentiellement travailleur; Diabitant de la Navarre est rude et brutal ; celui de la Biscaye, doux et délicat, presque primitif; le Galicien est fidèle et casanier; le Castillan est rusé et vaniteux.
A ces divers traits caractéristi(|ues, il faut ajouter aussi quelques tendances morales. L'Andalou n'a guère de sympathies pour l'Aragonnais ; le Castillan n'aime pas le Portugais; l'habitant de la Biscaye et l'Aragonnais méprisent l'Andalou et l'originaire de la Galice qu'ils qualifient de portefaix. Le Castillan est mal vu par les habitants des autres provinces. La langue même de ces régions est très difîV; rente.
Si nous examinons la législation ot l'histoiie de ces diverses provinces, nous voyons cju'elles sont différentes et souvent contraires.
Ces provinces ont vécu longtemps en guerre les unes contre les autres, et, aujourd'hui encore, la Biscaye est continuellement agitée parce qu'elle demande ses privilèges, ses fiieros, et ses lois particulières qui lui furent ôtées par Alphonse XIL
En conclusion, les constitutions spéciales de ces peuples, examinées au point de vue historique et géographique, ne peuvent pas former une nation absolument unifiée.
Tout en eux désigne les éléments d'une fédération, et comme la fédération ne peut avoir pour base que la forme républicaine, c'est pour cela que l'idée d'une république
PASSK ET AVENIU 255
i])éri(|ii(> cl IV'dérale a pris de si profoiulcs lacinos dans tonte la péninsule. Disons en même temps que les hommes les plus éminents et les plus intègres de ce pays travaillent pour réaliser cette idée grandiose d'une Fédération ibérique.
Afin de rassurer les patriotes et les crainlils de toute nuance, notons aussi que la Fédération ne diminuera aucunement Y indépendance nalionalc de chaque Etat confédéré, comme cela se pratique, du reste, aux Etals- Unis d'Amérique cl en Suisse, pays qui sont régis par une république fédérale.
Cette Fédération que nous préconisons, protégera au contraire Vindépendance nationale de chaque pays, |)arce que chacun d'eux aura son parlement et sa police spéciale; de plus, par la suppression des douanes, elle resserrera les liens qui nous unissent à nos amis de l'Amérique portugaise et espagnole, qui, déjà en république, voudraient certainement s'unir à leurs frères de la péninsule ibéri({ue. Au moyen d'une alliance militaiie et commerciale, nous pourrons nous délivrer du joug odieux de l'Angleterre, qui pèse si lourdement sur la péninsule etsurnotre patrie.»
Parmi les autres journaux de province qui se sont signalés dans la campagne fédéraliste, nous citerons : O Ti'asmont((no, de Mlla Real, rédigé par un des plus anciens et un des plus honnêtes républicains portugais, M. Augusto César; O Defensor do Povo, qui lutte courageusement, à Coimbra, pour notre cause; O Nove de JulJio^ de Beja, où l'intègre médecin, M. Brito Camacho, sous le pseudonyme de Emilio, a publié des articles pleins de verve et de logique sur la fédération ; O Fiituro, de Olhâo (Algarve) où collabore notre ami Gustavo Cabrita; A Verdade, de Thomar; O Povo do Norte, de Villa Real, dirigé par l'austère républicain M. Samardà ;
O Aftisla, de Aveiro; .4. ]\Ioiitaiiha^ de Trancoso, et d'autres qu'il serait trop long à énumérer.
Les faits viennent souvent appuyer avec leur logique réalité les théories que nous avons exposées dans le cours de cet ouvrage. A l'heure où nous écrivons ces lignes, les îles des Acores réclament à tout prix leur autonomie et veulent être administrées par les habitants. Rien de plus instructif que cela, étant donné la période historique que nous traversons. Demain ce sera l'île de Madère qui réclamera aussi son autonomie. A Loanda, il y a toujours eu un parti séparatiste. Le seul moyen d'équilibrer toutes ces aspirations différentes serait une fédération où tous les intérêts trouveraient leur satisfaction. Si, au contraire, nos colonies continuent à avoir le mépris du pouvoir central comme elles l'ont eu jusqu'ici, elles se sépareront tout de même à moins que l'Angleterre ne s'empare d'elles comme les faits le font prévoir.
Pour la solution du problème colonial, la fédération s'impose comme le seul moyen d'émanciper nos colonies de l'Angleterre et de l'indifférence des pouvoirs publics.
Quelques lecteurs méticuleux trouveront peut-être que nous nous laissons aller vers les rivages enchanteurs de l'idéal. Eh bien, oui! Nous l'avons déjà déclaré à maintes reprises : il faut aux hommes comme aux nations la perspective de l'idéal. Nous ne manquons jamais d'en proclamer la nécessité.
Un de nos amis espagnols, fondant, il y a quelque temps, un journal, nous demanda quelques lignes de présentation au public. Les voici. Au lecteur de juger si la lutte pour ridéal et la Fédération ibérique peuvent marcher ensemble. Nous le croyons sincèrement.
PASSÉ ET AVEMU 257
A M. D. Emilio Prieto
« Mon cher ami,
« L'Idéal! Voilà un titre qui vaut tous les titres. L'absence d'idéal a été la principale cause de la ruine et de la décadence des peuples. La conquête de l'idéal sera dans l'avenir le plus solide moyen de reconstruction politique et de rég'énération sociale.
« Je vous félicite vivement de votre œuvre et je me congratule de votre résolution.
« Un journal républicain équivaut à une arme de guerre. Le journaliste est aussi un soldat. Le fusil et la plume blessent avec une égale intensité. La blessure morale peut aussi bien produire la mort que la blessure physique.
« C'est de soldats préparés pour la lutte que nous avons besoin. Vous êtes plus qu'un soldat ; vous êtes un chef éminent. Le terrain est prêt. Que faut-il donc? Il n'y a qu'à donner le signal du combat. Personne ne pourra le faire mieux que vous, et par votre autorité, et par votre dévouement, et par votre civisme.
« Patrie et République! Fédération ibérique! Voilà le programme commun à la démocratie espagnole et à la démocratie portugaise. Nous voulons la république pour relever la patrie au point de vue intérieur. Nous voulons la Fédération ibérique pour l'agrandir aux yeux de l'étranger.
« Patrie et République sont synonymes. La péninsule restera incomplète, tant qu'on ne proclamera pas la Fédération. Fédération est donc synonyme de droit, de progrès, de démocratie, de solidarité.
« Notre œuvre est une œuvre plus que péninsulaire, elle est européenne. L'idée d'une Fédération péninsulaire, comme solution d'une politique libérale, positive et humaine, est dans tous les esprits — espagnols et portugais — parce qu'elle signifie émancipation matérielle et émancipation morale.
« Que les rois le veuillent ou non, que les conservateurs le désirent ou non, nous y arriverons tout de même, car la fédération s'impose aux deux peuples, au nom de l'idéal et des grands intérêts de la patrie et de la démocratie.
« Je vous serre la main, ayant l'espérance et la conviction que nous ne sommes pas loin de Yidéal. Dans cette grande et su'blime œuvre d'amour, de vérité et de justice, vous pouvez et vous devez compter toujours sur moi.
« MagalhÀes Lima.
« Lisbonne, 25 mars 1893. »
C'est, du reste, cette tendance vers un but idéal qui nous a donné la force de surmonter tous les obstacles qui se sont présentés devant nous. Notre but est la Fédération ibérique ou l'entente de l'Espagne et du Portugal, première étape vers la fédération des nations européennes qui est l'avènement de l'ordre, tandis que le régime de fausse autorité sous lequel nous vivons depuis bien des siècles, ou plutôt dont nous mourons, n'est et ne peut être que le chaos; nous l'avons assez éprouvé. Le Fédéralisme est l'organisation.
L'idée fédérative n'a pas seulement des partisans ardents et convaincus dans les pays que nous venons de citer au cours de cet ouvrage, elle a aussi des racines profondes dans l'Europe orientale. Tous ceux qui ont été sous le joug de Tempire- ottoman ont essayé à plusieurs reprises de jeter les bases d'une ligue fédérative destinée à mettre un frein aux empiétements de la Russie. La Grèce, la Bulgarie, la Serbie, l'Albanie et l'Arménie ont compris, eux aussi, que seule, une entente fédérative peut conserver leur nationalité et garantir leur autonomie. Les dynasties cherchent par tous les moyens à entraver cette entente fédéraliste entre ces divers peuples; malgré cela, des publicistes, hommes d'Etat et diplomates distingués, ont coopéré à cette fédération orientale. Nous nous plaisons à signaler parliculièrement MM. Ristich, régent de Serbie; Delayannis, ministre de la Grèce; notre ami Argyriadés, avocat à Paris, qui, avec le docteur Lesbini, fonda une ligue proclamant la fédération des peuples dans la péninsule orientale.
La nécessité d'un accord sur des bases fédératives €st donc reconnue par tous les esprits distingués de l'époque moderne, tant à l'Orient qu'à l'Occident.
Nous concluons de tout ce qui précède que l'avènement
du Fédéralisme est inévitable, parce qu'il donne la seule organisation dont le type se montre en harmonie avec les conditions modernes de la vie sociale, transformée par la science et le développement de l'industrie, ou, si on veut autrement le dire, avec l'état républicain, qui se rapporte à ces conditions. Si peu comprise, si inconnue et mé- «onnue qu'elle soit encore à Theure présente; si violemment refoulée à sa première apparition, quand elle s'appelait, dans son principe, la Commune et le Cantonalisme ; enfin, si combattue qu'elle puisse être demain, quand elle reparaîtra grandie et revêtue de son armure complète; nous concluons que l'idée fédérale est infailliblement destinée à prévaloir, — parce qu'il n'y a pas une autre issue à la phase historique où nous sommes engagés ; parce qu'elle est la solution générale, la seule possible aux dillicultés résultant de l'état rempli de contradictions et d'anachronismes, où l'on s'attarde obstinément.
Alen jiicta est!
La tendance fédéraliste. — Affirmation publique de cette tendance. — Le Congrès de Badajoz. — Ruben Landa. — Luiz Montalban. — La représentation portugaise. — Vive l'Espagne! vive le Portugal! — Vive la fraternité entre les deux nations sœurs!
La grande réunion qui vient d'avoir lieu à Badajoz, le 24 juin 1893, n'a été que l'affirmation d'une tendance qui depuis longtemps se faisait sentir dans le parti républicain portugais. Poètes, hommes de lettres, journalistes, tous pensaient à la nécessité d'un rapprochement entre l'Espagne et le Portugal. On n'attendait qu'un moment propice pour le réaliser. L'heure a sonné. Le moment ne pouvait être plus opportun; on en a bien profité. La manifestation a pris les proportions d'un véritable événement dans toute la péninsule et même dans l'Europe entière. Les républicains portugais doivent se féliciter d'avoir coopéré à cette grande œuvre de paix, d'amour, de fraternité, de concorde et de solidarité. Elle restera comme la plus belle page de l'histoire du parti républicain portugais et du parti républicain espagnol.
La tendance fédéraliste existait et se signalait de temps
à autre, par des faits isolés (1). Mais aujoiircriiiii elle s'est affirmée collectivement. Voici ce qui ressort à première vue de cette solennelle et brillante manifestation de Badajoz.
Parmi ceux qui tirent œuvre de fédéralisme, nous pouvons citer, en dehors de ceux que nous avons déjà mentionnés : Gomes Leal, le poète de génie, l'auteur de V Antichrist, puissante révélation d'une originalité hors ligne et l'homme qui a le plus rudement fouetté l'Angleterre avec son pamphlet en vers : la Trahison; Reis Damaso, vaillant propagandiste, d'une rare persévérance et qui ne perd jamais une occasion de rapprocher les deux pays de la péninsule, soit par ses magnifiques lettres sur la situation portugaise, soit par de charmantes biographies sur les hommes les plus remarquables du Portugal, soit encore par des articles de critique bienveillante et intelligente; Silva Graça, un grand et solide talent, servi par un caractère inflexible et honnête, et qui, depuis longtemps, est partisan d'une fédération entre les deux pays, comme le sont aussi l'honorable professeur Santos Viegas, de l'Institut agronomique ; le D"" Gupertino Ribeiro, médecin des plus estimés et conseiller municipal ; Eduardo Maia, Anselmo de Souza, Augusto Machado Faria e Maia ; Antunes Pinto ; le D'^ Julio de Mattos, savant aliéniste; Andrade Neves, rédacteur politique au Seculo; Xavier de Carvalho, le correspondant, à Paris, du Paiz^ de Rio de Janeiro, et du Seculo^ de Lisbonne, poète et publiciste très distingué, qui a beaucoup coopéré pour cette idée, pendant son séjour à Madrid, en 1890; Anselmo Xavier; Mello Freitas, un républicain plein d'avenir; le
(1) En 1880, lorsque nous nous présentâmes, pour la première fois, aux suiïrages des électeurs, il existait déjà deux centres fédéralistes à Lisbonne, dont l'initiateur était M. Garrillio Videira, qui habite aujourd'hui le Brésil.
D"" Lopes Monteiro ; les deux avocats Martins de Carvalho et José Benevides, honneur de la démocratie portugaise, et tant d'autres connus par leurs talents et par leurs vertus.
Nous avons dit que la tendance fédéraliste existait dans l'esprit des hommes les plus illustres de la démocratie portugaise, mais ce qu'il fallait, c'était un acte public par lequel cet esprit de fraternité et de solidarité se développât. La réunion, — disons plutôt le Congrès de Badajoz, — a été l'affirmation de cette tendance et de cet esprit.
La délégation portugaise au Congrès de Badajoz était composée de trois députés : MM. Eduardo de Abreu, Jacintho Nunes et Teixeira de Queiroz; un conseiller municipal; M. Teixeira Bastos; les représentants des journaux républicains : MM. Cecilio de Sousa, directeur de A Folha do Povo; Gomes da Silva, directeur de 0 Dia; Feio Terenas, directeur de A Batalha ; Alves Correia, directeur de A Vaiiguarda; Magalhaes Lima, directeur de 0 Seculo; Cunha e Costa, directeur de A Voz Publica^ de Porto; Martins Lima, directeur de A Ideia Nova, de Barcellos ; Azevedo Ramos, directeur de A Lucta, de Madeira ; et trois professeurs de l'Université de Coïmbra : MM. Manoel Emygdio Garcia, José Bruno de Cabedo e Lancastre, Joaquim Martins de Carvalho; deux médecins très distingués : MM. Horacio Ferrari etRamiro Guedes ; le vieux républicain Albano Continho, de Bairrada; des financiers^ commerçants, industriels, tels que MM. Joào Jacintho Fernandes, Bessa de Carvalho, Manoel Vianna, Cardoso de Oliveira, le D"^ Gama, Oliveira e Silva, Salgado Len-
cart, le D' Brak Lamy, qui jouit d'une grande influence dans la province de Algarve, Ignacio Garcia, Tocha, etc.
Du côté des Espagnols, il y avait D. Nicolas Salmeron et son fils D. Pablo Salmeron; D. Manoel Pedregal, ancien ministre des finances de la République ; D. Rafaël Cervera, qui était le président du Congrès, lors de l'attentat de Pavia; D. Rafaël Altamira, directeur de la Justicia et représentant du Comité provincial d'Alicante; D. Manoel Herbella, représentant du Comité provincial de Orense; D. Juan Salas Anton, représentant du Comité provincial de Barcelone ; D. José Verdes Monténégro, directeur de La Republica de Bilbao, et représentant des provinces basques; D. Luis Calderon, directeur du journal périodique La Union Republicana^ représentant de la province de Ségovie ; les trois représentants delà province de Almeria : MM. D. Manuel Orland, D. Gabriel Gonzalès Cerezuela et D. José Rodriguez Colvacho; D. Francisco Antonio Garrote, ex-député provincial; D. José Chacon y Calderon, ex-député; D. Ventura Arroyo, président du comité de Almendralejo; D. Isidro Parra, D. Martin Marroquin y Tovar, D. José Marroquin y Tovar, Gonzalo Casas et D. Valentin Macias, de Villalva, membres du comité; D. Antonio Valdés Ulloa, D. Enrique Pedrero^ D. Antonio Castano, D. Justo Diaz, D. Enrique Muelas, D. Antonio Murioz et D. Cipriano Manchado, délégué représentant du comité de Villanueva de la Serena; D. Florencio Alguacil Carrasco et D. Benito; D. Adolfo Moriche, D. Leonardo Lima et D. Bartolomé Aguilares, représentant du comité républicain de Burguillos; D. Faustino Fernandez Tamayo, délégué des républicains de Merida; D. Antonio Guzman, délégué des républicains de Campanario; D. Alonso Barragân Reinoso, délégué des républicains de Montijo; D. Juan
Manuel Sainz, D. José Macarro, D. Francisco Campos, D. Artiiro Martinez et D. Magin Rodriguez, représentants des républicains de Zafra; Antonio Ocete Rodriguez, professeur à l'Université de Grenade, Antonio Navarrete et Pedro Molins, de Yigo.
A la gare, il y a eu une réception enthousiaste et chaleureuse. Les représentants les plus autorisés des partis républicains, espagnols et portugais, ont été acclamés et accueillis avec des ovations prolongées.
Le 24 juin au soir, a eu lieu un meeting au théâtre de Ayala; le 25, un banquet au Casino.
Le comité d'organisation a reçu plus de quatre cents télégrammes de l'Espagne et du Portugal, et ceux des républicains portugais, qui n'ont pu assister, ont envoyé leur adhésion. Parmi celles-ci nous signalerons celles de MM. Theophilo Braga, Manoel d'Arriaga, Rodrigues de Freitas, Philomeno da Camara, Azevedo e Albuquerque, le grand poète Guerra Junqueiro, Joào Chagas, le vaillant journaliste José Caldas, auteur d'un remarquable article, publié par la Voz Publica au sujet du congrès de Badajoz; l'abbé de S. Nicolaù, M. Paes Pinto, etc.
Les deux lettres envoyées par ^L Theophilo Braga et Manoel d'Arriaga, ancien député et conseiller municipal, interprètent très bien notre pensée et nos sentiments.
Voilà pourquoi nous résumons ici ces deux importants documents.
Lettre de M. Theophilo Braga
« Messieurs et chers compatriotes,
« Etant dans l'impossibilité d'assister personnellement au banquet où, pour la première fois, se rencontrent, unis dans une fraternelle communion d'idées, les républicains d'Espagne et de Portugal, je suis néanmoins de cœur et d'esprit avec vous, car je reconnais l'opportu-
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nité de cette initiative, qui a pour but de proclamer le principe d'une solidarité, d'une doctrine et d'une action commune qui doit guider ces deux nations.
< L'histoire nous apprend que l'entente entre nos deux pays est indispensable, car, si on proclame la république en Espagne seulement, le Portugal devient un foyer de conspiration réactionnaire, qui entretient l'idée d'une restauration absurde; d'autre part, si la république est proclamée en Portugal seulement, malgré tout l'héroïsme qu'on apporterait à l'accomplissement de cet acte civique, le nouveau régime tomberait en peu de temps, grâce à une intervention armée que la monarchie voisine ne manquerait pas d'apporter.
« Incontestablement, il y a entre nos deux pays un lien de sympathie qui se resserre chaque jour davantage, mais ce lien est exploité et détourné de son vrai but par les partisans de Y Union ibérique. Seul, le pouvoir personnel d'une dynastie, représentée par la monarchie, a intérêt à cette Union. Nous en avons un exemple éloquent dans la nation italienne qui, après un siècle d'aspirations, de luttes et d'efforts iiitelligents pour se donner un régime libéral et progressiste, voit ses efforts ne servir qu'à l'intérêt exclusif de la dynastie de Savoie.
« Le régime républicain étant le pays se gouvernant par lui-même, ne peut, sans vicier son essence, attaquer le principe des autonomiesnationales. Grâce à la République, l'Espagne sera délivrée de cet unitarisme politique qui l'étouffé; une sève nouvelle circulera parmi les différentes parties qui composent ce pays; ses énergies héroïques, ses capacités artistiques et scientifiques trouveront un nouvel essor. I)e même le Portugal, atrophié par soixante années d'un libéralisme bâtard, retrempera dans le régime républicain ses hommes nouveaux, qui auront conscience de remplir une mission sociale.
« Les deux pays confédérés formeront une puissance européenne, véritable point d'appui de la confédération latine ou occidentale.
« La Fédération ibérique, ayant pour but une action commune, aura une grande inlluence internationale au triple point de vue : scientifique, économique et juridique.
« Ce sont ces différentes aspirations qui m'ont engagé à vous envoyer cet écrit. Elles seraient les bases d'un toast que je prononcerais au banquet, s'il m'était permis d'être parmi vous. Acceptez néanmoins ce cri du cœur qui est : Vive la fraternité entre les deux nations ! Vive l'Espagne! Vive le Portugal !
« TiiEOPHiLo Braga. >
Lettre de M. Manuel d'Arriaga
« Messieurs,
« Des circonstances impérieuses m'empêchent, à mon grand regret, (l'assister à la réunion fraternelle des républicains espagnols et portugais, réunion à laquelle vous avez eu l'obligeance de me convier.
« Je crois que la vraie démocratie des deux pays peut réaliser, au nom de la solidarité humaine et de la fraternité des peuples, ce que les religions ont essayé sans y parvenir.
« La péninsule ibérique a à remplir une mission de paix, de justice et de solidarité. Il est nécessaire que la République naissante puisse s'établir sur les bases indestructibles de la Fédération et je crois que la démocratie de la nation portugaise doit rencontrer dans la démocratie de la nation espagnole, sa sœur, une sincère adhésion, une garantie solide et indispensable à son indépendance, qui la mettra à jamais à l'abri de ses ennemis : le trône et l'autel.
« Les deux nations voisines, divisées par l'intérêt dynastique, doivent être unies et solidaires dans le même idéal de justice.
« Permettez-moi de formuler des vœux sincères pour les futurs Etats-Unis de l'Ibérie et pour le prochain triomphe de notre idéal politique.
« Acceptez l'hommage de ma sincère considération et de mon estime,
« Manuel d'Arriaga
« Ancien député de la nation portugaise. »
La Réunion
La réunion au théâtre de Avala a pris le caractère d'un vrai congres. Les conséquences et les conclusions qu'on peut en tirer, seront appréciées dans un avenir plus ou moins éloigné.
Dès aujourd'hui on peut le proclamer sans crainte : jamais le parti républicain n'a réalisé un acte d'une telle solennité et d'une telle élévation. Cette nuit restera dans les fastes de la démocratie péninsulaire comme une nuit historique.
Ruben Landa, l'initiateur de cette glorieuse manifes-
tation, a présidé la réunion. C'est un vieux républicain, très sympathique, rempli de talent; caractère remarquable. Landa fut le chef civil (1) du mouvement de Badajoz, en 1883. Il dut émigrer pendant trois ans et fut emprisonné à Lisbonne, à bord du cuirassé Vasco da Gama, pendant quarante jours. C'est un de nos bons amis. Il est d'une rare loyauté. En 1884, nous avions tous les deux tenté un rapprochement entre les deux pays, mais cette tentative n'eut pas de résultat (2). Pendant ses trois années d'exil, Ruben Landa devint à Paris l'avocat de la colonie espagnole. Aujourd'hui, il habite Badajoz.
Il a salué les Portugais au nom de l'Espagne, et au nom de la fraternité humaine, en alïirmant l'indépendance des deux pays que personne ne pourra détruire, et qu'on doit au contraire rapprocher par les liens d'une amitié sincère et loyale.
Ont pris ensuite la parole, au nom du parti républicain espagnol : MM. D. Nicolas Salmeron, Pedregal, Salas Anton, Luiz Calderon, Verdes Monténégro, Rafaël Altamira, et au nom du parti républicain portugais, MM. Eduardo de Abreu, Magalhàes Lima, Gomes da Silva, Cunha e Costa, Emygdio Garcia et Teixeira de Queiroz.
Nous ne parlerons pas du discours de M. Salmeron, cela serait oisif. Il est plus qu'une personnalité espagnole; il est une personnalité européenne.
Nous dirons que Pedregal a été admirable; on ne pourra jamais le surpasser. Salas Anton, nous le connaissons déjà, comme le grand propagandiste catalan. Rafaël Altamira, Luiz Calderon et Yerdes Monténégro, sont trois
(1) Le clief militaire fut le colonel D. Serafin Ascenso Vega.
(2) En 1S83, réniinent républicain M. Llaiio y Persi avait envoyé auprès de nous son secrétaire, pour jeter les bases d'une entente littéraire entre les deux pays.
journalistes absolument dévoués à la cause républicaine. Ils ont les traits sympathiques et généreux qui caractérisent les grands apôtres. Les paroles prononcées par eux étaient empreintes d'une conviction et d'une honnêteté sincère.
Parlons des Portugais.
Eduardo de Abreu ! Voilà un nom qui vaut bien un parti. Il est difficile de rencontrer un homme qui réunisse plus de qualités : talent, énergie, dévouement. C'est lui qui a le plus travaillé pour que cette manifestation fut à la hauteur de la mission qu'elle devait accomplir. Il a réussi et nous le remercions ici de son concours, de son courage et de son activité.
Mais, nous ne pouvons résister au plaisir de traduire un fragment de son brillant discours où, avec une éloquence entraînante, M. de Abreu prophétise le rôle futur de la Fédération ibérique, dans le concert des puissances européennes.
« L'acte de Badajoz, pour la réalisation duquel des siècles ont dû s'écouler, est bâti sur le roc; il faudra aussi que des siècles passent avant qu'il soit détruit. La pensée qui a eu l'initiative de cette entente et la plume qui doit la décrire et la glorifier ne seront certes pas la plume et la pensée de M. Emilio Gastelar, le plus grand littérateur ainsi que le plus grand historien de l'ancien et du nouveau monde.
« La République et la Révolution ont pu faire une union fraternelle qui doit rapprocher deux nations divisées depuis longtemps par l'égoïsme et les intérêts des monarchies!
« Aujourd'hui, nous déclarons à l'Europe (bien haut pour qu'elle nous entende) que nos deux peuples indépendants
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entendent marcher unis et d'accord, pour continuer leur mission civilisatrice au nord de l'Afrique, on passant par Gibraltar !
« Aujourd'hui, nous déclarons publiquement au monde entier que, entre la Russie au nord et la vieille Lusitanie au sud, l'Europe centrale ne pourra plus désormais décréter ni la paix ni la guerre, sans que les confédérés de l'Ibérie émettent leur opinion en faisant pencher la balance des destinées du monde du côté de la liberté et de la justice ! »
Emygdio Garcia est professeur de droit à l'Université de Coïmbre. Ancien républicain, il s'est fait remarquer par ses idées généreuses et humanitaires, par ses articles brillants et par ses savantes conférences. Il a fait imprimer les bases d'un projet de fédération péninsulaire. C'est une opinion individuelle, mais qu'il est bon d'apprécier et de faire connaître.
Nous en résumons les points les plus saillants parceque ces sortes de documents ne peuvent se baser que sur des données hypothétiques. Néanmoins le lecteur trouvera comme nous, dans les lignes qui suivent, le germe de l'idée pour laquelle no-us luttons depuis de nombreuses années.
M. Emygdio Garcia établit d'abord que le but principal de son projet est la liberté et l'indépendance assurée aux deux nations par l'intégrité du territoire et la constitution organique. Il énumère ensuite une série de libertés réciproques : comme liberté de transit, de commerce, de navigation, etc., et l'établissement de diverses associations : scientifiques, littéraires, agricoles, industrielles, artistiques et commerciales.
Quelques points de détail nous séparent pourtant : c'est sur la question religieuse et l'armée permanente.
Mais nous nous plaisons à reconnaître que dans l'étude de M. Eni} gdio Garcia sont tracées les grandes lignes du sublime idéal humanitaire, basé sur l'ordre et le progrès.
M. Teixeira de Queiroz, ancien conseiller municipal, actuellement député républicain aux Chambres portugaises, est un homme de lettres très apprécié dans la péninsule. Par son talent et par son caractère, il jouit d'une grande et juste renommée parmi nos compatriotes. C'est lui qui, à la Chambre des députés, lors de la discussion du traité entre le Portugal et l'Espagne, a tracé les grandes lignes qui devraient servir de guide dans l'établissement des relations entre les deux pays :
« Je désirerais, a-t-il dit, que le traité en discussion soit basé sur la liberté au point de vue commercial, qu'il n'y ait pas de restrictions, car cette liberté donnerait nonseulement de grands résultats au point de vue économique, mais encore elle rapprocherait davantage les peuples des deux pays, afin qu'ils puissent se connaître et s'estimer réciproquement; le commerce fut toujours considéré comme un des plus puissants éléments de civilisation des peuples.
« L'échange des produits attire l'échange des relations, et les relations qui doivent exister entre deux peuples comme ceux de l'Espagne et du Portugal doivent être les plus cordiales possibles : de cet accord résulteront des bienfaits utiles à tous. »
Ces paroles expriment d'une manière claire et précise, les sentiments de la démocratie portugaise.
MM. Gomes da Silva et Cunha e Costa sont deux journalistes de race : le premier, aftable, doux, correct et brillant; le second, ardent, impétueux, mais aussi brillant que le premier. Ils ne sont pas seulement des journa-
listes, mais aussi de grands orateurs. Voilà pourquoi on les aime et on les applaudit.
Les idées échangées entre Espagnols et Portugais pendant cette réunion, pourraient fournir matière à tout un volume qui intéresserait certainement tous ceux qui aspirent au progrès et à la fraternité des peuples. Nous n'osons pas résumer tous ces discours, car, pour bien en saisir la portée, il eût fallu les entendre dans la langue où ils furent prononcés, au milieu des applaudissements enthousiastes de l'assistance soulignant les passages les plus saillants. Cette soirée mémorable qui restera à jamais gravée dans notre mémoire, affirme une fois de plus que la Fédération entre les deux peuples s'impose et sera bientôt un fait accompli.
Le Banquet
Louis de Montalban, notre cher confrère, directeur de la Région Extremeha^ était l'amphytrion, les invitations pour le banquet étant adressées en son nom. C'est un républicain d'une rare vivacité, actif, intelligent, aimable, courtois. La présidence a été conférée à D. Nicolas Salmeron et à Magalhaes Lima. Ce choix a causé dans l'assemblée un enthousiasme indescriptible !
Au nom des Espagnols prennent la parole Ruben Landa, qui propose l'envoi de télégrammes de salutations à D. Francisco Pi y Margall, à D. Manoel Ruiz Zorilla, Rodrigues de Freitas, Theophilo Braga, vicomte de Ouguella, Manoel d'Arriaga, Guerra Junqueiro et Alves da Yeiga, puis Demofilo (Fernando Lozano) qui a prononcé un discours enthousiaste et brillant, très acclamé par l'assemblée; D. Rafaël Gervera, le vieux et glorieux combattant; Francisco Garrote ; Pedro Molins, neveu de
l'ancien ministre des travaux publics de la République; M. Eduardo Chao; Greu; Manoel Ilerbella; Antonio Ocete Rodriguez; Melchior Muùos; Antonio Ocete; Gabriel Cerezuela, etc.
Au nom des Portugais, ont pris la parole : MM. Jacintho Nunes, Alves Correia, Cecilio de Sousa, Feio Terenas, Horacio Ferrari, Azevedo Ramos, Magalhàes Bastos et Albano Coutinho (outre MM. Cunha e Costa et Emygdio Garcia, qui avaient déjà parlé au théâtre).
M. Jacintho Nunes est Tardent champion du municipalisme au Portugal. Il a été plusieurs années président du Conseil municipal de Grandola et aujourd'hui il est député de Lisbonne. Personne ne le surpasse en dévouement et en conviction.
M. Alves Correia, le directeur de A Vangiiarda, est un homme plein de talent et d'audace. Son journal, un de ceux qui attaquent le plus rudement et le plus sùrem.ent la monarchie portugaise, est lu avec intérêt dans la péninsule.
■ M. Cecilio de Souza, rédacteur en chef de A Folha do Povo, est un vieux combattant qui s'est signalé par ses remarquables articles contre l'anglais usurpateur. Il est de ceux qui préfèrent être fédérés avec TEspagne plutôt qu'être esclaves de l'Angleterre.
Feio Terenas est directeur de A Batalha. Son journal a été persécuté et supprimé plusieurs fois. Néanmoins, il conserve toujours la même foi et la même ardeur.
Horacio Ferrari, médecin illustre, est un républicain doublé d'un grand caractère et d'un talent pratique. Etant étudiant à l'école de Médecine de Lisbonne, il alla en Espagne pour combattre dans l'armée républicaine, contre le carlisme. Il a été chaleureusement applaudi par l'assemblée.
Azevcdo Ramos. directeur de A Lucta^ de Funchal, est secrétaire du comité républicain de Madeira. Intelligent, dévoué, il a rendu des services extraordinaires à la cause républicaine. Notre parti est très fort dans l'ile de Madeira et a déjà envoyé un député au Parlement portugais.
Albano Goutinho est un vieux et loyal républicain. Il représentait la province portugaise avec d'autres amis, comme lui très sympathiques au parti, parmi lesquels nous signalerons ^IM. Ramiro Guedes, Martins Lima, Canha, etc. Albano Goutinho est le premier viticulteur de Bairrada.
Avec cette belle phalange, on peut aisément se figurer les beaux discours qui ont été prononcés au banquet et qui tous ont exprimé, en termes éloquents, cette idée de solidarité qui sera dans l'avenir la base de la reconstitution des deux peuples de la péninsule.
Voici comment notre ami Te-ixeira Bastos qui était présent, lui qui est très connu et très estimé en Espagne, apprécie cette grande manifestation dans un article publié parle Seculo :
« La réunion de Badajozest le retour à la source historique définie par Gamoëns dans son immortel poème qui représente l'Espagne à la tête de l'Europe et le Portugal comme le faîte de cet édifice, consolidé par Garrett, le grand patriote, qui n'a pas craint de proclamer la supériorité de l'union péninsulaire.
« Notre sympathique ami Ruben Landa, aidé par deux autres ardents républicains, a lancé les invitations de cette mémorable réunion. Mais l'initiative, selon la déclaration
catégorique laite dans la soirée du 24 juin, par ^I. Salnieron, cette initiative, disons-nous, revient à nos compatriotes et amis, MM. Magalhaes Lima et Eduardo de Abreu. Cette réalisation d'un pacte solennel de franche amitié entre l'Espagne et le Portugal, fut une idée géniale. Un courant de haine, ravivé soigneusement par l'Angleterre, séparait, dans le passé, nos deux pays. Cette haine a cessé grâce au premier pas fait par les deux démocraties portugaise et espagnole. Désormais, il y aura une politique de régénération et de vie nouvelle, basée sur les intérêts réciproques des deux pays et les intérêts généraux de la péninsule ibérique.
« Sans entrer dans des détails sur l'explication des conséquences qui pourront en résulter dans un temps plus ou moins rapproché, nous pouvons d'ores et déjà indiquer quels seront les bienfaits immédiats que les deux pays pourront retirer de l'importante réunion de Badajoz.
« Pour l'Espagne, ce congrès démocratique, hispano-lusitanien, contribuera beaucoup à consolider l'union républicaine qui a déjà donné de beaux résultats lors des dernières élections. Devant l'intérêt général et un idéal supérieur, toutes les divergences déforme ou de doctrine deviennent secondaires. Les chefs politiques qui représentent un parti assumeraient une grande responsabilité devant l'histoire, s'ils se rétractaient ou s'ils entravaient le progrès de la démocrs^ tie espagnole qui travaille à la proclamation de la République.
« L'union républicaine espagnole a du certainement peser toutes les conséquences de cette adhésion au congrès de Badajoz ; par là elle a accompli un acte de libre arbitre plus que national : cet acte est un vrai compromis d'ordre supérieur, véritablement international. Le pacte
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d'amitié et d'alliance qu'elle a contracté envers le parti républicain portugais, elle saura le maintenir.
« Le congrès de Badajoz a une importance non moins grande pour le Portugal. En premier lieu, ce fait prouve jusqu'à l'évidence que l'union républicaine portugaise existe réellement, et que ce parti met au-dessus des mesquines rivalités l'intérêt général de la nation. Le congrès de Badajoz a démontré encore que le parti républicain portugais est un parti incontestablement important, tant parle nombre que par la valeur intellectuelle et morale de ses adhérents, qu'il connaît très bien quels sont les intérêts supérieurs du pays et l'idéal grandiose vers lequel tend sa ligne de conduite.
« Cet événement qui doit inspirer confiance aux sceptiques et aux incrédules ralliera certainement beaucoup de personnes hésitantes ou indifférentes. Avec la fermeté et l'énergie dépensée souvent en des luttes stériles ou préjudiciables, le parti républicain portugais attirera bientôt vers lui toutes les personnes intelligentes et dévouées à la cause du Portugal.
« Le congrès de Badajoz aura encore l'avantage d'avoir démontré la discipline et la droiture des partis républicains du Portugal et de l'Espagne. »
Aléa jacta est!
Hier Badajoz; demain Salamanque où nous avons des amis dévoués à notre cause, comme M. Enrique Soms y Gastellin, professeur à l'Université, un polyglotte et un vaillant républicain; après-demain Saragosse où Luiz Montestruc et Marceliano Ysabala, un éminent juriscon-
suite, tous amis dévoués du Portugal et de la Fédération, ne manqueront pas à leur devoir; après viendront Bilbao, Barcelone, Vigo, La Corogne, Lisbonne, Porto, Goïmbra, et... peut-être, Paris.