‹ La federation iberiqueChapitre 18 sur 19 · BIOGRAPHIE · texte numérisé non relu

BIOGRAPHIE

Nous croyons utile à la propagande républicaine et socialiste de faire connaître les grandes lignes de la vie du publiciste portugais dont on vient de lire l'opinion sur la Fédération ibérique. Les hommes doués d'un caractère intègre et d'une âme trempée sont rares dans tous les pays. Aussi pensons nous qu'il est bon, lorsqu'on rencontre une de ces figures merveilleusement douées, d'en dessiner les traits les plus brillants afin qu'elles puissent servir de modèle aux générations futures.

Magalhâes Lima (S. de), naquit à Rio de Janeiro, le 30 mai 1850. Son père étant portugais, vint à Lisbonne, emmenant avec lui son fils, alors âgé de six ans. Dès son enfance, l'esprit de Magalhâes Lima était porté à l'étude des langues modernes et à la recherche de la vérité. Lorsqu'il passa son premier examen dans le collège de M. H. Rœder, de Lisbonne, le jeune Lima parlait déjà couramment trois langues : le français, l'anglais et l'allemand. L'auteur de la Messiade, Klopstock, était un des poètes favoris du jeune Lima et il en a traduisit en portugais quelques poésies.

A l'âge de dix-neuf ans, il entra à l'Université de Coïmbra pour y faire son droit, mais le journalisme l'attirait et il publia des articles littéraires dans les journaux du temps. Le livre connu sous le nom de Miniaturas Romanticas date de ses premiers essais.

C'est de 1872 que date aussi son entrée en scène dans le monde politique et littéraire. A cette époque, Lima publia une étude économique et sociale, YActualidade, qui contient une profession de foi précise et inspirée, du caractère du socialisme scientifique. La guerre

franco-allemande, la Commune et autres événements qui bouleversèrent l'Europe, ont beaucoup inspiré l'ardent journaliste portugais. Mais le socialiste s'aperçoit vite qu'un des premiers obstacles à l'émancipation humaine est la religion qui enveloppe l'homme dans un réseau de dogmes absurdes. Aussi Lima n'hésite pas à frapper à la tête et publie une brochure où il proclame la nécessité de la librepensée. 0 Papa perante o seculo (le Pape devant le siècle) est une alfirmation énergique et fière de la libre-pensée.

Avec une logique serrée et entraînante, le brillant polémiste portugais continue à frapper à coups redoublés l'hypocrisie et l'autoritarisme. Sa brochure Padres e Reis (prêtres et rois) est lue avec enthousiasme par la jeunesse des écoles portugaises et l'auteur reçoit de vives marques de sympathie et des félicitations de tous les esprits indépendants de son pays.

Les écrits de Magalhàes Lima commencent à porter des fruits. Ses aspirations républicaines lui attirent des prosélytes et dans tous les centres les plus importants du Portugal se forment des noyaux d'ardents disciples de la foi républicaine. C'est de cette époque (1873), que le parti républicain prit corps dans ce pays et que fut fondé à Coïmbra la Republica portugueza, dont un des rédacteurs les plus remarqués du public fut Magalhàes Lima.

Afin de faire connaître à ses compatriotes les idées fédéralistes qui circulent dans le monde entier parmi les esprits éclairés, Lima traduisit en portugais l'excellente brochure de Charles Lemonnier: Les Etats-Unis de l'Europe. L'écrit de l'apôtre de la Ligue internationale de la paix et de la liberté fut lu avidement en Portugal par toutes les classes de la société.

Tout en fréquentant les cours de l'Université de Coïmbra, Lima collabora pendant cinq années à tous les journaux politiques de cette époque, soutenant de vigoureuses polémiques contre les réactionnaires et les conservateurs portugais, tout en consacrant une partie de son temps à des études littéraires. Costumes Madrilenos et Madame la Vicomtesse qu'il publia vers cette époque est une fine étude de mœurs, pleine de brio et d'esprit.

En 1875, Lima ayant obtenu son diplôme d'avocat, vint se fixer à Lisbonne. Là, on lui offrit la direction d'un grand journal politique, 0 Cotnmercio de Portugal, et il accepte cette lourde tâche afin da pouvoir soutenir dans la presse quotidienne ses aspirations républicaines et socialistes.

MAGALHAES LIMA

Nous avons énuméré jusqu'ici les diiïérentes étapes de Magaliiâes Lima, comme étudiant, littérateur et journaliste ; passons maintenant à l'époque où il se révéla comme orateur :

Il se présenta pour la première fois dans un grand meeting au Çohjscu dos Recreios. Sa parole élégante et facile lui attira de suite les sympathies du public qui l'acclama avec enthousiasme. Le tribun de la démocratie portugaise devint l'homme du jour et ses adversaires même durent reconnaître ses succès oratoires.

Ses talents et ses succès littéraires le désignèrent comme membre de la Commission executive du troisième centenaire de Luiz de Camoëns, l'immortel auteur des Lusiades, l'épopée merveilleuse qui décrit les gloires maritimes et coloniales du Portugal. Grâce au tact des organisateurs, cette fête littéraire du 10 juin 1880 fut un véritable événement pour le Portugal.

A cette époque, ses amis du parti républicain portugais engagèrent Lima à présenter sa candidature au Parlement. Ce fut une splendide campagne de propagande républicaine qui aurait brisé une nature moins trempée que celle de notre vaillant publiciste.

Des meetings, des proclamations, des manifestes, des conférences contradictoires à la ville et dans les environs. La coalition des monarchistes et des conservateurs de toutes nuances fit échouer la candidature libre et indépendante de Magalhâes Lima, qui ne se découragea pas de cet échec.

En 1880, il quitta 0 Commercio de Portugal, parce que, dans ce journal, il ne pouvait défendre hardiment ses convictions républicaines. Il fonda (1881) le journal 0 Seaclo, qui de suite sut conquérir la première place parmi la presse portugaise. Ses polémiques ardentes, ses coups de boutoir qui savent frapper l'adversaire sans tomber dans la trivialité, attirèrent au journal une foule de lecteurs variée et sympathique.

On discutait alors le traité de Lourenço Marques, traité qui lésait les conditions économiques du Portugal. La politique suivie par l'astucieuse et tortueuse Angleterre consistait à circonvenir les hommes politiques au pouvoir, afin de faire accepter ses conditions léonines^ Mais notre publiciste vit de suite le piège et se mit hardiment à la tête du mouvement pour déjouer les visées du gouvernement soi-disant progressiste. Il fit à cette occasion une tournée de conférences politiques et économiques, dévoilant partout, avec des documents et des preuves à l'appui, le but que se proposait l'Angleterre. La parole convaincue du tribun portugais eut un écho spontané dans l'opinion publique et provoqua la chute du ministère qui avait pris le masque de progressiste.

Ce triomphe de la démocratie fut l'œuvre de Lima, secondé par ses amis et collaborateurs de la presse démocratique .

Depuis la fondation de 0 Seculo, Magalhâes Lima n'a jamais cessé de travailler au triomphe de ses aspirations républicaines. Grâce au concours de l'élite intellectuelle du Portugal et de l'étranger, ce journal est aujourd'hui le plus répandu et le plus lu dans le pays. Ses correspondances parisiennes, pleines de verve et toujours impartialement rédigées, sont lues avec un vif intérêt par tous ceux qui connaissent la langue harmonieuse de Camoëns.

Ses multiples occupations ne l'empêchèrent pas de consacrer une partie de son temps à l'étude des questions qui se discutaient au Conseil municipal de Lisbonne, où il resta pendant quatre ans sur la brèche comme conseiller. Les différents candidats monarchiques et conservateurs virent souvent se dresser contre leurs intrigues l'intè gre figure de l'ardent républicain qui dévoilait leurs basses manœuvres.

La popularité croissante de Lima porta ombrage au gouvernement, qui trouva des juges complaisants pour le condamner à la prison, grâce à des articles de son journal. L'oisiveté forcée de la prison lui inspira deux excellentes brochures de propagande : A Révolta.

Dernièrement, lors de ruUimatum anglais, il fut élu membre de la grande commission de la Souscription nationale.

C'est à cette époque, en 1890, qu'il parcourut l'Europe, afin de faire connaître à la grande famille républicaine la situation du Portugal. Partout il rencontra de sincères manifestations d'estime et de sympathie.

Le 9 septembre de la même année, il fit une brillante conféren ce à Paris, au salon du café Riche. Presque tous les reporters et correspondants de journaux étrangers y, étaient représentés. Nous donnons plus loin l'opinion de la presse parisienne sur cette réunion internationale.

Ce voyage deMagalhàes Lima eut aussi un autre avantage. L'éminent écrivain portugais réunit ses notes, ses souvenirs, ses impressions, dans un gracieux volume rempli d'aperçus originaux et intéressants. Ce livre porte le titre caractéristique de : Pour la Patrie et pour la République: c'est un voyage à travers les principales villes d'Europe : à Madrid, à Londres, à Paris, en Ecosse, en Belgique, en Hollande, Lima a noté les interviews qu'il a eus avec les hommes politiques de ces pays.

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Il serait trop long de donner la liste des hommes politiques de l'opinion desquels Lima fait la synthèse. A ce kaléidoscope ne manquent même pas les figures féminines : Louise Michel! Séverine 1

Mais c'est surtout à Paris que Magalhàes Lima s'arrête et interroge avec un tact exquis les hommes les plus en vue du mouvement républicain et socialiste. De ces conversations faites souvent à bâtons rompus sur le boulevard ou dans une maison amie, Lima fait jaillir toujours l'idée qui le domine : la République en Portugal et sait s'attirer les sympathies de tous ceux qui l'approchent.

Pour la Patrie et pour la République a aussi pour but de faire connaître les hommes et le courant d'opinions qui se manifestent dans la péninsule ibérique. La politique démocratique du Portugal doit aujourd'hui intéresser tout le monde, car si la République y était proclamée, la situation générale de l'Europe changerait totalement.

En publiant ce livre, M. Lima a rendu un véritable service à la cause républicaine.

Mais il y a un peuple surtout qui a un grand intéi'êt à suivre le développement de l'idéal républicain du Portugal : c'est le peuple espagnol. Grâce à la pi'opagande de M. Lima, le puplic espagnol s'est intéressé aux questions portugaises. Dernièrement, un journal de Madrid, Las Dominicales faisait cette curieuse remarque « que les républicains portugais attiraient à eux c l'Espagne et les autres peuples de l'Europe, surtout les latins. »

Les manifestations socialistes qui se déroulent dans les divers pays, ont suggéré à M. Lima l'idée de condenser dans un volume. Le Socialisme en Europe, ces courants et le but vers lequel ils tendent. Plusieurs journaux et revues françaises ont consacré à cet ouvrage du journaliste portugais des articles remarquables. Voici, entre autres, ce que publiait la Question sociale de notre ami P. Argyriadès, à propos de ce livre :

« Le socialisme n'a pas de frontière ! Telle est l'idée qui émerge de la lecture d'un intéressant volume : 0 Socialismo na Europa, par le citoyen Magalhàes Lima.

« Le vaillant journaliste qui dirige depuis longtemps 0 Seculo, de Lisbonne, est une de ces personnalités qui ont su se débarrasser des erreurs et des théories égoïstes de la bourgeoisie parmi laquelle ils sont nés, pour étudier les vérités économiques proclamées par le socialisme scientifique.

« Républicain ardent et convaincu, Magalhàes Lima occupera cer-

tainenient la place la plus importante dans le gouvernement de son pays, le jour où la population portugaise, donnant la main à celle du Brésil, se débarrassera de la maison de Bragance.

« Le citoyen Malon a écrit pour ce livre une brillante préface où il examine les trois questions suivantes :

« 1" Quelle est la note dominante du socialisme en Europe ;

« 2° Quelle est et quelle doit être la tactique socialiste dans les différents pays ;

« 3" Quelle doit être aussi l'attitude des républicains devant le socialisme actuel, i

Dès les premières pages de cette intéressante étude sur le Socialisme en Europe, Magalhâes Lima déclare que c'est en assistant au dernier Congrès de Bruxelles et sur les conseils de Malon et d'autres socialistes militants, qu'il s'est décidé à visiter l'Allemagne et l'Autriche, pour étudier de près le progrès des idées socialistes dans ces derniers temps.

« De ce voyage fait en compagnie de José Patrocinio, l'éminent journaliste brésilien, l'auteur a rapporté une série d'observations pi(juantes sur la Prusse et les divers Etats confédérés de l'Allemagne.

« Déjà, quelque temps auparavant, il avait fait, dans le même but, un voyage en Belgique et en Angleterre.

« Cette excursion socialiste à travers l'Europe débute par l'étude du socialisme en Belgique, où l'auteur trace l'histoire du Parti ouvrier socialiste belge, ses progrès et son organisation, avec une biographie des militants : De Paepe, Anseele, Bertrand, Volders, Denis, etc. De là il passe en Hollande, où il examine le Parti socialiste hollandais et donne la biographie de la sympathique figure de Domela Nieuvenhuis. Les importantes manifestations du Socialisme en Angleterre, les Trades-Unions et les puissantes Organisations anglaises forment un des plus intéressants chapitres de ce volume.

« Le Socialisme allemand et ses principaux chefs sont finement retracés : Lassalle, Karl Marx, Bebel, Liebknecht et tant d'autres défilent sous les yeux du lecteur avec l'exposé synthétique de leurs théories et de leurs doctrines.

« L'étude du Socialisme au Danemarck, en Suède et Norvège, Pologne, Russie, Autriche, Hongrie, Roumanie, Italie, Suisse, France, Espagne et Portugal forment des chapitres très attrayants sur le mouvement socialiste d'Europe.

« Malgré l'espace restreint dont nous disposons, nous allons nous arrêter un instant sur le Socialisme en France qui, plus directement, intéresse les lecteurs de Ta Questian Sociale.

« L'auteur commence son étude par Babeuf et l'analyse de sa doc-

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trine. Ses considérations sont surtout tirées de la savante biographie : Babœuf et le Babouvisme, par Victor Advielle.

« Il examine ensuite les différentes dénominations connues sous le nom de Marxistes, Possibilistes, Blanquistes, etc., et donne des aperçus originaux sur le rôle du Parti socialiste français, son action électorale et parlementaire. Mais c'est surtout sur son efficacité internationale que Magalhâes Lima s'arrête et énumère les heureux résultats.

« La manifestation du l»^' Mai, en France, forme l'objet d'un chapitre spécial.

« Nous avons lu avec un vif intérêt les biographies des socialistes français, tels que : B. Malon, Fournière, Argyriadès, Guesde, Vaillant, Allemane, Adrien Weber, Lafargue, Brousse, Rouanet, etc.

« L'énumération des faits historiques et les considérations justes et logiques données par Magalhâes Lima sur le Socialisme en Europe, font de ce livre une « œuvre documentaire » qui sera lue avec plaisir par tous ceux qui connaissent la langue de Camoëns, et nous souhaitons aussi qu'un éditeur donne bientôt aux socialistes français une traduction de ce remarquable ouvrage qui groupe les aspirations et les desiderata du Socialisme international. »

Une partie importante de ce volume est consacrée à l'étude de la Fédération des peuples, et, mettant en pratique ses actes avec ses paroles, M. Lima a fondé, à Lisbonne, un Comité de la Ligne internationale de la Paix et de la Liberté.

Toujours sur la brèche, notre publiciste ne laisse passer aucune occasion sans proclamer hautement ses ardentes convictions. Journaliste et tribun, ses triomphes oratoires sont des plus remarquables et dernièrement, lors des fêtes du Centenaire de Christophe Colomb, il prononça plusieurs discours très applaudis sur la nécessité d'une Fédération ibérique. Ces idées sont maintenant partagées par les principaux chefs républicains, espagnols et portugais.

De retour d'un voyage en Espagne, où il avait fait une tournée de conférences dans les principales villes de ce pays, en faveur de la Fédération ibérique, il fut reçu à la gare de Lisbonne, au milieu des acclamations de la foule.

Ici se place un épisode que ses ennemis cherchèrent à exploiter pour détruire sa popularité :

Tous les ans, on fête en Portugal, à la date du 1" décembre, l'anniversaire de l'Indépendance nationale; M. Lima fit justement son entrée à Lisbonne, le !«' décembre 1890 et la foule acclama l'Espagne devant la légation espagnole.

Les monarchistes portugais s'emparèrent de celte coïncidence et qualifièrent le journaliste de traître. .S'a vie entière démontre pourtant que jamais Lima ne sacrifierait l'indépendance de son pays à l'Es-

pagne. S'il a proclamé, au risque de sa liberté, la nécessité de la Fédération ibérique, c'est pour procurer au Portugal une alliance d'afiïinité et de race. Comme l'a très bien défini M. Latino Coelho, « cette idée humaine, civilisatrice, est destinée à transformer radicalement la situation de l'Europe. »

Un des membres les plus distingués du parti républicain radical portugais a dit tout récemment que « c'est M. Lima qui a le plus travaillé pour le triomphe de la République portugaise. »

Mais, l'affaire du 1" décembre 1890 manquée, ses ennemis se retranchèrent dans le silence, essayant seulement de lancer de temps en temps quelques méchancetés.

Sa popularité croissante lui attira la haine des envieux. Ne pouvant le combattre à visage découvert, ils eurent recours à la basse calomnie et à l'insinuation perfide. Lors des dernières élections portugaises, ses ennemis publièrent une lâche perfidie qui, néanmoins, manqua son but. Elle ne fit que grandir son prestige et toute la presse, sans distinction de partis, fit vite justice de ces manœuvres policières.

Son caractère fier et indépendant et la prospérité de son journal 0 Seciilo, qui, soit dit en passant, est le journal le plus répandu du Portugal, est pour beaucoup dans ces attaques que dirigent contre lui des misérables de tout acabit.

Dernièrement, dans l'almanach de la Question sociale, cette géniale publication où collaborent les chefs du parti socialiste français et étranger, nous avons lu avec plaisir un article de Magalhâes Lima.

Cette belle page est tout un programme et la définition exacte de son caractère politique. Nous croyons être utile à la propagande républicaine et socialiste en transcrivant cet article :

RÉPUBLICAINS, Socialistes et Libres-Penseurs,

« Je ne peux pas admettre un républicain qui ne soit, en même temps, fédéraliste, socialiste et libre-penseur. La vraie démocratie,, c'est l'abolition de toute tutelle et de tout patronat. L'individu multiplie ses forces par l'association. Les peuples les multiplient par la fédération. La fédération, c'est l'association prolongée. Du moment où on arriverait à établir, en Europe, la fédération des peuples latins, la paix serait assurée et le droit garanti.

« En ma qualité de républicain portugais, je travaille pour la Fédération Ibérique.

« L'homme ne peut pas détruire ce que la nature a fait. Les deux pays — l'Espagne et le Portugal — ont plus d'un point d'affinité.

« D'abord, c'est la tradition historique qui rapproche les deux peuples. Mais en dehors de cela, il y a la race, et les conditions ethno-

logiques et ethnographiques. Une fois la Fédération ibérique proclamée, la Fédération latine s'imposerait. Et de la fédération de race, on arriverait facilement à la fédération humaine, c'est-à-dire aux Etats- Unis d'Europe, le beau rêve de Victor Hugo et de tous les grands penseurs contemporains.

« Du fédéralisme au socialisme, il n'y a qu'un pas. Révolution, cela veut dire transformation. Pour transformer un pays, il faut transformer non seulement ses conditions politiques, mais aussi ses conditions économiques et financières.

« Je ne discute pas si la Révolution politique doit précéder la Révolution sociale, ou si la Révolution sociale doit précéder la Révolution politique. Je laisse cela aux philosophes. Mon œuvre est une œuvre de propagande, de vulgarisation. Révolution politique et Révolution sociale doivent marcher parallèlement.

« Plus de patrons ! — voilà la devise duxix"^ siècle : plus de patrons ! c'est-à-dire abolition complète de la tutelle politique, de la tutelle économique ou financière et de la tutelle religieuse! Plus de patrons! c'est-à-dire l'homme dans la possession de sa destinée ! Plus de patrons ! c'est-à-dire les peuples libres et émancipés, se gouvernant eux-mêmes et par eux-mêmes. »

Par ces notes biographiques que nous avons rassemblées au hasard de nos souvenirs, les lecteurs ont devant les yeux les traits les plus saillants de la vie si bien remplie du vaillant journaliste portugais. D'autres auraient pu leur donner une forme plus élégante, mais nous avons eu surtout pour guide l'amour de la vérité et de la justice.

Puisse cette idée de la Fédération Ibérique attirer les sympathies du public français comme elle a déjà intéressé l'élite des penseurs et des philosophes du monde entier.

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