L'ANGLETERRE
John Bright, le célèbre député de Manchester, a dit un jour à la Chambre des Communes : « Jamais on ne pourra affirmer qu'une nation soit dans une situation heureuse et prospère, tant qu'on assistera à un pareil état de choses. Vous pouvez posséder une monarchie traditionnelle; vous pouvez avoir une aristocratie de vieille roclie^ habitant dans des palais superbes et ayant dp riches propriétés, le système est cependant épuisé et condamné à une ruine prochaine, car la majorité du peuple souffVe, est pauvre et la nation ruinée. »
Ces paroles de John Bright, appliquées à l'Angleterre quia la renommée d'être une nation riche et heureuse, ont pourtant une signification protonde. Nous allons le démontrer :
Chaque nation contient en elle-même des éléments divers. L'Angleterre a l'L^ande oii les habitants sont d'une race différente, parlent une autre langue et ont une autre religion; la France a les Bretons et les Basques qui diff'èrent entièrement des autres Français comme mœurs, langue, physionomie, etc. (1).
Le grand maître Auguste Comte l'a écrit aussi : « Un
(1) Pi y Margall : Las Nacionalidadcs.
système quelconque devant forcément être composé d'éléments qui sont essentiellement homogènes entre eux, l'esprit scientifique ne peut pas considérer la société comme étant en réalité composée d'individus. La véritable unité sociale est dans la famille seulement, prise dans son ensemble et son essence, ce qui en forme la base principale. ))
En Angleterre également on remarque des tendances séparatistes non pas seulement dans l'Irlande et dans l'Ecosse, mais encore dans les colonies. Londres augmente tous les jours en étendue et en population; cette ville a aujourd'hui, selon la statistique, plus de cinq millions d'habitants. Le pouvoir central a donc chaque jour moins de chance de se faire respecter et obéir. Il sera réduit à l'impuissance dans une époque plus ou moins prochaine. Qu'y a-t-il à faire dans l'intérêt du pays? Il n'y a qu'à décentraliser. L'Irlande, l'Ecosse et les colonies ne demandent pas autre chose, elles veulent être autonomes. Une fédération (et le home-vide n'est autre chose que la décentralisation) aurait l'avantage immédiat de faire cesser les troubles intérieurs du pays.
La décentralisation profiterait encore aux classes ouvrières qui reprochent à chaque instant, avec quelque raison, aux pouvoirs publics et à l'aristocratie leur égoïsme,. leur avarice et leur despotisme.
L'idée fédéraliste a aussi des prosélytes en Angleterre. Le Cobden Club a publié, en 1875, un volume sur les libertés locales de la Grande-Bretagne. Ce volume porte le titre de : Local Government and taxation par Morier.
D'autre part, voici l'avis du prince de Galles sur la fédération en Angleterre.
Le directeur de la section des BeauxArts, M. Turquet, alla un jour rendre visite au nom du Président de la Repu-
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blique d'alors, M. Grévy, au prince de Galles qui était de passage à Paris. Le prince, pour lui être agréable, invita M. Turquet à déjeuner en lëte « tête avec lui. Au dessert, le fils de la reine Victoria, se tournant vers son hôte, lui dit :
— Combien M. Grévy doit se considérer heureux d'être président d'une république comme la République française!
— Certainement que la situation de M. Grévy est fort belle, mais elb; ne peut se comparer à celle de Votre Altesse, le futur roi d'Angleterre, répondit M. Turquel.
— Plus enviable encore sera dans l'avenir, continua le prince, la situation du président de la République gauloise dans ses grandes lignes.
Et comme M. Turquet demandait au prince, ce qu'il entendait par là, le prince de Galles s'exprima ainsi :
« Entre la France et l'Angleterre, il ne doit plus exister ni haines, ni divisions. Ces deux nations devront arriver à une entente dans un avenir prochain, on proclamera alors la grande Confédération de la Gaule, avec ses îles : la nouvelle Gaule, l'Ecosse et l'Irlande. »
Et voilà, comment le prince de Galles lui-même, ne repousse pas la probabilité d'une prochaine République fédérale.